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17 décembre 2010

Fuck You, tube de Cee-Lo à ne pas oublier

Fuck You 
by Cee-Lo Green (2010)

Décembre, et les classements de fin d'année déboulent. Meilleurs livres, meilleurs films, meilleurs disques ; meilleures chansons. Période faste pour l'amateur de musique sur Internet, abreuvé d'articles récapitulatifs et de morceaux à écouter. Certains parlent de sessions de rattrapage. Rattrapage, je ne sais pas, mais toujours un bon moment pour faire des découvertes : je n'ai pas pour ambition de suivre TOUTE l'actualité musicale au jour le jour pendant l'année...

Peut-être vais-je faire un texte pour rassembler les découvertes les plus marquantes réalisées grâce aux tops de fin d'année. Pour cette année, peut-être, pour rassembler de vieux souvenirs aussi, ces chansons isolées saisies au moment d'un décembre passé. Petit assemblage qu'il sera certainement amusant de bidouiller durant les prochaines vacances de fin d'année.

Mais déjà, en passant, sans trop d'ambition, un joli morceau que je n'ai pas vraiment écouté cette année. L'intense single "Fuck You", chanté par Cee-Lo Green. Une voix soul à la profondeur sans fin, résonnante & chaude, connu également comme la voix de Gnarl Barkley ; personne n'a oublié l'immense chanson "Crazy" du duo costumé. Cette fois, Cee-Lo revient en solo, mais la même voix plonge en tout sens, moins ouvertement angoissé, crachant Fuck You dans le refrain avec hargne, mec sûr de son fait, gamin sans hésitation, souriant légèrement à la grossièreté assumé. La vidéo n'est pas désagréable, un bon petit tube à se remémorer pour la fin d'année.

14 décembre 2010

En attendant Broken Social Scene à Ottawa, une vidéo

Texico Bitches 
by Broken Social Scene (2010)

Je connais assez mal Broken Social Scene, finalement. J'ai écouté leur album de 2005, album éponyme. J'ai dû écouté quelques fois leur chef d'oeuvre, "You Forgot It In People", sorti en 2002, source d'une gloire Pitchforkienne immense ; le rédacteur en chef est un malade de Broken Social Scene, a même plublié un livre à leur sujet. Mais finalement, c'est justement cette gloire indie rock que je connais le mieux, même vaguement, et qui me fait doucement rêver ; cette gloire symbole des blogs musicaux des années 2000. Je raffole de ce genre d'histoire, des légendes, portraits vagues & flous de groupes que je connais mal, la force des mots et des récits ayant trait à la musique.

Je suis un lecteur de musique autant qu'un auditeur. Je traque les légendes et les petits compte-rendus. Explore les entretiens, paroles de musiciens qui me passionnent souvent. Et finalement, parfois juste en bout de parcours, je vois un de ces groupes en concert, ou j'écoute plus sérieusement leurs disques. Mais qu'importe, la fumée évanescente des contes musicaux comptent le plus, les images mentales.

Dans mon esprit, Broken Social  Scene est une sorte de monstre indie rock, bande expérimentale où les musiciens viennent, se rencontrent, jouent sur quelques morceaux, se passent les instruments. Broken Social Scene, c'est la première famille de Feist, d'Emilie Haynes aussi, la chanteuse de Stars traîne aussi sur certains morceaux ; plus d'une quinzaine de personnes ont joué sur leur album éponyme. Un paragraphe entier de leur page Wikipedia est dédié aux membres de leurs différentes tournées... C'est ce qui me séduit le plus dans Broken Social Scene, leur démarche, une sorte de recherche en groupe, d'assemblage sans cesse recombiné.

Et accessoirement, un emblême du rock alternatif canadien, une sorte de précurseur d'Arcade Fire, autre groupe aux nombreux musiciens.

Ainsi, avouons-le, voir Broken Social Scene en concert faisait partie de ma liste "Choses à Faire au Canada". J'ai eu la chance de les voir pour un petit concert gratuit donné durant le Bluesfest d'Ottawa en juillet 2009. Un large groupe fidèle à mon image mental, chanteuses se passant le micro, guitariste échangeant bass et guitares, passage de cuivres sur certains morceaux : un mille-feuille d'instruments, couplant parfois trois guitares fortement électriques, support dense aux jolies mélodies. Joli petit moment, mais sentant un peu l'improvisation : le groupe n'avait été ajouté qu'à la dernière minute, s'évadant pour quelques instants des sessions d'enregistrement de leur nouvel album, Forgiveness Rock Record.

Mais ce nouvel album, sorti en 2010, m'offre une nouvelle chance d'assister à une messe Broken Social Scene : les voici de nouveau de passage à Ottawa, pour un concert au Bronson Center vendredi 17 décembre 2010. Concert plus construit et rôdé, j'en suis certain, dont je me réjouis d'avance ; et dont je devrais parler d'ici quelques jours... Pour patienter, voici leur nouvelle vidéo, sorti le week-end dernier.





12 décembre 2010

Nas & Damian Marley, alliance diluée sur album, mais avec punch sur single

As We Enter 
by NaS & Damian Marley (2010)

Petits cuivres initiaux, un début de vieux vinyle. Un orgue envoûtant, petites percussions. Une voix vaguement reggae, vaguement dance hall balance deux ou trois lignes de texte. Puis passe la balle à une autre voix, flow hip-hop plus classique, en contre-point. Petite décharge électrique, belle énergie.

Les échanges continuent à la même vitesse pendant moins de 3 minutes, petite perle d'intensité sobre & entraînante.

Voici le premier single de collaboration entre NaS, le rapper de New York, et Damian Marley, le musicien jamaïcain et fils-de. Un joli moment, un bon petit précipité, qui a surgi en février dernier. Bon, j'écoute l'album complet sorti par la suite, et rien n'atteint vraiment la même densité, la même force qui agrippe. "Distant Relative" est bien dilué, surtout après ce "As We Enter" placé tout au début de l'album, en piste n°1. Mais ce single reste un joli moment, un bon petit souvenir pour l'année 2010.



10 décembre 2010

The Luyas, soon in Ottawa again but first with a video

Tiny Head by The Luyas (2010)

The Luyas en concert à Ottawa, fin avril dernier, quel joli souvenir. Concert au Raw Sugar Café, c'est-à-dire un simple coffee shop, petit comptoir offrant des pâtisseries ou des capuccino, quelques tables éparpillées pour accueillir les étudiants ou les petits artistes. Un décor simple, un cadre à l'échelle intime, parfait pour la pop douce des Luyas.

J'avais découvert les Luyas quelques mois plus tôt, grâce à un magnifique Concert à Emporter de la Blogothèque ; Vincent Moon, le réalisateur & tête pensante des Concerts à Emporter, en parlait comme d'une obsession, un de ses groupes préférés. Les images ne trahissaient pas cette idée, ballet de musiciens joueurs et fou dans l'île de Montréal, musique respirant en plein air, mais musique toute douce et rêveuse. Peu après, par chance, j'avais déniché leur unique album en occasion : Faker Death, 8 titres, 31 minutes, voix envoûtante, petits assemblages malins et atmosphériques. Un joli coup de chance : je n'ai pas revu cet album en vente depuis...

Le concert au Raw Sugar Café promettait donc et fut en effet une jolie expérience. Pas vraiment de scène, les instruments simplement installés dans un coin de l'espace, à même le sol ; une lampe à abat-jour se laissait voir juste derrière le batteur, comme si le groupe jouait dans le salon d'une tante éloignée. Verre de vin blanc à la main, presque au premier rang, c'est-à-dire à à 60 cm de Jessie Stein, chanteuse, guitariste, poumon du groupe, une boule de charisme fraîche et énergique. Robe à fleur, chapeau presque vintage, des blagues entre les morceaux qui s'allongent peu à peu, un chant habité, douze corde sur sa guitare étrange. Un belle rencontre musicale, un superbe personnage, on comprend aisément l'amour de Vinent Moon pour le groupe et ses personnages. Une très jolie soirée.

Mais je n'ai rien écrit sur cette soirée. Pas un mot sur ce blog. Quelque voyage un peu trop rapproché, je pense ; mais surtout, comment bien écrire sur les Luyas après les textes magnifiques de la Blogothèque ?

Pourtant, quelques jolies nouvelles concernant les Luyas sont tombées ces derniers jours. Tout d'abord, la découverte d'un nouveau concert au Raw Sugar Café, le 23 décembre prochain, comme un superbe cadeau de Noël : ces quelques mots m'ont donné le sourire toute la soirée lundi dernier... Mais dès mardi, Pitchfork remettait le couvert, en présentant la nouvelle vidéo du groupe, présentée ci-dessous. Un gros plan sur le visage rieur de Jessie Stein, comme une évidence, le visage des Luyas et leur voix. Le morceau est très beau, et annonce un nouvel album qui doit sortir vers février 2011 ; le résultat devrait être magnifique : en plus du groupe lui-même, le talentueux Owen Pallett a participé à sa réalisation... 

Je devrais donc parler à nouveau des Luyas dans les prochaines semaines...


5 novembre 2010

Terrible Love by The National, with bits of live performance(s)

Terrible Love
by The National (2010)

J'ai déjà évoqué mon amour pour The National, plutôt longuement, ma fascination pour leurs performances live ; leurs chansons doucement émouvantes, patiemment construites, à l'énergie contenue, doucement libérée ; leur chanteur à la sensibilité instable & touchante. Leur nouveau clip vidéo est assez paresseux, collage de bouts de live, de moments en tournée, de vidéos de fans : rien de très inventif. Mais de jolis précipités de leurs performances, de leur engagement scénique, de leurs petites blagues. De quoi faire plaisir aux fans...




2 novembre 2010

Deerhunter in Portland, wonderful moment of noisy indie rock


October, 28th, 2010 - Deerhunter in concert at the Wonder Ballroom - Portland, Oregon

Une vague, un élan métallique, lourd vrombissement d'écho, bourdon rugueux, les amplis sont prêts et les couches de guitares entament leurs sculptures, douces bourrasques, la rage contenue, la poésie du bruit et du rock ; un soulagement, un grand soulagement. Deerhunter vient d'entrer sur scène au Wonder Ballroom de Portland, ce jeudi soir, et enfin, je respire, je me détends. Le grand ramdam du bruit s'élance, je souris enfin, relâché.

Car il est des soirées où la nervosité s'invite malgré l'excitation d'un concert attendu, où les marche pieds se font désagréables, portés sur les trébuchements, et toutes les situations se font agaçantes. Fatigue, poids du décalage horaire, journée de conférence plutôt longue et peu concluantes, et mon humeur avait doucement dérapé ce jeudi. Comme grommelant, inquiet, courant vers la détente pour y trouver un soulagement, sans vraiment y dénicher l'apaisement. Le poulet était bon, pourtant, dans ce barbecue en face de la salle de concert, et la bière excellente, mais quelques résidus de panique grondaient, de mauvais rêves, de discussions inconcluantes et tristes. Je souriais, j'allais enfin voir ce concert de Deerhunter dans cette jolie petite salle, mais je n'étais qu'instable, épidermique, prêt à griffer à la moindre caresse mal portée, à la bousculade bête.

Comment expliquer autrement mon dégoût profond pour la première partie offerte par Real Estate ? Un petit rock propre, presque instrumental, doux, étiré, aux paroles rêveuses, et qui m'a pourtant paru d'une bêtise affligeante, d'une mollesse vulgaire et détestable. Pourquoi ces filles dansaient-elles aussi joyeuses autour de moi, ravies ? Un groupe de gamins avec un pull mou entrouvert, sans énergie, rêvant à peine et certainement pas à haute voix. Réveillez-vous, les gars, un peu de pêche, sortez-vous les doigts ! Quelques morceaux vaguement mid-mid-up-tempo (et le mot est faible) avait à peine éteint mes soupirs, mes envies de gueuler à la fin de chaque morceau. Bon sang, soyez jeunes !

Mais mes ondes négatives n'étaient certainement pas la seule explication de mon emportement, l'ami Lester Bangs n'y est pas étranger. J'ai passé les dix derniers à lire le recueil de ses critiques rock des années 70, le très joli Psychotic Reactions and Carburator Dung. Il y défend sans cesse l'énergie du rock, la pure énergie, l'emportement d'un Iggy Pop ou de quelques obscurs trifouilleurs d'électricité, gamin saturés d'ennuis, de frustration sexuelle & d'énergie brute. Un peu plus tôt ce jeudi, je m'étais régalé de ces emportements contre le jeune David Bowie, icône froide & rigide, trop distante, peu ouvert & honnête ; et pourtant j'adore Bowie. Mais le style ultra-rapide de Bangs avait déteint sur moi, plein d'emportement, d'imprécations, d'épithètes à rallonge : les gosses de Real Estate ne méritaient pas mieux qu'une baffe-et-au-lit, bon sang.

Lester Bangs, goutte d'eau de mon agacement ? Mais aussi, discrètement, source de mon salut léger. Les gamins mous de Real Estate rangent encore leurs jouets, je ressors mon recueil de Bangs, et deux jeunes devant moi se retournent. "Que lis-tu ?" "Lester Bangs, c'est assez fascinant" (je monte la couverture jaune presque psychédélique, le titre tellement peu clair). Ces jeunes doivent être encore plus jeunes que les apprentis dream-popper de Real Estate, ils ne doivent pas avoir 20 ans. Fille un peu grassouillette, queue de cheval, T-shirt simple, boucles d'oreille noires ; mec ébouriffé jusqu'à la barbe rousse ou blonde, lunettes aux montures banalement démodées, fringues un peu souples. On bavarde. Ils sont du coin, ils aiment la musique, aiment Real Estate, adorent Deerhunter ; le mec fait du skate : un skater, à Portland, comme dans le film Paranoid Park de Gus Van Sant, l'enfant du pays ! C'est donc bien une ville de skaters !

On bavarde, on blague, on échange les anecdotes. Ils aimeraient bien aller à Paris, ils aiment bien la poutine, ce plat français. Hé, ho, hop hop hop, la poutine, c'est québécois, pas de telles bêtises avec le fromage en France - mais mince, vous avez de la poutine à Portland ? On rigole, on échange même les numéros de téléphones. Ils apprécient mes conneries, mes blagounettes, mes histoires balancées souriant, ce copain qui a fait ci, ce concert aperçu là-bas.

On m'écoute, je ne suis pas qu'une boule de fatigue & d'agacement. Je ne suis pas qu'une merde.

Mais c'est bien Deerhunter qui m'a définitivement détendu. Entrant sur scène contents d'être là, bavardant avec la foule, et branchant aussitôt les guitares sur "fort et SATURé", très saturé. Des nappes noise auxquelles je m'attendais, d'après les précédents albums, mais que je n'espérais pas voir durer toute la soirée. Leur dernier album Halcyon Digest joue plutôt sur les douces atmosphères, les petites cordes, des sons presque électroniques ; les nouvelles chansons sont toujours aussi belles, délicates & douces, mais parfaitement enveloppées de ces bourdons de guitare,  de ces drones saturés, offrant une perspective parallèle, un long grognement maintenu - et c'est magnifique, envoûtant. Un terrible exemple de pop et rock, de noisy pop dans mes rêves primitives, oscillations entre la fraîcheur d'un chant ému et la rugosité d'une électricité brute, à peine domptée en apparence. Ces faces extrêmes vers lesquelles on peut tourner un peu plus le regard parfois, si l'on veut saisir la caresse ou agripper la brute ; un alliage que je ne parviens toujours pas à rendre par écrit, hélas, mais sur lequel je vais continuer à travailler, mon défi d'écriture.

Néanmoins, malgré les limites de mes mots ou phrases plates, l'ivresse est là, le bonheur musical, le grand sourire.

D'autant que Deerhunter offre en live un aspect qui me plaît toujours, aspect certainement inconscient pourtant : le plaisir de découvrir de superbes personnages dans ces musiciens, combinaison de charisme, d'attitude bringuebalante, de fringues, de look négligé, de petits détails. Cet ensemble qui donne envie de ne pas quitter les silhouettes du regard, d'en observer les caractéristiques, de s'amuser à en dresser le portrait. Batterie au fond, presque invisible, mais détendu, chemise jaune ou orange avec trois boutons d'ouverts. Sur la droite, côté cour, Lockett Pundt, guitariste, qui chantera un ou deux titres, dont le premier du set ; alliance T-shirt plus chemise à carreaux ouverte, petite moustache, fine mais large, presque comme un accessoire de cinéma, très noire. Sur la gauche, côté jardin, Bradford Cox, le leader, la figure, le personnage, l'emblème, terriblement impressionnant. Long, mince, fin, la poitrine plate et les épaules carrés, presque pointus, d'où sorte des membres allongés, presque des bâtons pour bras ; une gueule vaguement cassée, un peu biscornue, une coupe au bol ; la gouaille dans les interventions, haranguant encore et encore les ingénieurs du son, parce que mince "on ne s'entend pas ici, on ne s'entend pas". 

Mais finalement, mine de rien, Joshua Fauver le bassiste m'a aussi fait profondément impression. Aucun micro, il ne chante pas, et pourtant debout en plein milieu de scène. Marchant parfois vers l'avant, parfois vers l'arrière, mais sans oscillation : il s'avance, ou il recule, flottant un peu, mais maîtrisant le flot. Rêveur, rêvant. Parfois la tête doucement penchée sur le côté, vers sa gauche, mais les yeux droits devant lui, ouverts ou infiniment fermés, à savoir à 95% ouverts ; délicatement entourés de cernes naturelles. Un sourire mince, un pull à bandes noires et grises, peu épais certainement. Il pianote sa basse, en balance quelques notes, la torture parfois un peu plus - le son s'échappe souvent vers des teneurs plus noise, plus bruyantes encore que le niveau de base. Mais Joshua se dresse toujours placide, comme une lueur gaie et douce, ravi d'être là, peut-être un peu timide, et encore, mais surtout appréciant joyeusement sa musique, y restant plongé face au public.

Quoiqu'il en soit, une magnifique équipe que ces Deerhunter, un superbe moment de rock indie doucement noisy, des morceaux dans lesquels se lover pour effacer les idées sombres. Piocher dans l'énergie du son comme dans la mélancolie de la voix, et monter les marches, monter, souriant peu à peu. Je flotte, je flotte, et je flotte encore un peu en y songeant, en regardant la jolie vidéo Noir & Blanc prise ce jeudi soir de Portland - vidéo diffusée le lendemain même par le grand Pitchfork, vidéo dont m'a parlé le skater ébouriffé quand je l'ai recroisé le lendemain même. Superbe musique, belle rencontre : je suis parfois chanceux dans mes petites plongées fatiguées.

17 septembre 2010

Caribou revient au Babylone d'Ottawa et danse, danse

Caribou in concert
Babylon, Ottawa - September, 15th, 2010

Même chansons, même lieu, à peine quatre mois d'écart - et pourtant, le concert de Caribou en septembre sonne différemment de celui de mai. Peut-être est-ce aussi dû à ma position au cours de la foule et non à cinquante centimètre du batteur, comme il y a quelques mois, quand le spectacle visuel m'avait fasciné, l'agencement méticuleux des morceaux. Ce point de vue joue certainement. Mais la tournée des festivals européens et le rodage des nouveaux morceaux doit également être à l'origine de cette tonalité plus dansante et débridée.

En mai, David Snaith jouait un rôle mi-chef d'orchestre, mi-homme orchestre : lançant des boucles, passant du clavier à une petite batterie, chantant, contrôlant ses trois partenaires du regard pour synchroniser au mieux les différentes strates des morceaux, les entremêlements de rythmes, les bourdons de guitare. Un set mêlant les différentes époques du projet Caribou, un long tunnel psychédélique envoûtant, les textures doucement disco suivant doucement les chansons plus 60s de l'album Andorra.

Mais cette fois-ci, le quatuor Caribou est accompagné d'un quatuor de cuivre : trombone, deux saxo, une flûte traversière. David Snaith n'a plus besoin de s'occuper des trilles de flûte ou de certains sons, qui surgissent maintenant live, et l'effet est plus débridé. D'autant que le set semble d'avantage mettre en avant les morceaux du dernier album Odessa, ses sonorités plus disco, électroniques, fortement dance floor. Snaith a souligné que cette version élargie de Caribou jouait seulement pour la cinquième fois ensemble cet été ; certainement une occasion qui a permis de lancer cette cavalcade durant laquelle la jeunesse d'Ottawa lève les bras encore et encore. Peu de morceau pops, un seul titre issu d'Andorra d'après moi, deux du plus ancien Up in Flame, dont mon petit préféré "Hendrix with KO" dont je reparlerai une autre fois. Le reste danse, danse et ondule, toujours atmosphérique et rêveur, mais un rêve sur piste de danse après plusieurs heures de transes, comme pour le joli Sun.

25 août 2010

Titus Andronicus et Free Energy, décharge de fête et de rock pour un lundi soir

Titus Andronicus /with Free Energy
concert at the Mavericks, Ottawa, ON - August, 23rd, 2010

- Come on, let's have a great Monday night party!

Les hasards de la programmation rock d'Ottawa ont placé Free Energy un lundi ; groupe de fête, pas forcément à son aise en début de semaine face à un public peut-être prudent vis-à-vis du reste de sa semaine, mais groupe sans retenu, alors rapidement, les quatre ou cinq premiers rangs ne sont plus que pogo. Une vingtaine de fous sautillant pour un public autout de 150 ou 200 personnes, l'ambiance est bien tonique et sympathique, et les Free Energy n'y sont pas pour rien.

Un groupe vaguement garage, sûrement classique rock mais plein d'énergie, des Rolling Stones qui ne joueraient que des singles de trois minutes, riches en riff et en passages accrocheurs. Cheveux longs et moustaches, T-shirts unis et jeans plutôt serrés, mais sans pose façon mode, façon petits rockers radical chic ; rien qu'une bande de potes aimants danser sur du bon rock, et danser, danser. Le chanteur ondule ravi avec des cambruresà la souplesse fraîche, qu'importe que Mick Jagger ou Iggy Pop ait déjà popularisés de telles danses de Saint Guys sexuées, leur plaisir est comminicatif ; il serait presque tentant d'avoir les cheveux mi-longs et raides pour pouvoir les agiter encore et encore.

Mais les têtes d'affiche Titus Andronicus n'ont rien à envier à Free Energy en terme d'engagement, et sont certainement encore plus excités. Pas étonnant que les deux groupes aient été cités dans les 7 jeunes groupes à suivre en 2010 par Rolling Stone US. Titus Andronicus, c'est 5 jeunes musiciens du New Jersey, 3 guitares et une basse, une batterie qui roule, 5 voix qui se mêlent parfois, un chanteur et une guitariste qui sautent à chaque décharge électrique : un groupe fascinant et déchaîné, hurlant et jouant fort, une magnifique décharge punk jeune et excitée.

Mais une décharge d'autant plus fascinante qu'elle propose une construction et une recherche impressionnantes pour une telle musique. En posant vaguement l'oreille, on peut penser à quelques scies rapides façon Ramones, deux minutes du même bourdonnement sale joué à toute vitesse ; mais au bout d'une minute, un chant hurlé s'ajoute ; puis une minute plus tard, un autre riff surgit et tous sautent ; puis un soupire, certains applaudissent, mais ce n'était qu'un sursi, d'autres glapissements s'invitent ; les morceaux peuvent ainsi durer 7 ou 8 minutes, comme des collages fous mais cohérents de courtes séquences ; du punk progressif ?

Du très bon indie, intuitif mais travaillé, sachant introduire d'autres rythmes, quelques touches de clavier, un peu de violon, des pulsations de batteries façon folk song irlandaise, des chansons aux longues phrases comme du Bob Dylan glapi à la folie. C'est cela, un punk un peu progressif, un peu folk ; rien de très nouveau peut-être, il n'y a qu'à lire la demi-douzaine de groupes cités des les critiques de Pitchfork ; mais le résultat est délicieux, superbe décharge de divertissement et d'investissement musical.

Difficile de rêver mieux pour une fête du lundi soir ; en attendant de se plonger dans les subtilités des albums...




12 août 2010

La fragilité instable de The National inondant Osheaga

The National concert - July, 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Fragile.
Fragile, pour dire ténu, mince, délicatement élégant. Epiphanique, mais instable, cristallin. Léger & tremblant, frémissant.
D'autant plus beau & touchant par cet équilibre de marcheur sur fil.

The National est peut-être le plus grand groupe du monde comme le proclame certains blogs, et j'en étais moi-même convaincu en sortant de leur concert à la Maroquinerie parisienne en mai 2007. Un groupe capable d'installer une envergure fascinante & profonde, et d'autant plus impressionnante qu'elle frémit précaire. Prête à s'envoler, à glisser, à devenir trop ceci ou pas assez cela ; pompeuse, ou dérisoire, ou un peu cul cul, ou prévisible.

La grâce n'est jamais qu'un équilibre instable.

Et cette précarité surgit dès la deuxième chanson jouée à Osheaga 2010 à Montréal. Placé entre deux mythes, Pavement & Arcade Fire, The National a attaqué plein d'énergie avec deux tubes tubes énergiques & émouvants, Mistaken for Strangers de l'album Boxer et de leur nouvel album, Bloodbuzz Ohio il me semble. Puis ils ont enchaîné par un morceau Boxer, au rythme terriblement lent, Slow Show apparemment, comme timide, tentant peut-être quelque chose, ou simplement incapable de laisser la mayonnaise prendre. Un faux-rythme, un sportif en dedans dans les premières minutes d'une finale, attentiste : mais que se passe-t-il ? La chanson semble traîner des pieds, la délicate voix rugueuse de Matt Berninger paraît juste paresseuse, l'équilibre des guitares et cordes ne s'entraîne pas mais se regarde du coin de l'oeil.

Plus de contenu, plus d'interprétation ou d'incarnation, juste une petite exécution un peu molle. Le funambule a trébuché, ou sent la peur de la chute, et plus rien n'est aérien.

On sent le groupe conscient du léger pataugement, de l'enlisement qui guette déjà. Attention, serrons-nous les coudes ! Plus question de grâce, les camarades échangent regards, respirent un grand coup, ils jouent plus simple peut-être, moins magnifiquement humains, mais il faut tenir la baraque. Matt rame avec les autres, un peu maladroit, un peu plus que d'habitude ; il fait le métier, offre les chansons, mais ne retrouve pas la finesse initiale, l'apesanteur que peuvent atteindre ces histoires & les morceaux du groupe.

Alors Matt en rajoute, il hurle encore plus fort qu'il ne le fait sur un refrain, il se roule encore plus sur le dos. Décharge d'énergie ! Comme un gosse qui tape du pied, qui ne sait plus comment faire, il n'y a plus qu'à crier ! Hurlement habituel du morceau, mais poussés cette fois avec un peu plus d'espoir : voilà qui va nous relancer, je me roule plus encore au sol !

Et voici le verre de bière renversé. Sur la batterie, sur un bout d'ampli, sur des pédales d'effet.
La bêtise qui détend l'atmosphère. Les sales gosses ricanent, vaguement honteux, vaguement benêts, regardant leurs pieds : tout de même, devant une telle foule, c'est un peu gênant. Stefen Malkmus était couvert de bière lui aussi avec Pavement, mais lancée depuis le public, c'était plus rock'n'roll et moins gaffeur. Mais autant en rigoler.

Le groupe repart plus léger, tâtonne encore un morceau ou un morceau et demi, rejoint par Richard Parry d'Arcade Fire pour une poignée de chansons. Mais voici un tâtonnement ascendant, l'incident de scène a joué certainement les soupapes, l'inquiétude s'est trouvée détournée, focalisée vers une bêtise dérisoire, et il n'y a plus qu'à jouer, jouer, pousser les inquiétudes qui se bousculent dans l'estomac et les suivre, les laisser murmurer les paroles sur les lèvres, plutôt que rester clouer au sol. Partager l'anxiété quotidienne dans le chant, les chansons de The National parlent-elles d'autre chose de toute façon ?

Alors The National monte, monte, doucement, prudemment, mais magnifiquement. Matt Berninger est plus névrosé que jamais, piétinant la scène entre les morceaux, les mains prises de tic, la mèche blonde éparse par dessus le profond regard bleu. Bien sûr, la densité émotionnelle de The National ne tient pas uniquement de son chanteur, les cordes, le piano, les entrelacs de guitare, tout un montage collaboratif et tout le monde joue tous les morceaux tout le temps, comme dans les meilleurs groupes. Mais le frémissement à fleur de peau de Matt s'affiche comme la pointe frêle de l'iceberg, limpide et apeurée. Est-il terriblement timide, à faire les cent pas à chaque pause ? Cherche-t-il à retrouver les sentiments violents et anxieux de l'écriture, de l'enregistrement, pour habiter au mieux les chansons, comme un comédien plongeant dans son rôle à chaque nouvelle scène ?

Qui sait ?
Au coeur de sa bande, Matt Berninger offre une profondeur intense dans sa voix baritonnée, et les échos résonnent longtemps de Fake Empire ou Terrible Love finaux, de la nouvelle pépitte England. Une partie du public a peu à peu tourné les talons pour s'approcher d'Arcade Fire, bientôt sur la scène de gauche, mais les oreilles ne se détachent pas, les regards luisent, luisent sur des joues doucement frémissantes.










The National & Pavement at Osheaga 2010 in Montreal copyright The Gazette
Video by Dario Ayala, edited by Marcos Townsend


10 août 2010

Le perfectionnisme d'Owen Pallett à Osheaga

Owen Pallett in concert - July 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Deux pincements de cordes sur le violon. Répétés. Répétés, rien que deux pincements, qui résonnent dans la grande scène. Coup d'oeil au sol. Archer à la main, une petite phrase musicale, répétée elle aussi, deux ou trois fois, en superposition. Coup d'oeil au sol. Les deux couches tournent toujours. Quelques autres coups d'archer. Tout en s'approchant du micro, le chant clair, limpide.

Il est assez courant maintenant de voir des formations réduites enregistrée quelques phrases musicales sur scène, pour donner plus d'épaisseur à leur spectacle. J'avais découvert le procédé en 2004 à Rock en Seine avec Nosfell ; cela devait donc exister depuis un moment. Bumcello ou Andrew Bird m'avaient ensuite ravi de leurs prouesses, deux duo à la virtuosité construite peu à peu, minutieusement, à coup d'enregistrements en direct, devant le regard du public. Mais Owen Pallett semble un cran au dessus de la reconstruction musicale : majoritairement seul en scène, ce sont de petites symphonies pop qu'il assemble doucement, patiemment, précisément.

Car son dernier album a été enregistré avec l'orchestre symphonique de République Tchèque, les arrangements remplissent plus d'une centaine de pages de partition ! Owen manie quelques Lego, doucement, sans se presser, et il doit reconstruire un petit Versailles !

Pallett est un petit virtuose, un véritable musicien classique à la formation de conservatoire. Il a oeuvré aux arrangements quelques grosses machines comme Arcade Fire, les Pet Shop Boys ou Mika, un précieux techniciens. Mais il tourne également seul, voulant explorer son oeuvre personnelle à sa manière, jouer sa musique seul, même s'il s'agit d'une riche musique pop lyrique, de chants presque démesurés. La technologie autorise ses ambitions artistiques. Ambition plus personnelle encore après ce dernier album, Heartland, le premier sous son nom propre après avoir usé du patronyme Final Fantasy.

L'ambition dans la musique, dans les paroles, dans la qualité du son, mêlée d'un humour sympathique, et d'un air d'étudiant encore frais. Etrange coupe de cheveux, rasée sur les côtés, avec une longue mèche frangeuse dans les yeux ; marcel léopard, remplaçant ses étranges chemises ou la bizarre casquette qu'il portait en février dernier pour le concert d'Outremont. Owen est un artiste, Owen est un peu bohème, vaguement alternatif : Final Fantasy n'était-il pas une allusion à un jeu de rôle, ne citait-il pas Dungeon & Dragon dans un précédent album ? Owen Pallett est brillant mais Owen est certainement fantaisiste, Owen est même un peu geek ; son campagnon intermittent de scène affiche d'ailleurs un étrange look de musicien sans soucis de son apparence, mal rasé, une casquette Rogers à dix balles sur la tête : encore un musicien ultra-focalisé, encore un geek.

Les geeks amusent les foules ou font sourire dans les comédies, mais les geeks prennent les choses très au sérieux. TRES au sérieux. Owen hurle en début de concert quand sa voix suscite des larsen ; bon sang, l'ingé son ne peut-il régler bêtement ses boutons, il vient lui-même d'ajuster ses appareils pendant des dizaines de minutes ? Un peu de respect pour la musique ! Une bête, un perfectionniste, un maniaque du détail, capable de quitter la scène au milieu de son dernier morceau, juste parce que la scène techno trop proche parasite la qualité sonore (si j'ai bien compris son grommellement excédé).

On n'a rien sans rien. Quand on retire ses chaussures pour jouer souplement en chaussettes, on est en droit d'être réaliste et exiger l'impossible.




















7 août 2010

L'énergie folle de Japandroids à Osheaga

Japandroids at Osheaga Festival

I don't wanna worry about dying
I just wanna worry about the sunshine girls

Japandroids ne se soucie pas de grand chose, juste de jouer fort et vite, une énorme décharge de rock rugueux et frais pour hurler le trop-plein de vie. Rien qu'en duo, une grosse batterie, une demi-douzaine d'amplis superposés, les chansons ne retiennent rien, précipités pop cachés sous les couches de saturation et les roulements rapides des percussions. Rien de fantastiquement original, de la pop noisy presque classique, mais courant, courant, courant !

Sans retenu ! Allons-y ! Enfilons les boules quiès et sautons, sautons !

Le duo de Vancouver ne retient rien, semble à peine respirer entre deux morceaux pour régler les pédales d'effet ; intense générosité, rock tout à fait immédiat. Tout jeune groupe bidouillant près de chez eux, qui s'était retrouvé catapulté dans les gros festivals l'été dernier, suite à quelques jolies articles sur des sites comme Pitchfork. Effectivement, leur concert affiche un impressionant esprit indie, jour à son rythme et selon ses goûts, une liberté, une fraîcheur.

A 20 mètre de là, une petite scène accueille des DJs, dont les beats perturbent parfois les concerts de le Scène Verte. Cette fois, les beats se sont volatilisé sous l'énergie des Japandroids.











July, 31st, 2010 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau - Montréal, Québec




L'intermède si professionnel de Keane à Osheaga

Keane at Osheaga Festival

Keane, grand nom du rock commercial des années 2000, un goût pour les tubes, les grands hymnes romantiques repris par les stades. Pas étonnant de les retrouver dans un grand festival comme Osheaga, même leur côté britannique les met un peu à l'écart des autres groupes nord américains des grandes scènes. Mais n'y avait-il pas Jimmy Cliff un peu avant également ?

Je ne suis pas très loin de la scène, mais celle de gauche où jouera Pavement une fois les mélodies anglaises passées ; je ne veux pas raté les vieux héros slackers, je me suis approché en avance et j'aperçois un peu de Keane du coin de l'oeil, sur la droite. Trop loin pour prendre des photos, hormis sur les écrans, pour rire.

Et pour immortaliser un peu de ce chanteur, un leader portant haut le professionnalisme rock britannique. Polo aux manches bien remplies par les bras potelés, joues rondes, il marche et bouge sur scène, s'accroupit, tend le micro vers la foule sur certains refrains, sourit, semble ravi d'être là, chante à tue-tête ces paroles qui résonnent si souvent sur les radios ; un vrai professionnel du show, il sait offrir ce pour quoi les fans sont venus, ne compte pas son énergie ni son enthousiasme. Les chansons sont souvent un peu bêbêtes, mais les gros tubes restent impressionnants, le métier est là, même si une partie du public ne s'y intéresse qu'en intermède.




July, 31st, 2010 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau, Montréal, Québec

La musique sans fin d'Osheaga dans le Parc Jean Drapeau

Osheaga Festival, l'immense festival rock qui se tient à Montréal le dernier week-end de juillet, une fois les francofolies, le festival de jazz ou Juste pour Rire arrivés à leur terme. Gros, gros rassemblement de noms ronflants du rock contemporain, assemblés dans le parc Jean Drapeau, sur une des îles du St Laurent. 5 scènes, concerts de 12h30 à 23h sans temps morts, une foule mobile et passionnée : encore un superbe événement musical sur Montréal !

D'autant plus que le beau temps était au rendez-vous. L'an passé, les orages avaient noyés certains enthousiasmes, mais le grand ciel bleu a attiré les foules, les jeunes déambulent entre les stands, les familles se rassemblent sur les pentes de la colline, loin des deux scènes principales, mais à portée de son. On grignote les tortillas distribuées gratuitement, on hèle une serveuses de shooters qui traverse le public, la chaleur pèse et le micro-nuage qui passe est salué d'un sourire temporairement rafraîchi ; un petit groupe s'est assemblé en rectangle sur le gravier, dans l'ombre portée d'un panneau : il fait chaud, chaud, même la Budweiser fraîche devient agréable à boire en quelques gorgées.

Alors l'après-midi festivalière se gère avec l'expérience de l'habitué du festival, la pause pour souffler un peu quand le concert s'annonce légèrement moins intéressant, on l'écoute vaguement en reposant les jambes étendues sur la pente. Une heure de repos, pas beaucoup plus, il ne faut pas tarder pour se rapprocher de la scène : bientôt le concert sur la scène de gauche s'arrêtera et la poussière du parterre s'élèvera sèche et diffusante sous les pas des festivaliers pendulaires, ondulant latéralement de vingt mètre toutes les heures, pour sauter d'un concert principal à un autre concert jumeau. Joie de la musique sans fin !









July, 31st, 2010 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau, Montréal, Québec

21 juillet 2010

L'euphorie communicative de Caravan Palace

Caravan Palace
2 Juillet 2010 - festival de Jazz de Montréal

Festival de Jazz de Montréal, un des plus grands festivals du monde, où les somptueuses têtes d'affiche en salle voisinent avec les concerts populaires gratuits et en plein air, en plein centre ville. La Place des Arts offre ainsi chaque soir un gros show sur sa plus grande scène, pas toujours très jazz pour ceux auxquels j'ai pu assister, mais toujours terriblement festifs. Un parti pris de fête populaire, de communion avec la foule, et l'ambiance a souvent été magnifique.

En particulier pour Caravan Palace, grosse claque pour moi qui n'ait pas mis les pieds dans les festivals français depuis deux ans environ : ils semblent une valeur sûre des scènes d'été en France depuis quelques temps, ont même squatté le top des ventes pendant presque un an. Mais je n'en avais jamais entendu parlé, malgré mes passages fréquents sur les sites & blogs musicaux français. Ou comment le snob-toujours-au-courant prend un peu conscience de son expatriation...

Caravan Palace, c'est un sextet de swing - jazz, mais où la batterie est remplacée par la boîte à rythme des Daft Punks, ou presque. Instruments live sur lourde rythmique électronique, laissant parfois la place à un peu de vocoder ou quelques scratchs de vinyle. Un déchaînement euphorique saisissant, follement dansant, dont on sort radieux, souriant, étincelant, volant sur l'énergie communicative du groupe et de la chanteuse charismatique.

Montréal a chaviré, les fans de musique & de jazz se déhanche devant ces français fous. La musique électronique manifeste sa puissance communicative, irrépressible, un peu à la manière des Chemical Brothers à Rock en Seine 2004, secouant une foule rock & tatoué aux sons de leurs beats fous.

Pas de vidéo de Montréal avec la somptueuse présence scénique chantant, mais ce numéro original avec danseurs de Montréal. Pas forcément le plus représentatif de la personnalité du groupe, mais tout de même fort fun...


6 juin 2010

The Black Keys are good blues & for fun

Tighen up
by the Black Keys (2010)

Les Black Keys sont deux et jouent du blues rock électrique.
Et ils ont pas mal d'humour, comme le montre cette vidéo...


15 mai 2010

Les jolis rythmes de Caribou à déguster en concert

Caribou in Concert
Babylon, Ottawa - May, 4th 2010

Deux batteries sur scène, de profil par rapport au public, le guitariste et le bassiste placés derrière toutes ces percussions. Caribou est un groupe de rythme, pour sûr, et le Babylon d'Ottawa réagit intensément à chaque morceau, souvent longuement étirés, des atmosphères pleines de battements. Le public apprécie.

Il faut dire que les présents font un peu figure de privilégiés. Les préventes avaient toutes été vendues les jours précédant le concert, une queue d'environ quatre-vingt personnes attendait depuis 19h30 devant le bar - pour une ouverture des portes prévues à 21h. Une petite dizaine réussiront finalement à entrer, pas plus, et encore, certainement parce que la jauge officielle de la salle n'a pas été très respectée...

Une foule de privilégiés, mais une foule courageuse également : Caribou n'apparaît sur scène qu'à 23h30, quel horaire étrange pour un concert en début de semaine ! Horaire choisi pour obtenir des spectateurs plus hypnotisables ?

Dan Snaith, la tête pensante, officie sur la batterie de gauche, côté jardin ; petit kit, mais il se charge aussi de claviers, de divers gri-gri, manie les effets et les boucles électroniques ; il officie en chef d'orchestre, donnant le signal à ses partenaires en plein morceau, d'un mouvement de son regard bleu. Dan Snaith n'est pas docteur en mathématique pour rien : les morceaux sont construits, délicatement variés, jouant de sonorités fines et de rythmes entremêlés. Les 3 autres musiciens sont eux aussi impressionnants, guitaristes et bassistes en arrière-plan torturant les cordes, et surtout, le batteur à plein temps, côté cour. Une énergie magnifique, jonglant entre caisse claire et cymbales, le geste souple, le sourire concentré, un bonheur musical doublé d'un plaisir visuel : quel joli spectacle que ce batteur livrant ses secrets à 30 cm du bord de scène.

Ces énergies rythmiques tissent un lien ravissant entre les différents styles abordés par Caribou au gré de ses différents albums. La fine pop psychédélique d'Andorra s'enchaîne parfaitement avec les morceaux plus krautrock des débuts, et même avec le disco vaguement mélancolique du dernier Swim, comme sur le single Odessa ; variations & facettes d'un même fil musical, assembler, ajuster, laisser couler. Que ce duels de batteries sont agréables !


5 mai 2010

Hot Chip toujours, mais comment résister

I feel better
by Hot Chip (2010)

Hot Chip sont décidément des bons clients : titres accrocheurs, vidéos pleines d'humour... Difficile de résister à l'envie de partager leur dernière sortie. Au menu : un revival Boys Band avec auto-tune pour les voix...



23 avril 2010

Un clown de fast-food pour un single noisy pop

When I'm with you
by Best Coast (2010)

La noisy pop semble à la mode dans l'indie US. Les jeunes groupes jouent fort, saturé, mais mélancoliques, presque éthérés, comme si la recette désinvolte des Jesus and Mary Chain semblait avoir émergé aux Etats-Unis comme solution miracle. Assez amusant de découvrir ces influences, en particulier en Californie, que j'imaginais plus portée vers une pop ensoleillée...

Bon, je l'avoue, je n'ai pas plongé profondément dans cette pop noise à la californienne ou l'américaine, pas d'exploration de Girls ou The Pain of Being Pure at Heart. Mais je passerais certainement un bon moment en concert, et je picore de temps en temps les singles qui surgissent, miniatures pas désagréables. Comme pour ce When I'm with you de Best Coast, groupe de San Francisco, à la vidéo sympathique...


20 avril 2010

C'est con mais c'est bon (et en plus c'est LCD Soundsystem)

Drunk Girls
by LCD Soundsystem (2010)

Le nouvel album de LCD Soundsystem doit sortir fin mai, et tourne en écoute intégral sur le site du groupe depuis quelques jours. Plusieurs titres s'annoncent comme de jolis sommets, mélanges d'exploration sonique, références reconnaissables, émotion, tout ce qui fait le charme des compositions de James Murphy. Je devrais prochainement parler de All I Want ou I Can Change...

Mais chaque album de LCD Soundsystem se voit lancer par un single punk & dansant, presque crétin, et l'album This Is Happening ne déroge pas à la règle. Voici Drunk Girls, et si James Murphy prend des accents proche de Bowie pour lancer "I believe in waking up together", c'est pour mieux balancer une énumération sarcastique et haute en couleur, un gros moment de fun.

Et la vidéo pousse l'idée encore plus loin. Happening déconneur et nihiliste tourné en travelling, bien dans un esprit Youtube, il rappelle les pochades sutpides des vidéos de Joystick, les bêtises de Jackass, tout simplement toutes ces vidéos bêtes que l'on peut recevoir au bureau. Mais on y voit rarement des Pandas masqués martyriser un groupe de rock...