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9 avril 2011

Matters débute au Mavericks d'Ottawa avec PS I Love You

Matters  +  PS I Love You 
Concert at Mavericks, Ottawa - April, 6th, 2011

Il y a 10 jours, j'avais évoqué Diamond Rings, projet solo de John O'Regan. Sa métamorphose glam, ancien chanteur des post-punk D'Ubervilles devenu une sorte de Bowie glam, homme-orchestre portant le collant zèbres et le maquillage. Quelques jours plus tard, les D'Ubervilles annonçaient leur retour sur les routes, sous le nouveau patronyme de Matters. Avec un concert prévu aussitôt à Ottawa, dans le cadre d'une petite tournée canadienne de 4 dates avec le duo PS I Love You. Quelle chance !

J'étais donc curieux de découvrir ces nouveaux Matters, curiosité renforcée par ce contexte de "métamorphose inverse", un Diamond Rings débarrassé de ses accessoires et maquillage, jouant une musique certainement plus rock, moins synthétique. Curiosité facile à assouvir dans le Mavericks d'Ottawa, petite salle punk où les artistes traverse le public pour aller tranquillement installer leurs instruments. Voici donc John O'Regan à la ville, longue silhouette portant banal jean slim noir et blouson de cuir, larges lunettes à montures épaisses façon Budy Holly, casquette de baseball des Toronto Blue Jay. Un simple indie-rock kid sans fantaisie, et ses 3 compagnons de Matters sont tout aussi modestes visuellement, presque insaisissables dans leur uniforme jean and T-shirt uni. Le groupe est là pour jouer du rock, sans chichi.

Un rock carré, intense, à la rythmique précise, énergique, un indie rock bien impliqué. On sent bien l'influence post-punk, le rock fin 70s - début 80s, mais sans les accents dance punk qu'on peut associer maintenant au terme post-punk pour des groupes comme LCD Soundsystem ou !!!, sans le côté 'disco not disco'. Plus proche de ces albums du tout juste après punk, où la new wave se cherche encore, comme sur Crocodiles de Echo & the Bunnymen. Aiguisé, efficace, mais sans trop de formule, une recherche d'intensité et d'efficacité, où surgissent de jolies variations, des relances des sursauts. Les morceaux commencent souvent sur une mélodie simple et carré, un élan concis de rythmique et guitares, mais les chansons prennent souvent la tangente, des explosions instrumentales de quelques minutes où les guitares se font plus bruyantes, plus libérées. Quelques synthétiseurs surgissent aussi parfois, promettant une belle variété pour de futures disques.

Variété dans laquelle il sera intéressant de suivre les échos du glam de Diamond Rings. John O'Regan offre une belle prestation, dont le charisme s'est peu à peu libéré. Leader / chanteur impliqué, lançant les morceaux, au chant tonique, il mène sérieusement le groupe dans ses premiers morceaux, parfaite tête de pont indie rock. Mais sa présence se détend au grès des morceaux, ses mouvements se font plus habités dans les solo ou dans les reprises du chant après un passage instrumental, sa tête dodeline plus intensément, jusqu'à faire glisser la casquette Blue Jay, laissant apparaître la coup mi-rasée mi-longues mèches peroxydées de l'alter ego Diamond Rings. Son investissement dans la musique augmente encore d'un cran sur le single Get In or Get Out en fin de set. Libéré de sa guitare, expédiant les notes de clavier initiales, John O'Regan saute devant la scène, au milieu du public peu nombreux, se lance dans quelques pas de danse de ses longues jambes fines...

Beaucoup de promesses dans ce set d'une trentaine de minutes. L'enregistrement du premier album de Matters ne devrait pas tarder à commencer, pour une sortie possible à l'automne.

La prestation de Matters fut intense et prometteuse, mais il ne faut pas oublier qu'ils n'étaient pas les têtes d'affiche de la soirée. Le groupe principale n'était autre que PS I Love You, duo de Toronto apparemment ami de John O'Regan : Diamond Rings a ainsi chanté sur un titre de PS I Love You et a déjà tourné en leur compagnie. Il faudrait certainement plus de place pour présenter au mieux ce duo atypique, à la musique riche. Je me contenterai donc de quelques idées avant plus de détails dans le futur.

Mais il me faut au moins décrire l'impression laissée par le chanteur Paul Saulnier. Petite boule de 1,60 m  et certainement 160 kg, il promène son physique obèse sous une généreuse barbe rouse et de longues mèches maintenu par un bandeau de tennis rouge. Son installation de la scène laisse d'abord perplexe, figure maladroite qui peut à peine se baisser pour installer sa vingtaine de pédales d'effets. Mais sa dextérité musicale éclate vite au grand jour dès les premiers morceaux, des chansons assez courtes extrêmement saturées, terriblement bruyantes dans leur guitare. Son acolyte mène une batterie rugueuse mais riche, et l'on découvre un nouveau duo rock fascinant : comme des White Stripes qui auraient écouté Pavement ou Dinosaur Jr plutôt que rejouer le heavy blues de Led Zeppelin. Un duo noise un peu comme les Japandroid de l'ouest canadien, mais PS I Love You est beaucoup plus varié, plus riche dans ses musiques et son utilisation de la saturation, plus brillant dans son indie rock. Une richesse qu'il sera bon d'explorer un peu plus que par les 35 minutes du concert de mercredi dernier.

Mais une bien jolie soirée avec ces deux groupes d'Ontario !







Matters


PS I Love You






Bonus: Crocodiles by Echo and the Bunnymen (live from early 80s)

14 janvier 2011

Deer-Ree-Shee, le bruit des Black Angels résonne longtemps



Deer-Ree-Shee 
by The Black Angels (2008)
Live in Paris at Canal Plus and at La Maroquinerie

J'ai découvert The Black Angels début 2008 par le précieux Podcast du service musique de Libération, Libélabo La Playlist. Un titre lent mais légèrement tonique, aux guitares atmosphériques, fortement planant, doucement atmosphérique, une écoute assez fascinante au milieu des rues industrielles de Duisburg. Peu de temps après, j'ai acheté leur deuxième album, Direction to See a Ghost, à la pochette criarde rouge et verte, très soleil de San Francisco en 68. De manière assez surprenante, c'est un album vers lequel je reviens régulièrement, dont certains titres m'ont accompagnés sur les trois dernières années ; une jolie durée de vie.

Le pouvoir séducteur des Black Angels n'est pourtant pas bien compliqué, un rock psychédélique vaguement anxieux, où les couches de guitares obscures se répètent. Ils n'ont pas choisi leur nom d'après le Velvet Underground pour rien, l'influence est assumée. Mais on connaît le pouvoir de tels diamants noirs, de sons drogués et paranoïaques, que ce soit par le Velvet, les Black Angels ou les silhouettes fines et tordues des Jesus and Mary Chain. Un sorte de hurlement contenu à mi-voix, le bourdonnement du matin dans des draps bizarres et brouillés, le spleen des soirées un peu longues sur des canapés défoncés, la grisaille qui ricane quand le bus de fin de journée arrive un peu chargé. Des atmosphères clair-obscure, des entre-deux, une certaine urbanité métallique au crissement en sourdine, aux petites rugosité ; on n'y pense pas forcément, on peut même ne pas être convaincu du tout par cette anxiété, ce spleen de bruit blanc ; mais il reste fascinant à observer et écouter à intervalles réguliers.

Je serais très curieux de voir les Black Angels en concert. J'avais été agréablement surpris de les découvrir dans la programmation 2010 du mastodonte parisien Rock en Seine ; mais pas facile pour moi d'y aller depuis Ottawa... Je vais continuer à chercher une occasion. Mais ces deux versions live parisiennenes du superbe Deer-Ree-Shee confirme que l'effort en vaudra la chandelle - une aux effets visuels surproduits dans les studios de Canal Plus, l'autre en caméra fixe backstage à la Maroquinerie, et deux intensités similairement impressionnantes.






29 septembre 2010

La jolie palette des Liars (que je ne verrai pas en concert)



          Liars in concert in Ottawa on October, 1st 

Finalement, je ne vais pas pouvoir aller voir Liars en concert cette semaine. J'ai pourtant pris ma place il y a quelques semaines, excité à l'idée de découvrir l'énergie scénique du groupe. Mais d'autres projets sont venus se greffer à mon agenda, et il est difficile de refuser un joli week-end dans un chalet en ce début d'automne...

Mais si la perspective de bons moments dans la nature est alléchante, il me reste quelques regrets musicaux. Je n'ai vraiment écouté qu'un seul album de Liars, et assez tardivement : leur fourre-tout éponyme sorti en 2007, quatrième album du groupe. J'avais lu quelques critiques prometteuses de leurs albums précédents, quelques compte-rendus inégaux de concerts également ; une littérature suggérant un groupe pas forcément facile d'accès. Ce sont des titres plus calmes comme Houseclouds ou Sailing to Byzantium qui m'ont attiré vers cette album, que j'ai finalement trouvé d'occasion chez un marchand parisien. Joli coup de chance : Liars (l'album) joliment gros dégagement d'énergie rock et petits morceaux plsu doux, sympa, bien ciselés.

L'album débute ainsi par ces deux titres, enchaînés dans cet ordre : hurlement rapide, puis vignette rigolarde. J'espère avoir une autre occasion de les voir jouer live !




10 septembre 2010

"Shout" with the Isley Brothers, plus intense que le commun du twist

Shout
by the Isley Brothers (1959)

In the more demonstrative black congregations, to "shout" is to be possessed by the spirit, losing control of your mind and body, flailing and jumping so that the people nearby have to protect you from hurting yourself, and the Isleys conveyed all the joy and power of the ecstatic experience.
How the Beatles destroyed rock'n'roll
chapter "Twisting girls changed the world"
written by Elijah Wald (2009)

Au tout début des années, les Etats-Unis sont frappés par une folie pour le twist, nouvelle musique et nouvelle danse. La vague frappe particulièrement en 1962, où 6 albums contenant le mot Twist dans le titre font partie du Top 50 de l'année du Billboard ; en 1961, aucun album de rock n'apparaissait dans le classement, rien que des chansons, ballades, folk. C'est un véritable retour de flamme pour le de la danse, et tout le monde se lance : les artistes aux rythmes les plus dynamiques se voient accolés le label twist pour satisfaire les envies du public. Des compilations de titres rock sont sorties, titres n'ayant pas plus de 4 ou 5 ans, mais permettant de sufer sur la nostalgie des teenagers d'alors devenus adultes. Même Ray Charles a droit à un album renommé Do the Twist with Ray Charles !

La vague twist emporte une grande partie des orchestres de danse classique, et dans son livre Elijah Wald avoue que peu de teenagers connaissaient encore des danses comme le foxtrot à la fin des années 60. Car la grande révolution du twist, c'est la danse seule, sans que les partenaires se tiennent serrés. Facile à assimiler, joyeux, offrant une nouvelle forme liberté - en particulier aux femmes, libérée d'une forme d'astreinte à l'homme dans la conduite de la danse...

Dans l'ensemble, le twist paraît bien sage vu depuis notre époque, surtout associée à de grands titres comme "Let's twist again". Une folie assez superficielle, une sorte de mode : peut-être une nouvelle forme de mode pop liée à la danse, la première, mais qui sera suivie par beaucoup d'autres exemples plus tard. Nick Cohn est d'ailleurs assez sceptique avec la vague twist dans son livre Awopbopaloobop alopbamboom, loin de l'authentique appétit adolescent de certains morceaux de rock'n'roll ou de la pop anglaise des années 60. Folie très temporaire et artificielle.

Mais certains morceaux affichaient une sauvagerie plus marquée, une proximité plus forte avec les rythmes afro-americains les plus bruts. Avant de devenir des champions pop tout terrain (au moins 1 titre classé dans le Top 100 dans toutes les décennies de 1950 à 2000), les Isley Brothers se lancent par une musique de danse très énergiques. Le titre le plus évident est bien entendu "Twist and Shout" qui sera repris par les Beatles. Mais dès 1959, leur "Shout" offre une folie impressionnante et intense.



25 août 2010

Titus Andronicus et Free Energy, décharge de fête et de rock pour un lundi soir

Titus Andronicus /with Free Energy
concert at the Mavericks, Ottawa, ON - August, 23rd, 2010

- Come on, let's have a great Monday night party!

Les hasards de la programmation rock d'Ottawa ont placé Free Energy un lundi ; groupe de fête, pas forcément à son aise en début de semaine face à un public peut-être prudent vis-à-vis du reste de sa semaine, mais groupe sans retenu, alors rapidement, les quatre ou cinq premiers rangs ne sont plus que pogo. Une vingtaine de fous sautillant pour un public autout de 150 ou 200 personnes, l'ambiance est bien tonique et sympathique, et les Free Energy n'y sont pas pour rien.

Un groupe vaguement garage, sûrement classique rock mais plein d'énergie, des Rolling Stones qui ne joueraient que des singles de trois minutes, riches en riff et en passages accrocheurs. Cheveux longs et moustaches, T-shirts unis et jeans plutôt serrés, mais sans pose façon mode, façon petits rockers radical chic ; rien qu'une bande de potes aimants danser sur du bon rock, et danser, danser. Le chanteur ondule ravi avec des cambruresà la souplesse fraîche, qu'importe que Mick Jagger ou Iggy Pop ait déjà popularisés de telles danses de Saint Guys sexuées, leur plaisir est comminicatif ; il serait presque tentant d'avoir les cheveux mi-longs et raides pour pouvoir les agiter encore et encore.

Mais les têtes d'affiche Titus Andronicus n'ont rien à envier à Free Energy en terme d'engagement, et sont certainement encore plus excités. Pas étonnant que les deux groupes aient été cités dans les 7 jeunes groupes à suivre en 2010 par Rolling Stone US. Titus Andronicus, c'est 5 jeunes musiciens du New Jersey, 3 guitares et une basse, une batterie qui roule, 5 voix qui se mêlent parfois, un chanteur et une guitariste qui sautent à chaque décharge électrique : un groupe fascinant et déchaîné, hurlant et jouant fort, une magnifique décharge punk jeune et excitée.

Mais une décharge d'autant plus fascinante qu'elle propose une construction et une recherche impressionnantes pour une telle musique. En posant vaguement l'oreille, on peut penser à quelques scies rapides façon Ramones, deux minutes du même bourdonnement sale joué à toute vitesse ; mais au bout d'une minute, un chant hurlé s'ajoute ; puis une minute plus tard, un autre riff surgit et tous sautent ; puis un soupire, certains applaudissent, mais ce n'était qu'un sursi, d'autres glapissements s'invitent ; les morceaux peuvent ainsi durer 7 ou 8 minutes, comme des collages fous mais cohérents de courtes séquences ; du punk progressif ?

Du très bon indie, intuitif mais travaillé, sachant introduire d'autres rythmes, quelques touches de clavier, un peu de violon, des pulsations de batteries façon folk song irlandaise, des chansons aux longues phrases comme du Bob Dylan glapi à la folie. C'est cela, un punk un peu progressif, un peu folk ; rien de très nouveau peut-être, il n'y a qu'à lire la demi-douzaine de groupes cités des les critiques de Pitchfork ; mais le résultat est délicieux, superbe décharge de divertissement et d'investissement musical.

Difficile de rêver mieux pour une fête du lundi soir ; en attendant de se plonger dans les subtilités des albums...




17 juillet 2010

La jolie noisy-pop de Blonde Redhead au Bluesfest

Blonde Redhead
Ottawa Bluesfest - 16 juillet 2010

Vendredi soir, fin de journée sous le soleil descendant, les couleurs réchauffent et glissent lentement ; doux début de week-end à paresser sur une pelouse près de la rivière Outaouais. Un peu d'ombre, roman espagnol, à vingt mètres de là, l'herbe s'estompe, zone terreuse recouverte de copeaux d'écorce, et un peu plus loin, une scène de festival. Le groupe Chicha Libre offre un pastiche de musique sud-américaine, pastiche sérieux, ils ne jouent pas la blague - ils jouent simplement de manière limitée. Leur reprise de "L'été indien" passe mieux que l'affreuse destruction d'"Alone Againe Or" de Love, si plate, si triste, si molle.

Mais qu'importe, rien qu'un apéritif.

Le concert s'arrête, je m'approche de la scène. Il faudra voir Blonde Redhead de près. Zigzag entre les chaises pliantes, accessoire omniprésent dans ce festival mollasson au public gouvernemental, si peu rock ; mais c'est un festival de Blues, officiellement, alors qu'y aurait-il à redire ?

Trente minutes encore avant le début du concert et le trio de Blonde Redhead est déjà sur scène, réglant, ajustant, testant chaque instrument avec minutie. Pas de rigolade avec le son, des passionnés, des maniaques, prêts à tripoter les boutons encore et encore pour que tout sonne bien, sonne comme ils l'entendent, leurs mélodies millimétrées.

20h00, le concert doit commencer, les guitares sont encore testées.
20h04, le présentateur monte sur scène pour lancer la musique, et ne pas prendre de retard. D'un signe de la tête, le guitariste le renvoie backstage ; ils vont commencer. Même pas besoin d'introduction, même pas besoin d'entrée formelle sur scène. "We are starting".

La guitare gronde, la batterie s'élance, les têtes des deux frères ondulent, cheveux gris bouclés agités et concentrés. Le batteur frappe souvent les yeux fermés, visage levé vers le ciel. La chanteuse pose sa voix discrètement, cachée sous son chapeau vaguement mou, sa poésie doucement romantique - hélas à peine audible, il aurait fallu plus de temps pour ajuster le volume des voix...

Le show roule plein d'investissement timide, la plongée des musiciens passionnés mais peu intéressés par la communication verbale ou la pose. Ils jouent, ils ondulent parfois, ils agitent leurs instruments ou s'approchent l'un de l'autre, penche la tête, mais suivant toujours le son et les nappes cotonneuses et rageuses. Les chansons d'abord, l'environnement sonore, et les gestes s'invitent naturellement, rien qu'un ajustement du corps et du rythme à l'ambiance générale. Timides de communication classique, fous d'ambiance sonore.

A côté de moi, une fille en débardeur rose ondule, laisse ses bras osciller en danse hindou, fléchit les jambes ; youyouyou lancés de la langue après chaque morceau. Une demi-douzaine d'anneaux pendent à ses lèvres et ses narines : agressive et rugueuse certainement, légèrement rebelle, affichant sa sensualité.

Symbole des chansons de Blonde Redhead ? Sensuelles mais bâties sur l'énergie brute ?

Les danses de cette fille rose semble pourtant à contre-temps, trop souples, trop molles, sans vraie énergie contenue et suggérée, rien que vaguement enfumée. Aucune profondeur chez cette danseuse de festival, rien des rugosités et de l'épaisseur de Blonde Redhead. Le groupe n'a pas été découvert par Sonic Youth pour rien, le rock gronde, particulièrement sur un morceau ancien très saturé & noise, et tant de bruit et d'émotion générée en trio seulement ! Mais là où Sonic Youth construit plutôt des chansons revendicatives, incantatoires, au chant en poésie folle et scandée, Blonde Redhead lance une pop cotonneuse, taquine des timbres colorées et presque pastels dans son chant. Un alliage noisy pop, et rien ne m'enchante plus que ces collisions, bruit intense et rugueux sur lequel pianote un chant doux, sur la pointe des pieds ; rencontre symbolique d'un besoin de hurler et d'une envie de serrer fort dans ses bras, tout un résumé parfait.

Les 55 minutes de concert paraissent presque courtes après cette jolie démonstration. La pop hurlée monotonement par Stars semblera bien terne 30 minutes plus tard...
















28 mars 2010

La folie d'une lettre d'amour à guitares bruyantes

I'm the man who loves you
by Wilco (2002)

Yankee Hotel Foxtrot, album monstre de Wilco publié en 2002, un classique, un disque à la gestation compliquée. Ou comment la country alternative s'était mise à muter en rock, en expériences sonores. Je ne vais pas m'attarder sur ces détails, certains en parlent bien mieux que moi.

Mais difficile de ne pas dire un mot sur I'm the man who loves you, une chanson qui me fascine en ce moment. Un va et vient de guitare saturée et mélodie fine, texte balancé presque en un seul comme de l'écriture automatique, transition parfaite en rebondissement, un solo qui surgit en s'enchaînant sans accroc : une merveille. Une petite folie bruyante, rigolarde, presque un peu angoissée. Comment écrire une lettre d'amour quand on ne sait pas quoi dire, quand il est bien plus parlant de prendre la main d'une fille ?


12 mars 2010

Jolis concerts des White Stripes pour un film peu documentaire, et pourtant mystérieux

The White Stripes - Under Great Northern Lights (2010)

Un jeudi soir et voici une file d'environ 80 personnes devant le Mayfair, cinéma indépendant d'Ottawa. Bien que diffusant certaines succès indépendants, ainsi que quelques blockbusters en séance de rattrapage, l'institution est plus habituée des doubles bills improbables, des séances de minuit avec des vieux films d'horreur, des documentaires pas vus beaucoup ailleurs ; ce mois-ci, le Mayfair propose fièrement un festival Jacky Chan, avec quelques films jamais diffusés en Amérique du Nord. Mais la foule affiche une moyenne d'âge en dessous de la trentaine, population majoritairement étudiantes au look détendus, aux bonnets bizarres. Ce gros public vient pour une affiche alternative, mais de musique alternative - un documentaire sur les White Stripes, Under Great Northern Lights.

En 2007, le duo de Détroit a entrepris une vaste tournée dans tout le Canada, traversant toutes les proviences et territoires, mais les plus au Nord. L'objectif était de découvrir de nouvelles villes, briser la routine de tournée, en assaisonnant les journées de concerts improvisés, hors de salles de concerts, annoncés une heure à l'avance. Des images avaient déjà tourné sur Youtube : Meg & Jack chantonnat en choeur dans un bus. Voilà qui s'annonçait prometteur.

Le film se focalise sur les passages dans les territoires les plus au Nord, villes de Yellowstone, Iqualuit... Voici le frère et la soeur descendant d'un avion, montant dans une voiture des années 50 conduite par le maire de la ville - "oui, nous avons une population de 21.000 habitants". Ou descendant d'un SUV aux vitres teintées, jouant une seul titre devant une salle communale pour remonter aussitôt en voiture. L'un des ses concerts ne durera d'ailleurs pas plus qu'un unique accord.

Assez vite, on comprend que le terme documentaire est un peu erroné. Aucune scène véritablement volée, aucun moment de véritable intimité ou confession du groupe ; quelques images de somnolence backstage, un interview fil rouge peu intéressant : aucun rapport avec ces groupes plongeant de plein pied dans la vraie pour les Concerts à Emporter de la Blogothèque. Les quelques promenades s'affichent à l'écran extrêmement léchées, habits parfaitement ajustés, une jolie vidéo musicale en extérieur, mais pas vraiment l'impression de voir les White Stripes dans leur vraie vie.

C'est un parti pris ; et ce n'est pas surprenant. Les White Stripes sont un groupe de contrainte, trois couleurs, deux instruments, réglant leur image. Le film est dans la même veine, offrant un très bel objet faute de dévoiler totalement l'humanité derrière le mythe rock.

L'essentiel, ce sont les scènes de concert, magnifiquement filmées avec plusieurs caméra, au plus près des visages et des mouvements, des effets de flous ou des mouvements de lumière. Rien d'extrêmement révolutionnaire pour l'imagerie rock, on retrouve l'esthétisme des photos de concerts sur papier glacé ; rien de très original, mais l'image reste splendide, surtout sur le grand écran du Mayfair, ou prochainement en DVD en home cinéma. Il serait dommage de bouder son plaisir, la présence scénique des White Stripes étant une des raisons de leur renommée. Investissement, mouvement fluides, chansons superbes, la voix de Jack qui oscille, et ces guitares terriblement saturées, follement agressives, distillant son énergie communicative.

La voilà, peut-être, la véritable valeur ajoutée par rapport à un simple rendu de concert : le charisme de Jack White présenté dans des multiples situations. Quel bavard, parlant sans arrêt, rit et blague ; quelle présence. On saisit par bribe toute son énergie motrice, son appétit créateur, forte impressionnante.

D'autant plus impressionnante à côté de l'effacement quasi complet de Meg. Certes, elle est présente presque en permanence à l'écran, le duo étant rarement séparé, mais elle se déplace terriblement effacée ; sa voix est à peine audible pendant l'ensemble du film, la majorité de ses paroles sont même sous-titrées ! Face au charisme grand format de Jack White, l'immense timidité de Meg devient peu à peu fascinante. On se surprend à guetter son regard, son pâle sourire poli en serrant la main d'un officiel, ses yeux qui tombent sur pieds ; et sa manière superbe de chantonner à mi-voix sur scène, suivant les paroles hurlées par Jack, chantant muette tout en martyrisant ses fûts.

La moindre action infime de Meg prête à réflexion, interroge le spectateur. Comme ces deux phrases prononcées à un conducteur de camion : "Oh, vous savez, nous ne sommes pas un groupe de rock traditionnel, nous sommes juste deux. Mais cela ne nous empêche pas de faire pas mal de bruit", et le sourire discrètement ravi sous-entend le profond plaisir à créer tout ce bruit. Cette fille si timide ? Comment a-t-elle pu commencer ?

La scène finale est certainement la plus mystérieuse et ambiguë du film. Jack chante en s'accompagnant d'un piano à queu, Meg assise à ses côtés. On croit d'abord à un soundcheck capté à l'improviste, mais les multiples caméras et la maîtrise des plans laisse vite entendre que la scène est très préparée ; la fameuse maîtrise des White Stripes. Pourtant, au bout d'une minute peut-être, Meg oscille toujours de la tête, replace toujours sa même mèche gauche ; et l'éran révèle des longues larmes coulant doucement sur ses joues.

Montrer ses larmes paraît d'une indécence assez gratuite, surtout par rapport au reste du film terriblement pudique et sous contrôle. Je ne suis pas parvenu à me réjouir de cet instant apparemment imprévu, une impression de voyeurisme.

Cependant, cette scène un peu bizarre laisse une impression poignante. Jack chante "She looked like a ghost", et Meg pleure, pleure, ne peut s'arrêter. Jack la prendra de ses bras à la fin, et l'écran se fait noir, le film s'arrête. Cette scène impudique, pas totalement bien gérée par le réalisateur, je pense, reste pourtant essentielle pour le film. Elle véhicule un vaste mystère, tellement de questions ; et donne envie de songer encore et encore à Meg, timide et effacée capable d'exploser à la batterie, de pleurer sur une chanson jouée au piano.


16 juin 2009

Le garage fou de Boom Creek pour un dimanche en famille

Concert de Boom Creek 
14/06/2009 - Westfest, Westboro, Ottawa 

Le parc est encore clairsemé, quelques familles éparpillées sur la pelouse ; sur scène, un quatuor brut déverse son rock bruyant dans la lumière de juin.

Après un samedi country, le Westfest d'Ottawa offre sa scène aux groupes de la ville, et le milieu de l'après-midi voit l'arrivée d'un rock garage à l'impressionnante rugosité. Pour Boom Creek, le concert représente tout, disent-ils sur leur site, la Première Vérité Ultime de leur Philosophie, et cette vérité s'affiche évident sur la scène du quartier de Westboro. Le bassiste dodeline de la tête dans sa veste beige, le batteur assassine sans fin ses fûts, le guitariste et sa barbe font hurler les cordes encore et encore en un blues fort saturé ; le chanteur en marcel blanc vocifère et glapit sans retenue, saturant le micro et les enceintes de paroles incompréhensibles mais à l'énergie incontestable. Entre deux morceaux, il peine à aligner deux mots, ses phrases hachées sans fin par les halètements de sa respiration à bout de souffle ; son visage tremble d'un rouge asphyxié, pense-t-il à respirer de temps en temps entre deux strophes ?

Voici donc les petits Stooges d'Ottawa, une démo de cinq titres à peine enregistrée et diffusée sur CDR dans le festival. Un son fort et énorme, pavé de blues basique, des Rolling Stones primitifs ou des Whites Stripes jouant plus rapidement ; quand le chanteur annonce un morceau sur un chien, on regarde un peu mieux le fil du micro qui s'enroule autour de son cou ou de son bras, on repense à Iggy, vont-ils se lancer dans I wanna be your dog ? Certes non, mais l'air de famille sonore reste marqué : voilà du garage débordant d'énergie, avec pour seul prétention d'être un bon moment de rock, un très gros moment de rock.

Les vagues surchargées de décibels déferlent sur la pelouse éparses, les parents restent sur leur nappe de goûter et les enfants courent tout près de la scène. Peut-être auront-ils gagnés quelques acouphènes durant l'expérience, mais ils auront goûtés à la puissance d'amateurs convaincus ; et les têtes blondes ne semblent pas s'en plaindre : fillette en robe bleue tout au bord de la scène, gamin de trois ans tournant sans arrêt autour de ses parents, les bras écartés, le jeune jet du rock. Juste devant lui, une grande blonde tatouées sur les membres et le dos ondule dans son short en jean.



16 mai 2009

Aerosmith, pilier des radios Classic Rock

Same old son and dance 
by Aerosmith (1974) 

Aerosmith, petit mystère pour l'auditeur européen. En France, Aerosmith me semble surtout connu pour ces albums de la période 1987-1994, pic de sa popularité commerciale en Europe. Le groupe tourne alors sur les radios FM grâce à des titres écrits en collaboration avec Desmond Child. Desmond Child, homme de l'ombre à l'origine de certains gros succès mainstream, en particulier KISS, Bon Jovi, Alice Cooper, Shakira ou même Ricky Martin ; efficacité donc, mais peut-on vraiment parler d'une grande subtilité musicale ? 

Pourtant, avant de devenir un dinosaure commercial du rock, Aerosmith a livré dans les années 70 de jolis albums de rock basique. Un son lourd mais léché, des riffs acérés et bluesy, une voix énergétique, et voilà une belle poignée de classiques du rock ; le tout est fortement inspiré par le blues rock électrique des Rolling Stones, mais la cohérence fait surnager l'ensemeble, un très joli sens de la formule rock.

Ce sens du classic rock font d'Aerosmith un groupe incontournable en Amérique du Nord ; la sortie récente d'un jeu vidéo à leur seul nom n'en est pas le moindre symbole : Aerosmith est synonyme de rock à guitare et de tous les clichés sex'n'drug'n'rock'n'roll. Ce sont les clients idéaux pour ces fameuses radio classic rock, source d'une petite théorie personnelle : j'avance qu'il est presque certain d'entendre un titre d'Aerosmith en se branchant quelques heures sur ce type de radio américaine.

Après quatre ou cinq jour de trajets en voiture à Ottawa, à raison d'une petite heure par jour, les faits ne m'ont pas encore fait mentir : j'ai pu entendre 6 titres différents d'Aerosmith sur la même radio FM. En particulier la version originale du très efficace Same Old Song & Dance, que je ne connaissais qu'en version live. C'est brut, rigoureux, intense, et surprise, voici même surgir un saxophone aux deux tiers du morceau...


22 avril 2009

Crocodiles, l'explosion d'une chanson encore un peu punk

Crocodiles 
by Echo & the Bunnymen (1980)

La Nouvelle Vague comme un renouveau après le l'onde de choc ; le punk a explosé en 1976 au Royaume Uni, balayant les vieux groupes rocks et s'autodétruisant en un ou deux ans ; que reste-t-il alors ? Une série naissante de jeunes groupes, nourris aux idéaux du Do-it-yourself punk, avides d'indépendance et de nouvelles idées, de nouveaux moyens d'expression. The New Wave ; qui conduira à toute une série de gros groupes dans les années 80, à l'utilisation des synthétiseurs les plus minables, aux excès démodés et amusants.

Mais entre ces deux gros mouvements britanniques, punk puis new wave, la transition fut passionnante, riche en jeunes groupes tâtonnants, aux sons inédits, étranges et maladroits. Les premières vaguelettes hésitantes de cette New Wave, encore amateur et bricolée, vers 1978-79-80.

Ainsi, Echo & the Bunnymen offre en 1980 un premier album sombre et troublant. Ils vont peu à peu devenir énormes en Angleterre, au bout de deux-trois albums, tels Depeche Mode ou The Cure ; mais ils se sépareront dès 1987, loin de la résistance des gros vétérans des stades des 80s. Avant le grossissement de la grenouille et des orchestrations, ce premier album Crocodiles offre de très beaux moments subtiles. Production mince, la basse roule douce et sans fioritures, quelques notes discrètes de synthétiseurs comme trop timides, et des sursauts de guitare qui rappellent les éclairs punk. Les chansons ne dépassent pas 3 minutes, rêves interrompus d'un hoquet, n'ayant plus rien à raconter après leurs écumes d'images précipités. Le lyrisme de Ian McCulloch se niche dans cet écrin nouveau, tissé de divagations noires qui inquiéteront les critiques rock d'alors.

Et au centre de l'album, une explosion intense fascine : Crocodiles, la chanson. 2:40, une course folle de guitares à la basse oppressante, une vision d'hypnose sur lequel se pose le flot verbal de Ian McCulloch. Les formules jaillissent et marquent l'esprit - I read it in a magazine - Listen to the ups & down, Listen to the sound they make - I can see you've got the blues, In your alligator shoes - Met someone just the other, Said wait until tomorrow.

Les longues répétitions de ces I'm gonna do it tomorrow hante longuement, donnant envie de replonger dans ce déchaînement, même édulcoré par une version live dans une immense salle.



4 mars 2009

Yes, I still love rock'n'roll

Sugar Kane 
by Sonic Youth (1992)

Depuis plusieurs mois, je papillonne musicalement, goûte un peu à différents styles. Toujours pops, d'une certaine manière, toujours de la musique de jeunes, des musiques pas véritablement faites par des musiciens ; électronique, hip-hop, un peu de folk, un peu de rock. Sauter ici ou là pour le plaisir de la surprise, je m'enivre de changement et de sinuosité et relâche un peu ma modeste discipline : je suis un peu moins les buzz du moments et préfère goûter à des périodes méconnues, le début des années 90. L'excitation ne vibre plus tellement pour toutes ces next big things qui s'évaporent rapidement. Je ne bondis plus aussi vite sur les têtes d'affiche folk des blogs ni sur les jeunes rockers des couvertures NME. Je prends mon temps. Je varie et je flâne.

Mais certaines chansons m'empêchent toujours de prononcer cette phrase qui me tente dans mes moments le plus snobs : "oh, finalement, je n'aime plus tellement le rock, il ne m'excite plus trop". Impossible de formuler un tel jugement après avoir presser si souvent la touche Repeat à l'écoute de Sugar Kane des Sonic Youth. Un appel de guitare, une batterie qui se lance, rideau électrique vaporeux qui accueille doucement les déclamations de Thurston Moore, tout s'assemble toniquement et sans effort, me prenant par la main.

Et le refrain éclate, "And I know" sous des boucles de guitares aiguës et ascendantes, accélérant encore et encore pour faire bondir la foule et balancer les têtes aux cheveux longs, sales, gras et ravis. Sauter et sauter sans fin, l'évidence de la simplicité et du dynamisme.

Deux minutes de solos s'invitent pour faire mine d'offrir un morceau plus expérimentale, pour autoriser une jolie respiration en rupture de rythme au bout de quatre minutes de chanson. Juste pour le plaisir de réaccélérer et repartir de plus belle, scier le même bois électrique à grand coups de riffs et de batterie. Une formule idéale, un plaisir sans hésitation, de l'énergie et de l'intensité : Repeat.