Affichage des articles dont le libellé est pop. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est pop. Afficher tous les articles

2 avril 2011

Un bon gros single de Big Beat : retro, mais hé, bien dansant

Ya Mama - by Fatboy Slim (2000)

Petite interrogation personnelle : à partir de quand une musique pop sonne-t-elle rétro ?

Par exemple, à quelle moment durant les années 80 la pop au synthétiseur est-elle devenue ringarde, datée, avant de faire un come back à la fin des années 90 ? Ou, posé autrement, et pour mon expérience personnelle : quand aura-t-on vraiment l'impression d'avoir des soirées rétro en écoutant des tubes des années 90 ? 
L'interrogation m'était venue sur quelques dance floors de mariage, où se succédaient des morceaux commerciaux des années 80, fun mais fortement datés. Les tubes de mes années lycées sonnaient-ils déjà datés ?

J'imagine que l'effet est plus marquant si l'on plonge dans des genres relativement définis et reconnaissables. Ce qui permet de songer à un bon candidat pour genre rétro des années 90, en particulier pour les soirées de mariage des années à venir : le Big Beat. Courant techno de la moitié des années 90, porté par quelques gros tubes, indéniablement fun - un très, très bon candidat par conséquent.

Le Big Beat, je n'y ai eu affaire qu'assez tard durant l'histoire du genre - premières soirées du collège où surgissaient les Prodigy, mais surtout la bande son tapageuse de Matrix en 1999. Le Big Beat avait la côte et touchait même les petits jeunes pas vraiment intéressés par la musique (mes révélations musicales datent d'un peu plus tard). Un son fun mais assez bourrin, prévisible, parfait pour porter les scènes spectaculaire d'un Matrix ou d'autres films d'actions se voulant contemporains. Rien de passionnant, mais un bon petit membre de l'inconscient pop collectif.

Mais il y a une demi-douzaine d'années, je suis tombée sur un blog intéressant, qui décrivait schématiquement l'historique du Big Beat. Je ne retrouve pas le lien, mais la trajectoire était belle. Genre prenant essor à partir de remix rapides de hip hop au début des années 90, tel ce titre de Bomb the Bass, Bug Powder Bust : rap énergique et punchy devenant instrumental étiré et psychédélique sous la patte des Chemical Brothers (alors Dust Brothers...) Tout un mélange de rythme, de sources et d'idées, étirées, bidouillés, avec quelques objectifs clairs : du rythme tonique, du fun, de la danse. Le genre grandit, gagne le public séduit par certains morceaux utilisant des guitares répétitives. Et très vite, le Big Beat devient mécanique et parodie paresseuse... Tout juste bon pour les bandes son de film d'action et de jeux vidéo...

Le site datait la fin de l'âge d'or du Big Beat à 1998. A peu près à la sortie de l'album You've Come a Long Way, Baby, l'album de Fatboy Slim au succès immense. C'est à peu près l'époque où le Big Beat m'a touché par le gros de sa vague commercial ; pas étonnant que le genre me soit apparu prévisible et presque monolithique... Déchéance que reconnaît tout à fait Damien Harris, patron du label Skint Records, où sortait les disques du Fatboy : "The sound became, and indeed remains, the compulsory soundtrack for action movie trailers and lost any sense of a cutting edge."

La trajectoire n'est pas surprenante, classique schéma façon "Vie et mort d'un genre pop". Mais comme tout genre pop, la partie immergée de l'iceberg reste à explorer, et il y aura certainement quelques trésors cachés à découvrir pour le novice peu éclairé (comme moi : non, je ne connais rien au Big Beat hormis une demi douzaine de titres).

Mais quoiqu'il arrive, malgré leurs accents faciles, les gros tubes Big Beat restent d'exquises invitations à la danse folle. Parfaitement illustrée par cette vidéo de Fatboy Slim, Ya Mama de 2000. Non, ce n'est pas du Big Beat de l'âge d'or, et oui, c'est assez prévisible. Mais cela correspond bien à notre point de départ, une petite madeleine sans prétention, aux accents vaguement rétro de "ouais, ça sonne vraiment 90s". Et cela rappelle le credo découvert sur le vieux blog comptant l'histoire du Big Beat : "passez un bon disque de Big Beat dans une soiée quelconque, et si les gens ne dansent pas, cassez-vous : rien ne pourra vraiment les faire danser ce soir".



Fatboy Slim - Ya Mama par jenemba




Bug Powder Dust by Bomb the Bass
album version above
Chemical Brothers remix below




30 mars 2011

Diamond Rings en ballade douce amère dans la nuit

It's not my party - by Diamond Rings (2011)

Février 2010, le théâtre d'Outremont accueille Owen Pallett pour un joli concert à Montréal. Les demeures bourgeoises d'Outremont sont entourées de neige, petits restaux agréables dans la rue où je déguste une soupe à l'oignon avec un kir : la soirée s'annonce douce et touchante avec le violoniste et ses chansons à tiroirs.

Mais la première partie s'ouvre surprenante sur une longue brindille insoupçonnée. Comme Pallett, un artiste solo, lançant les beats sur sa petite machine, puis pianotant sur le synthétiseur ou plaquant des accords sur sa guitare, des assemblages vaguement indie, assurément pop. La musique flotte agréable et détendue, rigolote, mais c'est l'aspect de ce personnage qui capte l'imagination. Immense silhouette longiligne et colorée, baskets vintage aux teintes violettes, collant zèbre sur ses baguettes de jambes, blouson en jean cintré, coupe peroxydée et maquillage mauve mi-Bowie, mi-années 80. Voilant une saisissante figure glam à l'humour intense, à la présence modeste, un personnage, une vision.

Je ne connaissais rien de Diamond Rings avant cette apparition. Pourtant, le personnage faisait le buzz depuis quelques mois dans le milieu indie. Et une histoire pas banale...

A l'été 2008, John O'Regan se retrouve à l'hôpital. Il est chanteur du groupe The D'Ubervilles, groupe post-punk de la scène de Montréal. Le séjour traîne un peu, le moral est bas, John O'Reagan se met à travailler sur des chansons à l'hôpital, avec les contraintes liées à ce cadre. Un véritable projet solo, par la force des choses, dont la teinte s'éloigne peu à peu de l'indie punk des D'Ubervilles. Car c'est en figure glam que John O'Regan sort de l'hôpital, Diamond Ring à la coupe de outrageuse, au maquillage appuyé, aux vêtements fluo sortis d'un magasin d'occasion ou de certains films d'Almodovar.

Une métamorphose assez fascinante, une petite légende indie, insuffisante à expliquer l'enthousiasme du public d'Outremont, ce soir de février 2010. Le public de la première partie s'embrase pour Something Else, tube qui a parcouru les blogs à l'hiver 2009-2010, petite bombe entêtante à l'efficacité imparable, au charme pop indéniable. La puissance du morceau est telle que je l'ai entendu sur une radio commerciale en décembre 2010...

Personnalité intrigante, tube pop pour prendre de l'élan, la trajectoire prend finalement son envol à l'automne 2010, avec la sortie de l'album Special Affections. Album salué par le monde de l'indie nord américain, notation enthousiaste sur Pitchfork, couverture du journal gratuit Exclaim! : un écho porté par la puissance des chansons, loin d'être des copies du tube Something Else, offrant une sensibilité douce, joliment écrite, cristalline, mouvante. Une complexité caché sous des ingrédients dépouillés, très simples, mais un maniement du song-writing assez fascinant...

La nouvelle video pour It's not my Party illustre bien ces différentes facettes. Ballade doucement entêtante, toute simple, aux écorchures discrètes, et la vidéo s'écoule à l'unisson comme une déambulation nocturne et mélancolique. Voir Diamond Rings serrer les manches de son anorak blanc dans la nuit est une image d'une superbe poésie urbaine.

13 mars 2011

Le Femme en boucle Sur La Planche - et comparé à des Suédois

La Femme - Sur la Planche (2011)

Un article plutôt laconique sur les Inrocks, avec quelques expressions presque passe-partout. "Des cool kids de 17 ans et un peu plus, que l'industrie du disque s'arrache déjà en coulisse, et qui ont fait de leur liberté leur atout le plus cher.", dit l'article. Difficile d'en savoir plus au sujet de La Femme, qui n'a pour l'instant sorti qu'un EP.


Mais le single est agréable & fun, et l'on peut s'amuser à citer les références, comme le font les Inrocks. Une New Wave francophone désabusée et chic, façon Taxi Girl, le côté surf music évident du titre. Je songe aussi à du pyschobilly, ces roulements un peu hypnothiques, aux accents de film de genre ; impression renforcée par la touche "film noire de surf" de la vidéo.
Et bizarrement, même si le son est assez différent, les Raveonettes me sont venus à l'esprit. Pour la distance du chant, certainement, le côté pop song légèrement pervertie ; même si les suédois sont bien plus saturés et rock que les jeunes français. Peut-être ai-je aussi fait une association par les vidéos : même moins stylisé que celui de "Sur La Planche", le clip de "The Great Love Sound" s'écoule aussi en petite parodie de film noire...


21 janvier 2011

Lemonade, and Braids offer nice pop atmosphere for Canadian winter

Lemonade 
by Braids (2011)
from the album Native Speaker, released on January, 20th, 2011 

A l'automne 2009, Vincen Moon profitait du festival POP Montréal et captait les prestations de quelques jeunes groupes de la ville. Un bien joli article présenté sur la Blogothèque, dont la richesse ne s'épuise pas. C'est par lui que j'avais tout d'abord découvert les Luyas, beau moment musical dans un café d'Ottawa au printemps dernier. J'avais aussi exploré quelques pages Myspace, déniché quelques titres prometteurs, dont celui des Braids. Voici que sort justement leur premier album, intitulé Native Speaker.

Une pop très atmosphérique, délicatement construite, très progressive et douce, enveloppante. Petits assemblages de batterie légère, vaguement répétitive, minces ondes de guitares. Les voix flottent, féminines, mêlant quelques paroles, de simples notes lancées ici ou là, librement. Tout un jeu de cristal vibre tranquillement, presque fragile, très touchant, gracieux et modestement intense.

Lemonade offre ainsi un exemple magnifique, terriblement accrocheur. J'avais écouté cette chanson au moment de l'article de la Blogothèque, son charme discret s'était doucement glissé autour de moi, mais je n'y avais plus trop pensé. Je l'ai ressorti cette semaine en découvrant la parution de l'album, et la puissance de Lemonade me baigne et me fascine.

L'album Native Speaker s'annonce de plus agréables dans son ensemble, une couette des plus douces pour envelopper l'hiver canadien. Mais avant de m'enrouler dans cette douleur fraîche et chaude, je compte bien profiter du concert des Braids. Ce jeudi 20, le groupe joue à domicile, à Montréal, pour le lancement du disque. Mais, demain, vendredi 21 janvier, les musiciens viendront à Ottawa en voisin, concert fort prometteur dans la petite salle du Mavericks. La soirée s'annonce idéale pour lancer la nouvelle année musicale dans la capitale canadienne.

Braids, en concert avec Long Long Long
Vendredi 21 janvier 2011 - Mavericks, Ottawa, Ontario

23 septembre 2010

La Patère Rose rebondit en tout sens (et bientôt en France)

La marelle
par La Patère Rose (2010)

J'ai vu récemment que la Patère Rose allait jouer en France en novembre prochain. Le groupe est un peu connu en France, apparemment, après avoir fait la première partie de Mika. Mais il reste une très jolie explosion pop canadienne, un plaisir un peu coupable en français, qui doit déborder d'énergie sur scène. Un peu de folie de la jeunesse montréalaise.

8 septembre 2010

Day-O, pop classic by Harry Belafonte

Day-O (Banana Boat Song)
by Harry Belafonte (1956)

Je lis actuellement un livre intitulé "How the Beatles destroyed rock'n'roll", écrit par Elijah Wald. Pas d'uchronie ou de science fiction mettant en jeu des idoles des 60s, mais une histoire de la musique populaire américaine - comme l'indique le sous-titre : "An alternative history of American Popular Music". Le livre brasse deux ou trois thèses de bases, comme l'influence des technologies sur les musiques populaires ou l'ouverture du grand public à des nouveaux genres grâce à des passeurs qui en atténuent les côtés les plus risqués : en ce sens, les Beatles ont tué le rock'n'roll sauvage en créant la pop des années 60s...

Le livre est certainement un peu superficiel pour le spécialiste, comment traiter de l'apparition du jazz, du swing, du rock'n'roll, de la pop en seulement 245 pages ? Mais il permet de découvrir ou redécouvrir les pionniers des différentes époques, les personnages clefs, les ruptures technologiques. Les luttes de syndicats de musiciens contre "la musique en conserve" des phonographes fait sourire depuis notre époque. Le lobbying des professionnels de la musique ne date pas de l'apparition du mp3 ou même de la cassette enregistrable !

Je reviendrai plus en détails sur ce livre et les différentes époques qu'il présente. Mais je ne peux m'empêcher de parler d'Harry Belafonte, personnage du chapitre que je viens de terminer.

Première vraie pop star noire, Harry Belafonte offre un mélange accessible de folk, de rythmes exotiques, tous savamment ajustés pour toucher le grand public. L'exemple même de l'ennemi, pour les spécialistes d'un genre, lui reprochant le côté tellement pop et américain lisse de son calypso ; mais une approche assumée par Belafonte, revendiquant son respect pour ces musiques, son goût pour l'étude, son envie d'en faire des tubes pour le plus grand nombre.

Et avec quel succès : en 1956, Belafonte explose et son album Calypso est le premier LP à se vendre à plus d'un million d'exemplaire ! Le format LP vient d'apparaître, les jeunes se portent plus vers les singles, et les parents sur des LP d'ambiance, donnant lieu à des collections de mood music ou à des séries exotiques où quelques rythmes "sauvages" sont saupoudrés sur des pièces de jazz. Les chants d'oiseau sont une des sensations mises en avant pour le tout nouveau système stéréo, si fidèle... Belafonte emporte donc le morceau en s'emparant d'une mélodie classique jamaïcaine, lui offrant un traitement pop élégant avec une voix magnifique. Calypso restera 33 semaines en tête des charts, et seuls 3 albums feront mieux par la suite...

Toute une vague calypso est lancée et en 1957 certains critiques parlent du calypso comme le nouveau rythme sauvage, celui qui a enterré la petite mode du rock'n'roll, déjà dépassé. Amusante prédiction vue depuis le XXIème siècle, mais illustrant bien la thèse du livre, l'histoire de la pop comme non linéaire, sans idée de progrès définie en constante.

Mais qu'importe, le calypso n'a peut-être pas enterré le rock, mais Day-O, premier titre de l'album Calypso reste un immense classique, parodié et utilisé en tous aspects de la pop culture américaine, chants de supporters ou séries télés. Le passage d'Harry Belafonte au Muppet Show est ainsi mémorable...



27 août 2010

Amazing taste of Lester Bangs, pioneer of gonzo-rock criticism

Mainlines, Blood feasts and Bad Taste - A Lester Bangs reader
by Lester Bangs (2003 - articles published from 1968 to 1982)

The Rolling Stones lasting twenty, thirty years - what a stupid idea that would be. Nobody lasts that long - very few novelists; the greatest dictators don't turn out classic movies over forty-five years. (...)
In other words, why don't you guys go fertilize a forest?
published in Creem in December 1973

Ah, oui, quelle idée stupide, des Rolling Stones accroché à la scène pour 20 ans ; qu'aurait pu écrire Lester Bangs sur la chute de cocotier de Keith Richards en 2006 ? Après 44 ans de carrière pour les Stones..

Hélas, Lester Bangs est mort en 1982 d'une overdose, après un peu moins de 15 ans d'une carrière de critique rock. Une mort cohérente avec son personnage, car Bangs fut un des pionniers de l'écriture rock, adepte d'un mode de vie rock et excessif, usant des drogues, se lançant dans de longs textes plus ou moins improvisés, totalement débridés. Un personnage clé de la culture rock et des années 70, déposant ses textes dans Rolling Stone Magazine ou Creem et dans toute une pallanquée d'autres publications. Deux anthologies ont rassemblé ces écrits, et ce Mainlines, Blood Feasts, and Bad Taste est le deuxième service après l'initial Psychotic Reactions and Carburetor Dung: The Work of a Legendary Critic.

Il y a donc à boire et à manger dans ce fatras, un petit côté fond de tiroire qui laisse parfois perplexe ; certains articles jamais publiés auraient peut-être dû le rester, longs délires avec vague idée directrice, pas désagréables, mais dilués et dispersés, donnant juste le plaisir d'entendre une voix unique (même si parfois on s'en lasse avant la fin).

Ces articles d'ambiance servent surtout à renforcer la légende gonzo de Lester Bangs mais d'autres textes sont beaucoup, beaucoup plus intéressants. Les courtes critiques de deux pages offrent de superbes moments de critique rock : il y a bien ce style Bangs, cette quasi-absence de vraie plan structuré, vague fil suivi de manière souple, mais portant un véritable regard sur la musique, un oeil de passionné analysant les sons et réfléchissant à ces impressions. Mais l'équilibre est souvent instable entre analyse et passion, et les jugements sont parfois péremptoires, rarement tièdes, souvent tranchés avec un goût de la formule choc ; les bases de la critique rock des 30 dernières années, mais avec une démesure ravissante.

Mais ces critiques de quelques pages ne sont que des minces parties du travail de Lester Bangs, et son goût de l'analyse prend toute son ampleur dans des articles aux longs cours, où il reprend longuement ses interrogations, sa recherche de compréhension. Aimer le rock, c'est parler de rock. L'appétit rabelaisien pour les bons mots persiste, mais l'investissement de la réflection passionne, des papiers magnifiques, extrêmement intéressants sur l'évolution du rock dans les années 70.

Bangs mène un long travail d'investigation pour démonter la source d'inspiration d'un Protest Song de Bob Dylan. Il analyse la vision du monde des Talking Heads et de David Byrne, et l'on se surprend à redécouvrir les liens de Radiohead avec le groupe newyorkais. Il s'entretient avec Emerson, Lake and Palmer, laissant transparaître son scepticisme sur ce rock travaillé et trop technologique, terriblement technique, sans vraie passion ni émotion ; hésitations sur le prog rock similaires à celles de Nick Cohn dans Awopbopaloobop Alopbamboom. Il recadre le personnage de Jim Morrison comme fou capables de quelques fulgurances poétiques mais menant une vie démente et ingérable. Il cherche à comprendre les nouvelles orientations de Miles Davis à la fin des années 70, y voyant des échos de la déshumanisation de la société urbaine.

Ces textes présentent une véritable analyse, loin de l'image superficielle du journaliste décadent. Laissant parler sa subjectivité ou son style si personnel, mais rarement gratuitement, nourrissant même son envie d'analyse de ses goûts et son panthéon personnel. Les textes les plus impressionnants sont ceux où ils scrutent ces héros rock, Miles Davis, Jim Morrison, une critique de Patti Smith, un entretien avec Lou Reed, une série d'article sur la chute des Stones plongeant toujours plus vers le marketing dans des tournées sous contrôle, des disques plats.

De superbes pièces d'époques, donnant souvent l'impression de capturer l'air de leur temps, tout du moins sous un certain point de vue. Le long compte-rendu de visite en Jamaïque s'écoule fascinant, laissant sentir la découverte du reggae à une époque où Bob Marley répondait évasif entre deux pétards, sans avoir encore peuplé les T-shirts de tous les marchés de la planète. De jolies pièces précieuses d'une sous-culture en voie de conquête mondiale.

14 août 2010

Folie hystérique adolescente de Scott Pilgrim

Scott Pilgrim vs. The World
by Edgar Wrigth, with Michael Cerra, Mary Elizabeth Winstead, Jason Swartzman (2010)
sortie française: 20 octobre 2010

Hilarious
C'est le mot à employer en Amérique du Nord quand on parle d'un film à hurler de rire, certainement plus employé que le "hilarant" français. Je n'ai pas souvenir d'avoir entendu une cousine de 15 ans répéter plusieurs fois "c'est hilarant".

Ou mieux, hysterical.
Tout aussi difficile à bien prononcer pour un français, à cause du "h". Mais à utiliser sans retenu pour parler d'une série ou d'un bouquin à mourir de rire, ou un film totalement absurde, tel les Monty Pythons. Et hysterical est définitivement à utiliser pour ce monstrueux Scott Pilgrim vs. The World.

Scott a 22 ans et sort avec une jeune asiatique du lycée, 17 ans seulement ; normal, c'est le genre de chose qui arrive, surtout quand on peine toujours à se remettre d'une rupture douloureuse. Ca fait partie des aléas d'un deuil amoureux. Mais Scott aperçoit Ramona dans une soirée, moue vaguement cynique, chevelure rose, et c'est le coup de foudre. Cependant, pour pouvoir sortir avec Ramona, Scott va devoir se débarrasser des 7 ex de Ramona, et pas n'importe comment : en combat singulier à mort.

Hysterical, n'est-ce pas ?

Scott Pilgrim est une série de comics canadien, publiée en 6 volumes entre 2004 et 2010 ; un volume par ex de Ramona. Style fortement inspiré du manga, énormes références au jeux vidéos, humour profond avec une jolie caractérisation des personnages : Scott Pilgrim a ravi les adolescents nord-américains. Il s'est tout naturellement retrouvé adapté au cinéma, avec à la réalisation Edgar Wright, auteur des très hystériques Hot Fuzz et Shaun of the Dea, parodiques et hautement référencés pop : un client idéal pour la franchise.

Et la réalisation ne déçoit pas, terriblement rythmée, usant du split screen ou d'ellipses temporelles fusionnées par quelques astuces de mises en scènes, similaires au saut d'une case à une autre. Wright ne cache pas l'origine de l'histoire, la BD, et joue même avec, utilisant certaines planches du comics pour présenter quelques récits en voix off. Une superbe transposition des singularités de la BD, cet art séquentiel définit par Scott McCloud.

Mais plus qu'une bande dessinée, Scott Pilgrim est véritable film jeu vidéo, adoptant l'esthétique des jeux de combats tels Street Fighters ou Mortal Kombat pour les duels de Scott avec les ex maléfique. C'était l'approche adoptée par la bande dessinée, et le film respecte cette approche : barre de vie, incrustation d'un immense VS. entre les deux protagonistes vus de profil, apparition de lettres donnant le nombre de coups portés, pas de doute, on se retrouve dans une bonne salle d'arcade. Le film saute sans répit d'un ex à un autre, d'autant qu'il faut faire tenir les 6 volumes en 1h45 ; pas le temps de tergiverser. Donc, oui, un jeu vidéo, une suite de combats, avec quelques scènes intercalées pour faire avancer l'histoire. C'est l'un des plus profonds aboutissements d'un "film d'arcade", plus encore que Zombieland l'an passé, qui glissait un peu plus d'histoire entre son élimination systématique de zombies.

Film d'arcade, manga, jeux vidéos, Scott Pilgrim est un magnifique objet pop, terriblement référencé. Les combats s'enchaînent comme des duels de kung-fu ou de Matrix sous acide, totalement irréalistes, ultra-stylisé, tout pour la vitesse et le speed. Et le fun pour geek et autre amateur de genre, avec par exemple l'utilisation tels quels de certains bruitages 8 bits de jeux vidéos des années 90, comme Sonic.

Ajoutez à cela l'utilisation compulsive du téléphone portable, des fringues un peu fluo, un peu recherchés, des coupes de cheveux manga ou une obsession des ados pour trouver un nouvel amoureux, et vous obtenez un film générationnel. Un film symbole de l'adolescence américaine de l'année 2010.

Là, le déclic doit se faire : film d'ado générationnel, ne nous avait-on pas servi Juno ou Nick & Nora il y a quelques années ? Des ados, fans de musique, jouant souvent dans des groupes, focalisés sur les problèmes amoureux, souvent bien fringués dans le style geek ; la comparaison s'impose, d'autant que Scott est joué par Michael Cerra, un des emblèmes de la comédie adolescente de ces dernières années : mais oui, c'était lui, Nick, c'était lui, le copain de Juno. Certes, la liste des ingrédients semble les mêmes, musique + fringues + drague, mais Juno ou Nick&Nora plongeaient ces idées dans un bain tiède qui me les avait rendus terriblement désagréables. Des comédies assez cul-cul, avec quelques idées comique tournant à la formule, et une bande-son criant "achetez ma jolie compil' d'indie rock sympa". Leurs belles sensibilités à l'air du temps ado se trouvaient délavées par l'envie de plaire, de toucher le plus grand nombre, de rester accessible ; de recycler les vieilles méthodes.

Scott Pilgrim ne cherche pas à reprendre la formule de la comédie en l'upgradant, le film offre un objet tel que des adolescents en consommeraient. Zappeur, fort en vannes, saturés de clins d'oeils, allant à toute vitesse, un rythme fou que n'avaient pas les comédies molles citées plus haut. Les ingrédients classiques d'un monde zapping-internet-iPhone-jeux vidéos permanents sont juste poussés un peu plus loin, à la vitesse maximale, et l'on peut donc y trouver un sens certain de la création. Une forme inédite, fortement contemporaine : pas sûr que le résultat soit facile à digérer pour un plus de 30 ans, mais tout le monde se doit de reconnaître cette originalité, cette prise de risque, ce goût fou de la vitesse.

Intensité créative renforcée par le choix de morceaux presque tous inédits pour la bande son, un rock rugueux, rapide, riche en saturation. En parfaite adéquation avec des groupes comme Girls, Wavve, Japandroid, Blood Red Shoes (ces derniers glissant un morceau dans une scène), de la pop à haut rythme mais bruyante, saturée, pleine de jeunesse & d'appétit. Peut-être est-ce aussi une question de mode : Juno était sorti pendant une grosse vague folk, alors que les airs de l'années sont plus lo-fi &noisy... Mais les compositions de Nigel Godrich font merveille, le producteur de Radiohead, Beck ou Air s'est fait plaisir, et l'énergie fournie est superbe et entraînante, le rythme d'un mp3 partagé en fond du bus avec l'iPod glissé dans un jean slim.

Une euphorie, un appétit, un enthousiasme, un sens de l'hyperbole qui irrigue tout le film, une montagne russe dans un rêve d'ado un peu fou, qui mélangerait tous ses rêves, toutes ces idées fixes. Mais un sens du détail allant au delà le goût de la citation clinquante, présent dans les dialogues de ces ados speedés. Les auteurs & comédiens ont pris un plaisir évident à user des expressions passe-partout de la jeunesse nord-américaine, abusant du "awesome", du "totaly", du "sooo into this", ainsi que des rendez-vous chez Pizza Pizza ou Second Cup, les équivalents canadiens de Pizza Hut & Starbucks. Des détails qui ne seront pas forcément simple à transmettre au moment de la sortie française, mais qui offrent une belle immersion dans ce monde, une jolie justesse dans cet environnement hystérique.


23 janvier 2010

Une jolie miniature touchante

VCR
by The XX (2009)

Vêtus de noir. La voix distante, des voix entremêlées ; timbre éraillé féminin, susurrement pâle, mâle sensible. Les dialogues se nouent doucement, intimes, simples ; touchants. Ne pas dire minimaliste, la facilité du terme, ses sous-entendus de miniatures donc de dérisoire ; mais choisir plutôt infinitésimal, comme dit Jean-Philippe Toussaint, l'infini comme infiniment petit & infiniment grand, entremêlés.

The XX, scénettes sensibles de quatre à peine adultes, quelques accords & quelques beats en petites fables. Fables murmurées entre amis les soirs de moral trébuchant, car les peines se partagent, dans des chambres éclairées d'une veilleuse ou sur un banc un peu sale. De petits griffonnages éparpillés autour du monde, grimpant, grimpant, et touchant tant de jeunes, les miniatures intimes chantées par toute une salle conquise, à Montréal ou ailleurs, assurément.

Les miniatures sont bizarrement devenues maîtresses du monde et hymne des joues blêmes, des cours de récré, des iPod. Parcours étrange, des notes sur l'agenda de sa meilleure amie sont devenues les slogans murmurés sans fin par les affiches et les couvertures mondialisées. Mais filmée en caméra tremblante, N&B ou couleur coulante, la miniature à mi-voix reste magnifiquement mignonne.


26 mai 2009

Garage sales, perfect places to discover hidden treasures

Christian Girl 
by Hefner (2000)

Hefner, "Britain's largest small band"; could I discover anyther but in a garage sale? Around 1 canadian dollar for a dense best-of album, this is even better than merely discovering such an hidden treasure.

Hefner published 4 albums in 4 years, from 1998 to 2001. A pure indie band, with raw guitares & wonderful lyrics, full of British irony & small lovely sketches; songs like cheap poems from a lonely dreamy boy, a boy too old to suffer like a teenager but still connected to some kind of everyday mythology: disappearing girls, drinking your head out, singing just for the sake of gaining a couple of fags thrown from the crowd. Small sketches, exactly, drawn without any ink, just a fast pencil, power of the instant, teenage flashes, similar to some Irish punks who used to celebrate suburb love & teenage kicks; no doubt that John Peel enjoyed Hefner, no doubt that the American from Pitchfork remained moderately enthousiastic: so fresh & so British.

And the video for their single Christian Girl flows so freshly & British too: four lads hanging around in a basic brick-built English suburb, four lads trying to catch the eye of the pretty girl next door. The blond girls always keeps walking dressed in red, and the four youngsters in their late twenties keep playing tricks like high-school students. They even dare to sing romantic, cute & stupid sentences:  But the idea of sex seems so bleeding stale when her heart is as big as a house.


16 mars 2009

No you girls never know how you make the boys feel

No you girls 
from the album Tonight: Franz Ferdinand, by Franz Ferdinand (2009)

Tonight: Franz Ferdinand, troisième album du groupe écossais, et toujours la même capacité impressionnante à proposer des tubes efficaces. Il est certainement un peu réducteur de présenter ainsi cet album cohérent, mais les premières écoutes font sauter au visage une poignée de titres évidents, sautillants et souriants, qui donnent immédiatement envie de danser et rire, même tout seul chez soi.

La déclaration du groupe en 2003 n'était-elle pas : "écrire des chansons pour faire danser les filles" ?

Le groupe a fait du chemin et rempli quelques stades, mais leur nouveau single reste fidèle à la recette, presque jusqu'à la parodie. De légers ajustement à peine discernables, une basse magnifique, une guitare plus discrète, de jolis claquements de mains. Et ce sens de la chanson pop, quelques vers à peine mais limpides, presque stupides, juste parfaits pour être repris en coeur : "No you girls never know how you make the boys feel"

Et comme toujours, les vidéos du groupe sont travaillées esthétiquement, jouant à fond la carte "anciens élèves d'école d'art anglaise". Assez superficielle, cette fois, mais extrêmement léchée, et le morceau se suffit à lui-même !

16 février 2009

Un classique monstre de la bande dessinée de super héros

Watchmen
by Alan Moore & Dave Gibbons (1987-88)

Le Comédien vient d'être assassiné, et ses anciens camarades super-héros s'interrogent : y a-t-il un complot contre eux ? Superbe comics de super-héros, à la construction ambitieuse et aux références multiples. Apparaissent ainsi des échos issus du film noir, des la science fiction des années 50, des angoisses atomiques, le Vietnma, ainsi qu'une magnifique bande-dessinée de pirate qui se glisse entre les cases. Watchmen joue avec les codes du comics, avec les références morales, avec la violence qui surgit dans de nombreuses cases ensanglantées. Pur plaisir pop à peine coupable, à la richesse fascinante.

10 février 2009

Italian Disco et l'immense grandeur dansante de D.D. Sound

Burning Love
by D.D. Sound (1977)

2008 aura été l'année de réhabilitation du disco, voilà le buzz qui résonnait sur les blog critiques de références durant les derniers mois. Introduire sans honte des basses rondes, des riffs de guitare funky ou des cuivres enjoués, voilà qui remettait à l'honneur ce genre mal aimé des tenants du bon goût rock. L'étoile de la new wave s'était bien vue redorée il y a quelques années, l'appétit du dénicheur de trésors pop pouvait se tourner à nouveau vers le disco et la fin des années 70. Tournant affiché par quelques gros vendeurs dans les hits parades anglais, mais surtout par les louanges unanimes entourant Hercules & Love Affair, qui mérite mieux que quelques mots dans un cours texte.

Le courant d'air de la hype ne m'a vraiment frappé qu'à la lecture d'une longue chronique parue dans Pitchfork : "n'oublions pas que le disco avait infiltré toute la musique pop américaine à la fin des années 70, une révolution uniquement comparable à celle de la pop au début des années 60 !"

Hormis le retour de gros tubes oubliés ou l'apparition de vieux clichés musicaux dans les hits récents, de tels retours donnent lieu à de magnifiques rééditions, des compilations riches en trésors cachés et joyaux oubliés. Ainsi, ma médiathèque proposait-elle une prometteuse compilation sur l'Italian Disco. Le disco s'invite dans quelques boîtes de stations balnéaires italiennes grâce à une poignée de DJ américains : les vacanciers découvrent ébahis le principe du mix, une musique de pure dance, et quelques musiciens italiens décident de se lancer dans l'aventure. Claviers, rythmiques rondes et paroles à l'anglais minimal envahissent peu à peu les soirées italiennes et européennes. Pour le plus grand plaisir des vacanciers allemands, précisent les notes de pochette de la compilation !

Certains n'hésitent pas à présenter l'Italian Disco comme le chaînon manquant entre le disco US et la house de Détroit du milieu des années 80. Comment savoir ? Toujours est-il que les musiciens italiens impliqués dans ce courant possèdent d'amusantes cartes de visite, puisque la plupart ont participé au développement du prog rock dans la péninsule au début des années 70. Musiciens de studio hors pair, amateur de jam et d'un son léché splendide, ils savent sculpté de longues plages inimitables comme des sessions infinies de dance. Pour le plus grand plaisir des DJ, disposant là d'un matériel souple et riche, pour la joie des danseurs en short, mais aussi des amateur de musique immédiate mais un peu ambitieuse.

Ainsi, ce Burning Love de D.D. Sound est une petite merveille. Deux producteurs italiens apparemment installés à Munich que ces D.D. Sound, signifiant Disco Delivery Sound. Près de 9 minutes et 30 secondes, les paroles distillent un accent improbable, et le ruban s'écoule sans fin, poussant toujours plus l'auditeur vers le dance floor. Bonny M et les Villages People apparaissent alors dans leur véritable costume : héros du disco dans l'imaginaire collectif, mais simples artisans commerciaux par comparaison avec les passionnés italiens !