Affichage des articles dont le libellé est .c. blockbuster. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est .c. blockbuster. Afficher tous les articles

24 juillet 2010

Knight & Day, un assez mauvais film, mais un vrai bon moment de fun

Knight and Day
by James Mangold, with Cameron Diaz & Tom Cruise (2010)

Une certaine forme de mystère. Un blockbuster aussi bancale, aussi peu suivi par le public ; à la couverture marketing aussi peu réussie, tellement mal placé dans l'année ; descendu par la totalité des critiques. Et pourtant fortement fun à voir.

Tout un mystère donc, mais autour de la conception de ce film, casse-tête pour les studios qui ont apparemment eu besoin de 9 scénaristes pour faire tenir debout cette histoire sans grande surprise. Une belle petite catastrophe industrielle étant donné le budget mis en jeu ou les cachets supposés des deux têtes d'affiches, voire même la renommée du réalisateur ayant créé Walk the Line. Un documentaire sur la genèse de ce film pourrait révéler bien plus de surprise que le film lui-même.

Car il faut bien l'avouer, l'intrigue de ce film est proche de zéro. Tom Cruise, agent secret en caval, implique par hasard Cameron Diaz dans son affaire, et les voici en cavale. Il y a bien une histoire de batterie ultra-puissante à garder à distance des méchants, mais qu'importe ? Le film est un long enchaînement de courses-poursuites, fusillades et tour du monde, aux effets spéciaux suspects et aux transitions scénaristiques brutales voire ratées. Ils courent, ils sautent de continent, ils tuent et tout explose, et voilà.

Mais le fun du film tient à cette forme d'honnêteté vis-à-vis du public. Je vais vous offrir du divertissement stupide. Honnêteté allant de paire avec une certaine forme d'humour, proche de celle d'un nanard conscient, qui ferait presque un clin d'oeil au public : hé, regardez comme c'est ridicule. Et qui intègre même ce gloubiboulga à son scénario, avec une petite trouvaille sympathique. Pour atténuer la peur de Diaz, Cruise la drogue régulièrement, pouvant se battre pendant qu'elle dort d'un sommeil profond. Le film assume alors totalement son côté collage, plongeant dans le noir quand les paupières de Diaz tombe au milieu d'une île tropical, tentant quelques coups d'oeils pendant une explosion en hélicoptère, puis rouvrant finalement les yeux dans un train en Autriche. Le globe-trotting à la James Bond est tourné en dérision, pour ne laisser qu'un fun pur nourri au zapping.

Plutôt malin, pas totalement inélégant. Qui choisit de présenter l'espion comme invincible, surhomme incontrôlable mais aux ressources dantesques, sources des scènes d'action les plus improbables et les moins crédibles. Tuant par là tout suspens véritable : Tom Cruise gagnera toujours, on le sait, il doit recevoir une égratignure syndicale, mais rien de plus. Eliminer la tension dramatique pour offrir les scènes les plus folles possibles : part-pris de surenchère un peu étrange et allant contre toute école de scénario, mais vaguement cohérent avec un appétit de fun des amateurs de pop corn movie.

Il s'agit en fait d'une tentative étrange de mélange filmique : offrir beaucoup de fun spectaculaire et à peu de frais, tout en décentrant l'enjeu de l'histoire sur l'échange amoureux. Car bien sûr, on le sait, Cruise et Diaz joue aussi un jeu de séduction, dans la grande tradition du McGuffin d'Hitchcock, lancer un couple de personnage à la poursuite d'un objectif arbitraire, pour présenter leurs échanges de séduction.

Knight & Day est donc un McGuffin ultime et asséché jusqu'à l'os, où l'enjeu narratif est nul, mais assumé comme tel, afin de laisser tout l'espace au couple vedette. Bien sûr, l'histoire d'amour ne vaut pas grand chose elle-même non plus, le moindre début de profondeur sentimental ne pointe jamais le bout de son nez. Non, il s'agit de laisser l'espace aux acteurs eux-mêmes, les acteurs comme personnages à part entière, dans une longue succession de cabotinage, de sourire, de petites phrases plus ou moins bien trouvées, toujours dans le sens du fun. Force est de constater que le charisme de Diaz et Cruise fait plaisir à voir, particulièrement celui de Tom Cruise, magnifiquement fun et en roue-libre, piochant dans une fantaisie débridée pour livrer une prestation assez réjouissante. Il serait intéressant de le voir dans un rôle comique mieux écrit, où son talent d'acteur toujours réel pourrait s'exprimer à fond.

Au final, donc, il ne semble pas y avoir grand chose à sauver de ce Knight & Day, même pas le titre en mauvais jeu de mot. Mais ces faiblesses sont tellement évidentes qu'on peut les mettre de côté dès les 5 premières minutes du film, pour voir le déroulement d'ensemble avec un petit regard complice, vaguement coupable. On rit ou s'amuse, soit parce que la réplique n'est pas si mal trouvé, soit parce que tout cela est bien ridicule, soit qu'on prenne plaisir à démonter tous les défauts du film ; mais on finit par pouvoir passer un moment sympathique...

20 juillet 2010

Fantastique film d'action, mais à la profondeur imparfaite

Inception
by Christopher Nolan, with Leonardo Di Caprio, Marion Cotillard, Ellen Page, Joseph Gordon-Levitt (2010)

Plongeons dans trois couches de rêves, un rêve se déroulant dans le rêve, lui même enraciné dans un rêve initial. Rêves à tiroirs, d'autant plus amusants que les notions du temps se dilatent à chaque couche. Poupées russes où les lois physiques se distendent, où les pulsions cachées peuvent soudain vous attaquer ou vous pousser dans des limbes dangereuses ; imaginez que ce cadre souple serve à un vaste complot d'espionnage d'envergure, risqué : hé oui, voilà qui promet des surprises et de l'action haletante !

Inception s'avance donc comme le nouveau bébé de Christopher Nolan, champion du box office printemps - été 2008, et toute l'industrie US retient son souffle. L'été a été plutôt faible en succès d'envergure, les grosses franchises n'ont pas établi de nouveaux records, le public se lasse des suites de suites de suites. Proposez lui un peu de fraîcheur, pas mal d'intelligence de scénario, des grands acteurs, pourquoi ne suivrait-il pas ?

Et le public devrait suivre car le cocktail se révèle diablement efficace. Leonardo Di Caprio joue les espions d'un futur proche, champion du vol d'info dans les rêves, tourmenté comme il faut pour donner un peu de tension au film, un peu d'épaisseur. La première heure s'écoule vive et pleine d'agrément, exposition de conventions, de personnages, de vieux souvenirs douloureux, et les éléments s'affichent avec une fluidité impressionnante, une photo clair, un rythme tendu et intense. Brillant, envoûtant.

D'autant que dès le début de la grande opération, Nolan bouscule et secoue son système, un imprévu instantané, un sursaut, et le rythme grimpe d'un ou deux tons sans qu'on s'y attende, sans qu'on y croit vraiment. Encore plus vite, encore plus compliqué, est-ce possible ? Sans problème, tout défile, les indications se font minimales, une phrase à peine, les sauts d'un rêve à l'autre, et l'on tente ivre de suivre le fil, tous les fils et ces pelotes. Comme le Dark Knight ou la série Bourne, voici un nouvel exemple de film d'action contemporain, ultra-saturé de récit, à la vitesse d'un accroc au Red Bull, seul moyen pour rester un peu dans le coup face aux séries télés denses et saisies de rebondissements.

Quel spectacle !

Le tout est de ne pas se crisper, laisser couler les petites incompréhensions pour ne pas perdre pieds, continuer à s'enivrer encore et encore. Expérience totale. Nervosité, euphorie, avalanche, orgie d'effets ; on sort souriant, haletant, nerveux pour tout le reste de la soirée.

Une fameuse réussite, donc, un beau succès d'efficacité.

Mais je doute que les discussions autour du film se contentent de souligner sa fantastique efficacité. Toute une réussite visuelle bien sûr. Ces trouvailles de scénario, ces trouvailles visuelles, comme plier Paris en deux couches parallèles. Mais il y a surtout la complexité du scénario, son jeu avec l'inconscient, les rêves, la perception de la réalité, l'apparition des idées, la culpabilité : tout un réseau de concepts, peu communs dans un blockbuster estival, et qui vont nourrir les discussions Internet pendant de longs mois, faire rêver les geeks pendant des années. Virtuosité d'écriture, pour sûr, mais là, mes premières réserves apparaissent.

Il y a 5 ou 6 ans sortait le deuxième film de la série Matrix, le gros mix post-moderne en cuir & big beat. Ce deuxième volet offrait à nouveaux claques visuelles et pistes narrativo-philosophiques, jamais vraiment abouties, prometteuses, pleines de potentielles : le troisième volet allait tout révéler, montrait toute la richesse sous-jacente ! A en écrire des thèses pendant une quinzaine d'années ! Las, le troisième Matrix n'était qu'une bauderuche creuse en terme de contenu, un gros truc bruyant et plus trop fun, perdant en route le spectateur, déçu de découvrir tant de superficialité.

Depuis, je me méfie des grosses analyses super-complexes et profondes, et les discussions de passionnés d'Inception m'agacent déjà... Certainement aussi peu intéressantes que les analyses à l'emporte-pièce bricolées pour nourrir le succès d'Avatar il y 6 mois...

Beaucoup disent : "Inception est un film à voir plusieurs fois pour en démêler les éléments". Certes, voir et revoir le film permettra certainement d'en saisir les rouages d'horloger, les brillants ajustements au millimètre des péripéties, ou à mieux percevoir la cohérence de ce monde où le rêve permet le vol et le contrôle élégant des idées. Mais je ne suis pas certain que cette analyse micrométrique permettra vraiment au film d'atteindre une véritable profondeur, à savoir plus qu'une profondeur de grand film d'action, une oeuvre fascinante sur laquelle se plonger encore et encore.

Car malgré la richesse et la densité du film, deux aspects me semblent assez peu exploités, pas fantastiquement réalisés. Premièrement, les rêves eux-mêmes, ce qui est tout de même assez gênant pour un film présentant le rêve comme l'originalité du projet. Il m'a paru assez surprenant de voir ces rêves aussi cohérents, aussi peu oniriques, finalement. Certes, le scénario justifie cette approche par le but recherché par les espions des rêves : maintenir un monde le plus réaliste possible, afin de duper la personne visée, qu'elle croit à un monde réelle et reste endormie, soit plus facile à manoeuvrer. Il doit bien y avoir plus d'explications dans le film, à capter lors d'une troisième ou quatrième vision... Mais l'essentiel n'est pas là : le film se déroule à 75% dans des rêves, et n'est jamais, ou presque, surréaliste !

Nolan est bien trop cartésien au fond de lui-même pour laisser une certaine poésie s'installer. Un décalage exquis comme peut le trousser l'ami Gondry, comme les distillaient certains des premiers Tim Burton, des Cocteau ou Bunuel, un vieux Polanski. Comme si Breton ou Dali n'avaient jamais rien écrit, rien peint. Quelle occasion ratée ! Choisir de filmer le rêve pour plier Paris en 4 dans une scène ou reproduire des immeubles vides façon Planète des Singes, pour jouer uniquement sur la question "suis-je bien conscient du réel ?" option Bac de Philo : je considère cela comme rater un peu son coup, d'un point de vue purement artistique.

Mais l'autre limite du film est sa gestion des comédiens et des personnages. Le casting est joli, on prend un joyeux plaisir à retrouver Di Caprio, Cotillard en fantôme sombre, Ellen Page en espionne étudiante plutôt qu'en Juno, Gordon-Levitt en manieur de flingue après avoir séduit en jeune amoureux de (500) Days of Summer. Rien à dire, les stars font le boulot, prennent du plaisir. Mais quel dommage que les personnages manquent finalement d'un peu d'humanité, d'épaisseur. Bien sûr, Di Caprio est tourmenté, bien sûr, Page cherche à démêler les trauma avec malice et tact, mais si peu d'humanité finalement, si peu de vraie émotion, de vrai corps. Nolan ne sert pas de la caricature brute et bête, mais pas vraiment de complexité, une conduite d'acteurs pas très riche ni fine : héritier d'un empire financier cherchant à plaire à Papa, la belle affaire !

D'autant plus dérangeant que le coeur du film tient à un fantôme amoureux, une femme impossible à oublier, la femme que Di Caprio retrouve encore et encore dans ses rêves. L'amour ineffaçable. L'amour impossible. L'Amour, l'Amour, l'Amour fou, la plaie béante. Que cet amour fou semble plat et descriptif, distant, peu émouvant pour le spectateur (cherchant déjà à reprendre son souffle de l'avalanche d'action et de récits).

Un film d'amour fou aussi sec, particulièrement visible dans une autre idée terriblement sous-exploitée. Profitant des dilatations temporelles du rêves, Di Caprio et Cotillard se sont plongées dans un monde rien qu'à eux pendant 10, 20, 30 ans, le construisant à leur souhait, autarcie parfaite, l'idéal auquel peut aspirer tout couple, l'amour rien qu'à deux, personne d'autre. Et que présente le film : une architecture vaguement newyorkaise et vide, quelques plans visant à suggérer cette vie autarcique, et incapables de susciter beaucoup de piste à peupler par le spectateur, de le faire rêver.

Je veux bien croire qu'il n'ait pas été possible de donner plus d'espace à ces passages, dans un film commercial devant garder une durée décente (2h30 déjà ainsi). Mais il y avait tellement de choses à présenter ici, tant de questions auxquelles répondre. Laisser voyager un peu les amants. Les montrer plus intimes. Et les confronter à leurs pulsions, leur monde était-il vraiment solitaire ? Toute une matière pour un film entier, j'imagine, mais donner plus d'ampleur à ce passage aurait offert plus de richesse, capable enfin de toucher plus que simplement impressionner, incapacité bien mieux décrite par Todd McCarthy, ancien rédacteur en chef de Variety...

Pas un total chef d'oeuvre donc, pour ces réserves pas anodines. Mais un immense plaisir tout de même, un grand bonheur de cinéphile amateur de spectacles : qui bourrait résister à des combats à mains nus où des hommes en costume cravates s'affrontent en apesanteur ?


3 avril 2010

Une Alice catastrophique

Alice in Wonderland
by Tim Burton (2010)

Je n'attendais pas grand chose de l'Alice de Tim Burton, les images aperçues ici ou là semblaient un peu moche, étranges sans promettre une vraie relecture d'Alice. Pourtant, j'ai été déçu : tant de vacuité, presque rien ne fonctionne. Les comédiens n'existent pas, noyées dans les effets numériques et le maquillage, le rythme est absent, les blagues peu drôles, les scènes d'action semblent déplacées, et pour la plupart, ratées. Reste l'esthétisme bastringue léché, le vague féminisme de l'histoire, présenté peu subtilement, la tentative post-moderne de tirer Alice vers la fantasy.

Quelle catastrophe, quel bâillement.

Dans son essai "L'art invisible", Scott McLoud décrit six étapes dans la création, partant de l'idée au coeur à la concrétisation en surface, passant par différentes marches de structures & contenu. Certains dessinateurs savent reproduire parfaitement les dessins de comics, mais ils ne savent pas créer de bonne BD ; il leur manque le rythme, la narration, le contenu, et l'interrogation : "pourquoi ai-je envie de faire cela ? qu'est-ce que je cherche à dire ?". Peut-être Disney a-t-il imposée de fortes contraintes à ce nouvel Alice, qui sait ? Mais Tim Burton semble surtout un grand technicien de coquille creuse, qui ne sait plus pourquoi il manie ses obsessions visuelles, ni pourquoi il veut les partager avec le public.

6 juillet 2009

Un blockbuster élégant mais étonnamment creux

Public Enemies
by Michael Mann, with Johnny Depp, Christian Bale & Marion Cotillard (2009)

Une histoire de gangster célèbre, quelques courses-poursuites, fusillades, un peu d'amour, de grosses têtes d'affiches ; pas de robots ni de vaisseaux spatiaux, pas de 3D : voici le blockbuster d'auteur pour l'été, grand film à l'ancienne à grand sujet et sans tics pop pour teenagers. Public Enemies de Michael Mann, le plus auteur des réalisateurs à gros budgets.
Quel dommage qu'il n'y ait pas vraiment d'histoire ni de contenu pour autant.

John Dillinger a été le dernier grand gangster éliminé par la police à Chicago, dans les années 30 ; trahi par sa compagne d'alors, abattu froidement à la sortie d'un cinéma, en pleine rue, par un bataillon de policiers. Histoire complexe idéale pour le grand écran, avec héros romantique, histoires d'amours, grands personnages historiques et tout le côté spectaculaire des gangsters de la prohibition. Pouvait-on rêver mieux pour un scénario de film, c'est à se demander pourquoi aucun film n'a été réalisé plus tôt.

Hélas, une grande trame historique ne suffit pas pour un film, même avec une abondance de personnages, de scènes spectaculaires et de plans léchés à la caméra numérique haute définition. Le film s'écoule fluide avec des acteurs justes mais une question s'infiltre peu à peu, insidieuse mais rapidement obsédante : que raconte vraiment ce film ? Quel est son sujet, de quoi parle-t-il, que veut-il nous apporter ? D'un braquage de banque à un dîner en tête à tête avec Marion Cotillard, d'une réunion du FBI naissant à une traque nocturne en forêt, le spectateur s'étonne de ne pas trouver vraiment prise. Des plans plutôt bien filmés, parfois surprenants, mais dont on est incapables de dire ce qu'ils véhiculent vraiment, quels sentiments ou symbolismes ils peuvent suggérer. De même pour les acteurs, dont la justesse se déroule étonnamment monocorde et plate, sans vie, sans épaisseur. Bon sang, mais quid ?

L'interrogation est renforcée par le thème du film, les gangsters de la prohibition, sujet largement traité à l'écran. Pourquoi donc vouloir filmer à nouveau une telle histoire, vouloir la présenter à notre époque ? Pourquoi Dillinger après les Incorruptibles, Scarface, voire même Amrican Gangster et son deal de drogue 70s, après les costumes du Parrain et sa trame narrative haut de gamme ?

Quelques éclats thématiques surgissent pourtant autour des méthodes du FBI. Une guerre déclarée au banditisme. La torture des témoins et des suspects. Les fusillades sans presque aucune sommation, tirant pour tuer. Parce qu'il faut faire respecter la loi et la justice à tout prix. Voilà le léger message livré avec une balourdise parfois impressionnante : peut-on tout se permettre dans la lutte contre le crime (entendre : contre le terrorisme) ? Les premières scènes de tortures ont déjà suscité quelques soupirs, peut-on faire plus convenu dans un film américain post-Irak qu'une scène de torture, même James Bond en a subi récemment ; quand le tortionnaire s'attaque finalement à une femme, la scène devient juste désagréable, pas plus signifiante, juste moche ; quand la scène est interrompu par "il est indéfendable de faire cela à une femme", on ne sait plus trop qui blâmer, du réalisateur paresseux, du scénariste, ou de l'actrice qui a accepté ce passage tellement mécanique dans son jeu d'acteur. Heureusement, les 2h30 du film arrivent bientôt à leur terme à cet instant...

Public Enemies navigue donc dans des mers assez surprenantes. Plutôt joli et bien cadré, mais à l'image trop souvent lisse, sans personnalité. Aux comédiens sobres et plutôt justes, mais dont la sobriété confine rapidement à une distance et une opacité sur laquelle on ne trouve aucune prise. Films aux scènes souvent descriptives, brutes, sans commentaires, mais dont les passages sensés livrés un message sont bien maladroits. Pas vraiment désagréable, mais un peu agaçant si l'on y réfléchit trop ; peut-être suffit-il de laisser s'écouler les images mystérieuses sans chercher à les capter.

Comme ces scènes où Dillinger va au cinéma, admirant longuement les acteurs en noir & blanc sur l'écran, où défilent des comédiens aux mêmes fines moustaches.

Ou ces instants de violence pure, déchaînements de coups de feu sans fin dans les rues de Chicago, filmés sans musique aux plus près des personnages. Voici "Le Soldat Ryan" à Chicago, la guerre urbaine, la guérilla la plus brute comme dans les rues du Proche Orient. L'homme est une bête sauvage en tout point du globe : y a-t-il grand chose d'autre à en dire ? Qu'importe, les panaches de flammes sortant des mitraillettes s'affichent magnifiques et fascinantes dans les ténèbres chères à Michael Mann.


12 juin 2009

Up, quel savoir-faire de Pixar

Up 
by Pete Docter & Bob Peterson (2009) 

Une princesse vêtue d'une immense robe longue, drapés bleu blanc, diadème, et la voici face à un crapaud. Un baiser ? Devinez dans quel sens a lieu la transformation ? Deux grenouilles courant dans la Nouvelle-Orléans, zigzagant entre les musiciens de jazz, recherchant les sorciers vaudou aux pouvoirs spectaculairement colorés.  Chanson, romantisme, humour avec animaux parlants, quelques indices encore : "La princesse et la grenouille", futur dessin animé de Disney pour les fêtes de fin d'année 2009. Le vieux studio cherche à ressortir son savoir-faire et remettre en marche sa machine à classiques, et la bande annonce délivre une étrange surprise, goût sympathique et terriblement daté.

Une poignée de minutes plus tard, le court-métrage de Pixar prend fin, et la jeune firme numérique a enterré son aîné à l'imagination moribonde.

Un délice de cartoon simple, impeccablement réalisé, original, frais, à l'idée magnifique : un groupe de cigogne livre les bébés de toutes espèces dans le monde, magnifiques peluches façonnées par des nuages à l'air bonhomme. Idée simple et sans grand développement, sans aucun dialogue, à la poésie un peu simple mais adorable. Le constat est sans appel, les sourires s'étirent sur tous les visages de la salle, un immense plaisir ; tout le monde a déjà oublié le futur grand classique en carton du vieux Disney.

Et le long métrage Up vient difficilement estomper cette envie de comparer les deux alliés rivaux, cette impression de voir Pixar manier avec génie les recettes du vieux magicien pour enfant. Difficile en effet de ne pas songer à un vieux cartoon de Disney quand on résume l'argument d'Up : un vieux monsieur suspend des ballons et il s'échappe par l'air, quittant les gratte-ciel polluant peu à peu son espace ; n'y avait-il pas un mignon cartoon de Disney où une petite maison de campagne se voyait peu à peu entourée d'immenses immeubles au regard sombre ?

Pixar fait preuve d'une impressionnante capacité à convoquer plus ou moins implicitement des références, sans jamais donner dans la bête citation surlignée et ultra-référencée. Ici, un bricolage à la Wallace & Gromit, là des chiens parlant rappelant le succès récents des comédies canines aux Etats-Unis, un vieux monsieur grincheux à forte lunette à la M. Magoo, un explorateur en zeppelin des années 40. Il n'est pas rare que les images évoquent d'autres souvenirs cinéphiles, des images pop presque convenues, mais le cocktail coule avec une fluidité délicieuse, sans agacement aucun, d'autant que le mélange se voit relever par des choix courageux pour un dessin animé à vocation très grand public. Lancer le film par cinq minutes sépia singeant les actualités cinématographiques d'avant guerre ; puis enchaîner par dix minutes de romance muette... Se focaliser sur un vieux monsieur au caractère détestable. S'autoriser des sautes de récit osées et démodées, faisant passer un ballon d'une ville nord-américaine au Vénézuela sans transition. Donner au garçonnet une silhouette obèse et asiatique. Tant de détails pas si consensuels, dont s'est fait l'écho la critique américaine ; les agents marketing s'en sont arrachés les cheveux : comment vendre des T-shirt représentant un vieux monsieur à la vue courte et à la mâchoire carrée ?

Par dessus tout, cette audace et ce sens du mélange servent un récit distrayant et un joli tissage d'atmosphère. Tout un goût pour le suivi du personnage, le temps et le soin accordés aux détails, un exquis sens de l'absurde, rappelant les rythmes doux du cinéma muet et burlesque : y a-t-il image plus décalée que celle d'un septuagénaire tirant sa maison volante à l'aide d'un tuyau d'arrosage ? Dix minutes plus tôt, la maison de bois s'envolait dans un glissement superbe de ballons colorés et les larmes montaient aux yeux devant cette fluide poésie numérique ; tout cela tient dans le même film, et l'on pardonne sans efforts les quelques moins bien d'une course-poursuite devant ce savoir-faire.

11 mai 2009

Les guitares des Beastie Boys dans Star Trek, tant de perles millisémées

Star Trek 
by JJ Abrams (2009)

Sabotage 
by the Beastie Boys (1994) 

Le nouveau film Star Trek début par une séquence spatiale un peu étrange, introduction très classiques : le méchant détruit le père, voici quelques grammes de psychanalyse pour introduire le héros et donner de l'épaisseur à l'histoire. La séquence possède un faux rythme étrange, immense destruction space opéra dont l'intensité ne prend jamais, comme observée à distance ; une étrange sensation de vieux film de Science-Fiction, tournée en studio avec des effets spéciaux visibles comme les coutures d'un patchwork, plutôt kitsch. On craint de se voir confronté à une horde de lieutenants bavards en pyjama, dirigeant les attaques entre vaisseaux depuis une salle de commande ; on craint d'avoir du mal à entrer dans l'univers de Star Trek, pas forcément très connu en France.

Mais le générique laisse aussitôt la place à subite montée d'adrénaline : le jeune Kirk, orphelin, traverse les champs de l'Ohio à bord d'une voiture volée, sur fond de musique surexcitée. Comme un vidéoclip musical riche en travellings et en effets de vitesse, et quel plaisir d'entendre hurler les guitares du Sabotage des Beastie Boys ! Bande son idéal, cri de révolte des trois branleurs du rap des années 80-90, écho parfait au jeune blondinet rebelle au volant de sa voiture volée.

Et l'écho ne tient pas seulement à cette tonalité de révolte si l'on jette à nouveau un oeil à l'amusant clip vidéo de Sabotage, dépeignant des flics de série poursuivant des bandits. Un clip au style ostensiblement "télé des années 70s", qui rajoute une couche de clin d'oeil : le Star Trek d'origine est une série millésimée de la fin des années 60, non ? Une fois ce jeu de clin d'oeil lancé, difficile de ne pas songer aux années 50 en voyant le jeune Kirk foncer dans sa décapotable au milieu des champs vierges, sorte de James Dean dans les étendues lisses de "La mort aux trousses" ; effet d'autant plus fort que le film ne convoque alors aucune architecture futuriste, rien que des champs et une voitures aux lignes très fifties. Les guitares grondent sans fin et les Beastie Boyes hurlent, mélange toujours aussi surprenant quinze ans après sa sortie, mais à la fraîcheur paradoxale ; difficile en effet de ne pas songer à tous les groupes de rap-métal de la fin des années 90, façon Rage against the Machine ou Likin Park, qui ont tenté de donner vie à une telle énergie brute guitare / rap...

En trois minutes, le film convoque donc des échos pop de plusieurs décennies, un joli salad bowl de sous-culture, un iPod en mode mix aléatoire. Quand le jeune Kirk est rattrapé par la police, il se retourne pour faire face à l'officier à moto, et celui-ci est un sévère robot comme sorti de Terminator ; le rêve de cuisine pop prend de nouvelles teintes et s'efface doucement, nous revoici face au futur & à une nouvelle mythologie de science-fiction. Le film peut vraiment commencer, adoptant enfin le rythme trépidant qui en fait une jolie sucrerie divertissante.