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8 mai 2011

Rusty Priske at the Capital Slam semi-finales in Ottawa



'Darwin's Theory of Revolution'
      performed by Rusty Priske at Ottawa Capital Slam semi-finales, on May, 7th, 2011 

Slam, for performed spoken word, poetry pushed alive on stage, sharing its intensity & depth in front of an audience, the power of its living words.

Slam, for poetry gathered in small competition. Open to anybody, any voice, any message - but in a competition. With rules, 3-minute time granted to offer style & meaning & much more; juges given marks; marks leading to winner for each night, leading to a year-long ranking, leading to a champion.
And since we are in North-America, championships are divided into regular seasons and play-offs, or sort of play-offs.

The semi-finales of Capital Slam took place last Saturday night at the Alumni Auditorium of the University of Ottawa. The 12 best poets of the year, performing 2 poems in front of a crowd of 200 people including 5 judges. Yeah, this is art, this is sport, this is art & poetry sport, man - and sport with goals, not sport for pure beauty of art (not only). The 8 best seni-finalists are qualified for the final, the 5 best finalists are selected in the Capital Slam team for the Canadian championship...

Do I need to remind you that the Capital Slam Team is the 2-time defending Canadian Champion? That Open Secret from Capital Slam just won the Canadian individual tittle? That Ian Keteku from Capital Slam won the World Title?...
This is sport, this is city-size competition, and much more: this is a competition showing maybe some of the best slamers on the great circus of performing poetry...

The night was intense, sure, no suprise. It was impressive to see faces and hear voices previously heard in much smaller conditions. The stage of the Mercury Lounge feels small & friendly compared to the Alumni Auditorium, and the crowd definitely pushes performers, adds intensity to words already born intense and vivid. Great energy exchange: this might be one of the basic definition of poetry for me, and I certainly received my share of energy & intensity yesterday.

Apart from the words themselves, that's really this intensity that struck me, and quickly made me eager to build portraits of the poets. Intense poem associated to intense poeple brings intense characters, wonderful pictures and flows on stage. It would be fascinating to draw such performers - but I stopped being good at drawing at the age of 11. I could try to write some portraits - could be an interesting exercice.
But I started with a more basic approach to portraits, a more instantaneous. I played with my new camera friend. Took some pictures, shot some videos, from my row in the middle of the audience.

Obviously, the quality is often poors (could you please stand still for a while, poets) But there might be some interesting pictures to share once I get rid of the bad ones... Which might take a couple of days...

But we can start with this video clip from Rusty Priske performace. This is its second poem of the night, entitled 'The Darwins Theory of Revolution'. Intense, I suppose you've understood my focus now - but also beautifully crafted and playing with sounds.

More videos and pictures to come next week!

You can check the names of the 8 finalists here. The final will take place on Firday June, 10th at the Alumni Auditorium of the University of Ottawa.


22 janvier 2011

Belle and Sebastian, from 1996 to 2006: same melodic depth, further cheerfulness

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Belle and Sebastian 

  • Get Me Away from Here, I'm Dying   -   from the album "If you're feeling sinister" (1996) 
  • Sukie in the Graveyard   -   from the album "The Life Pursuit" (2006) 
  • live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)

Belle and Sebastian, pour moi, c'est l'album "If you're feeling sinister". Un de ses albums inusables, valeur refuge, pièce précieuse que l'on peut ressortir à tout moment, retrouver séduisant comme toujours, explorer les détails et variations. Un disque au joli goût épiphanique, longuement écouté vers 2004, période où j'explorais des sons plus calmes, plus pop, moins rock ou saturés. Mélodies douces, bien réglées, paroles riches, joliment construites, cette impression d'une bande de potes murmurant de petites histoires à l'oreille d'un groupe de fille, au coin du feu, ou assis en chaussettes sur la moquette d'une chambre. L'album a intégré ma mythologie personnelle, mes petites références, certaines phrases surgissent au détour d'une conversation avec une fille, quand l'envie d'écrire un texte s'invite. Un bel ami.

Jusqu'à il y a quelques mois, je n'avais pas écouté d'autre album de Belle and Sebastian, rien de plus que le court et bricolé Tigermilk, petit essai précédent "If you're feeling sinister". Comme si, pour moi, leur carrière ne comptait qu'un album, leur premier véritable, et les 6 albums suivants n'existaient pas.

Pas envie d'en savoir plus ? Pas envie d'être déçu ? Pas envie de les voir changer, ou juste différents, pas vraiment l'intention de savoir ?

Cela doit être lié à la petite discipline que j'ai établi il y a quelques années, logique d'exploration. Varier les genres, varier les périodes, alterner, ne pas répéter, ne pas toujours creuser le même sillon ; car je me connais. Il y a une dizaine d'années, j'avais réfléchi un peu à mes habitudes de lecture de jeunesse : grand amateur de séries, de romans policiers classiques, de personnages récurrents. Agatha Christie encore et toujours, l'ami Poirot. Sans trop m'en rendre compte, cela m'avait peu à peu lassé, et je lisais moins, je n'avais pas intégré l'envie d'exploration dans mes choix de lecture. Je ne sais pas si l'analyse était juste, pas un peu biaisée, mais j'ai mis en place cette discipline : ne jamais lire deux livres du même auteur. 
En tout cas, jamais de manière trop rapprochée.

J'ai donc sauté d'un auteur à un autre, jonglant entre les époques. J'ai agi de même pour la musique et les films, piochant enthousiaste dans les rayons des bibliothèques, tentant de petits dans les magasins d'occasion. Et puis, il y a 2 ou 3 ans, la discipline s'est faite plus souple, toujours exploratrice, mais inspirée également par la politique des auteurs. A savoir, chercher à mieux comprendre un créateur, sentir ses variations, être attentif aux thèmes, aux motifs, aux changements. Jouer un peu plus sur les deux tableaux : variété mais aussi approfondissement.

Bizarrement, c'est plus marqué en littérature ou en cinéma, explorant Emmanuel Carrère ou Jean-Philippe Toussaint, Alain Resnais, Christophe Honoré, Desplechin, Gus Van Sant, Wes Anderson - plus encore en bande dessinée avec Dupuis - Berberian, Trondheim, Daniel Clowes... Mais assez peu en musique, je suis encore un amateur d'albums isolés, de groupes connus pour une seule facette.

Mais il y a aussi des évolutions, des groupes que je connais mieux et sur plusieurs années. C'est pourquoi j'ai pensé à de petites comparaisons, voire le mûrissement, songer un peu à mes réactions face aux évolutions. Une expression m'est venue à l'esprit : "point d'ancrage". Le premier contact comme ferment d'une relation avec un groupe, les fondations de mon goût pour cette musique, quelques choses de solides. Le déclic qui a lancé l'intérêt mais aussi pérennisé l'intérêt. L'idée d'une source de cristallisation, comme dans la dialectique amoureuse de Stendhal, mais aussi l'idée de durée. Voir comment cet ancrage réagit face à d'autres

Nous verrons à l'usage si tout cela fait sens.

Alors, comme évoqué plus haut, le point d'ancrage de Belle and Sebastian, ce sont les chansons douces et riches de "If you're feeling sinister", le côté boy scoot malin et soigné, l'ami fidèle. Mais il y a quelques mois, j'ai trouvé l'album "The Life Pursuit" à la bibliothèque d'Ottawa. Album de 2006 - soit 10 ans après la publication de mon ancre douce et rassurante.

"The Life Pursuit", et tout de suite, une présence familière, mais aussi une impression d'ampleur. La même voix, le même genre de logique musicale, la même richesse de parole, mais dans une musique plus vaste, aux couleurs plus variées et nombreuses, comme offerte sur une écran plus large, avec plus de profondeur de champs. Dix ans ont passé, le murmure mélodique du coin du feu ouvre grand la bouche et remplit totalement les poumons, il sautille, danse sur place avec un grand sourire. Les amis sont plus nombreux, il frappe plus des mains et tapent plus fort sur leur batterie et leur tambourin ; certains ont même apporté une trompette ou un orgue.

Les mêmes qualités flottent sur cet album de 2006, mais plus sûres d'elles, et prenant un peu plus de risques. Bien sûr, "If you're feeling sinister" reste sublime dans son dépouillement, sa modestie, sa timidité. Mais sentir Stuart Murdoch aussi à l'aise donne le sourire, on l'imagine dansant en studio ou dans sa famille. Et les images des concerts de 2006 montrent toute l'équipe radieuse, aussi bien sur les nouveaux morceaux que sur les anciens classiques, aux teintes légèrement plus enjouées, mais toujours aussi douces. Un cheminement très joli à observer...


 Away from Here, I'm Dying
from the album "If you're feeling sinister" (1996)
live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)


Sukie in the Graveyard
from the album "The Life Pursuit" (2006)
live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)


Get Me Away from Here, I'm Dying
from the album "If you're feeling sinister" (1996)
album version

14 janvier 2011

Deer-Ree-Shee, le bruit des Black Angels résonne longtemps



Deer-Ree-Shee 
by The Black Angels (2008)
Live in Paris at Canal Plus and at La Maroquinerie

J'ai découvert The Black Angels début 2008 par le précieux Podcast du service musique de Libération, Libélabo La Playlist. Un titre lent mais légèrement tonique, aux guitares atmosphériques, fortement planant, doucement atmosphérique, une écoute assez fascinante au milieu des rues industrielles de Duisburg. Peu de temps après, j'ai acheté leur deuxième album, Direction to See a Ghost, à la pochette criarde rouge et verte, très soleil de San Francisco en 68. De manière assez surprenante, c'est un album vers lequel je reviens régulièrement, dont certains titres m'ont accompagnés sur les trois dernières années ; une jolie durée de vie.

Le pouvoir séducteur des Black Angels n'est pourtant pas bien compliqué, un rock psychédélique vaguement anxieux, où les couches de guitares obscures se répètent. Ils n'ont pas choisi leur nom d'après le Velvet Underground pour rien, l'influence est assumée. Mais on connaît le pouvoir de tels diamants noirs, de sons drogués et paranoïaques, que ce soit par le Velvet, les Black Angels ou les silhouettes fines et tordues des Jesus and Mary Chain. Un sorte de hurlement contenu à mi-voix, le bourdonnement du matin dans des draps bizarres et brouillés, le spleen des soirées un peu longues sur des canapés défoncés, la grisaille qui ricane quand le bus de fin de journée arrive un peu chargé. Des atmosphères clair-obscure, des entre-deux, une certaine urbanité métallique au crissement en sourdine, aux petites rugosité ; on n'y pense pas forcément, on peut même ne pas être convaincu du tout par cette anxiété, ce spleen de bruit blanc ; mais il reste fascinant à observer et écouter à intervalles réguliers.

Je serais très curieux de voir les Black Angels en concert. J'avais été agréablement surpris de les découvrir dans la programmation 2010 du mastodonte parisien Rock en Seine ; mais pas facile pour moi d'y aller depuis Ottawa... Je vais continuer à chercher une occasion. Mais ces deux versions live parisiennenes du superbe Deer-Ree-Shee confirme que l'effort en vaudra la chandelle - une aux effets visuels surproduits dans les studios de Canal Plus, l'autre en caméra fixe backstage à la Maroquinerie, et deux intensités similairement impressionnantes.






13 janvier 2011

Repeating Nirvana's All Apologies on a past mid-February night

 
Eyes slightly surprised, this slow start, the patient starting pace with the catchy modest melody of a dozen notes. The eyes unfocussed a bit more - not that they had been highly concentrated before - any visual intention stepping to the background. Here is a song to listen to, a few minutes with more accute concentration, especially since the rhythm now accelerates pushing any cuteness by the shoulder. But  in a certain way this is the common Nirvana explosion, their usual balance - slow verses, punk chorus.

Still the song diffused its own tint, a small spark.
     REPEAT.

Another start, the same careful setting, everything assembled itself again, the shallow grasp might have been slightly more obvious, the good surprise feeling lightly more intense. I was younger at the time, I was still learning the classics - I could still be surprised by a battered album like In Utero. Could you imagine I had never listen to it from start to end before 23? How could I call myself a rock fan? I knew Rape Me, knowing more maybe, maybe indiscriminate acoustic versions from the Unplugged In album, without nothing their origin; I might still consider "The Man Who Sold the World" a Cobain song at the time... I was fresh, as jaded as university student can be, and even more jaded in a way since I was from Paris, and its snobbishness. Perfectly unwise & inexperienced.

Boring, lazy, or merely predictable. The vaguely boring ending slowly faded.
     REPEAT.

What sort of combination is this? My mind was shrugging faintly, constantly, nervously, ideas trying to find a stable ground - this sound was confusing. And then I could hear a few cello sparks, charming, nice, commercial, produced & packaged: I would have never imagined cello in the background of a Nirvana song. No doubt Cobain felt he was selling out. Cello, how punk, my dear - and give me some more tea & cookies, Courtney. And the tiny, fresh looped melody, acoustic clear: it could easily be implemented in a music box. The ballet dancer would swirl in between two dirty saturated guitar lightning's. That's a vision.

The fading sung echo even keeps going on without music in the end, pure voice, pure voice, vocal weakness alone.
     REPEAT.

A mumbling voice in the final and a mechanical list in the beginning, triggered a few seconds after the cleanly-installed atmosphere. Questions, complaints, questions, complaints - as simply assembled as most Nirvana songs. As blurred & teenage meaningless, blue pencil ants on a cheap notebook Cobain stuck in a shapeless backpack to college. But not ridiculous though. Not cheap. - not too cheap Neither the screams and their clumsy wordplay 'Married! Buried!'. Things remained on balance, things were slowly building something bigger, something trembling, flickering, so small & invisible, something diffusing patiently,  around, all around, inside.

The husky lyrics kept trembling nervous & contained all along, with controlled levels: early low-husky, mixed-mumbling-husky eventually, jumping-husky in chorus. A latent painful anger buzzing far, far, deep, and only jumping a bit closer to the surface at some points.
     REPEAT.

Anger, anger yeah, clear even in the first verses. Not the first, flat, clean, basic, but already obvious in the final syllabi of the second verse; a lock shaken back with a grin, a sigh, a grumbling lip - anger was walking calmly, thorns ready to jump if attacked, if talked to, if gazed at, if it suddenly wanted to swell up. Anger, an hurt anger, battered anger. Hence pain, through the scratched anger, the scratched screams and reddening shouts. Fakely-sleeping anger & disguised hurt pain, looking with modest eyes, talking like any day, like small talks at the bakery store, small talks with apparently polite & harmless words; but anger & pain gazing, gazing, gazing without end, with half-shut sleepy eyes, eyes loaded with velvet unclear products, eyes that certainly cried themselves to sleep in between stomach pain and life-is-so-pointless pain.

The looped cute melody now sounds costumed, a make-believe approach, Troy horse leading to vague lyrics leading vague shouts - all of them saturated with invisible pain & anger. FM waves were certainly filtering them, you would barely hear them on the car radio, and still.
     REPEAT.

Anger & pain I could scream in the tiny student room, in front of the cheap desk covered with a couple of scientific sheets, scattered logarithms or heat transfer formula or electronic meaningless diagrams. But who can remember now, and who cared at the time by the way, on that very night? I was screaming in tune, pacing the beat, clapping opened hands on the bare industrial wood, stuck to the assembled layers that were opening next to me. Eyes full of tears, belly & chest shaken with anger, infinite sadness & deep anger walking hand in hand, impossible to distinguish, mixed & blended, one single inescapable feeling with merely two vague trembling shades under the unstable light. I could not stop singing & shooting, even silently most of the time.

Even the the final fade out had grasped me by then, mashed words who could not keep inside your throat, but raw sound pieces I could not shape before they leaked through the lips. allinallisallweallare allinallisallweallare allinallisallweallare, not even capital letters required. Did not know what it meant, did not think it meant anything, nothing but breaths with vague vowels thrown to the wind.
     REPEAT.

And it was not a real break-up, not a break-up at all, come to think of it. Just a worthless girl, an egoist girl, a girl in her world. We had shared coffee a couple of months before, had ordered fine tea in a fancy cafe, had seen a bad movie she had chosen. We had talked, talked, she was lost, recently alone. And almost instantly she had vanished, had dived in a faster life, further than the campus, invisible, only sneaking in classrooms without a word. A new boyfriend for sure. A real one, after the naive kid who had served tea when confidence was lacking, the movie companion who had slowly started thinking "and if? but no... but if?".

No, not a girlfriend at all, not even close to be one. No more than a couple of afternoons with light chat and snobbish laughs and mechanical compliment. No more than a bitter paragraph you can classify and quote years later as cheap late-night anecdote.

Still, the sad shouting anger would not release the grip, the flux in my mind in this mid-Feburary evening.
     REPEAT

Details can break weak doors and release the files that had not been cleanly classified, not clearly concluded and forgiven. At lunch, she had been sitting at next table, one meter away; not even a word, not even, a movement of the eyes, not even anything - statue laughing with another buddy one meter away. Nothing at all, cheap & easy & petty arrogance, uninteresting pride. Not even enough material for two paragraphs in a short story. Merely a flash, a vision, a couple of shapes for disbelieving eyes.

Nothing, nothing, nothing, nothing, this nothing whispering all afternoon and all evening. The little nothing seeds of sadness & anger & pain, mute and swelling. Nothing, nothing, the tsunami wave was a mere 2 cm step above the deep sea, while rushing fast toward passive islands. Just turned the head where it was darker, more blurred, over the quicksandy carpet - I could not see anything else but this nothing, I could see it growing and could not really look away.
     REPEAT.

I had found the In Utero album at the University library, the previous day or that very night, not the kind of details I could remember or I would have written down. I had put the CD on without thinking, a weird vision of mute arrogant girl printed in my mind. A few tracks, the unbalanced songs gathered by Nirvana, raw & predictable, and then All Apologies appeared. All Apologies kidnapped me, leaving only my finger on the CD player button.
    REPEAT.

The song had unravelled itself, it had made obvious unpredictable blends, it had revealed it intimate skeleton and consistency, its meaningful succession. A then B then C then D, even mere drum beats were now resonating crystal clear in twelve square meters, the predictable highlights that were appreciated even more at each of their iteration. I could feel the details in Cobain grainy voice, grainy grumble, unrecorded breaths. I could get drunker and drunker to the unsuspected idea that pure desperate sadness could be associated with honest & intense anger. They could be blended, they could be one, and I did not need any justification - I was feeling the blend so clearly and feelings are their own justification.

I dived and sung and inspected aspects and aspects of All Apologies.
I must have listened to the song 10 times in a row that night, repeating it again and again, totally unable to stop the string of identical fascination, self-fed.

I cannot remember how it ended, how I stopped. I can only imagine it as an oscillating restless scuba diver who suddenly kept his head out of the water, removed his mask & tuba, and started floating on the water on his back, with a sad & angry & exhausted faint smile.




18 décembre 2010

Video of Broken Social Scene in Ottawa

Broken Social Scene - "Meet Me in the Basement"
December, 17th, 2010 - Concert at Bronson Centre - Ottawa, ON

Great gig by Broken Social Scene tonight at the Bronson Centre. This will require more details, more descriptions, and more space for all the pictures I took. But I think this video is quite impressive enough to share some taste of the night: I am quite impressed by my new camera and its possibilities...

More to come soon!

22 octobre 2010

Shelia, Atlas Sound sweet obsession for love & death - a fall & winter dark hit

Shelia  (Live at the Natural History Museum in Los Angeles, 01/08/2010)
by Atlas Sound (2010)
preview for the Deerhunter concert - October, 28th, 2010 - Wonder Ballroom in Portland, Oregon

J'ai déjà un peu parlé de Deerhunter, de mon impatience à les voir en concert fin octobre, à Portland. Délicatement shoegaze d'après leurs anciens albums, et un dernier album apparemment complexe, riche, dense, fascinant : de belles promesses pour un joli concert, à n'en pas douter.

Mais persistent également de profonds souvenirs des quelques titres d'Atlas Sound, projet solo du chanteur Bradford Cox, entendus l'hiver dernier. Deux, trois titres, pas plus, mais réécoutés, répétés, murmurés encore et encore assis sur un canapé, enveloppé d'un pull, deux paires de chaussettes aux pieds, morceaux chantonnés en marchant doucement vers la cuisine, puis en retournant m'asseoir une assiette à la main. Certainement les deux ou trois morceaux que j'ai le plus écouté vers décembre 2009, par leur profondeur simple et enveloppante, cocon mélancolique et rebondissant, des couvertures dans lesquelles j'aimais à traîner quand le ciel s'éloignait gris et la neige tombait, faisant frissonner mon regard peu habitué au Canada, à l'asphyxie blanche de la nature hivernale.

Deux ou trois chansons très écoutées, dont une plus écoutée encore, fascinante. "Shelia". Une berceuse au lever du lit, un bâillement en sortant les jambes de la couette, trébuchant doucement, hésitation ensommeillée du matin ; hésitation macabre, essoufflée, où va-t-on ? Mais hésitation juste pour prendre son élan, peut-on croire, une petite chanson pop s'élance, déclaration d'amour simple, guillerette ; trois quatre phrases, un prénom féminin, rien de plus, mais il n'y a rien à ajouter en général pour tisser une simple tapisserie pop, surtout quand on peut jouer avec les sonorités du prénom.

Un prénom et des petites déclarations que l'on peut chantonner à mi-voix, souffler sans presque les dire, juste en les pensant, quelques notes parsemées dans le silence de la pièce & de la moquette : les boucles  de musique envoûtantes ne se sont pas éteintes dans l'esprit, pourquoi faudrait-il les chanter également ? Les paroles suffisent, des mots à câlins, pour bercer un bébé délicatement nerveux, pour calmer sa copine au détour d'un petit cauchemar nocturne ; douces mélodies vocales en complément de câlins, serrer fort & tendre. Nous partagerons nos vies ensemble, nous n'aurons pas froid.

Même pas froid dans la mort, car nous mourrons ensemble, bien ensemble.

Voilà la bifurcation terrible de Shelia, berceuse à chantonner encore et encore, chanson douce pour câlin, morceau pop pour s'assurer d'amour éternel ; car rien ne rassure vraiment autant quand il s'agit de penser à la mort. Bradford Cox ne modifie en rien son élan, ses déclarations fidèles, ses boucles de guitare cotonneuses et réconfortantes, et glisse la mort dans la partie, presque sans en avoir l'air, progressivement. Une mort associée à l'amour & au couple, le soutien ultime, le soutien face à la détresse, à la disparition solitaire, le besoin d'une présence forte quand le gouffre approche, un besoin qu'il faut chanter sans fin, de plus en plus vite, laissant paraître plus fort l'obsession. Je ne m'arrêtais jamais pour chanter, berçant toujours, n'interrompant pas le câlin, comptant sur le ton des paroles malgré le désespoir des mots. 
Shelia, berceuse d'espoir malade et désespéré, d'amour fidèle projeté vers la mort, morceau qu'il faut chanter jusqu'au bout aux êtres chers, pour se réchauffer l'un l'autre sur les canapés hivernaux.

Bradford Cox est plutôt familier de la mort, étant atteint d'un syndrome génétique, touché par une certain faiblesse, un doux désespoir. Mais laissant les paroles venir sur ses chansons, ne les sentant vraiment qu'après coup. Ses réflexions sur Shelia sont ainsi passionnantes à lire dans cette interview de Pitchfork (en dessous de la dernière photo...) Chanson d'amour tournée seulement vers le soutien, le besoin d'un autre pour accompagner vers la mort ; une tendresse presque non-amoureuse, détachée, pure affection, sans question de désir, de sexe ; un morceau d'amour parfaitement et purement asexuel. Et dont il a pris conscience de la portée une fois touché par la pneumonie, paniquant durant les moments d'étouffements, l'alitement désagréable et à l'issue lointaine.

Toute cette densité d'émotions apparaît dans cette version live de Shelia, dénichée sur Youtube. Le morceau s'étire plus encore que dans la version studio (7 minutes ici, 3:30 sur le disque), boucles reprises sans fin, voix modulée en écho sur les syllabes du prénom. Quelques éléments posés côte à côte, guitare, deux-trois phrases et un prénom ; obsession épaisse et cotonneuse pour les mélancolies humides & grises.


12 août 2010

La fragilité instable de The National inondant Osheaga

The National concert - July, 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Fragile.
Fragile, pour dire ténu, mince, délicatement élégant. Epiphanique, mais instable, cristallin. Léger & tremblant, frémissant.
D'autant plus beau & touchant par cet équilibre de marcheur sur fil.

The National est peut-être le plus grand groupe du monde comme le proclame certains blogs, et j'en étais moi-même convaincu en sortant de leur concert à la Maroquinerie parisienne en mai 2007. Un groupe capable d'installer une envergure fascinante & profonde, et d'autant plus impressionnante qu'elle frémit précaire. Prête à s'envoler, à glisser, à devenir trop ceci ou pas assez cela ; pompeuse, ou dérisoire, ou un peu cul cul, ou prévisible.

La grâce n'est jamais qu'un équilibre instable.

Et cette précarité surgit dès la deuxième chanson jouée à Osheaga 2010 à Montréal. Placé entre deux mythes, Pavement & Arcade Fire, The National a attaqué plein d'énergie avec deux tubes tubes énergiques & émouvants, Mistaken for Strangers de l'album Boxer et de leur nouvel album, Bloodbuzz Ohio il me semble. Puis ils ont enchaîné par un morceau Boxer, au rythme terriblement lent, Slow Show apparemment, comme timide, tentant peut-être quelque chose, ou simplement incapable de laisser la mayonnaise prendre. Un faux-rythme, un sportif en dedans dans les premières minutes d'une finale, attentiste : mais que se passe-t-il ? La chanson semble traîner des pieds, la délicate voix rugueuse de Matt Berninger paraît juste paresseuse, l'équilibre des guitares et cordes ne s'entraîne pas mais se regarde du coin de l'oeil.

Plus de contenu, plus d'interprétation ou d'incarnation, juste une petite exécution un peu molle. Le funambule a trébuché, ou sent la peur de la chute, et plus rien n'est aérien.

On sent le groupe conscient du léger pataugement, de l'enlisement qui guette déjà. Attention, serrons-nous les coudes ! Plus question de grâce, les camarades échangent regards, respirent un grand coup, ils jouent plus simple peut-être, moins magnifiquement humains, mais il faut tenir la baraque. Matt rame avec les autres, un peu maladroit, un peu plus que d'habitude ; il fait le métier, offre les chansons, mais ne retrouve pas la finesse initiale, l'apesanteur que peuvent atteindre ces histoires & les morceaux du groupe.

Alors Matt en rajoute, il hurle encore plus fort qu'il ne le fait sur un refrain, il se roule encore plus sur le dos. Décharge d'énergie ! Comme un gosse qui tape du pied, qui ne sait plus comment faire, il n'y a plus qu'à crier ! Hurlement habituel du morceau, mais poussés cette fois avec un peu plus d'espoir : voilà qui va nous relancer, je me roule plus encore au sol !

Et voici le verre de bière renversé. Sur la batterie, sur un bout d'ampli, sur des pédales d'effet.
La bêtise qui détend l'atmosphère. Les sales gosses ricanent, vaguement honteux, vaguement benêts, regardant leurs pieds : tout de même, devant une telle foule, c'est un peu gênant. Stefen Malkmus était couvert de bière lui aussi avec Pavement, mais lancée depuis le public, c'était plus rock'n'roll et moins gaffeur. Mais autant en rigoler.

Le groupe repart plus léger, tâtonne encore un morceau ou un morceau et demi, rejoint par Richard Parry d'Arcade Fire pour une poignée de chansons. Mais voici un tâtonnement ascendant, l'incident de scène a joué certainement les soupapes, l'inquiétude s'est trouvée détournée, focalisée vers une bêtise dérisoire, et il n'y a plus qu'à jouer, jouer, pousser les inquiétudes qui se bousculent dans l'estomac et les suivre, les laisser murmurer les paroles sur les lèvres, plutôt que rester clouer au sol. Partager l'anxiété quotidienne dans le chant, les chansons de The National parlent-elles d'autre chose de toute façon ?

Alors The National monte, monte, doucement, prudemment, mais magnifiquement. Matt Berninger est plus névrosé que jamais, piétinant la scène entre les morceaux, les mains prises de tic, la mèche blonde éparse par dessus le profond regard bleu. Bien sûr, la densité émotionnelle de The National ne tient pas uniquement de son chanteur, les cordes, le piano, les entrelacs de guitare, tout un montage collaboratif et tout le monde joue tous les morceaux tout le temps, comme dans les meilleurs groupes. Mais le frémissement à fleur de peau de Matt s'affiche comme la pointe frêle de l'iceberg, limpide et apeurée. Est-il terriblement timide, à faire les cent pas à chaque pause ? Cherche-t-il à retrouver les sentiments violents et anxieux de l'écriture, de l'enregistrement, pour habiter au mieux les chansons, comme un comédien plongeant dans son rôle à chaque nouvelle scène ?

Qui sait ?
Au coeur de sa bande, Matt Berninger offre une profondeur intense dans sa voix baritonnée, et les échos résonnent longtemps de Fake Empire ou Terrible Love finaux, de la nouvelle pépitte England. Une partie du public a peu à peu tourné les talons pour s'approcher d'Arcade Fire, bientôt sur la scène de gauche, mais les oreilles ne se détachent pas, les regards luisent, luisent sur des joues doucement frémissantes.










The National & Pavement at Osheaga 2010 in Montreal copyright The Gazette
Video by Dario Ayala, edited by Marcos Townsend


9 août 2010

Leçon d'indie décontractée par Pavement à Osheaga

Pavement concert at Osheaga Festival, July 31st 2010

It's Labatt. No problem.

Stephen Malkmus s'essuie encore avec une deuxième serviette éponge, mais il continue de faire des blagues. Il vient de recevoir une bière sur la tête en plein milieu d'un morceau, comme en atteste le précieux document Youtube ci-dessous. Il a sursauté, grimacé sur le moment, mais continué à jouer. A la fin du morceau, un des musiciens a regretté que de la bière ait atterri sur autant de pédales d'effets ; puis après un temps, a ajouté : "et aussi sur le chanteur".

Voici Pavement en tournée de reformation après 10 ans d'arrêt, cool et tranquille, de bonne humeur. "We're Pavement again", répèteront-ils à plusieurs occasion durant le concert ; pour meubler, certainement, mais aussi parce qu'ils sont contents d'être là, et qu'ils aiment partager leur joie. Impression bien différente de celle laissée par les Pixies reformés au festival Rock en Seine en 2005 : enchaînant les tubes pieds au plancher, sans un mot, car sans aucune ambiance de groupe. "Alors, c'est ça, les Pixies ?" nous étions-nous dit avec un ami...

Mais Pavement est tellement plus décontracté & fun. L'épisode du jet de Labatt est vite oublié ("qui a fait cela ?" et une soixantaine de doigts se sont pointés vers le coupable à 5 m de la scène, sur la droite), et le bonheur Pavement s'est déversé ravi sur le peuple d'Osheaga. Les blagues n'ont pas manqué, bien sûr, comme ces allusions de Stephen Malkmus à la saison de football canadien et aux Alouettes de Montréal. Mais c'est surtout l'enchaînement de tubes qui saute aussitôt aux oreilles : quel répertoire ! Rien que de jolies chansons !

De jolies chansons livrées avec une décontraction impressionnante et communicative, tous contents d'être là et de partager ce joli moment de musique. Les titres pourraient certainement être plus enchaînés pour plus d'efficacité, ou quelques faux départs évités, comme lorsque Bob Nostanovich demande l'arrêt d'une intro parce qu'il trifouille encore sa batterie. Mais c'est là l'essence de Pavement, comme l'explique parfaitement une récente colonne de Pitchfork : des titres accrocheurs, mais surtout une magnifique attitude de désinvolture, d'humour, de légèreté, de déconnade. Des compositions magnifiques comme offerte par un vieux pote de lycée, comme ça, un peu dingue, qui peut enchaîner de jolies accords de guitare puis crier comme un punk de 1976.

Et l'héritage laissé par Pavement est impressionnant. Ils n'ont pas vendu beaucoup de disques pendant les années 90, mais tout autour de moi, la moitié du public reprend les paroles en coeur. Pas besoin de grands effets pour être une sorte d'icône, voilà la leçon de rock indie présentée par ces vétérans modestes et fun.

Jet de bière visible autour de la 15ème seconde...















7 août 2010

L'énergie folle de Japandroids à Osheaga

Japandroids at Osheaga Festival

I don't wanna worry about dying
I just wanna worry about the sunshine girls

Japandroids ne se soucie pas de grand chose, juste de jouer fort et vite, une énorme décharge de rock rugueux et frais pour hurler le trop-plein de vie. Rien qu'en duo, une grosse batterie, une demi-douzaine d'amplis superposés, les chansons ne retiennent rien, précipités pop cachés sous les couches de saturation et les roulements rapides des percussions. Rien de fantastiquement original, de la pop noisy presque classique, mais courant, courant, courant !

Sans retenu ! Allons-y ! Enfilons les boules quiès et sautons, sautons !

Le duo de Vancouver ne retient rien, semble à peine respirer entre deux morceaux pour régler les pédales d'effet ; intense générosité, rock tout à fait immédiat. Tout jeune groupe bidouillant près de chez eux, qui s'était retrouvé catapulté dans les gros festivals l'été dernier, suite à quelques jolies articles sur des sites comme Pitchfork. Effectivement, leur concert affiche un impressionant esprit indie, jour à son rythme et selon ses goûts, une liberté, une fraîcheur.

A 20 mètre de là, une petite scène accueille des DJs, dont les beats perturbent parfois les concerts de le Scène Verte. Cette fois, les beats se sont volatilisé sous l'énergie des Japandroids.











July, 31st, 2010 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau - Montréal, Québec




21 juillet 2010

L'euphorie communicative de Caravan Palace

Caravan Palace
2 Juillet 2010 - festival de Jazz de Montréal

Festival de Jazz de Montréal, un des plus grands festivals du monde, où les somptueuses têtes d'affiche en salle voisinent avec les concerts populaires gratuits et en plein air, en plein centre ville. La Place des Arts offre ainsi chaque soir un gros show sur sa plus grande scène, pas toujours très jazz pour ceux auxquels j'ai pu assister, mais toujours terriblement festifs. Un parti pris de fête populaire, de communion avec la foule, et l'ambiance a souvent été magnifique.

En particulier pour Caravan Palace, grosse claque pour moi qui n'ait pas mis les pieds dans les festivals français depuis deux ans environ : ils semblent une valeur sûre des scènes d'été en France depuis quelques temps, ont même squatté le top des ventes pendant presque un an. Mais je n'en avais jamais entendu parlé, malgré mes passages fréquents sur les sites & blogs musicaux français. Ou comment le snob-toujours-au-courant prend un peu conscience de son expatriation...

Caravan Palace, c'est un sextet de swing - jazz, mais où la batterie est remplacée par la boîte à rythme des Daft Punks, ou presque. Instruments live sur lourde rythmique électronique, laissant parfois la place à un peu de vocoder ou quelques scratchs de vinyle. Un déchaînement euphorique saisissant, follement dansant, dont on sort radieux, souriant, étincelant, volant sur l'énergie communicative du groupe et de la chanteuse charismatique.

Montréal a chaviré, les fans de musique & de jazz se déhanche devant ces français fous. La musique électronique manifeste sa puissance communicative, irrépressible, un peu à la manière des Chemical Brothers à Rock en Seine 2004, secouant une foule rock & tatoué aux sons de leurs beats fous.

Pas de vidéo de Montréal avec la somptueuse présence scénique chantant, mais ce numéro original avec danseurs de Montréal. Pas forcément le plus représentatif de la personnalité du groupe, mais tout de même fort fun...


23 avril 2010

Bientôt Caribou en concert à Ottawa

Live on Pitchfork.tv
Caribou (2007)

Le Canada, une terre au groupes rock passionnants, jolies tranches à explorer en petit français expatrié : voir enfin ces beaux groupes jouer à la maison. J'ai donc une petite liste de concerts canadiens auxquels goûter, mais bizarrement, Caribou n'en faisait pas partie. Tout simplement parce que je ne pensais pas que le groupe était canadien : tout de même, Caribou, ils ne peuvent être canadiens, c'est trop cliché...

Pourtant, Daniel Victor Snaith est bien né à London, Ontario. Personnage intéressant puisque Wikipedia le présente comme mathématicien, issu d'une famille matheuse.

Mais je ne vais pas rentrer dans sa biographie, je ne connais rien de plus que ci est écrit sur Wikipédia, et je ne connais que son dernier album, Andorra - meilleur album canadien en 2008. Un magnifique patchwork psychédélique, vague profonde et légère où les voix douces planent au dessus d'une rythmique parfaitement réglée. Quelques titres ont longtemps squatté mon lecteur mp3, à la mémoire pourtant restreinte.

C'est avec joie que j'ai appris le prochain passage de Caribou à Ottawa, à l'occasion de la sortie de son nouvel album, Swim. Un petit tournant, laissant la pop psychédélique pour un disco fin - Pitchfork a l'air ravi, Libération parle d'un des albums les plus enthousiasmants de ce début d'année. Il devrait y avoir moyen de s'amuser dans l'agréable & petit Babylon.

D'autant que le groupe a l'air passionnant en concert, comme le montre ce live de 2007 présenté par Pitchfork. Onze morceaux au total sur le site, dont ce toujours envoûtant Eli

Note en septembre 2010 : l'ancien lien n'est plus valide, mais on trouve toujours une ribambelle de morceaux live de Caribou, dont le superbe Melody Day...





17 avril 2010

Découvrir Half Man Half Biscuit et sourire

Trimpton Riot
by Half Man Half Biscuit (1986)

Le rock indépendant semble tellement documenté de nos jours que la découverte de vieilles gloires inconnues semble toujours un peu surprenante. A l'ère de la musique Internet, les blogs regorgent de détails sur groupes les plus improbables, Youtube offre un accès permanent aux bootlegs les plus pointus - un auteur de Pitchfork avait ainsi eu la surprise de reconnaître son père dans le public d'une vieille vidéo pirate de Neil Young. L'indie semble couler sous forme d'une encyclopédie ultime et ineffaçable, et l'on oublie l'idée de péremption indie.

Pourtant, qui se souvient encore des Detroit Cobras, petite gloire brève du temps de la New Rock Revolution de 2001 ? Leur single Ya Ya Ya était utilisé en France pour une pub Petit Bâteau...

Il est donc finalement assez logique de n'avoir jamais entendu parler du groupe Half Man Half Biscuit, petit succès indépendant en Angleterre dans les années 80. Mais leur petit monde dévoilé donne l'impression d'un trésor caché agréable, et laisse perplexe : pourquoi n'ai-je jamais lu ce nom auparavant, après presque dix ans à parcourir les Inrocks & Pitchfork & NME ?

Half Man Half Biscuit ne vaut pas uniquement par son patronyme joliment tourné, les quelques informations dénichées ici ou là donnent vite envie d'en savoir plus. Le groupe se forme en 1985, obtient un beau succès alternatif avec son premier album, se sépare, puis se reforme en 1990 ; ils semblent encore actifs. Surtout, gage de qualité, ils ont fait partie des petits préférés de John Peel, qui les a invités une douzaine de fois dans ses fameuses Peel Session. Loin des 24 Peel Sessions de The Fall, mais un très joli score toute de même.

Et l'on comprend rapidement ce qui a séduit le fameux Peel dans ce groupe mi-homme mi-biscuit. Un son punk indépendant rêche, rempli d'énergie, et surtout une ironie et un sens de l'humour profonds. Leur parodie cold Reason to be Miserable est un délice dont je parlerai certainement un peu plus en détails à une autre occasion. Mais leur tube The Trumpton Riots est délice offrant une parfaite introduction : HMHB décrit des scènes d'émeute sous une forme classique punk, mais installé à Trumpton, petit village de poupées dans une série d'animation des années 60. Les références parlent peu pour l'oreille française, mais on devine la tonalité et se régale du délice.


28 mars 2010

La folie d'une lettre d'amour à guitares bruyantes

I'm the man who loves you
by Wilco (2002)

Yankee Hotel Foxtrot, album monstre de Wilco publié en 2002, un classique, un disque à la gestation compliquée. Ou comment la country alternative s'était mise à muter en rock, en expériences sonores. Je ne vais pas m'attarder sur ces détails, certains en parlent bien mieux que moi.

Mais difficile de ne pas dire un mot sur I'm the man who loves you, une chanson qui me fascine en ce moment. Un va et vient de guitare saturée et mélodie fine, texte balancé presque en un seul comme de l'écriture automatique, transition parfaite en rebondissement, un solo qui surgit en s'enchaînant sans accroc : une merveille. Une petite folie bruyante, rigolarde, presque un peu angoissée. Comment écrire une lettre d'amour quand on ne sait pas quoi dire, quand il est bien plus parlant de prendre la main d'une fille ?


12 mars 2010

Jolis concerts des White Stripes pour un film peu documentaire, et pourtant mystérieux

The White Stripes - Under Great Northern Lights (2010)

Un jeudi soir et voici une file d'environ 80 personnes devant le Mayfair, cinéma indépendant d'Ottawa. Bien que diffusant certaines succès indépendants, ainsi que quelques blockbusters en séance de rattrapage, l'institution est plus habituée des doubles bills improbables, des séances de minuit avec des vieux films d'horreur, des documentaires pas vus beaucoup ailleurs ; ce mois-ci, le Mayfair propose fièrement un festival Jacky Chan, avec quelques films jamais diffusés en Amérique du Nord. Mais la foule affiche une moyenne d'âge en dessous de la trentaine, population majoritairement étudiantes au look détendus, aux bonnets bizarres. Ce gros public vient pour une affiche alternative, mais de musique alternative - un documentaire sur les White Stripes, Under Great Northern Lights.

En 2007, le duo de Détroit a entrepris une vaste tournée dans tout le Canada, traversant toutes les proviences et territoires, mais les plus au Nord. L'objectif était de découvrir de nouvelles villes, briser la routine de tournée, en assaisonnant les journées de concerts improvisés, hors de salles de concerts, annoncés une heure à l'avance. Des images avaient déjà tourné sur Youtube : Meg & Jack chantonnat en choeur dans un bus. Voilà qui s'annonçait prometteur.

Le film se focalise sur les passages dans les territoires les plus au Nord, villes de Yellowstone, Iqualuit... Voici le frère et la soeur descendant d'un avion, montant dans une voiture des années 50 conduite par le maire de la ville - "oui, nous avons une population de 21.000 habitants". Ou descendant d'un SUV aux vitres teintées, jouant une seul titre devant une salle communale pour remonter aussitôt en voiture. L'un des ses concerts ne durera d'ailleurs pas plus qu'un unique accord.

Assez vite, on comprend que le terme documentaire est un peu erroné. Aucune scène véritablement volée, aucun moment de véritable intimité ou confession du groupe ; quelques images de somnolence backstage, un interview fil rouge peu intéressant : aucun rapport avec ces groupes plongeant de plein pied dans la vraie pour les Concerts à Emporter de la Blogothèque. Les quelques promenades s'affichent à l'écran extrêmement léchées, habits parfaitement ajustés, une jolie vidéo musicale en extérieur, mais pas vraiment l'impression de voir les White Stripes dans leur vraie vie.

C'est un parti pris ; et ce n'est pas surprenant. Les White Stripes sont un groupe de contrainte, trois couleurs, deux instruments, réglant leur image. Le film est dans la même veine, offrant un très bel objet faute de dévoiler totalement l'humanité derrière le mythe rock.

L'essentiel, ce sont les scènes de concert, magnifiquement filmées avec plusieurs caméra, au plus près des visages et des mouvements, des effets de flous ou des mouvements de lumière. Rien d'extrêmement révolutionnaire pour l'imagerie rock, on retrouve l'esthétisme des photos de concerts sur papier glacé ; rien de très original, mais l'image reste splendide, surtout sur le grand écran du Mayfair, ou prochainement en DVD en home cinéma. Il serait dommage de bouder son plaisir, la présence scénique des White Stripes étant une des raisons de leur renommée. Investissement, mouvement fluides, chansons superbes, la voix de Jack qui oscille, et ces guitares terriblement saturées, follement agressives, distillant son énergie communicative.

La voilà, peut-être, la véritable valeur ajoutée par rapport à un simple rendu de concert : le charisme de Jack White présenté dans des multiples situations. Quel bavard, parlant sans arrêt, rit et blague ; quelle présence. On saisit par bribe toute son énergie motrice, son appétit créateur, forte impressionnante.

D'autant plus impressionnante à côté de l'effacement quasi complet de Meg. Certes, elle est présente presque en permanence à l'écran, le duo étant rarement séparé, mais elle se déplace terriblement effacée ; sa voix est à peine audible pendant l'ensemble du film, la majorité de ses paroles sont même sous-titrées ! Face au charisme grand format de Jack White, l'immense timidité de Meg devient peu à peu fascinante. On se surprend à guetter son regard, son pâle sourire poli en serrant la main d'un officiel, ses yeux qui tombent sur pieds ; et sa manière superbe de chantonner à mi-voix sur scène, suivant les paroles hurlées par Jack, chantant muette tout en martyrisant ses fûts.

La moindre action infime de Meg prête à réflexion, interroge le spectateur. Comme ces deux phrases prononcées à un conducteur de camion : "Oh, vous savez, nous ne sommes pas un groupe de rock traditionnel, nous sommes juste deux. Mais cela ne nous empêche pas de faire pas mal de bruit", et le sourire discrètement ravi sous-entend le profond plaisir à créer tout ce bruit. Cette fille si timide ? Comment a-t-elle pu commencer ?

La scène finale est certainement la plus mystérieuse et ambiguë du film. Jack chante en s'accompagnant d'un piano à queu, Meg assise à ses côtés. On croit d'abord à un soundcheck capté à l'improviste, mais les multiples caméras et la maîtrise des plans laisse vite entendre que la scène est très préparée ; la fameuse maîtrise des White Stripes. Pourtant, au bout d'une minute peut-être, Meg oscille toujours de la tête, replace toujours sa même mèche gauche ; et l'éran révèle des longues larmes coulant doucement sur ses joues.

Montrer ses larmes paraît d'une indécence assez gratuite, surtout par rapport au reste du film terriblement pudique et sous contrôle. Je ne suis pas parvenu à me réjouir de cet instant apparemment imprévu, une impression de voyeurisme.

Cependant, cette scène un peu bizarre laisse une impression poignante. Jack chante "She looked like a ghost", et Meg pleure, pleure, ne peut s'arrêter. Jack la prendra de ses bras à la fin, et l'écran se fait noir, le film s'arrête. Cette scène impudique, pas totalement bien gérée par le réalisateur, je pense, reste pourtant essentielle pour le film. Elle véhicule un vaste mystère, tellement de questions ; et donne envie de songer encore et encore à Meg, timide et effacée capable d'exploser à la batterie, de pleurer sur une chanson jouée au piano.


13 mai 2009

Classic Rock Radio : la course en avant de Deep Purple

Highway star 
by Deep Purple (1972)

En Amérique du Nord, impossible de s'ennuyer en voiture en jouant avec les différentes stations radio ; quelle que soit la région, ou presque, on finit toujours par dénicher une radio "Classic rock". Les programmateurs semblent focalisés sur les années 70 et une certaine idée du rock : cheveux longs, rythmiques lourdes, une bonne dose de solos de guitares ou d'orgues, chants épiques. Des classiques de classiques sortis directement d'un dictionnaire du rock, dont tous les chapitres après 1976 auraient été arrachés : même le punk semble trop moderne sur de telles stations, David Bowie trop fantaisiste, Nirvana trop jeune. Ici, on retrouve une certaine idée du rock, très masculine & très photo de concert noir et blanc, très traditionnelle & conservatrice, un bon rock américain qui cogne.

Sur des telles fréquences, la surprise ne vient pas des mélodies ou des sons, les programmations offrant une cohérence sonore impressionnante. Le plaisir surgit à la redécouverte de morceaux plus écoutés depuis des années, des noms de groupes que l'on ne rencontre pas facilement sur une radio FM européenne. L'écoute flotte alors entre routine sonore et fascination pour ces virtuosités rock un peu dérisoires, guitare toute puissante en soliste.

Mais quel bonheur soudain d'entendre en entier Highway Star de Deep Purple. Un de ces groupes anglais fondateurs du hard rock, au tout début des années 70, et qui ainsi ont défini tout un son cher à l'Amérique. Il est tentant de partager de telles madeleines rock imprévues, et je les égrainerai peu à peu au rythme de mes écoutes automobiles nord-américaines.


22 avril 2009

Crocodiles, l'explosion d'une chanson encore un peu punk

Crocodiles 
by Echo & the Bunnymen (1980)

La Nouvelle Vague comme un renouveau après le l'onde de choc ; le punk a explosé en 1976 au Royaume Uni, balayant les vieux groupes rocks et s'autodétruisant en un ou deux ans ; que reste-t-il alors ? Une série naissante de jeunes groupes, nourris aux idéaux du Do-it-yourself punk, avides d'indépendance et de nouvelles idées, de nouveaux moyens d'expression. The New Wave ; qui conduira à toute une série de gros groupes dans les années 80, à l'utilisation des synthétiseurs les plus minables, aux excès démodés et amusants.

Mais entre ces deux gros mouvements britanniques, punk puis new wave, la transition fut passionnante, riche en jeunes groupes tâtonnants, aux sons inédits, étranges et maladroits. Les premières vaguelettes hésitantes de cette New Wave, encore amateur et bricolée, vers 1978-79-80.

Ainsi, Echo & the Bunnymen offre en 1980 un premier album sombre et troublant. Ils vont peu à peu devenir énormes en Angleterre, au bout de deux-trois albums, tels Depeche Mode ou The Cure ; mais ils se sépareront dès 1987, loin de la résistance des gros vétérans des stades des 80s. Avant le grossissement de la grenouille et des orchestrations, ce premier album Crocodiles offre de très beaux moments subtiles. Production mince, la basse roule douce et sans fioritures, quelques notes discrètes de synthétiseurs comme trop timides, et des sursauts de guitare qui rappellent les éclairs punk. Les chansons ne dépassent pas 3 minutes, rêves interrompus d'un hoquet, n'ayant plus rien à raconter après leurs écumes d'images précipités. Le lyrisme de Ian McCulloch se niche dans cet écrin nouveau, tissé de divagations noires qui inquiéteront les critiques rock d'alors.

Et au centre de l'album, une explosion intense fascine : Crocodiles, la chanson. 2:40, une course folle de guitares à la basse oppressante, une vision d'hypnose sur lequel se pose le flot verbal de Ian McCulloch. Les formules jaillissent et marquent l'esprit - I read it in a magazine - Listen to the ups & down, Listen to the sound they make - I can see you've got the blues, In your alligator shoes - Met someone just the other, Said wait until tomorrow.

Les longues répétitions de ces I'm gonna do it tomorrow hante longuement, donnant envie de replonger dans ce déchaînement, même édulcoré par une version live dans une immense salle.



3 avril 2009

L'histoire du hip hop : un premier rap engagé, un immense message

The Message 
by Grand Master Flash & the Furious Five (1982)

Dans Tritska, son livre sur le rap de la Nouvelle Orléans, Nik Cohn consacre un chapitre à l'histoire du hip hop. Superbe digression riches en détails, passionnante, et qui donne envie de se plonger dans les vieux titres ; environ 30 ans d'histoire, voilà une richesse à portée de monde.

On y apprend ainsi que le rap n'a pas toujours été une musique engagée, loin du côté média des banlieues auquel il est rapidement associé dans certaines présentations caricaturales. Fin des années 70, un DJ trifouille des vinyles disco et un Master of Ceremony met l'ambiance au micro, recette efficace pour une musique de danse d'un nouveau genre, aux textes légers et fun ; démarche culturelle originale et newyorkaise, mais rien de plus qu'une mode, entend-on.

Mais les choses changent avec The Message des pionniers de Grand Master Flash. Quelques notes de synthétiseurs à peine, mais Melle Mel et Duke Bootee s'appuient sur ce support pour planter une description terrible. Débris de verre éparpillés, les gens pissent sur les escaliers, les junkies dans la rue déambulent armés de battes de base-ball, le bruit, l'odeur du quartier délabré, et aucun moyen de s'échapper sans argent ni voiture, tout juste saisie. Alors ne me pousse pas à bout, je tente de ne pas perdre les pédales.

Don't push me
Cause I'm close to the edge
I'm trying
Not to lose my head
It's like a jungle sometimes

Le Bronx, des quartiers entiers à la pauvreté terrible, dépeint au long de cinq immenses couplets. Le rap a grandi et devient messager. 
L'écho résonne loin, The Message atteint la 4ème place des tops R'n'B, le mouvement prend de la vitesse.