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8 novembre 2010

A movie about Howl, Ginsberg and literary creation



Howl 
by Rob Epstein & Jeffrey Friedman, with James Franco & John Hamm (2010)
sortie française annoncée pour "prochainement" (janvier 2011 en Allemagne & Grande-Bretagne)


- That was Allen Ginsberg, man. He.
Bob Dylan quitte la fenêtre du regard et s'assied rêveur dans la limousine en marche, fasciné, ravi. Il vient d'échanger quelques mots avec Allen Ginsberg à travers la vitre de la voiture.

De manière assez surprenante, cette scène est celle que je retiens le plus du film I'm not there - le film de Todd Haynes sur Bob Dylan. Cate Blanchett / Bob Dylan bavardant avec Ginsberg dans une voiture en marche, échangeant quelques propos poétiques, et Dylan fasciné, fasciné, tellement émerveillé d'avoir pu faire cette rencontre. Le plus grand chanteur américain de l'époque, la star magnifique, ému comme un gosse pour avoir pu échanger deux phrases avec son idole, le poète fondateur de toute une génération.

Peut-être est-ce là un aveu assez naïf de mes limites culturelles, ma faible connaissance de la poésie Beat, de la Beat Generation ; de la poésie en générale. On a les passeurs qu'on mérite : un film sur une idole rock pour être introduit à un mythe littéraire du XXème siècle... Tous les chemins mènent à Rome, disons...

Depuis, j'ai lu On the Road de Jack Kerouac, j'ai recoupé avec mes souvenirs fascinés de The Electric Kool-Aid Acid Test de Tom Wolfe, où apparaît le personnage moteur de Neil Cassidy, toujours beat, toujours prêt à parcourir les routes et s'élancer dans vers les filles, les drogues, l'alcool. Une introduction progressive à la réalité de la Beat Generation, la légende et les anecdotes, mais sans trop goûter à la littérature elle-même. Je parcours doucement cette histoire littéraire, tentant une approche équilibrée entre biographie des protagonistes et les oeuvres elles-mêmes ; tout du moins c'est mon ambition, et le nouveau film Howl me permet de plonger un peu plus dans cette vague historique & créative.

Howl est le fameux poème d'Allen Ginsberg, débutant par les vers marquants I saw the best minds of my generation destroyed by madness, starving hysterical naked.... Ecrit en 1955, publié en 1956, et entraînant un procès en 1957 pour obscénité. Le film d'Epstrein et Friedman a pour objectif de rendre hommage au poème et à son auteur, de présenter le procès, et bien sûr, de faire entendre le texte lui-même, ce classique de la littérature américaine. Objectifs multiples qui donnent lieu à un dispositif assez simple mais plutôt ambitieux, assez casse-gueule, à la réussite inégale.

Commençons peut-être par la partie la plus sujette à caution. Les réalisateurs ont cherché à mettre le mieux en valeur - et donc à donner à voir la poésie. Aïe aïe aïe... Surtout avec un poème avec aussi imagé et énergique que Howl ; mais est-il possible transposer la poésie écrite à l'écran, quelle qu'en soit le sujet ? Régulièrement, la voie de Ginsberg résonne et apparaissent des scènes d'animation étranges, plutôt décousue, flux de lumière sortant de saxophone, pantin nus vaguement en 3D, taureau géant pour incarner le Moloch... Tout cela n'est pas désagréable, plutôt biscornu et étrange que véritablement irregardable ; mais sans vrai efficacité de cinéma, disons, parfois maladroit dans son envie de poser des images sur les vers denses, les mots saturés d'images et de rythme. Un professeur ne proclame-t-il pas dans le film que "la poésie n'est pas traduisible en prose" ? Pourquoi avoir voulu essayer à la traduire en images ?

D'autant que le reste du film est à la fois plus simple & modeste dans son approche, mais paradoxalement plus profond, plus fascinant. Avec un partie pris simple, presque basique : reconstituer, simplement reconstituer. Sur plusieurs axes en montage alterné : la première lecture de Howl dans une salle de San Francisco par Ginsberg lui-même ; une interview de Ginsberg barbu, racontant sa vie et évoquant la composition de Howl ; des scènes sans paroles de la vie de Ginsberg, telles qu'il les évoque dans son interview, et où on découvre Jack Kerouac, Neil Cassidy, son compagnon Peter Ornovsky ; le procès pour obscénité, passe d'arme entre procureur & défense par l'intermédiaire d'experts littéraires convoqués comme "témoins". Reconstitutions fondées sur une abondante documentation, photo d'époques, bandes enregistrées de l'interview, retranscription du procès.

Un tel soin de reconstitution peut sembler un manque d'ambition, un sorte de fétichisme pour les détails, un sorte d'approche documentaire TV ; certains enchaînement peuvent parfois rappeler les montages télé et leurs coupes rapides, leur alternance de témoin parlant face caméra et de scènes d'actions. Pas grand chose de plus qu'un essai écrit sur le sujet, joliment illustré. Ce n'est pas totalement faux, et la question de  transcription de poésie à l'écran reste d'une posée, vu le caractère peu concluants des passages animés & lyriques, vaguement expressionnistes.

Mais l'authenticité des témoignages et la puissance de leur contenu ne peuvent qu'exciter l'intérêt du spectateur.

Au procès, les échanges d'arguments littéraires s'enchaînent fascinants, entre littérateurs à l'ancienne et professeur sensible à l'énergie poétique de Ginsberg. On parle sens de la poésie, importance de l'originalité pour la valeur littéraire, poids de la durée et du temps pour évaluer la qualité d'une oeuvre ; tout amateur de littérature se trouvera à boire ses paroles, d'autant plus que l'efficacité de ses passages approche celle des films de procès à l'américaine. Les avocats n'hésitent pas à échanger les formules bien senties, le juge joue à merveille son rôle d'arbitre sage mais parfois ironique, la constitution américaine est citée : un délice.

Cette énergie s'affiche en couleurs, comme un bon film en technicolor, quand les scènes antérieures chronologiquement défilent en noir & blanc. Jolie cohérence avec l'absence de moyens de cette scène beat, introduite symboliquement comme fauchée, comme si elle pouvait seulement bidouiller quelques films en Noir & Blanc ou quelques clichés avec un vieil appareil photo. Les silhouettes de Kerouac, Cassidy, Orlovski défilent muettes comme sur un portfolio, présentant honnêtement leur statut de photos mises en mouvement à l'écran : nombreuses sont les scènes transposant des photos existantes, en noir et blanc - certaines affichées au cours du générique.

Mais le noir et blanc éclate encore plus fascinant dans la lecture reconstituée de Howl, la première présentation par Allen Ginsberg. Déclamant d'une manière un peu surjouée, un peu trop pesante, mais offrant un visage habité, des gestes justes, variant les rythmes, les pauses, jouant à plein de la musicalité du texte, cette fluidité qu'il a ciselé sur la machine à écrire. Comme souvent dans les lectures poétiques données par les auteurs eux-mêmes, dans celles auxquelles j'ai pu assister : lecteurs investis et connaissant leur texte et son rythme, mais sans avoir tout à fait la technique d'un véritable comédien.
La caméra s'attarde souvent sur les regards ébahis du public, les airs fascinés ou investis, les murmures de soutien ou les rires. Rien qu'une lecture public ; mais tout ce qu'une lecture en public peut offrir d'échange, de partage, de vie, d'intensité. Intensité parfaitement incarné par un James Franco habité, respectueux des intonations de Ginsberg dans ses paroles, cherchant à capter l'élan poétique du poète, alors dans sa plus grande fraîcheur.

Et cet élan apparaît de nouveau dans le Ginsberg plus âgé, plus reconnu, celui qui est interrogé par un journaliste devant une bande magnétique qui défile. Ginsberg a un peu plus de recul sur son texte qu'à l'époque de cette première lecture, on le sent, de même que sur son parcours lui-même, sur sa vie. Mais il offre des témoignages et commentaires aux mots magnifiques & intenses, investis, des éclairs de poésie transmis par le simple dialogue. Une leçon sur le sens de la poésie, le sens du geste poétique et le rapport à l'écriture, témoignage précieux qui ravira tous les amateurs d'interviews littéraire ; on reçoit des paroles riches comme une interview publiée dans la Paris Review, mais incarnées avec justesses, comme si l'on se trouvait dans la salle au moment de la discussion. Un chance précieuse et rare, devant laquelle il est difficile de bouder son plaisir si l'on aime les discussions esthétiques, si l'on apprécie la profondeur d'un auteur.

Du point de vue cinématographique, on peut interroger la réussite complète du projet : les reconstitutions sont admirablement réalisée, superbement jouées, joliment construites, mais les réserves sur les scènes animées symboliques demeurent. Pourtant, difficile de bouder son plaisir devant la richesse littéraire mise en mouvement à l'écran, fraîche, superbe, à l'élan réel. Je n'ai pas pu m'empêcher de tirer mon carnet en cours de film pour noter quelques citations, pattes de mouche gribouillées dans l'ombre de la salle obscure.

"Poetry is like a rythmic articulation of feelings."
Allen Ginsberg



En cherchant quelques liens sur Allen Ginsberg, j'ai découvert un précieux interview datant de 1966 - dans la Paris Review, bien sûr :



Quatre extraits du film Howl (2010)



13 octobre 2010

The Social Network, un Facebook pour les critiques de film et les interprétations

by David Fincher, with Jesse Eissenberg, Andrew Garfield and Justin Timberlake (2010)
sortie française le 13 octobre


"The Social Network" sort en France cette semaine. Je l'ai vu il y a dix jours, le week-end de sa sortie nord américaine ; j'en ai déjà parlé longuement et avec enthousiasme. Mais j'avais aussi évoqué la richesse du film, et mon impatience à l'idée de parcourir les nombreuses critiques disponibles. Je profite de la sortie française du film pour faire un petit tour d'horizon d'idées lues ici ou là.

En commençant par cette jolie interview de David Fincher et Trent Reznor sur Pitchfork. La musique composée par le leader de Nine Inch Nail est en effet un très joli détail du film, et j'avais oublié d'en parler dans mes longues élucubrations. Des nappes électroniques flottent entre les bâtiments d'Harvard ou dans un bureau légal anonyme, nimbant les images et les tonalités d'une lourdeur étrange, une sorte de grandeur profonde mais minimale : profondeur des échos, mais simplicité des quelques notes électroniques. Un peu comme le film, une entreprise d'envergure, une sorte de tragédie contemporaine, mais où les Geeks sont les héros grecs.

Mais la musique n'est pas le seul angle d'approche dont je n'avais pas parlé. Je ne peux pas penser à tout, je ne suis pas journaliste et ma culture est limitée ; et j'avais pris le parti de capter mes impressions et idées sans recherche préalable. Mon sentiment reste que ce film est extrêmement riche, offre de multiples approches, et les critiques ou articles lus confirme cette variété de lectures : que d'idées différentes !

Le papier le plus impressionnant est peut-être un superbe portrait de Sean Parker dans Vanity Fair. L'homme est bien sûr plus complexe que le personnage sur grand écran, comme toujours, mais le vrai Sean Parker est un être bigger than life, qui mériterait certainement un film à lui tout seul, voire plusieurs. Co-créateur de Napster à 19 ans, génie de l'informatique dans son plus jeune âge, doué d'un flair impressionnant pour sentir les projets à fort potentiel, génie multiple, fêtard : le film suggérait le charisme et l'intelligence, mais la réalité est bien plus grande. Le Sean Parker du film est-il pour autant une caricature ? Non, comme le dit Le Monde, les personnages mêle pure antipathie et absence de caricature dans un équilibre fascinant. Le Sean Parker joué par Justin Timberlake est peut-être éloigné du génie réel, mais il présente une cohérence pleine de justesse, et offre un élan supplémentaire au film par son charisme et son enthousiasme comme le note le New Yorker - élan dont ne manque pourtant pas la première partie. Le Sean Parker cinématographique ? Respect de l'apport de l'homme dans l'histoire de Facebook, fascinant hédoniste 2.0, parfait apport à la mécanique narrative du film : un rêve de scénariste.

Mais le papier du New Yorker est un véritable délice long de 5 pages, superbement écrit, multipliant les approches, les remarques - le tout écrit avec un style souvent magnifique (mais non disponible on-line gratuitement).  Et débute par un aspect pas forcément facile à percevoir pour un spectateur français, même le plus au fait de la société américaine : la peinture d'Harvard, sa caste d'étudiants issus d'une bourgeoisie américaine quasi-aristocratique. Harvard et Boston ne font pas parti de l'Ivy League pour rien. Bien sûr, le regard français est sensible au sous-texte, au contexte social, et j'ai souvent pensé à mes souvenirs de prépas et de grandes écoles d'ingénieur parisiennes, aux castes françaises venant des lycées versaillais. Mais il faut lire des articles américains pour sentir la justesse du portrait offert par Fincher dans le film : minutieux dans les détails, mais sans satyre excessive, dit le New Yorker.

De tels films et articles donnent envie de voir une telle approche respectueuses mais juste transposée en France, des élèves d'HEC sans trop de clichés, des Polytechniciens. Et ce dans toute la variété des profils présents dans les écoles, car "The Social Network" présente en effet une opposition nuancée entre membres des clubs huppés et geeks. Facebook, c'est une success story de capitalisme, mais une success story lancé par des geeks, pour des raisons pas forcément reluisantes, tournant autour des filles. Les Inrocks soulignent d'ailleurs le côté très masculin du film, où les filles servent uniquement comme objectif lointain ou figure dont il faut se moquer ou se venger ; sans véritable personnage féminin actif. Un aspect qui m'avait frappé après coup, sans savoir trop quoi en penser, mais les Inrocks savent pointer une certaine cohérence de cet univers mâle avec d'autres films de Fincher comme Se7en ou Fight Club.

Voilà bien une constante dans les critiques du film, les longs commentaires sur le parcours de David Fincher, comparaison avec ces différents films. Le New Yorker bat à nouveau tout le monde en longueur, mais la digression d'une page semble un peu déplacée par rapport au reste des commentaires, même si souvent très intéressante. Fincher, une des dernières signatures en terme de réalisation à Hollywood ? GQ n'oublie pas de rappeler le côté superficiel des films de Fincher, en particulier du bizarre et assez raté Benjamin Button. Le besoin d'écrire à ce sujet vient peut-être de là, de la justesse sobre de Fincher, une maturité en douce rupture avec ces films passés.

Une réalisation qui fascine le critique, rivalisant de formules ou d'idées d'analyse. Superbement composé par le duo Fincher et Aaron Sorkin, scénariste, selon les Inrocks, mais le New Yorker insiste plutôt sur la tension entre les deux créateurs, le goût de Fincher pour les outsiders et le dégoût de Sorkin pour les amitiés électroniques créées par les réseaux sociaux.

Mystère créatif qui s'ajoute aux analyses variées du sujet du film : une richesse supplémentaire pour un film qualifié de film américain le plus intelligent depuis Preminger dans GQ. Rien que ça ; les Inrocks citent Howard Hawks en l'imaginant sous coke, le New Yorker ou Todd McCarthy parlent Citizen Kane, tout en soulignant les différences de contexte : différence mais pas de fausses notes, surtout une mise à jour. Une belle épaisseur donc, dont on devrait parler au moins jusqu'aux Oscars. Le New Yorker évoque le personnage de Zukerberg  en disant que "jamais deux spectateurs différents ne le verront tout à fait de la même manière", illustrant les nuances du personnage. Et cela vaut bien sûr pour le film dans son ensemble.





6 septembre 2009

Des gags et quelques beaux morceaux de cinéma, redécouvrons John Hugues

Sixteen candles
by John Hugues (1984)

John Hugues est mort il y a quelques semaines et la critique cinéphile internationale a chanté ses louanges. Le prince de la comédie adolescente des années 80, a-t-on pu lire. Surgissement étrange et saisissant pour un nom dont je n'avais pas entendu parler une seule auparavant ; trop proche assurément pour avoir eu droit à une réhabilitation critique.

En effet, le plus gros fait de gloire de John Hugues est d'avoir été l'auteur du scénario de "Maman j'ai raté l'avion". Succès immense au début des années 90, mais pas tellement attirante pour sa profonde cinématographique ; un gosse, des gags, des millions au box office et beaucoup de suites...

Mais voilà, John Hugues n'a plus réalisé un seul film après ses succès monstre. Il est juste crédité pour le scénario de quelques grosses comédies familiales. Fortune faite, il s'est retiré, tranquillement, une sorte de Salinger du ciné commercial. Il a juste publié quelques romans sous le pseudonyme d'Edmond Dantès ; indice d'une profondeur voilée par un gamin qui a raté l'avion.

Et en effet, son premier film, Sixteen Candles, est un objet assez surprenant. Effet immédiat d'un voyage temporel : couleurs étranges, musique synthétique, brushing Gabriella Sabatini romance adolescente épaisse, nous voici bien dans les années 80. Samantha fête ses 16 ans et sa famille oublie l'événement ; grosse déprime dans le regard fraîchement maquillé, d'autant que son amour pour le beau Jake semble totalement impossible.

Mais les scènes séduisent peu à peu par leur puissance comique, un sens du rythme et du gag, une outrance, une absence de retenue. Voici une ado dont la liberté de mouvements est restreinte par une minerve et on la voit peiner pour boire à une fontaine. Voici un chinois hystérique sortant avec une athlête d'une tête de plus que lui, maniant haltères et vélo d'appartement. Voici une brochette de geeks avec gadgets électroniques désuets, matant les filles aux lunettes infra-rouges. Voici une hallucinante scène de fête dans une maison détruite. Voici un jeune sans permis mis au volant d'une Rolls décapotable. Voici une mariée dérivant ivre dans l'église pour un excès de cachets. Une folie profonde et un sens du détails à l'efficacité indéniable.

Le rire rend ainsi la sucrerie adolescente plus digeste et quelques scènes libèrent une jolie puissance cinéphile, de beaux cadres, des travelling justes. Et le dosage du gag et du sens parvient parfois à un équilibre superbe, telle une longue discussion en tête à tête dans une voiture en réparation : de l'humour bête, des dialogues subtilement au service du récit, de jolis regards d'acteurs, et un subtil clin d'oeil théorique. En effet, belle vision déconstruite de la drague en voiture, dans ce garage où la voiture n'a plus que deux sièges, deux portes et un volant, pas beaucoup plus.

Pas mal pour un produit que l'on aurait cru terriblement formaté.


17 mai 2009

Film bancal mais tellement bête et drôle

Nacho libre 
by Jared Hess, with Jack Black (2006) 

Un orphelinat au Mexique, sous la garde de moines ; peu d'argent pour offrir des repas décents aux enfants, hélas, peu d'argent pour assurer la simple survie de la petite communauté. Mais le cuisinier cache une singulière passion sous sa robe de bure : la lucha libre, le catch mexicain, véritable religion aux idoles masquées. Le soir, Ignacio devient donc Nacho, luchador masqué cherchant à se créer une place dans le circuit de la lucha libre...

Qu'il est impressionnant de découvrir de telles comédies à la finition improbables : clichés basiques mélangeant monastère & lucha libre, dialogues souvent décousues, sautes de scénario donnant parfois une impression de montage étrange. Mais le film assume son objectif premier, comédie loufoque et sans prétention centrée sur le charisme et la puissance comique de Jack Black ; qu'importent les costumes kitsch, la moustache ou les situations étrangement ficelées, Jack Black glisse toujours un regard ou une posture pour dérider le spectateur. Une longue succession de scénettes et de sketchs naviguant autour du postulat de départ, simple véhicule pour le comédien, assumant totalement son jeu outré ; irritant pour les amateurs de subtilité, assurément, mais réjouissant pour ceux acceptant de mettre de côté toutes les faiblesses du film.

Et peu à peu, le rythme saccadé du film génère une étrange impression d'absurde ; le côté décousu du récit devient un écrin idéal pour les scènes plus stupides les unes que les autres, comme une série de performances volontairement bêtes et bancales. Une fois mis de côté toute aspiration à la profondeur, c'est avec un grand sourire aux lèvres que l'on déguste les matchs de catchs burlesques et ridicules.