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5 février 2012

Mad Kap et quelques plongeons dans l'undergound hip hop

Ces derniers temps, j'ai écouté beaucoup de hip hop.

J'ai l'impression de dire cela régulièrement, tous les deux ou trois mois. Comme si ce n'était pas encore une habitude bien acquise, logique, admise. Une habitude datant disons de début 2008, l'exploration systématique des médiathèque, plonger dans les grands classiques. Une habitude d'au moins 4 ans maintenant - et pourtant, toujours l'impression d'être un débutant, un petit nouveau qui se rend compte, oui, qu'il écoute du hip hop régulièrement ces derniers temps.

Peut-être faudrait-il alors préciser un peu le hip hop que j'ai écouté dernièrement. Afin d'expliquer plus clairement cette perception d'un changement d'habitude.

Oui, il y a 4 ans, j'avais plongé dans les classiques du rap, les gros albums des années 90, les grands canons. Le Wu Tang, Nas, A Tribe Called Quest, Eminem, De La Soul, NTM, les pilliers, les bases. J'avais ensuite saupoudré des noms un peu moins connus, du rap plus indépendant, Mos Def, quelques compil Rawkus, Gangstar, Mobb Deep, Lords of the Underground, au gré des noms piochés ici ou là. Un goût un peu plus large, un peu plus d'exploration, ouvrir les portes aux sons variés du hip hop.

Ces derniers temps, oui, j'ai écouté pas mal de hip hop. Mais dans des chapelles différentes.

J'ai posé doucement les pieds dans le foisonnement récent, ce tumblr hip hop où les mixtape gratuites jaillissent mois après mois, les flows jeunes offrent leurs états d'âme, leur folie dans l'instant. Une jungle, une abondance assez folle où les sons et voix changent, où les réputations se construisent sans qu'aucun disque soit encore vendu. C'est fou. C'est dépaysant. Des hip hop différents de ceux entendus par moi jusqu'à présent, parfois plus électronique. Une nouvelle fraîcheur. J'en parlerai plus, des belles chansons de Frank Ocean, d'A$AP Rocky, de Schoolboy Q, les français de 1995, de ces jeunes, le hip hop de maintenant.

Mais j'ai aussi dégustés avec plaisir le classement des meilleurs producteurs hip hop, publié sur Passion of the Weiss à l'hiver dernier. Délicieusement agrémentés de mp3, des noms inconnus, des sonorités en tout sens, toutes les époques - et toujours les jolis textes du sites. Une variété hip hop comme j'en avais rarement explorée, un tel éventail... 

Le site Passion of the Weiss est une superbe porte d'entrée sur la culture hip hop, l'histoire des sons et des hommes. Un assemblage de passionnés pointus, prêt à partager : j'ai écouté récemment avec surprise et plaisir un de leur podcast, ciblant l'underground hip hop de Los Angeles entre 1990 et 94. Oui, c'est pointu, deux heures et de commentaires érudits, pleins d'humour, une émission magnifique, offrant de belles pistes à suivre.

Beaucoup, beaucoup de pistes à déguster, avec toutes ces sources variées.
J'ai posté certains titres sur mon tumblr, certaines vidéos. Mais il serait dommage de ne pas en faire profiter ce blog, tirer profit de l'espace offert, plus vaste que ceux des habituels posts tumblr...

Alors je recommence aujourd'hui avec ce Mad Kap de 1993, entendu après le mix de l'underground de LA. Le beat est simple, la petite mélodie efficace, le flow digne et fluide entre les différentes voix : "Dopest Verse", difficile de trouver un titre plus symbolique de ce hip hop que j'ai écouté dernièrement...




11 janvier 2011

Push It with Salt-N-Pepa, great vintage hip hop single from 1986



Push It 
by Salt-N-Pepa (1986)

Tiens, bibliothèque d'Ottawa et je tombe sur un album de Salt-N-Pepa, le trio de rap féminin. En fait, je ne les connais que de nom, et pour quelques minutes ; mais quelles minutes : le mash up The Stooges VS Salt-N-Pepa sur le mix As Heard on Radio Soulwax Pt. 2 des 2manydjs. Mélange parfait, les guitares rouillées de Détroit, un flow féminin, les 'No Fun' d'Iggy répondant aux 'Push It' de Salt et Pepa. Un classique, une bombe. La bastard-pop et les mash-up, c'est tellement 2002, mais certains restent fascinants. Et surtout de belles portes d'entrées pour mettre à jour sa culture musicale.
En théorie. Car, je l'avoue, malgré mon amour pour ce No Fun Push It des Belges fous, je n'ai jamais trop cherché à me renseigner sur Salt-N-Pepa. Merci donc à la bibliothèque d'Ottawa et son exemplaire de l'album Very Necessary de 1993.

Un album présent à la première écoute, énergique, aux beats efficaces, qui donne enfin envie d'aller explorer le web. Et les premiers chiffres laissent rêveurs : en 1993, Very Necessary s'est vendu à 5 millions de copies aux US. Par comparaison, la meilleure vente d'albums aux US en 2010, c'est Eminem, avec environ 3.2 millions d'albums... Bien entendu, cela illustre surtout la baisse des ventes d'albums en une quinzaine d'années ; mais cela donne une idée du phénomène.

Quelques clics supplémentaires m'ont fait réaliser que, oui, je connaissais le plus gros hit de Salt-N-Pepa, le fameux Let's Talk About Sex. Il existe bien une forme de culture inconsciente pour le hip hop, dans son versant le plus pop ; et surtout pour ses refrains, je n'ai aucun souvenir des versets de Let's Talk... Alors j'ai donc jeté un oeil au vieil ami Push It - deuxième plus gros succès du groupe, 2ème des charts UK en 1987, et même n°1 aux Pays Bas. 

Le titre garde peut-être un peu plus de charme que Let's Talk About Sex, une énergie très personnelle et singulière. Un délicat aspect vintage, particulièrement si l'on regarde une vidéo d'époque. Un immense classique : le titre s'est classé n°8 des 100 meilleurs titres hip-hop, publiés par VH1 en 2008...





15 septembre 2010

La flûte des Beastie Boys pour un rocker écoutant du hip hop

Sure shot
by the Beastie Boys (1994)

Bien entendu, je ne dirais pas que j'écoute beaucoup de rap. J'en écoute très peu.
Love me Less but Love me Longer - 17/12/2007

C'est aussi l'intérêt d'un blog, garder trace des pensées d'il y a quelques années. Rien de surprenant : un blog, c'est un journal intime accessible par Internet, c'est tout, un grand bloc note, une petite capture d'idées en temps réel. Qu'importe les quelques lecteurs qui parcourent ces lignes, perdus à la suite d'une étrange recherche Google, mes blogs laissent surtout transparaître mon état d'esprit, petits archives dérisoires dans leur contenu, mais au volume peu à peu conséquent. Près de 600 messages postés sur mes deux blogs depuis l'été 2007, il doit bien traîner quelques idées amusantes entre les photos ou les commentaires culturels !

Comme cette phrase amusante datant de Noël 2007. Amusante car j'ai justement créé hier une playlist "Hip Hop US des années 1990" pour mon iPod, comprenant une bonne douzaine de groupes. Mes statistiques d'écoute musicale sur la dernière année sont éloquentes : 8 des 18 groupes les plus écoutés sont des rappers américains. On peut sentir un léger tournant dans mes explorations musicales, peut être induite par cette phrase lue il y a quelques années : "au bout de plusieurs années d'écoutes consciencieuse, l'amateur de rock indépendant sent souvent l'envie d'aller un peu voir ailleurs, de goûter à de nouvelles sonorités"...

Prophétie ou suggestion ? Qu'importe, et l'album que j'ai le plus écouté en 2009 est certainement le vieux classique "Ill Communication" des Beastie Boys. Rien de terriblement original, je le reconnais, mais le petit rocker doit commencer par les classiques, et l'ouverture du disque reste terriblement fascinante. Une boucle de flûte par Jeremy Steig, quelques percussions, et les trois flows des Beastie Boys qui s'entrecroisent. Percutant et toujours frais !



3 septembre 2010

A Tribe Called Quest, classique même dans une vidéo 8 bit

Scénario
bill A Tribe Called Quest (1991)

A Tribe Called Quest, magnifique tribu hippy hop dont les albums ont marqué les années 90, comme ce superbe "The Low End Theory" de 1991. Le disque est d'ailleurs largement cité dans les listes de magazines, parmi les albums marquant de l'histoire du hippy hop ou tout simplement des années 90. Tout simplement de très grands morceaux aux samples élégants à tonalité jazz, flow souple et malin, zigzag entre plusieurs MC : du classique, de l'intemporel.

Le clip de Scenario semble beaucoup plus daté au premier coup d'oeil, une espèce de délire informatique mimant un logiciel multi-fonction étrange et rudimentaire. Une sorte d'outil à tout faire multimédia, modifiant les images, ajustant le son, mais dans une esthétique 8 bit ultra cheap. Je suis curieux de savoir combien le clip a pu coûter, car certains effets spéciaux étaient plus difficile à réaliser qu'en quelques clips de laptop... Mais paradoxalement, ce emballage désuet donne un joli cachet rétro qui correspond bien à la tonalité old school de l'ensemble.

Et il s'agit d'un écrin magnifique pour les 5 MC qui se succèdent au champs, Busta Rhymes, Dinco D et Charlie Brown ayant rejoint les habituels Phife Dawg et Q-Tip. La vidéo accueille également Spike Lee ou les De La Soul, camarades newyorkais du hip hop jazz ; un superbe déchaînement de fun. Et finalement pas très éloigné de la vidéo où Hot Chip jouait avec les trucages numériques sur font vert...

31 août 2010

Bucktown, le classique au sax de Smif-n-Wessun

Bucktown
by Smif-n-Wessun (1994)

Goûtant toujours doucement au hip hop et aux classiques, morceaux ayant souvent autour de 15 ou 20 ans. Je me réjouis de ces sons et de leur énergie propre, leur inventivité, la force des flows légèrement détachés, le claquement des beats, les jolis samples. Rien de très original à présenter ces titres, tout amateur les connaîtra, mais cela me servirat de petit bloc note, prise de note permanente ; c'est cela aussi, un blog, non ?

Non, ce superbe Bucktown n'est pas vraiment un trésor caché, un grand classique du début des années 90. Enorme classique même dans le milieu hip hop underground vers 1994, apparemment, époque de percée du Wu Tang ou de Nas autour de New York. Smiff-n-Wessun, duo de MC au flow claquant, et des samples à l'amertume acide, comme un bon jazz de film noir, mais un jazz de scène menaçante et grise, pas un jazz souple de séduction. Car Bucktown, c'est d'abord cette boucle de sax qui chuchote son grain à l'oreille, cette touche marquante, sur lequel les contes de quartier & gangsters & ganja se posent avec élégance.

Peut-on utiliser un autre mot qu'élégance ? Le choix des samples semble d'un goût magnifique comme le révèle Wikipedia. Le sax vient d'un titre jazz de Jack Bruce, membre fondateur de Cream, le beat d'un morceau psychédélique de 1970 par les obscures Power of Zeus ; voilà qui donne tout de suite une teinte personnelle, et qui rappelle l'inventivité du hip hop pour construire à partir de pièces perdues.

Sorti en 1995, l'album Da Shinin' offre une superbe cohérence. Le duo n'offrira pas de suite valable, certainement éprouvé par le procès imposé par la compagnie d'armement. Mais l'écho de ces précipités hip hop s'écoute ravi encore aujourd'hui.


3 avril 2009

L'histoire du hip hop : un premier rap engagé, un immense message

The Message 
by Grand Master Flash & the Furious Five (1982)

Dans Tritska, son livre sur le rap de la Nouvelle Orléans, Nik Cohn consacre un chapitre à l'histoire du hip hop. Superbe digression riches en détails, passionnante, et qui donne envie de se plonger dans les vieux titres ; environ 30 ans d'histoire, voilà une richesse à portée de monde.

On y apprend ainsi que le rap n'a pas toujours été une musique engagée, loin du côté média des banlieues auquel il est rapidement associé dans certaines présentations caricaturales. Fin des années 70, un DJ trifouille des vinyles disco et un Master of Ceremony met l'ambiance au micro, recette efficace pour une musique de danse d'un nouveau genre, aux textes légers et fun ; démarche culturelle originale et newyorkaise, mais rien de plus qu'une mode, entend-on.

Mais les choses changent avec The Message des pionniers de Grand Master Flash. Quelques notes de synthétiseurs à peine, mais Melle Mel et Duke Bootee s'appuient sur ce support pour planter une description terrible. Débris de verre éparpillés, les gens pissent sur les escaliers, les junkies dans la rue déambulent armés de battes de base-ball, le bruit, l'odeur du quartier délabré, et aucun moyen de s'échapper sans argent ni voiture, tout juste saisie. Alors ne me pousse pas à bout, je tente de ne pas perdre les pédales.

Don't push me
Cause I'm close to the edge
I'm trying
Not to lose my head
It's like a jungle sometimes

Le Bronx, des quartiers entiers à la pauvreté terrible, dépeint au long de cinq immenses couplets. Le rap a grandi et devient messager. 
L'écho résonne loin, The Message atteint la 4ème place des tops R'n'B, le mouvement prend de la vitesse.

27 mars 2009

Le combat pour le droit à faire la fête des années 80

(You gotta) Fight for yoru Right (to Party) 
by the Beastie Boys (1986)

Le Hip-hop, musique de la revendication, dénonciation d'inégalités et d'une société qui va mal. "Ses textes intéressants nous apprennent notamment que la société est en crise", proclame justement Fulzati.

Mais quel droit plus essentiel que celui de faire la fête ?

Les Beastie Boys l'ont bien compris et le hurlait haut et fort au milieu des années 80 avec ce single profond. Pas envie d'aller à l'école, pas envie de faire les devoirs, pas envie de se couper les cheveux ou de s'habiller proprement, nous sommes jeunes, nous voulons faire la fête !

Il est assez impressionnant de voir à quel point le titre et sa vidéo offre une grande tranche d'années 80. Grosse guitare façon heavy metal commercial, voici une des premières approches d'introduction de rock dans le hip-hop, quelques mois après "Walk this way" de Run DMC et Aerosmith ; merci Rick Rubin. Clichés 80s, avec les coupes de cheveux des filles, les cheveux longs des hardos et les couleurs tartes de la vidéo calibrée pour la télévision, les fils à papa qui ressemblent à un Tom Hanks jeune. La fête présentée à l'image semble d'ailleurs terriblement étriquée, par rapport à des grands bazars façon "The Party" de Black Edwards ; on sent le budget limité pour la vidéo, avec juste assez de figurants pour tenir dans le cadre de la caméra, mais pas plus.

Mais cette patine vintage rend encore amusante la vision de ce classique débile...

7 mars 2009

Le rap et la vie intense de la Nouvelle Orléans avant Katrina

Triksta 
by Nik Cohn (2006)

Un cinquantenaire blanc irlandais se promène et vit fasciné dans la Nouvelle Orléans de la fin des années 90. La ville de ses rêves adolescents vibre de musique et de l'énergie de la rue des quartiers noirs, discussions sur le pas de la porte, deal et les basses lourdes du bounce, cette variante moite du rap. Atmosphère dangereuse et vivante qui sera balayée quelques années plus tard par l'ouragan Katrina.

Quand ce cinquantenaire n'est autre que Nik Cohn, le récit résonne en musique et s'infiltre dans les communautés de rappers. Nik Cohn a écrit la première histoire du rock au tout début des années 70 et reste hypnotisé par les musiques intenses, les témoignages authentiques de jeunesse et d'énergie brute. Amoureux du rap depuis ses débuts, il parvient peu à peu à fréquenter producteurs, propriétaires de maisons de disques, les MCs qui zigzaguent entre les peines de prison et les balles des gangs rivaux. Petit blanc européen au coeur de ce milieu noir du sud des Etats-Unis.

Nik nous offre donc une chronique de ses années passées à naviguer dans ce monde du bounce. Il raconte avec passion les stars locales trop vite assassinées, les jeunes cherchant la fortune dans les rimes, les femmes timides au rap intense, les producteurs passionnés de son et incapables d'arriver à l'heure à une session d'enregistrement. Il chercher à capter ces rencontres et leur richesse, la profondeur de cette culture restant cachée pour les classes moyennes blanches nourries de clichés. Et Nik raconte également sa place durant son exploration, sa position d'intrus, d'extérieur étrange moqué, de possible contact avec les majors de la musique ; n'est-il pas un auteur de New York, aux relations dans les gros labels ?

Triksta navigue donc entre deux richesses. Riches détails des portraits de rappers, de leur vie, de leurs idéaux et des battements du coeur de cette Nouvelle Orléans tellement rythmée. Et les profondes introspections de Nik, interrogeant ses craintes raciales inconscientes, sa place d'intrus, ses rêves plus ou moins irrationnels de participer au grand jeu du rap et ciseler des morceaux forts, Nik lucide sur ses limites, Nik perdu entre ses doutes et sa fascination.

Le rap est un jeu difficile dont les joueurs ne sont pas simples à apprivoiser. Nik n'est pas parvenu à ciseler ses rêves de rap exigeant, mêlant les rythmes de toutes les musiques de la Nouvelle Orléans, livrant les histoires intimes de ces individus aux vies de luttes. Pourquoi chercher si loin si un tube brutal centré sur le sexe permet d'atteindre la richesse, même après trois remix ?

Mais le livre n'est pas le simple constat d'échec du dialogue entre deux mondes, simplement l'impossibilité de concrétiser ce dialogue matériellement au travers d'un disque. Car le dialogue n'est resté pas resté stérile humainement, comme le montre l'amour de Nik pour les figures croisées, sentiments forts évidents dans la tonalité du livre ; la joie simple de voir un jeune inconnu débarquer chez Nik un cassette à la main et se mettre à improviser un rap sur le pas de la porte, soutenu par les énormes enceintes de la voiture, moments précieux et presque insaisissables.

Insaisissables dans leur ampleur, mais la force de ces moments et rencontres transparaît en creux dans le dernier chapitre, écrit juste après le passage de Katrina. Récit du désastre fourni par le témoignage d'un producteur perdu dans la ville inondée pendant six jours. Et terrible sentiment de perte : les quartiers les plus vivants de la Nouvelle Orléans ont été rasés et seront totalement réhabilités, permettant d'éliminer la folie et la violence des noirs pauvres. La Nouvelle Orléans reconstruite en Disneyland jazz pour touriste, craint Nik. La ville qui le fascinait n'existe plus que par quelques disques et par ce livre.