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22 janvier 2011

Belle and Sebastian, from 1996 to 2006: same melodic depth, further cheerfulness

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Belle and Sebastian 

  • Get Me Away from Here, I'm Dying   -   from the album "If you're feeling sinister" (1996) 
  • Sukie in the Graveyard   -   from the album "The Life Pursuit" (2006) 
  • live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)

Belle and Sebastian, pour moi, c'est l'album "If you're feeling sinister". Un de ses albums inusables, valeur refuge, pièce précieuse que l'on peut ressortir à tout moment, retrouver séduisant comme toujours, explorer les détails et variations. Un disque au joli goût épiphanique, longuement écouté vers 2004, période où j'explorais des sons plus calmes, plus pop, moins rock ou saturés. Mélodies douces, bien réglées, paroles riches, joliment construites, cette impression d'une bande de potes murmurant de petites histoires à l'oreille d'un groupe de fille, au coin du feu, ou assis en chaussettes sur la moquette d'une chambre. L'album a intégré ma mythologie personnelle, mes petites références, certaines phrases surgissent au détour d'une conversation avec une fille, quand l'envie d'écrire un texte s'invite. Un bel ami.

Jusqu'à il y a quelques mois, je n'avais pas écouté d'autre album de Belle and Sebastian, rien de plus que le court et bricolé Tigermilk, petit essai précédent "If you're feeling sinister". Comme si, pour moi, leur carrière ne comptait qu'un album, leur premier véritable, et les 6 albums suivants n'existaient pas.

Pas envie d'en savoir plus ? Pas envie d'être déçu ? Pas envie de les voir changer, ou juste différents, pas vraiment l'intention de savoir ?

Cela doit être lié à la petite discipline que j'ai établi il y a quelques années, logique d'exploration. Varier les genres, varier les périodes, alterner, ne pas répéter, ne pas toujours creuser le même sillon ; car je me connais. Il y a une dizaine d'années, j'avais réfléchi un peu à mes habitudes de lecture de jeunesse : grand amateur de séries, de romans policiers classiques, de personnages récurrents. Agatha Christie encore et toujours, l'ami Poirot. Sans trop m'en rendre compte, cela m'avait peu à peu lassé, et je lisais moins, je n'avais pas intégré l'envie d'exploration dans mes choix de lecture. Je ne sais pas si l'analyse était juste, pas un peu biaisée, mais j'ai mis en place cette discipline : ne jamais lire deux livres du même auteur. 
En tout cas, jamais de manière trop rapprochée.

J'ai donc sauté d'un auteur à un autre, jonglant entre les époques. J'ai agi de même pour la musique et les films, piochant enthousiaste dans les rayons des bibliothèques, tentant de petits dans les magasins d'occasion. Et puis, il y a 2 ou 3 ans, la discipline s'est faite plus souple, toujours exploratrice, mais inspirée également par la politique des auteurs. A savoir, chercher à mieux comprendre un créateur, sentir ses variations, être attentif aux thèmes, aux motifs, aux changements. Jouer un peu plus sur les deux tableaux : variété mais aussi approfondissement.

Bizarrement, c'est plus marqué en littérature ou en cinéma, explorant Emmanuel Carrère ou Jean-Philippe Toussaint, Alain Resnais, Christophe Honoré, Desplechin, Gus Van Sant, Wes Anderson - plus encore en bande dessinée avec Dupuis - Berberian, Trondheim, Daniel Clowes... Mais assez peu en musique, je suis encore un amateur d'albums isolés, de groupes connus pour une seule facette.

Mais il y a aussi des évolutions, des groupes que je connais mieux et sur plusieurs années. C'est pourquoi j'ai pensé à de petites comparaisons, voire le mûrissement, songer un peu à mes réactions face aux évolutions. Une expression m'est venue à l'esprit : "point d'ancrage". Le premier contact comme ferment d'une relation avec un groupe, les fondations de mon goût pour cette musique, quelques choses de solides. Le déclic qui a lancé l'intérêt mais aussi pérennisé l'intérêt. L'idée d'une source de cristallisation, comme dans la dialectique amoureuse de Stendhal, mais aussi l'idée de durée. Voir comment cet ancrage réagit face à d'autres

Nous verrons à l'usage si tout cela fait sens.

Alors, comme évoqué plus haut, le point d'ancrage de Belle and Sebastian, ce sont les chansons douces et riches de "If you're feeling sinister", le côté boy scoot malin et soigné, l'ami fidèle. Mais il y a quelques mois, j'ai trouvé l'album "The Life Pursuit" à la bibliothèque d'Ottawa. Album de 2006 - soit 10 ans après la publication de mon ancre douce et rassurante.

"The Life Pursuit", et tout de suite, une présence familière, mais aussi une impression d'ampleur. La même voix, le même genre de logique musicale, la même richesse de parole, mais dans une musique plus vaste, aux couleurs plus variées et nombreuses, comme offerte sur une écran plus large, avec plus de profondeur de champs. Dix ans ont passé, le murmure mélodique du coin du feu ouvre grand la bouche et remplit totalement les poumons, il sautille, danse sur place avec un grand sourire. Les amis sont plus nombreux, il frappe plus des mains et tapent plus fort sur leur batterie et leur tambourin ; certains ont même apporté une trompette ou un orgue.

Les mêmes qualités flottent sur cet album de 2006, mais plus sûres d'elles, et prenant un peu plus de risques. Bien sûr, "If you're feeling sinister" reste sublime dans son dépouillement, sa modestie, sa timidité. Mais sentir Stuart Murdoch aussi à l'aise donne le sourire, on l'imagine dansant en studio ou dans sa famille. Et les images des concerts de 2006 montrent toute l'équipe radieuse, aussi bien sur les nouveaux morceaux que sur les anciens classiques, aux teintes légèrement plus enjouées, mais toujours aussi douces. Un cheminement très joli à observer...


 Away from Here, I'm Dying
from the album "If you're feeling sinister" (1996)
live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)


Sukie in the Graveyard
from the album "The Life Pursuit" (2006)
live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)


Get Me Away from Here, I'm Dying
from the album "If you're feeling sinister" (1996)
album version

17 avril 2010

Découvrir Half Man Half Biscuit et sourire

Trimpton Riot
by Half Man Half Biscuit (1986)

Le rock indépendant semble tellement documenté de nos jours que la découverte de vieilles gloires inconnues semble toujours un peu surprenante. A l'ère de la musique Internet, les blogs regorgent de détails sur groupes les plus improbables, Youtube offre un accès permanent aux bootlegs les plus pointus - un auteur de Pitchfork avait ainsi eu la surprise de reconnaître son père dans le public d'une vieille vidéo pirate de Neil Young. L'indie semble couler sous forme d'une encyclopédie ultime et ineffaçable, et l'on oublie l'idée de péremption indie.

Pourtant, qui se souvient encore des Detroit Cobras, petite gloire brève du temps de la New Rock Revolution de 2001 ? Leur single Ya Ya Ya était utilisé en France pour une pub Petit Bâteau...

Il est donc finalement assez logique de n'avoir jamais entendu parler du groupe Half Man Half Biscuit, petit succès indépendant en Angleterre dans les années 80. Mais leur petit monde dévoilé donne l'impression d'un trésor caché agréable, et laisse perplexe : pourquoi n'ai-je jamais lu ce nom auparavant, après presque dix ans à parcourir les Inrocks & Pitchfork & NME ?

Half Man Half Biscuit ne vaut pas uniquement par son patronyme joliment tourné, les quelques informations dénichées ici ou là donnent vite envie d'en savoir plus. Le groupe se forme en 1985, obtient un beau succès alternatif avec son premier album, se sépare, puis se reforme en 1990 ; ils semblent encore actifs. Surtout, gage de qualité, ils ont fait partie des petits préférés de John Peel, qui les a invités une douzaine de fois dans ses fameuses Peel Session. Loin des 24 Peel Sessions de The Fall, mais un très joli score toute de même.

Et l'on comprend rapidement ce qui a séduit le fameux Peel dans ce groupe mi-homme mi-biscuit. Un son punk indépendant rêche, rempli d'énergie, et surtout une ironie et un sens de l'humour profonds. Leur parodie cold Reason to be Miserable est un délice dont je parlerai certainement un peu plus en détails à une autre occasion. Mais leur tube The Trumpton Riots est délice offrant une parfaite introduction : HMHB décrit des scènes d'émeute sous une forme classique punk, mais installé à Trumpton, petit village de poupées dans une série d'animation des années 60. Les références parlent peu pour l'oreille française, mais on devine la tonalité et se régale du délice.