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1 septembre 2012

The National, la passion sous couverture

Je ne suis pas un passionné.

Pas un grand passionné.
Quelques goûts clairs. Quelques préférences. Des préférences douces, sans envies de bondir, pleurer pour toute raison.

Des affinités.    Petites boussoles.
Je ne suis pas un passionné   -  pas un passionné visible.

Passionné touché, les yeux qui brillent au plus.
Le coeur battant ne se touche pas à distance. Bouillir à feux doux d'un frémissement en dedans.

Un murmure, murmure, un murmure.
Mais un murmure sans fin.
Le grommellement qui ne peut se contenir ni s'arrêter; le murmure rauque de la petite vapeur plus que tiède.

Le tremblement, le vacillement   -  surprise, la déstabilisation face à quelque beau, à certaine force d'émotion.

Le vrombissement en sourdine face aux chansons de The National, à leur prestations de concert.

Leur instabilité.
Recherche d'une note, au sens de ton, au sens de tonalité, tout cela sans sens musical. Laisser vibrer mélodies, accords, voix et quelques mots, pour toucher une humeur.
Faire surgir une humeur.

Et donc la traquer.
L'attendre, imprévisible.

Des concerts fragiles, donc, j'en ai déjà parlé ici. L'esprit ne se proclame pas toujours quand il est esprit instable. 
Souvent leurs paroles voient se répéter deux phrases à la suite, presque sans variation, incantation, faisons venir, répéter pour une insistance sans excès, une idée fixe juste là, avouée et non proclamée.

La répétition. La formule. La petite phrase.

Peu de mots me frappent autant que la phrase
"I'm sorry I missed you
I had a secret in the basement of my brain"

Le ton nonchalant, juste laisser paraître le trouble derrière le rideau.
L'instabilité. Le regard qui saute ailleurs parfois, pour une petite ombre d'idée. Une question.
Un quoi, un quoi secret.

Un fil fin et fluctuant pour guider l'oreille vers cette incertitude, le quoi secret discuté en réunion privée avec soi. Juste un brin tiré, une enveloppe autour du brin et la voix déroule, laisse approcher l'oreille près du chanteur aux yeux presque fermés.

La silhouette blonde aux gestes contenus guidant la peur dans la voix.

Je peux regarder le coeur battant cette voix et son quoi et la silhouette qui la soutient agrippée au micro.
Je l'écoute sur le disque. J'aime la revoir sur la scène, traquer la vidéo.

La première offre le son de la couverture vocale, une belle qualité. 
    Mais les silhouettes sautent, l'oeil enregistrer passant trop vite d'un morceau de corps à un autre.
La deuxième vidéo n'offre pas bon son, grande qualité. Mais les images regardent plus, laissent monter la tension du groupe.


Et en dessert, une autre comptine incertaine, dans un cadre plus puissant, la grande foule de Glastonburry. Les violons et les milliers de yeux entourant la voix, la grande scène. 
Mais toujours une comptine fragile au dedans,
    et ma petite passion contenue, vibrante, invisible.




21 mai 2011

Alsatian Darn, Panda Bear recipes in 4 minutes of simple depth & space

Alsatian Darn
     by Panda Bear (2011)

Panda Bear, une longue histoire d'amour, un coup de foudre début 2007 par l'immense Bros, morceau de 12 minutes à samples, à étages, à couches, à échos - une chanson monde comme il y a des livres mondes, une oeuvre multiple dont les écoutes n'épuisent pas l'épaisseur, la capacité de renouvellement et de fraîcheur. J'en parlais le 31 décembre 2007 ici, et le texte n'a pas trop mal vieilli, même s'il ne pouvait prévoir que ma fascination pour Bros serait intacte début 2011...

La sortie de Tomboy était donc un événement : un nouvel album de Panda Bear !

Le précédent, Person Pitch, offrait généreusement 7 titres, dont 2 durait près de 12 minutes. Dans Tomboy, il y a 11 titres, dont 2 seulement dépassent les 5 minutes - et sans aller plus loin que 7 minutes. Un album pop de Panda Bear ?

Pas vraiment, d'autant que la musique de l'ami Panda est à diffusion lente, se laisse doucement apprivoiser, avec gentillesse, mais avec patience. Un album doux au flot léger et frais, avec toujours cette voix à la fois nimbée d'écho et à la belle clarté, avec toujours cette limpidité des sons, ces petites rythmiques répétées encore et encore avec d'infimes variations. C'est beau, c'est agréable, c'est un bel album à écouter un matin de week-end, ou un soir dans la lumière tamisée d'un canapé, ou pour une promenade aux pas paresseux entre le vert printanier des bourgeons ; un album pour rêveries paisibles, où l'esprit se laisse guider par les ondes pour inventer ses propres paroles ou tisser ses propres images.

J'ai déjà écouté Tomboy plus d'une douzaine de fois ; je garde toujours cette double impression, accueil agréable, poli, engageant, mais aussi ce léger sentiment d'insaisissable, de perpétuel dépaysement ; marcher sur une toile vaguement distendue, léger sentiment d'ivresse. Une petite perte de repères, dans le bon sens du terme, la liberté offerte chaque fois, jamais vraiment épuisée par la répétition. Preuve d'une certaine richesse de la musique ; ou d'un amour certain de ma part pour cette musique - donc d'une richesse que j'y trouve, ou que j'y crois trouver ; une musique aidant à l'invention. Laissant toujours la porte ouverte, et les fenêtre également pour quelques courants d'air dans les rideaux.

Et voici maintenant une vidéo pour le titre Alsatian Darn, un de mes préférés de l'album, un qui me reste en mémoire au milieu de cette grande homogénéité.
Bon, la vidéo est d'un minimalisme basique assez frustrant, à la limite de l'onde d'accompagnement Winamp. Oui, c'est abstrait, des motifs répétés distordus par de sortes de vagues ; ce n'est pas très subtile et répète en gros traits "voici une musique abstraite et sensuelle, voyez comme je la représente !". Il y a bien quelques petites variations, un côté bricolé et basse définition plutôt attachant ; mais cela semblerait un peu bâclé par comparaison à la musique elle-même.

Alsatian Darn, c'est un petit précipité de Panda Bear, les rythmes entrant sur la pointe des pieds, une guitare répété, un son assez organique, jamais froid, et la voix qui murmure à l'oreille tout en restant dans une distance d'écho ; l'effet proximité / intimité / volume typique sur Tomboy. Le fil se construit, puis se distent ici, là, à droite ou gauche, rendant muet une composante pour accentuer l'autre, un jeu discret et fluide, comme des amorces de ponts. Jusqu'aux 3 minutes où Panda Bear commence à jouer avec l'expression Say What, le mot Say modulé en boule de caoutchouc souple, propice aux accents placés en différents points ; un petit climax, ces Say distendues résonnent souvent à mon oreille, un motif marquant, frappant, touchant. Et une fin de morceau lentement refermée, laissant un peu d'air et d'espace à la musique sans parole, comme on reprend son souffle, on détourne le regard pour profiter de l'instant juste une poignée de seconde, une conclusion de morceau propre et en pente douce.

Même si la vidéo n'est que basique, elle donne un bon prétexte - si besoin était - pour commencer à parler un peu de Tomboy...

9 avril 2011

Matters débute au Mavericks d'Ottawa avec PS I Love You

Matters  +  PS I Love You 
Concert at Mavericks, Ottawa - April, 6th, 2011

Il y a 10 jours, j'avais évoqué Diamond Rings, projet solo de John O'Regan. Sa métamorphose glam, ancien chanteur des post-punk D'Ubervilles devenu une sorte de Bowie glam, homme-orchestre portant le collant zèbres et le maquillage. Quelques jours plus tard, les D'Ubervilles annonçaient leur retour sur les routes, sous le nouveau patronyme de Matters. Avec un concert prévu aussitôt à Ottawa, dans le cadre d'une petite tournée canadienne de 4 dates avec le duo PS I Love You. Quelle chance !

J'étais donc curieux de découvrir ces nouveaux Matters, curiosité renforcée par ce contexte de "métamorphose inverse", un Diamond Rings débarrassé de ses accessoires et maquillage, jouant une musique certainement plus rock, moins synthétique. Curiosité facile à assouvir dans le Mavericks d'Ottawa, petite salle punk où les artistes traverse le public pour aller tranquillement installer leurs instruments. Voici donc John O'Regan à la ville, longue silhouette portant banal jean slim noir et blouson de cuir, larges lunettes à montures épaisses façon Budy Holly, casquette de baseball des Toronto Blue Jay. Un simple indie-rock kid sans fantaisie, et ses 3 compagnons de Matters sont tout aussi modestes visuellement, presque insaisissables dans leur uniforme jean and T-shirt uni. Le groupe est là pour jouer du rock, sans chichi.

Un rock carré, intense, à la rythmique précise, énergique, un indie rock bien impliqué. On sent bien l'influence post-punk, le rock fin 70s - début 80s, mais sans les accents dance punk qu'on peut associer maintenant au terme post-punk pour des groupes comme LCD Soundsystem ou !!!, sans le côté 'disco not disco'. Plus proche de ces albums du tout juste après punk, où la new wave se cherche encore, comme sur Crocodiles de Echo & the Bunnymen. Aiguisé, efficace, mais sans trop de formule, une recherche d'intensité et d'efficacité, où surgissent de jolies variations, des relances des sursauts. Les morceaux commencent souvent sur une mélodie simple et carré, un élan concis de rythmique et guitares, mais les chansons prennent souvent la tangente, des explosions instrumentales de quelques minutes où les guitares se font plus bruyantes, plus libérées. Quelques synthétiseurs surgissent aussi parfois, promettant une belle variété pour de futures disques.

Variété dans laquelle il sera intéressant de suivre les échos du glam de Diamond Rings. John O'Regan offre une belle prestation, dont le charisme s'est peu à peu libéré. Leader / chanteur impliqué, lançant les morceaux, au chant tonique, il mène sérieusement le groupe dans ses premiers morceaux, parfaite tête de pont indie rock. Mais sa présence se détend au grès des morceaux, ses mouvements se font plus habités dans les solo ou dans les reprises du chant après un passage instrumental, sa tête dodeline plus intensément, jusqu'à faire glisser la casquette Blue Jay, laissant apparaître la coup mi-rasée mi-longues mèches peroxydées de l'alter ego Diamond Rings. Son investissement dans la musique augmente encore d'un cran sur le single Get In or Get Out en fin de set. Libéré de sa guitare, expédiant les notes de clavier initiales, John O'Regan saute devant la scène, au milieu du public peu nombreux, se lance dans quelques pas de danse de ses longues jambes fines...

Beaucoup de promesses dans ce set d'une trentaine de minutes. L'enregistrement du premier album de Matters ne devrait pas tarder à commencer, pour une sortie possible à l'automne.

La prestation de Matters fut intense et prometteuse, mais il ne faut pas oublier qu'ils n'étaient pas les têtes d'affiche de la soirée. Le groupe principale n'était autre que PS I Love You, duo de Toronto apparemment ami de John O'Regan : Diamond Rings a ainsi chanté sur un titre de PS I Love You et a déjà tourné en leur compagnie. Il faudrait certainement plus de place pour présenter au mieux ce duo atypique, à la musique riche. Je me contenterai donc de quelques idées avant plus de détails dans le futur.

Mais il me faut au moins décrire l'impression laissée par le chanteur Paul Saulnier. Petite boule de 1,60 m  et certainement 160 kg, il promène son physique obèse sous une généreuse barbe rouse et de longues mèches maintenu par un bandeau de tennis rouge. Son installation de la scène laisse d'abord perplexe, figure maladroite qui peut à peine se baisser pour installer sa vingtaine de pédales d'effets. Mais sa dextérité musicale éclate vite au grand jour dès les premiers morceaux, des chansons assez courtes extrêmement saturées, terriblement bruyantes dans leur guitare. Son acolyte mène une batterie rugueuse mais riche, et l'on découvre un nouveau duo rock fascinant : comme des White Stripes qui auraient écouté Pavement ou Dinosaur Jr plutôt que rejouer le heavy blues de Led Zeppelin. Un duo noise un peu comme les Japandroid de l'ouest canadien, mais PS I Love You est beaucoup plus varié, plus riche dans ses musiques et son utilisation de la saturation, plus brillant dans son indie rock. Une richesse qu'il sera bon d'explorer un peu plus que par les 35 minutes du concert de mercredi dernier.

Mais une bien jolie soirée avec ces deux groupes d'Ontario !







Matters


PS I Love You






Bonus: Crocodiles by Echo and the Bunnymen (live from early 80s)

2 avril 2011

Un bon gros single de Big Beat : retro, mais hé, bien dansant

Ya Mama - by Fatboy Slim (2000)

Petite interrogation personnelle : à partir de quand une musique pop sonne-t-elle rétro ?

Par exemple, à quelle moment durant les années 80 la pop au synthétiseur est-elle devenue ringarde, datée, avant de faire un come back à la fin des années 90 ? Ou, posé autrement, et pour mon expérience personnelle : quand aura-t-on vraiment l'impression d'avoir des soirées rétro en écoutant des tubes des années 90 ? 
L'interrogation m'était venue sur quelques dance floors de mariage, où se succédaient des morceaux commerciaux des années 80, fun mais fortement datés. Les tubes de mes années lycées sonnaient-ils déjà datés ?

J'imagine que l'effet est plus marquant si l'on plonge dans des genres relativement définis et reconnaissables. Ce qui permet de songer à un bon candidat pour genre rétro des années 90, en particulier pour les soirées de mariage des années à venir : le Big Beat. Courant techno de la moitié des années 90, porté par quelques gros tubes, indéniablement fun - un très, très bon candidat par conséquent.

Le Big Beat, je n'y ai eu affaire qu'assez tard durant l'histoire du genre - premières soirées du collège où surgissaient les Prodigy, mais surtout la bande son tapageuse de Matrix en 1999. Le Big Beat avait la côte et touchait même les petits jeunes pas vraiment intéressés par la musique (mes révélations musicales datent d'un peu plus tard). Un son fun mais assez bourrin, prévisible, parfait pour porter les scènes spectaculaire d'un Matrix ou d'autres films d'actions se voulant contemporains. Rien de passionnant, mais un bon petit membre de l'inconscient pop collectif.

Mais il y a une demi-douzaine d'années, je suis tombée sur un blog intéressant, qui décrivait schématiquement l'historique du Big Beat. Je ne retrouve pas le lien, mais la trajectoire était belle. Genre prenant essor à partir de remix rapides de hip hop au début des années 90, tel ce titre de Bomb the Bass, Bug Powder Bust : rap énergique et punchy devenant instrumental étiré et psychédélique sous la patte des Chemical Brothers (alors Dust Brothers...) Tout un mélange de rythme, de sources et d'idées, étirées, bidouillés, avec quelques objectifs clairs : du rythme tonique, du fun, de la danse. Le genre grandit, gagne le public séduit par certains morceaux utilisant des guitares répétitives. Et très vite, le Big Beat devient mécanique et parodie paresseuse... Tout juste bon pour les bandes son de film d'action et de jeux vidéo...

Le site datait la fin de l'âge d'or du Big Beat à 1998. A peu près à la sortie de l'album You've Come a Long Way, Baby, l'album de Fatboy Slim au succès immense. C'est à peu près l'époque où le Big Beat m'a touché par le gros de sa vague commercial ; pas étonnant que le genre me soit apparu prévisible et presque monolithique... Déchéance que reconnaît tout à fait Damien Harris, patron du label Skint Records, où sortait les disques du Fatboy : "The sound became, and indeed remains, the compulsory soundtrack for action movie trailers and lost any sense of a cutting edge."

La trajectoire n'est pas surprenante, classique schéma façon "Vie et mort d'un genre pop". Mais comme tout genre pop, la partie immergée de l'iceberg reste à explorer, et il y aura certainement quelques trésors cachés à découvrir pour le novice peu éclairé (comme moi : non, je ne connais rien au Big Beat hormis une demi douzaine de titres).

Mais quoiqu'il arrive, malgré leurs accents faciles, les gros tubes Big Beat restent d'exquises invitations à la danse folle. Parfaitement illustrée par cette vidéo de Fatboy Slim, Ya Mama de 2000. Non, ce n'est pas du Big Beat de l'âge d'or, et oui, c'est assez prévisible. Mais cela correspond bien à notre point de départ, une petite madeleine sans prétention, aux accents vaguement rétro de "ouais, ça sonne vraiment 90s". Et cela rappelle le credo découvert sur le vieux blog comptant l'histoire du Big Beat : "passez un bon disque de Big Beat dans une soiée quelconque, et si les gens ne dansent pas, cassez-vous : rien ne pourra vraiment les faire danser ce soir".



Fatboy Slim - Ya Mama par jenemba




Bug Powder Dust by Bomb the Bass
album version above
Chemical Brothers remix below




30 mars 2011

Diamond Rings en ballade douce amère dans la nuit

It's not my party - by Diamond Rings (2011)

Février 2010, le théâtre d'Outremont accueille Owen Pallett pour un joli concert à Montréal. Les demeures bourgeoises d'Outremont sont entourées de neige, petits restaux agréables dans la rue où je déguste une soupe à l'oignon avec un kir : la soirée s'annonce douce et touchante avec le violoniste et ses chansons à tiroirs.

Mais la première partie s'ouvre surprenante sur une longue brindille insoupçonnée. Comme Pallett, un artiste solo, lançant les beats sur sa petite machine, puis pianotant sur le synthétiseur ou plaquant des accords sur sa guitare, des assemblages vaguement indie, assurément pop. La musique flotte agréable et détendue, rigolote, mais c'est l'aspect de ce personnage qui capte l'imagination. Immense silhouette longiligne et colorée, baskets vintage aux teintes violettes, collant zèbre sur ses baguettes de jambes, blouson en jean cintré, coupe peroxydée et maquillage mauve mi-Bowie, mi-années 80. Voilant une saisissante figure glam à l'humour intense, à la présence modeste, un personnage, une vision.

Je ne connaissais rien de Diamond Rings avant cette apparition. Pourtant, le personnage faisait le buzz depuis quelques mois dans le milieu indie. Et une histoire pas banale...

A l'été 2008, John O'Regan se retrouve à l'hôpital. Il est chanteur du groupe The D'Ubervilles, groupe post-punk de la scène de Montréal. Le séjour traîne un peu, le moral est bas, John O'Reagan se met à travailler sur des chansons à l'hôpital, avec les contraintes liées à ce cadre. Un véritable projet solo, par la force des choses, dont la teinte s'éloigne peu à peu de l'indie punk des D'Ubervilles. Car c'est en figure glam que John O'Regan sort de l'hôpital, Diamond Ring à la coupe de outrageuse, au maquillage appuyé, aux vêtements fluo sortis d'un magasin d'occasion ou de certains films d'Almodovar.

Une métamorphose assez fascinante, une petite légende indie, insuffisante à expliquer l'enthousiasme du public d'Outremont, ce soir de février 2010. Le public de la première partie s'embrase pour Something Else, tube qui a parcouru les blogs à l'hiver 2009-2010, petite bombe entêtante à l'efficacité imparable, au charme pop indéniable. La puissance du morceau est telle que je l'ai entendu sur une radio commerciale en décembre 2010...

Personnalité intrigante, tube pop pour prendre de l'élan, la trajectoire prend finalement son envol à l'automne 2010, avec la sortie de l'album Special Affections. Album salué par le monde de l'indie nord américain, notation enthousiaste sur Pitchfork, couverture du journal gratuit Exclaim! : un écho porté par la puissance des chansons, loin d'être des copies du tube Something Else, offrant une sensibilité douce, joliment écrite, cristalline, mouvante. Une complexité caché sous des ingrédients dépouillés, très simples, mais un maniement du song-writing assez fascinant...

La nouvelle video pour It's not my Party illustre bien ces différentes facettes. Ballade doucement entêtante, toute simple, aux écorchures discrètes, et la vidéo s'écoule à l'unisson comme une déambulation nocturne et mélancolique. Voir Diamond Rings serrer les manches de son anorak blanc dans la nuit est une image d'une superbe poésie urbaine.

25 mars 2011

Marquis de Sade en Cold Wave et Noir et Blanc

Wanda's loving boy by Marquis de Sade (1980)

Certains titres se suffisent à eux-même, savent créer leur petite légende. Ils s'invitent un jour, apparaissent  sans prévenir, au détour d'une écoute radio, d'un blog, d'une compilation préparée par un ami. Collés à quelques souvenirs, séduisants, intrigants, simples mais évidents ; petits assemblages presque modestes, dont on décode peu à peu le cheminement, dont on se met à retrouver les petites sinuosités. Une richesse du détail qui n'a besoin de rien d'autre, pas même de chansons d'accompagnement, d'un album complet, encore moins d'anecdotes sur les interprètes.

Marquis de Sade, un nom de groupe marquant, un titre perdu sur une compilation des Inrocks il y a 6 ou 7 ans. Quelques mots-clés, new wave rennaise, post punk, amis de Daho. Et rien que ce titre, Wanda's loving Boy. Quelques sursauts de synthétiseur, la paire d'accords de guitare répondant au roulement de basse, la voix distante aux arrière-goûts frais de cold wave à l'accent français, les moments de suspension, les aspirations de saxophone. Un scénette de théâtre, quelques bouts de ceci et cela, des poupées de chiffons, un petit film en noir et blanc ; mais tout ceci défile fluide, et se repasse encore et encore, s'imprime, reste fascinant mois après mois après années.

J'ai cherché un peu l'album Rue de Siam, dans quelques magasins parisiens. Sans vraiment pousser les recherches très loin. Sans aller jusqu'à explorer les plates-formes de téléchargement. Ce morceau suffisait, son histoire personnelle, sa magie infinitésimale.

Et puis, un peu par hasard, j'ai découvert cette vidéo, le clip noir et blanc datant de 1981. Images stylisées, ambiance délicate au diapason, silhouettes sombres et fines ; les cheveux épars, pas encore surchargées comme les Cure quelques années plus tard. Petits rebelles à l'élégance sobre. Une belle petite pépite, comme le morceau lui-même, et comme la chanson, j'ai chaque fois envie de revoir la vidéo à la fin d'une vision. Sans savoir vraiment le justifier, ou alors très poétiquement, si je voulais vraiment essayer, quelques impressions, quelques faisceaux, quelques couleurs, teintes et échos - mais une douce musique, de doux flots. Et peut-être enfin une envie d'en savoir un peu plus ; mais peut-être pas, qui sait ?


13 mars 2011

Le Femme en boucle Sur La Planche - et comparé à des Suédois

La Femme - Sur la Planche (2011)

Un article plutôt laconique sur les Inrocks, avec quelques expressions presque passe-partout. "Des cool kids de 17 ans et un peu plus, que l'industrie du disque s'arrache déjà en coulisse, et qui ont fait de leur liberté leur atout le plus cher.", dit l'article. Difficile d'en savoir plus au sujet de La Femme, qui n'a pour l'instant sorti qu'un EP.


Mais le single est agréable & fun, et l'on peut s'amuser à citer les références, comme le font les Inrocks. Une New Wave francophone désabusée et chic, façon Taxi Girl, le côté surf music évident du titre. Je songe aussi à du pyschobilly, ces roulements un peu hypnothiques, aux accents de film de genre ; impression renforcée par la touche "film noire de surf" de la vidéo.
Et bizarrement, même si le son est assez différent, les Raveonettes me sont venus à l'esprit. Pour la distance du chant, certainement, le côté pop song légèrement pervertie ; même si les suédois sont bien plus saturés et rock que les jeunes français. Peut-être ai-je aussi fait une association par les vidéos : même moins stylisé que celui de "Sur La Planche", le clip de "The Great Love Sound" s'écoule aussi en petite parodie de film noire...


22 janvier 2011

Belle and Sebastian, from 1996 to 2006: same melodic depth, further cheerfulness

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Belle and Sebastian 

  • Get Me Away from Here, I'm Dying   -   from the album "If you're feeling sinister" (1996) 
  • Sukie in the Graveyard   -   from the album "The Life Pursuit" (2006) 
  • live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)

Belle and Sebastian, pour moi, c'est l'album "If you're feeling sinister". Un de ses albums inusables, valeur refuge, pièce précieuse que l'on peut ressortir à tout moment, retrouver séduisant comme toujours, explorer les détails et variations. Un disque au joli goût épiphanique, longuement écouté vers 2004, période où j'explorais des sons plus calmes, plus pop, moins rock ou saturés. Mélodies douces, bien réglées, paroles riches, joliment construites, cette impression d'une bande de potes murmurant de petites histoires à l'oreille d'un groupe de fille, au coin du feu, ou assis en chaussettes sur la moquette d'une chambre. L'album a intégré ma mythologie personnelle, mes petites références, certaines phrases surgissent au détour d'une conversation avec une fille, quand l'envie d'écrire un texte s'invite. Un bel ami.

Jusqu'à il y a quelques mois, je n'avais pas écouté d'autre album de Belle and Sebastian, rien de plus que le court et bricolé Tigermilk, petit essai précédent "If you're feeling sinister". Comme si, pour moi, leur carrière ne comptait qu'un album, leur premier véritable, et les 6 albums suivants n'existaient pas.

Pas envie d'en savoir plus ? Pas envie d'être déçu ? Pas envie de les voir changer, ou juste différents, pas vraiment l'intention de savoir ?

Cela doit être lié à la petite discipline que j'ai établi il y a quelques années, logique d'exploration. Varier les genres, varier les périodes, alterner, ne pas répéter, ne pas toujours creuser le même sillon ; car je me connais. Il y a une dizaine d'années, j'avais réfléchi un peu à mes habitudes de lecture de jeunesse : grand amateur de séries, de romans policiers classiques, de personnages récurrents. Agatha Christie encore et toujours, l'ami Poirot. Sans trop m'en rendre compte, cela m'avait peu à peu lassé, et je lisais moins, je n'avais pas intégré l'envie d'exploration dans mes choix de lecture. Je ne sais pas si l'analyse était juste, pas un peu biaisée, mais j'ai mis en place cette discipline : ne jamais lire deux livres du même auteur. 
En tout cas, jamais de manière trop rapprochée.

J'ai donc sauté d'un auteur à un autre, jonglant entre les époques. J'ai agi de même pour la musique et les films, piochant enthousiaste dans les rayons des bibliothèques, tentant de petits dans les magasins d'occasion. Et puis, il y a 2 ou 3 ans, la discipline s'est faite plus souple, toujours exploratrice, mais inspirée également par la politique des auteurs. A savoir, chercher à mieux comprendre un créateur, sentir ses variations, être attentif aux thèmes, aux motifs, aux changements. Jouer un peu plus sur les deux tableaux : variété mais aussi approfondissement.

Bizarrement, c'est plus marqué en littérature ou en cinéma, explorant Emmanuel Carrère ou Jean-Philippe Toussaint, Alain Resnais, Christophe Honoré, Desplechin, Gus Van Sant, Wes Anderson - plus encore en bande dessinée avec Dupuis - Berberian, Trondheim, Daniel Clowes... Mais assez peu en musique, je suis encore un amateur d'albums isolés, de groupes connus pour une seule facette.

Mais il y a aussi des évolutions, des groupes que je connais mieux et sur plusieurs années. C'est pourquoi j'ai pensé à de petites comparaisons, voire le mûrissement, songer un peu à mes réactions face aux évolutions. Une expression m'est venue à l'esprit : "point d'ancrage". Le premier contact comme ferment d'une relation avec un groupe, les fondations de mon goût pour cette musique, quelques choses de solides. Le déclic qui a lancé l'intérêt mais aussi pérennisé l'intérêt. L'idée d'une source de cristallisation, comme dans la dialectique amoureuse de Stendhal, mais aussi l'idée de durée. Voir comment cet ancrage réagit face à d'autres

Nous verrons à l'usage si tout cela fait sens.

Alors, comme évoqué plus haut, le point d'ancrage de Belle and Sebastian, ce sont les chansons douces et riches de "If you're feeling sinister", le côté boy scoot malin et soigné, l'ami fidèle. Mais il y a quelques mois, j'ai trouvé l'album "The Life Pursuit" à la bibliothèque d'Ottawa. Album de 2006 - soit 10 ans après la publication de mon ancre douce et rassurante.

"The Life Pursuit", et tout de suite, une présence familière, mais aussi une impression d'ampleur. La même voix, le même genre de logique musicale, la même richesse de parole, mais dans une musique plus vaste, aux couleurs plus variées et nombreuses, comme offerte sur une écran plus large, avec plus de profondeur de champs. Dix ans ont passé, le murmure mélodique du coin du feu ouvre grand la bouche et remplit totalement les poumons, il sautille, danse sur place avec un grand sourire. Les amis sont plus nombreux, il frappe plus des mains et tapent plus fort sur leur batterie et leur tambourin ; certains ont même apporté une trompette ou un orgue.

Les mêmes qualités flottent sur cet album de 2006, mais plus sûres d'elles, et prenant un peu plus de risques. Bien sûr, "If you're feeling sinister" reste sublime dans son dépouillement, sa modestie, sa timidité. Mais sentir Stuart Murdoch aussi à l'aise donne le sourire, on l'imagine dansant en studio ou dans sa famille. Et les images des concerts de 2006 montrent toute l'équipe radieuse, aussi bien sur les nouveaux morceaux que sur les anciens classiques, aux teintes légèrement plus enjouées, mais toujours aussi douces. Un cheminement très joli à observer...


 Away from Here, I'm Dying
from the album "If you're feeling sinister" (1996)
live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)


Sukie in the Graveyard
from the album "The Life Pursuit" (2006)
live at Lowlands Festival 2006 (Netherlands)


Get Me Away from Here, I'm Dying
from the album "If you're feeling sinister" (1996)
album version

21 janvier 2011

Lemonade, and Braids offer nice pop atmosphere for Canadian winter

Lemonade 
by Braids (2011)
from the album Native Speaker, released on January, 20th, 2011 

A l'automne 2009, Vincen Moon profitait du festival POP Montréal et captait les prestations de quelques jeunes groupes de la ville. Un bien joli article présenté sur la Blogothèque, dont la richesse ne s'épuise pas. C'est par lui que j'avais tout d'abord découvert les Luyas, beau moment musical dans un café d'Ottawa au printemps dernier. J'avais aussi exploré quelques pages Myspace, déniché quelques titres prometteurs, dont celui des Braids. Voici que sort justement leur premier album, intitulé Native Speaker.

Une pop très atmosphérique, délicatement construite, très progressive et douce, enveloppante. Petits assemblages de batterie légère, vaguement répétitive, minces ondes de guitares. Les voix flottent, féminines, mêlant quelques paroles, de simples notes lancées ici ou là, librement. Tout un jeu de cristal vibre tranquillement, presque fragile, très touchant, gracieux et modestement intense.

Lemonade offre ainsi un exemple magnifique, terriblement accrocheur. J'avais écouté cette chanson au moment de l'article de la Blogothèque, son charme discret s'était doucement glissé autour de moi, mais je n'y avais plus trop pensé. Je l'ai ressorti cette semaine en découvrant la parution de l'album, et la puissance de Lemonade me baigne et me fascine.

L'album Native Speaker s'annonce de plus agréables dans son ensemble, une couette des plus douces pour envelopper l'hiver canadien. Mais avant de m'enrouler dans cette douleur fraîche et chaude, je compte bien profiter du concert des Braids. Ce jeudi 20, le groupe joue à domicile, à Montréal, pour le lancement du disque. Mais, demain, vendredi 21 janvier, les musiciens viendront à Ottawa en voisin, concert fort prometteur dans la petite salle du Mavericks. La soirée s'annonce idéale pour lancer la nouvelle année musicale dans la capitale canadienne.

Braids, en concert avec Long Long Long
Vendredi 21 janvier 2011 - Mavericks, Ottawa, Ontario

14 janvier 2011

Deer-Ree-Shee, le bruit des Black Angels résonne longtemps



Deer-Ree-Shee 
by The Black Angels (2008)
Live in Paris at Canal Plus and at La Maroquinerie

J'ai découvert The Black Angels début 2008 par le précieux Podcast du service musique de Libération, Libélabo La Playlist. Un titre lent mais légèrement tonique, aux guitares atmosphériques, fortement planant, doucement atmosphérique, une écoute assez fascinante au milieu des rues industrielles de Duisburg. Peu de temps après, j'ai acheté leur deuxième album, Direction to See a Ghost, à la pochette criarde rouge et verte, très soleil de San Francisco en 68. De manière assez surprenante, c'est un album vers lequel je reviens régulièrement, dont certains titres m'ont accompagnés sur les trois dernières années ; une jolie durée de vie.

Le pouvoir séducteur des Black Angels n'est pourtant pas bien compliqué, un rock psychédélique vaguement anxieux, où les couches de guitares obscures se répètent. Ils n'ont pas choisi leur nom d'après le Velvet Underground pour rien, l'influence est assumée. Mais on connaît le pouvoir de tels diamants noirs, de sons drogués et paranoïaques, que ce soit par le Velvet, les Black Angels ou les silhouettes fines et tordues des Jesus and Mary Chain. Un sorte de hurlement contenu à mi-voix, le bourdonnement du matin dans des draps bizarres et brouillés, le spleen des soirées un peu longues sur des canapés défoncés, la grisaille qui ricane quand le bus de fin de journée arrive un peu chargé. Des atmosphères clair-obscure, des entre-deux, une certaine urbanité métallique au crissement en sourdine, aux petites rugosité ; on n'y pense pas forcément, on peut même ne pas être convaincu du tout par cette anxiété, ce spleen de bruit blanc ; mais il reste fascinant à observer et écouter à intervalles réguliers.

Je serais très curieux de voir les Black Angels en concert. J'avais été agréablement surpris de les découvrir dans la programmation 2010 du mastodonte parisien Rock en Seine ; mais pas facile pour moi d'y aller depuis Ottawa... Je vais continuer à chercher une occasion. Mais ces deux versions live parisiennenes du superbe Deer-Ree-Shee confirme que l'effort en vaudra la chandelle - une aux effets visuels surproduits dans les studios de Canal Plus, l'autre en caméra fixe backstage à la Maroquinerie, et deux intensités similairement impressionnantes.






13 janvier 2011

Repeating Nirvana's All Apologies on a past mid-February night

 
Eyes slightly surprised, this slow start, the patient starting pace with the catchy modest melody of a dozen notes. The eyes unfocussed a bit more - not that they had been highly concentrated before - any visual intention stepping to the background. Here is a song to listen to, a few minutes with more accute concentration, especially since the rhythm now accelerates pushing any cuteness by the shoulder. But  in a certain way this is the common Nirvana explosion, their usual balance - slow verses, punk chorus.

Still the song diffused its own tint, a small spark.
     REPEAT.

Another start, the same careful setting, everything assembled itself again, the shallow grasp might have been slightly more obvious, the good surprise feeling lightly more intense. I was younger at the time, I was still learning the classics - I could still be surprised by a battered album like In Utero. Could you imagine I had never listen to it from start to end before 23? How could I call myself a rock fan? I knew Rape Me, knowing more maybe, maybe indiscriminate acoustic versions from the Unplugged In album, without nothing their origin; I might still consider "The Man Who Sold the World" a Cobain song at the time... I was fresh, as jaded as university student can be, and even more jaded in a way since I was from Paris, and its snobbishness. Perfectly unwise & inexperienced.

Boring, lazy, or merely predictable. The vaguely boring ending slowly faded.
     REPEAT.

What sort of combination is this? My mind was shrugging faintly, constantly, nervously, ideas trying to find a stable ground - this sound was confusing. And then I could hear a few cello sparks, charming, nice, commercial, produced & packaged: I would have never imagined cello in the background of a Nirvana song. No doubt Cobain felt he was selling out. Cello, how punk, my dear - and give me some more tea & cookies, Courtney. And the tiny, fresh looped melody, acoustic clear: it could easily be implemented in a music box. The ballet dancer would swirl in between two dirty saturated guitar lightning's. That's a vision.

The fading sung echo even keeps going on without music in the end, pure voice, pure voice, vocal weakness alone.
     REPEAT.

A mumbling voice in the final and a mechanical list in the beginning, triggered a few seconds after the cleanly-installed atmosphere. Questions, complaints, questions, complaints - as simply assembled as most Nirvana songs. As blurred & teenage meaningless, blue pencil ants on a cheap notebook Cobain stuck in a shapeless backpack to college. But not ridiculous though. Not cheap. - not too cheap Neither the screams and their clumsy wordplay 'Married! Buried!'. Things remained on balance, things were slowly building something bigger, something trembling, flickering, so small & invisible, something diffusing patiently,  around, all around, inside.

The husky lyrics kept trembling nervous & contained all along, with controlled levels: early low-husky, mixed-mumbling-husky eventually, jumping-husky in chorus. A latent painful anger buzzing far, far, deep, and only jumping a bit closer to the surface at some points.
     REPEAT.

Anger, anger yeah, clear even in the first verses. Not the first, flat, clean, basic, but already obvious in the final syllabi of the second verse; a lock shaken back with a grin, a sigh, a grumbling lip - anger was walking calmly, thorns ready to jump if attacked, if talked to, if gazed at, if it suddenly wanted to swell up. Anger, an hurt anger, battered anger. Hence pain, through the scratched anger, the scratched screams and reddening shouts. Fakely-sleeping anger & disguised hurt pain, looking with modest eyes, talking like any day, like small talks at the bakery store, small talks with apparently polite & harmless words; but anger & pain gazing, gazing, gazing without end, with half-shut sleepy eyes, eyes loaded with velvet unclear products, eyes that certainly cried themselves to sleep in between stomach pain and life-is-so-pointless pain.

The looped cute melody now sounds costumed, a make-believe approach, Troy horse leading to vague lyrics leading vague shouts - all of them saturated with invisible pain & anger. FM waves were certainly filtering them, you would barely hear them on the car radio, and still.
     REPEAT.

Anger & pain I could scream in the tiny student room, in front of the cheap desk covered with a couple of scientific sheets, scattered logarithms or heat transfer formula or electronic meaningless diagrams. But who can remember now, and who cared at the time by the way, on that very night? I was screaming in tune, pacing the beat, clapping opened hands on the bare industrial wood, stuck to the assembled layers that were opening next to me. Eyes full of tears, belly & chest shaken with anger, infinite sadness & deep anger walking hand in hand, impossible to distinguish, mixed & blended, one single inescapable feeling with merely two vague trembling shades under the unstable light. I could not stop singing & shooting, even silently most of the time.

Even the the final fade out had grasped me by then, mashed words who could not keep inside your throat, but raw sound pieces I could not shape before they leaked through the lips. allinallisallweallare allinallisallweallare allinallisallweallare, not even capital letters required. Did not know what it meant, did not think it meant anything, nothing but breaths with vague vowels thrown to the wind.
     REPEAT.

And it was not a real break-up, not a break-up at all, come to think of it. Just a worthless girl, an egoist girl, a girl in her world. We had shared coffee a couple of months before, had ordered fine tea in a fancy cafe, had seen a bad movie she had chosen. We had talked, talked, she was lost, recently alone. And almost instantly she had vanished, had dived in a faster life, further than the campus, invisible, only sneaking in classrooms without a word. A new boyfriend for sure. A real one, after the naive kid who had served tea when confidence was lacking, the movie companion who had slowly started thinking "and if? but no... but if?".

No, not a girlfriend at all, not even close to be one. No more than a couple of afternoons with light chat and snobbish laughs and mechanical compliment. No more than a bitter paragraph you can classify and quote years later as cheap late-night anecdote.

Still, the sad shouting anger would not release the grip, the flux in my mind in this mid-Feburary evening.
     REPEAT

Details can break weak doors and release the files that had not been cleanly classified, not clearly concluded and forgiven. At lunch, she had been sitting at next table, one meter away; not even a word, not even, a movement of the eyes, not even anything - statue laughing with another buddy one meter away. Nothing at all, cheap & easy & petty arrogance, uninteresting pride. Not even enough material for two paragraphs in a short story. Merely a flash, a vision, a couple of shapes for disbelieving eyes.

Nothing, nothing, nothing, nothing, this nothing whispering all afternoon and all evening. The little nothing seeds of sadness & anger & pain, mute and swelling. Nothing, nothing, the tsunami wave was a mere 2 cm step above the deep sea, while rushing fast toward passive islands. Just turned the head where it was darker, more blurred, over the quicksandy carpet - I could not see anything else but this nothing, I could see it growing and could not really look away.
     REPEAT.

I had found the In Utero album at the University library, the previous day or that very night, not the kind of details I could remember or I would have written down. I had put the CD on without thinking, a weird vision of mute arrogant girl printed in my mind. A few tracks, the unbalanced songs gathered by Nirvana, raw & predictable, and then All Apologies appeared. All Apologies kidnapped me, leaving only my finger on the CD player button.
    REPEAT.

The song had unravelled itself, it had made obvious unpredictable blends, it had revealed it intimate skeleton and consistency, its meaningful succession. A then B then C then D, even mere drum beats were now resonating crystal clear in twelve square meters, the predictable highlights that were appreciated even more at each of their iteration. I could feel the details in Cobain grainy voice, grainy grumble, unrecorded breaths. I could get drunker and drunker to the unsuspected idea that pure desperate sadness could be associated with honest & intense anger. They could be blended, they could be one, and I did not need any justification - I was feeling the blend so clearly and feelings are their own justification.

I dived and sung and inspected aspects and aspects of All Apologies.
I must have listened to the song 10 times in a row that night, repeating it again and again, totally unable to stop the string of identical fascination, self-fed.

I cannot remember how it ended, how I stopped. I can only imagine it as an oscillating restless scuba diver who suddenly kept his head out of the water, removed his mask & tuba, and started floating on the water on his back, with a sad & angry & exhausted faint smile.




11 janvier 2011

Push It with Salt-N-Pepa, great vintage hip hop single from 1986



Push It 
by Salt-N-Pepa (1986)

Tiens, bibliothèque d'Ottawa et je tombe sur un album de Salt-N-Pepa, le trio de rap féminin. En fait, je ne les connais que de nom, et pour quelques minutes ; mais quelles minutes : le mash up The Stooges VS Salt-N-Pepa sur le mix As Heard on Radio Soulwax Pt. 2 des 2manydjs. Mélange parfait, les guitares rouillées de Détroit, un flow féminin, les 'No Fun' d'Iggy répondant aux 'Push It' de Salt et Pepa. Un classique, une bombe. La bastard-pop et les mash-up, c'est tellement 2002, mais certains restent fascinants. Et surtout de belles portes d'entrées pour mettre à jour sa culture musicale.
En théorie. Car, je l'avoue, malgré mon amour pour ce No Fun Push It des Belges fous, je n'ai jamais trop cherché à me renseigner sur Salt-N-Pepa. Merci donc à la bibliothèque d'Ottawa et son exemplaire de l'album Very Necessary de 1993.

Un album présent à la première écoute, énergique, aux beats efficaces, qui donne enfin envie d'aller explorer le web. Et les premiers chiffres laissent rêveurs : en 1993, Very Necessary s'est vendu à 5 millions de copies aux US. Par comparaison, la meilleure vente d'albums aux US en 2010, c'est Eminem, avec environ 3.2 millions d'albums... Bien entendu, cela illustre surtout la baisse des ventes d'albums en une quinzaine d'années ; mais cela donne une idée du phénomène.

Quelques clics supplémentaires m'ont fait réaliser que, oui, je connaissais le plus gros hit de Salt-N-Pepa, le fameux Let's Talk About Sex. Il existe bien une forme de culture inconsciente pour le hip hop, dans son versant le plus pop ; et surtout pour ses refrains, je n'ai aucun souvenir des versets de Let's Talk... Alors j'ai donc jeté un oeil au vieil ami Push It - deuxième plus gros succès du groupe, 2ème des charts UK en 1987, et même n°1 aux Pays Bas. 

Le titre garde peut-être un peu plus de charme que Let's Talk About Sex, une énergie très personnelle et singulière. Un délicat aspect vintage, particulièrement si l'on regarde une vidéo d'époque. Un immense classique : le titre s'est classé n°8 des 100 meilleurs titres hip-hop, publiés par VH1 en 2008...





18 décembre 2010

Broken Social Scene in Ottawa, intense & moving & wonderful



Broken Social Scene 
December, 17th, 2010 - Concert at Bronson Centre - Ottawa, ON

J'ai déjà dit mon amour théorique pour Broken Social Scene, la séduction générée par leur légende connue à moitié ; et par conséquent, mon impatience à les voir en concert dans un format réel, et non plus un petit concert gratuit comme l'an passé. Leur performance au Bronson Centre d'Ottawa ne va pas réduire mon intérêt pour ce groupe.

Oui, comme je m'y attendais, les instruments tournent sans arrêt sur scène, passant de mains en mains, trompettiste devenant guitariste ou maniant la basse ; et plus généralement, un ballet incessant de guitares et basses de tout type, sautant d'un côté à l'autre de la scène, empilées durant les morceaux. Broken Social Scene est un groupe à guitare, certains morceaux mêlent 3 guitares et 2 basses, et ce sans presque aucun solo, rien que de petits riffs juxtaposés. Des couches bougeant ensemble toutes joyeuses, un joli assemblage, follement énergique, mais sans lourdeur, sans vraie surcharge, rien que des décharges profondes. Terriblement rock, et profondément indie : dynamique, intense, malin, sans virtuosité gratuite.

Cet été, pendant ses concerts, Arcade Fire s'était soudain emparé de guitares, 4 ou 5 s'étaient retrouvées sur scène pour un rock plus direct, pour jouer leur nouveau "Month of May". Je m'étais fait la réflexion : "tiens, ils ressemblent à Broken Social Scene". Ce n'est pas faux en effet, même si "Month of May" est un morceau plus direct que ceux de BSS...

Mais Broken Social Scene n'est pas qu'un groupe à guitare, un groupe aux nombreuses guitares : c'est un groupe boulimique de manière générale. Un deuxième set de percussions ou des claviers peuvent s'inviter. Régulièrement, une section cuivre s'invite sur scène, trompette, trombone, saxophone ; un tuba apparaît même sur une chanson. Une ou deux chanteuses entre pour varier les voix, offrir des choeurs, chanter une chansons purement féminine ou un duo avec la voix de Kevin Drew. Comme je l'imaginais, Broken Social Scene est un fantastique collectif, protéiforme, mouvant, où chacun apporte son énergie, son enthousiasme, son envie d'offrir au public et de faire vivre cette musique énergique.

Là aussi, difficile d'éviter une comparaison avec Arcade Fire, le groupe m'ayant longuement fasciné après les avoir vus en concert à Rock en Scène en 2005 : un groupe rock où "tout le monde jouait la musique tout le temps", à savoir apportait sa pierre à l'édifice, sa joie, laissait transparaître une vie folle et intense sur scène. L'impression est assez similaire ici, mais Arcade Fire est certainement plus théâtral, cherchant plus des effets cristallins, jouant avec les violons, la voix frêle de Régine, variant les intentions et les spectres de joie : la joie presque immobile d'un violon ou la folie de percutante de William Buttler & Richard Parry.

Broken Social Scene est un fantastique collectif, mais un collectif rock, varié mais plus compact, plus centré sur les guitares, leur déchaînement, leur énergie. Arcade Fire joue une euphorie à la limite de l'épiphanie, une fête teintée de mort ou spleen ; Broken Social Scene fait le fou, bondit et déconne. Les balancements d'Andrew Whiteman ou les bonds déments de Brendan Canning sont des spectacles à eux seuls, d'intenses déchaînements rocks, pas trop bien coiffés, avec des chemises bizarres, l'indie rock rappelant sa folie punk derrière les assemblages plus complexes, derrière les 9 ou 10 personnes sur scènes.

Et bien, il y a la figure centrale de Kevin Drew, chanteur à casquette portant veste sur T-shirt, les cheveux épars. Là aussi, une énergie folle, une envie de sauter et bouger sur scène, de rire, de raconter des blagues avec le public. Il chante un morceau dans la fosse, sous les regards ébahis des jeunes canadiens, entourés des téléphones appareils photos et leurs yeux contemporains. Kevin Drew, qui n'a plus l'air de vouloir s'arrêter, jouant et jouant encore, le concert a commencé plus de deux heures auparavant et il ne s'arrête pas, il propose un nouveau morceau et les deux roadies doivent s'adapter, fournir la bonne guitare à la bonne personne. Toute la foule bondit sans fin le déchaînement instrumental de "Meet Me in the Basement", présenté en vidéo hier ; longs applaudissements, Kevin Drew regarde la foule : "Ca vous dirait qu'on recommence un peu ?" et voici encore deux minutes des mêmes bondissements ravis.

Une énergie folle, qui explique mieux la fascination que le personnage peut générer. Mais une énergie qui n'explique pas tout : Kevin Drew possède une magnifique capacité à tisser des chansons fascinantes. Par couches de guitares, mais aussi des chansons poignantes, simples mais émouvantes. Presque à la fin du concert, la scène se vide de musiciens, et Kevin Drew reste seul en fond de scène, jouant au piano "Lover's Spite". Le silence se fait dans la salle, un silence au respect palpable ; un silence profond et riche, plein d'admiration ; un silence comme je n'en ai pas entendu souvent en concert, comparable au respect qui avait pris les 25.000 spectateurs d'Arras en 2008 quand Tom Yorke avait entamé "Exit Music (for a film)". Superbe image toute en douceur sereine, et à pas de loups, quatre musiciens le rejoignent sur scène en mode acoustique : mélodica, trompette en sourdine, harmonica ; intimité douce, le spectre de Broken Social Scene est large et riche.






Kevin DREW (LHS, guitar) - Sam GOLDBERG (center, guitar)
Brendan CANNING (keyboard) - Charles SPEARIN (RHS, guitar)

Lisa LOBSINGER (back left) - Andrew WHITEMAN (bass)

Kevin DREW (LHS, guitar, with cap) - Sam GOLDBERG (center, guitar)
Brendan CANNING (keyboard) - Charles SPEARIN (RHS, trumpet)
David FRENCH (sax)

Andrew WHITEMAN (LHS, guitar) - Brendan CANNING (RHS, bass)




 Andrew WHITEMAN (LHS, guitar) -Sam GOLDBERG (RHS, bass)

 Kevin DREW singing "Lover's spit"










Final Song: "Meet Me in the Basement





Video of Broken Social Scene in Ottawa

Broken Social Scene - "Meet Me in the Basement"
December, 17th, 2010 - Concert at Bronson Centre - Ottawa, ON

Great gig by Broken Social Scene tonight at the Bronson Centre. This will require more details, more descriptions, and more space for all the pictures I took. But I think this video is quite impressive enough to share some taste of the night: I am quite impressed by my new camera and its possibilities...

More to come soon!

17 décembre 2010

Fuck You, tube de Cee-Lo à ne pas oublier

Fuck You 
by Cee-Lo Green (2010)

Décembre, et les classements de fin d'année déboulent. Meilleurs livres, meilleurs films, meilleurs disques ; meilleures chansons. Période faste pour l'amateur de musique sur Internet, abreuvé d'articles récapitulatifs et de morceaux à écouter. Certains parlent de sessions de rattrapage. Rattrapage, je ne sais pas, mais toujours un bon moment pour faire des découvertes : je n'ai pas pour ambition de suivre TOUTE l'actualité musicale au jour le jour pendant l'année...

Peut-être vais-je faire un texte pour rassembler les découvertes les plus marquantes réalisées grâce aux tops de fin d'année. Pour cette année, peut-être, pour rassembler de vieux souvenirs aussi, ces chansons isolées saisies au moment d'un décembre passé. Petit assemblage qu'il sera certainement amusant de bidouiller durant les prochaines vacances de fin d'année.

Mais déjà, en passant, sans trop d'ambition, un joli morceau que je n'ai pas vraiment écouté cette année. L'intense single "Fuck You", chanté par Cee-Lo Green. Une voix soul à la profondeur sans fin, résonnante & chaude, connu également comme la voix de Gnarl Barkley ; personne n'a oublié l'immense chanson "Crazy" du duo costumé. Cette fois, Cee-Lo revient en solo, mais la même voix plonge en tout sens, moins ouvertement angoissé, crachant Fuck You dans le refrain avec hargne, mec sûr de son fait, gamin sans hésitation, souriant légèrement à la grossièreté assumé. La vidéo n'est pas désagréable, un bon petit tube à se remémorer pour la fin d'année.

14 décembre 2010

En attendant Broken Social Scene à Ottawa, une vidéo

Texico Bitches 
by Broken Social Scene (2010)

Je connais assez mal Broken Social Scene, finalement. J'ai écouté leur album de 2005, album éponyme. J'ai dû écouté quelques fois leur chef d'oeuvre, "You Forgot It In People", sorti en 2002, source d'une gloire Pitchforkienne immense ; le rédacteur en chef est un malade de Broken Social Scene, a même plublié un livre à leur sujet. Mais finalement, c'est justement cette gloire indie rock que je connais le mieux, même vaguement, et qui me fait doucement rêver ; cette gloire symbole des blogs musicaux des années 2000. Je raffole de ce genre d'histoire, des légendes, portraits vagues & flous de groupes que je connais mal, la force des mots et des récits ayant trait à la musique.

Je suis un lecteur de musique autant qu'un auditeur. Je traque les légendes et les petits compte-rendus. Explore les entretiens, paroles de musiciens qui me passionnent souvent. Et finalement, parfois juste en bout de parcours, je vois un de ces groupes en concert, ou j'écoute plus sérieusement leurs disques. Mais qu'importe, la fumée évanescente des contes musicaux comptent le plus, les images mentales.

Dans mon esprit, Broken Social  Scene est une sorte de monstre indie rock, bande expérimentale où les musiciens viennent, se rencontrent, jouent sur quelques morceaux, se passent les instruments. Broken Social Scene, c'est la première famille de Feist, d'Emilie Haynes aussi, la chanteuse de Stars traîne aussi sur certains morceaux ; plus d'une quinzaine de personnes ont joué sur leur album éponyme. Un paragraphe entier de leur page Wikipedia est dédié aux membres de leurs différentes tournées... C'est ce qui me séduit le plus dans Broken Social Scene, leur démarche, une sorte de recherche en groupe, d'assemblage sans cesse recombiné.

Et accessoirement, un emblême du rock alternatif canadien, une sorte de précurseur d'Arcade Fire, autre groupe aux nombreux musiciens.

Ainsi, avouons-le, voir Broken Social Scene en concert faisait partie de ma liste "Choses à Faire au Canada". J'ai eu la chance de les voir pour un petit concert gratuit donné durant le Bluesfest d'Ottawa en juillet 2009. Un large groupe fidèle à mon image mental, chanteuses se passant le micro, guitariste échangeant bass et guitares, passage de cuivres sur certains morceaux : un mille-feuille d'instruments, couplant parfois trois guitares fortement électriques, support dense aux jolies mélodies. Joli petit moment, mais sentant un peu l'improvisation : le groupe n'avait été ajouté qu'à la dernière minute, s'évadant pour quelques instants des sessions d'enregistrement de leur nouvel album, Forgiveness Rock Record.

Mais ce nouvel album, sorti en 2010, m'offre une nouvelle chance d'assister à une messe Broken Social Scene : les voici de nouveau de passage à Ottawa, pour un concert au Bronson Center vendredi 17 décembre 2010. Concert plus construit et rôdé, j'en suis certain, dont je me réjouis d'avance ; et dont je devrais parler d'ici quelques jours... Pour patienter, voici leur nouvelle vidéo, sorti le week-end dernier.