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5 février 2012

Mad Kap et quelques plongeons dans l'undergound hip hop

Ces derniers temps, j'ai écouté beaucoup de hip hop.

J'ai l'impression de dire cela régulièrement, tous les deux ou trois mois. Comme si ce n'était pas encore une habitude bien acquise, logique, admise. Une habitude datant disons de début 2008, l'exploration systématique des médiathèque, plonger dans les grands classiques. Une habitude d'au moins 4 ans maintenant - et pourtant, toujours l'impression d'être un débutant, un petit nouveau qui se rend compte, oui, qu'il écoute du hip hop régulièrement ces derniers temps.

Peut-être faudrait-il alors préciser un peu le hip hop que j'ai écouté dernièrement. Afin d'expliquer plus clairement cette perception d'un changement d'habitude.

Oui, il y a 4 ans, j'avais plongé dans les classiques du rap, les gros albums des années 90, les grands canons. Le Wu Tang, Nas, A Tribe Called Quest, Eminem, De La Soul, NTM, les pilliers, les bases. J'avais ensuite saupoudré des noms un peu moins connus, du rap plus indépendant, Mos Def, quelques compil Rawkus, Gangstar, Mobb Deep, Lords of the Underground, au gré des noms piochés ici ou là. Un goût un peu plus large, un peu plus d'exploration, ouvrir les portes aux sons variés du hip hop.

Ces derniers temps, oui, j'ai écouté pas mal de hip hop. Mais dans des chapelles différentes.

J'ai posé doucement les pieds dans le foisonnement récent, ce tumblr hip hop où les mixtape gratuites jaillissent mois après mois, les flows jeunes offrent leurs états d'âme, leur folie dans l'instant. Une jungle, une abondance assez folle où les sons et voix changent, où les réputations se construisent sans qu'aucun disque soit encore vendu. C'est fou. C'est dépaysant. Des hip hop différents de ceux entendus par moi jusqu'à présent, parfois plus électronique. Une nouvelle fraîcheur. J'en parlerai plus, des belles chansons de Frank Ocean, d'A$AP Rocky, de Schoolboy Q, les français de 1995, de ces jeunes, le hip hop de maintenant.

Mais j'ai aussi dégustés avec plaisir le classement des meilleurs producteurs hip hop, publié sur Passion of the Weiss à l'hiver dernier. Délicieusement agrémentés de mp3, des noms inconnus, des sonorités en tout sens, toutes les époques - et toujours les jolis textes du sites. Une variété hip hop comme j'en avais rarement explorée, un tel éventail... 

Le site Passion of the Weiss est une superbe porte d'entrée sur la culture hip hop, l'histoire des sons et des hommes. Un assemblage de passionnés pointus, prêt à partager : j'ai écouté récemment avec surprise et plaisir un de leur podcast, ciblant l'underground hip hop de Los Angeles entre 1990 et 94. Oui, c'est pointu, deux heures et de commentaires érudits, pleins d'humour, une émission magnifique, offrant de belles pistes à suivre.

Beaucoup, beaucoup de pistes à déguster, avec toutes ces sources variées.
J'ai posté certains titres sur mon tumblr, certaines vidéos. Mais il serait dommage de ne pas en faire profiter ce blog, tirer profit de l'espace offert, plus vaste que ceux des habituels posts tumblr...

Alors je recommence aujourd'hui avec ce Mad Kap de 1993, entendu après le mix de l'underground de LA. Le beat est simple, la petite mélodie efficace, le flow digne et fluide entre les différentes voix : "Dopest Verse", difficile de trouver un titre plus symbolique de ce hip hop que j'ai écouté dernièrement...




21 mai 2011

Alsatian Darn, Panda Bear recipes in 4 minutes of simple depth & space

Alsatian Darn
     by Panda Bear (2011)

Panda Bear, une longue histoire d'amour, un coup de foudre début 2007 par l'immense Bros, morceau de 12 minutes à samples, à étages, à couches, à échos - une chanson monde comme il y a des livres mondes, une oeuvre multiple dont les écoutes n'épuisent pas l'épaisseur, la capacité de renouvellement et de fraîcheur. J'en parlais le 31 décembre 2007 ici, et le texte n'a pas trop mal vieilli, même s'il ne pouvait prévoir que ma fascination pour Bros serait intacte début 2011...

La sortie de Tomboy était donc un événement : un nouvel album de Panda Bear !

Le précédent, Person Pitch, offrait généreusement 7 titres, dont 2 durait près de 12 minutes. Dans Tomboy, il y a 11 titres, dont 2 seulement dépassent les 5 minutes - et sans aller plus loin que 7 minutes. Un album pop de Panda Bear ?

Pas vraiment, d'autant que la musique de l'ami Panda est à diffusion lente, se laisse doucement apprivoiser, avec gentillesse, mais avec patience. Un album doux au flot léger et frais, avec toujours cette voix à la fois nimbée d'écho et à la belle clarté, avec toujours cette limpidité des sons, ces petites rythmiques répétées encore et encore avec d'infimes variations. C'est beau, c'est agréable, c'est un bel album à écouter un matin de week-end, ou un soir dans la lumière tamisée d'un canapé, ou pour une promenade aux pas paresseux entre le vert printanier des bourgeons ; un album pour rêveries paisibles, où l'esprit se laisse guider par les ondes pour inventer ses propres paroles ou tisser ses propres images.

J'ai déjà écouté Tomboy plus d'une douzaine de fois ; je garde toujours cette double impression, accueil agréable, poli, engageant, mais aussi ce léger sentiment d'insaisissable, de perpétuel dépaysement ; marcher sur une toile vaguement distendue, léger sentiment d'ivresse. Une petite perte de repères, dans le bon sens du terme, la liberté offerte chaque fois, jamais vraiment épuisée par la répétition. Preuve d'une certaine richesse de la musique ; ou d'un amour certain de ma part pour cette musique - donc d'une richesse que j'y trouve, ou que j'y crois trouver ; une musique aidant à l'invention. Laissant toujours la porte ouverte, et les fenêtre également pour quelques courants d'air dans les rideaux.

Et voici maintenant une vidéo pour le titre Alsatian Darn, un de mes préférés de l'album, un qui me reste en mémoire au milieu de cette grande homogénéité.
Bon, la vidéo est d'un minimalisme basique assez frustrant, à la limite de l'onde d'accompagnement Winamp. Oui, c'est abstrait, des motifs répétés distordus par de sortes de vagues ; ce n'est pas très subtile et répète en gros traits "voici une musique abstraite et sensuelle, voyez comme je la représente !". Il y a bien quelques petites variations, un côté bricolé et basse définition plutôt attachant ; mais cela semblerait un peu bâclé par comparaison à la musique elle-même.

Alsatian Darn, c'est un petit précipité de Panda Bear, les rythmes entrant sur la pointe des pieds, une guitare répété, un son assez organique, jamais froid, et la voix qui murmure à l'oreille tout en restant dans une distance d'écho ; l'effet proximité / intimité / volume typique sur Tomboy. Le fil se construit, puis se distent ici, là, à droite ou gauche, rendant muet une composante pour accentuer l'autre, un jeu discret et fluide, comme des amorces de ponts. Jusqu'aux 3 minutes où Panda Bear commence à jouer avec l'expression Say What, le mot Say modulé en boule de caoutchouc souple, propice aux accents placés en différents points ; un petit climax, ces Say distendues résonnent souvent à mon oreille, un motif marquant, frappant, touchant. Et une fin de morceau lentement refermée, laissant un peu d'air et d'espace à la musique sans parole, comme on reprend son souffle, on détourne le regard pour profiter de l'instant juste une poignée de seconde, une conclusion de morceau propre et en pente douce.

Même si la vidéo n'est que basique, elle donne un bon prétexte - si besoin était - pour commencer à parler un peu de Tomboy...

9 avril 2011

Matters débute au Mavericks d'Ottawa avec PS I Love You

Matters  +  PS I Love You 
Concert at Mavericks, Ottawa - April, 6th, 2011

Il y a 10 jours, j'avais évoqué Diamond Rings, projet solo de John O'Regan. Sa métamorphose glam, ancien chanteur des post-punk D'Ubervilles devenu une sorte de Bowie glam, homme-orchestre portant le collant zèbres et le maquillage. Quelques jours plus tard, les D'Ubervilles annonçaient leur retour sur les routes, sous le nouveau patronyme de Matters. Avec un concert prévu aussitôt à Ottawa, dans le cadre d'une petite tournée canadienne de 4 dates avec le duo PS I Love You. Quelle chance !

J'étais donc curieux de découvrir ces nouveaux Matters, curiosité renforcée par ce contexte de "métamorphose inverse", un Diamond Rings débarrassé de ses accessoires et maquillage, jouant une musique certainement plus rock, moins synthétique. Curiosité facile à assouvir dans le Mavericks d'Ottawa, petite salle punk où les artistes traverse le public pour aller tranquillement installer leurs instruments. Voici donc John O'Regan à la ville, longue silhouette portant banal jean slim noir et blouson de cuir, larges lunettes à montures épaisses façon Budy Holly, casquette de baseball des Toronto Blue Jay. Un simple indie-rock kid sans fantaisie, et ses 3 compagnons de Matters sont tout aussi modestes visuellement, presque insaisissables dans leur uniforme jean and T-shirt uni. Le groupe est là pour jouer du rock, sans chichi.

Un rock carré, intense, à la rythmique précise, énergique, un indie rock bien impliqué. On sent bien l'influence post-punk, le rock fin 70s - début 80s, mais sans les accents dance punk qu'on peut associer maintenant au terme post-punk pour des groupes comme LCD Soundsystem ou !!!, sans le côté 'disco not disco'. Plus proche de ces albums du tout juste après punk, où la new wave se cherche encore, comme sur Crocodiles de Echo & the Bunnymen. Aiguisé, efficace, mais sans trop de formule, une recherche d'intensité et d'efficacité, où surgissent de jolies variations, des relances des sursauts. Les morceaux commencent souvent sur une mélodie simple et carré, un élan concis de rythmique et guitares, mais les chansons prennent souvent la tangente, des explosions instrumentales de quelques minutes où les guitares se font plus bruyantes, plus libérées. Quelques synthétiseurs surgissent aussi parfois, promettant une belle variété pour de futures disques.

Variété dans laquelle il sera intéressant de suivre les échos du glam de Diamond Rings. John O'Regan offre une belle prestation, dont le charisme s'est peu à peu libéré. Leader / chanteur impliqué, lançant les morceaux, au chant tonique, il mène sérieusement le groupe dans ses premiers morceaux, parfaite tête de pont indie rock. Mais sa présence se détend au grès des morceaux, ses mouvements se font plus habités dans les solo ou dans les reprises du chant après un passage instrumental, sa tête dodeline plus intensément, jusqu'à faire glisser la casquette Blue Jay, laissant apparaître la coup mi-rasée mi-longues mèches peroxydées de l'alter ego Diamond Rings. Son investissement dans la musique augmente encore d'un cran sur le single Get In or Get Out en fin de set. Libéré de sa guitare, expédiant les notes de clavier initiales, John O'Regan saute devant la scène, au milieu du public peu nombreux, se lance dans quelques pas de danse de ses longues jambes fines...

Beaucoup de promesses dans ce set d'une trentaine de minutes. L'enregistrement du premier album de Matters ne devrait pas tarder à commencer, pour une sortie possible à l'automne.

La prestation de Matters fut intense et prometteuse, mais il ne faut pas oublier qu'ils n'étaient pas les têtes d'affiche de la soirée. Le groupe principale n'était autre que PS I Love You, duo de Toronto apparemment ami de John O'Regan : Diamond Rings a ainsi chanté sur un titre de PS I Love You et a déjà tourné en leur compagnie. Il faudrait certainement plus de place pour présenter au mieux ce duo atypique, à la musique riche. Je me contenterai donc de quelques idées avant plus de détails dans le futur.

Mais il me faut au moins décrire l'impression laissée par le chanteur Paul Saulnier. Petite boule de 1,60 m  et certainement 160 kg, il promène son physique obèse sous une généreuse barbe rouse et de longues mèches maintenu par un bandeau de tennis rouge. Son installation de la scène laisse d'abord perplexe, figure maladroite qui peut à peine se baisser pour installer sa vingtaine de pédales d'effets. Mais sa dextérité musicale éclate vite au grand jour dès les premiers morceaux, des chansons assez courtes extrêmement saturées, terriblement bruyantes dans leur guitare. Son acolyte mène une batterie rugueuse mais riche, et l'on découvre un nouveau duo rock fascinant : comme des White Stripes qui auraient écouté Pavement ou Dinosaur Jr plutôt que rejouer le heavy blues de Led Zeppelin. Un duo noise un peu comme les Japandroid de l'ouest canadien, mais PS I Love You est beaucoup plus varié, plus riche dans ses musiques et son utilisation de la saturation, plus brillant dans son indie rock. Une richesse qu'il sera bon d'explorer un peu plus que par les 35 minutes du concert de mercredi dernier.

Mais une bien jolie soirée avec ces deux groupes d'Ontario !







Matters


PS I Love You






Bonus: Crocodiles by Echo and the Bunnymen (live from early 80s)

2 avril 2011

Un bon gros single de Big Beat : retro, mais hé, bien dansant

Ya Mama - by Fatboy Slim (2000)

Petite interrogation personnelle : à partir de quand une musique pop sonne-t-elle rétro ?

Par exemple, à quelle moment durant les années 80 la pop au synthétiseur est-elle devenue ringarde, datée, avant de faire un come back à la fin des années 90 ? Ou, posé autrement, et pour mon expérience personnelle : quand aura-t-on vraiment l'impression d'avoir des soirées rétro en écoutant des tubes des années 90 ? 
L'interrogation m'était venue sur quelques dance floors de mariage, où se succédaient des morceaux commerciaux des années 80, fun mais fortement datés. Les tubes de mes années lycées sonnaient-ils déjà datés ?

J'imagine que l'effet est plus marquant si l'on plonge dans des genres relativement définis et reconnaissables. Ce qui permet de songer à un bon candidat pour genre rétro des années 90, en particulier pour les soirées de mariage des années à venir : le Big Beat. Courant techno de la moitié des années 90, porté par quelques gros tubes, indéniablement fun - un très, très bon candidat par conséquent.

Le Big Beat, je n'y ai eu affaire qu'assez tard durant l'histoire du genre - premières soirées du collège où surgissaient les Prodigy, mais surtout la bande son tapageuse de Matrix en 1999. Le Big Beat avait la côte et touchait même les petits jeunes pas vraiment intéressés par la musique (mes révélations musicales datent d'un peu plus tard). Un son fun mais assez bourrin, prévisible, parfait pour porter les scènes spectaculaire d'un Matrix ou d'autres films d'actions se voulant contemporains. Rien de passionnant, mais un bon petit membre de l'inconscient pop collectif.

Mais il y a une demi-douzaine d'années, je suis tombée sur un blog intéressant, qui décrivait schématiquement l'historique du Big Beat. Je ne retrouve pas le lien, mais la trajectoire était belle. Genre prenant essor à partir de remix rapides de hip hop au début des années 90, tel ce titre de Bomb the Bass, Bug Powder Bust : rap énergique et punchy devenant instrumental étiré et psychédélique sous la patte des Chemical Brothers (alors Dust Brothers...) Tout un mélange de rythme, de sources et d'idées, étirées, bidouillés, avec quelques objectifs clairs : du rythme tonique, du fun, de la danse. Le genre grandit, gagne le public séduit par certains morceaux utilisant des guitares répétitives. Et très vite, le Big Beat devient mécanique et parodie paresseuse... Tout juste bon pour les bandes son de film d'action et de jeux vidéo...

Le site datait la fin de l'âge d'or du Big Beat à 1998. A peu près à la sortie de l'album You've Come a Long Way, Baby, l'album de Fatboy Slim au succès immense. C'est à peu près l'époque où le Big Beat m'a touché par le gros de sa vague commercial ; pas étonnant que le genre me soit apparu prévisible et presque monolithique... Déchéance que reconnaît tout à fait Damien Harris, patron du label Skint Records, où sortait les disques du Fatboy : "The sound became, and indeed remains, the compulsory soundtrack for action movie trailers and lost any sense of a cutting edge."

La trajectoire n'est pas surprenante, classique schéma façon "Vie et mort d'un genre pop". Mais comme tout genre pop, la partie immergée de l'iceberg reste à explorer, et il y aura certainement quelques trésors cachés à découvrir pour le novice peu éclairé (comme moi : non, je ne connais rien au Big Beat hormis une demi douzaine de titres).

Mais quoiqu'il arrive, malgré leurs accents faciles, les gros tubes Big Beat restent d'exquises invitations à la danse folle. Parfaitement illustrée par cette vidéo de Fatboy Slim, Ya Mama de 2000. Non, ce n'est pas du Big Beat de l'âge d'or, et oui, c'est assez prévisible. Mais cela correspond bien à notre point de départ, une petite madeleine sans prétention, aux accents vaguement rétro de "ouais, ça sonne vraiment 90s". Et cela rappelle le credo découvert sur le vieux blog comptant l'histoire du Big Beat : "passez un bon disque de Big Beat dans une soiée quelconque, et si les gens ne dansent pas, cassez-vous : rien ne pourra vraiment les faire danser ce soir".



Fatboy Slim - Ya Mama par jenemba




Bug Powder Dust by Bomb the Bass
album version above
Chemical Brothers remix below




30 mars 2011

Diamond Rings en ballade douce amère dans la nuit

It's not my party - by Diamond Rings (2011)

Février 2010, le théâtre d'Outremont accueille Owen Pallett pour un joli concert à Montréal. Les demeures bourgeoises d'Outremont sont entourées de neige, petits restaux agréables dans la rue où je déguste une soupe à l'oignon avec un kir : la soirée s'annonce douce et touchante avec le violoniste et ses chansons à tiroirs.

Mais la première partie s'ouvre surprenante sur une longue brindille insoupçonnée. Comme Pallett, un artiste solo, lançant les beats sur sa petite machine, puis pianotant sur le synthétiseur ou plaquant des accords sur sa guitare, des assemblages vaguement indie, assurément pop. La musique flotte agréable et détendue, rigolote, mais c'est l'aspect de ce personnage qui capte l'imagination. Immense silhouette longiligne et colorée, baskets vintage aux teintes violettes, collant zèbre sur ses baguettes de jambes, blouson en jean cintré, coupe peroxydée et maquillage mauve mi-Bowie, mi-années 80. Voilant une saisissante figure glam à l'humour intense, à la présence modeste, un personnage, une vision.

Je ne connaissais rien de Diamond Rings avant cette apparition. Pourtant, le personnage faisait le buzz depuis quelques mois dans le milieu indie. Et une histoire pas banale...

A l'été 2008, John O'Regan se retrouve à l'hôpital. Il est chanteur du groupe The D'Ubervilles, groupe post-punk de la scène de Montréal. Le séjour traîne un peu, le moral est bas, John O'Reagan se met à travailler sur des chansons à l'hôpital, avec les contraintes liées à ce cadre. Un véritable projet solo, par la force des choses, dont la teinte s'éloigne peu à peu de l'indie punk des D'Ubervilles. Car c'est en figure glam que John O'Regan sort de l'hôpital, Diamond Ring à la coupe de outrageuse, au maquillage appuyé, aux vêtements fluo sortis d'un magasin d'occasion ou de certains films d'Almodovar.

Une métamorphose assez fascinante, une petite légende indie, insuffisante à expliquer l'enthousiasme du public d'Outremont, ce soir de février 2010. Le public de la première partie s'embrase pour Something Else, tube qui a parcouru les blogs à l'hiver 2009-2010, petite bombe entêtante à l'efficacité imparable, au charme pop indéniable. La puissance du morceau est telle que je l'ai entendu sur une radio commerciale en décembre 2010...

Personnalité intrigante, tube pop pour prendre de l'élan, la trajectoire prend finalement son envol à l'automne 2010, avec la sortie de l'album Special Affections. Album salué par le monde de l'indie nord américain, notation enthousiaste sur Pitchfork, couverture du journal gratuit Exclaim! : un écho porté par la puissance des chansons, loin d'être des copies du tube Something Else, offrant une sensibilité douce, joliment écrite, cristalline, mouvante. Une complexité caché sous des ingrédients dépouillés, très simples, mais un maniement du song-writing assez fascinant...

La nouvelle video pour It's not my Party illustre bien ces différentes facettes. Ballade doucement entêtante, toute simple, aux écorchures discrètes, et la vidéo s'écoule à l'unisson comme une déambulation nocturne et mélancolique. Voir Diamond Rings serrer les manches de son anorak blanc dans la nuit est une image d'une superbe poésie urbaine.

22 mars 2011

Magick by the Klaxons (2006)

Je n'ai jamais été extrêmement intéressés par les Klaxons. Bien sûr, j'aimais bien Atlantis to Interzone, sa folie tourbillonnante, ses sirènes, petit tube de dance et de rock sympathique. Le label New Rave collé par le NME, le buzz, les discussions sur le retour des sweat-shirts à capuches fluo ne m'avaient pas particulièrement intéressés. Je ne suis même plus sûr d'avoir écouté leur premier album Myth of the Near Future ; pourtant primé du fameux Mercury Prize en 2007.

Je les avais un peu oublié, je dois dire, et la sortie de leur deuxième album l'été dernier ne m'a fait ni chaud ni froid.

Mais samedi, j'ai aperçu Myth of the Near Future à la bibliothèque, et je l'ai emprunté. Il faisait beau, le printemps semblait bien installé, un peu de pop et de folie pour le week-end. Et j'ai été agréablement surpris par le disque, joliment psychédélique, plutôt travaillé, un bel assemblage aux tubes efficaces. Oui, il a de sacrés bons petits tubes.

Dont ce Magick, au charme assez ravageur. Je me souviens d'avoir regardé mollement la vidéo au moment de sa publication, il y a quelques années. Vidéo assez cheap, bien bricolée, avec un petit charme de série B à deux francs ; mais au final assez abominable, la revoir l'a confirmé. Désagréable impression qui ne m'avait pas vraiment donné envie d'écouter le single, et c'est bien dommage. Sans les dégueulis vert fluo, le titre s'écoule hypnotique, basique, brutal, sans fioritures : cavalcade de batteries, petits cris en fond, et même un pont pas désagréable (même si assez basique). Les sursauts de basse sont même plutôt sympathiques.
Alors allons-y, une petite sucrerie pour débuter la semaine : gardez les oreilles grandes ouvertes, les images sont sans importance ici...

13 mars 2011

Le Femme en boucle Sur La Planche - et comparé à des Suédois

La Femme - Sur la Planche (2011)

Un article plutôt laconique sur les Inrocks, avec quelques expressions presque passe-partout. "Des cool kids de 17 ans et un peu plus, que l'industrie du disque s'arrache déjà en coulisse, et qui ont fait de leur liberté leur atout le plus cher.", dit l'article. Difficile d'en savoir plus au sujet de La Femme, qui n'a pour l'instant sorti qu'un EP.


Mais le single est agréable & fun, et l'on peut s'amuser à citer les références, comme le font les Inrocks. Une New Wave francophone désabusée et chic, façon Taxi Girl, le côté surf music évident du titre. Je songe aussi à du pyschobilly, ces roulements un peu hypnothiques, aux accents de film de genre ; impression renforcée par la touche "film noire de surf" de la vidéo.
Et bizarrement, même si le son est assez différent, les Raveonettes me sont venus à l'esprit. Pour la distance du chant, certainement, le côté pop song légèrement pervertie ; même si les suédois sont bien plus saturés et rock que les jeunes français. Peut-être ai-je aussi fait une association par les vidéos : même moins stylisé que celui de "Sur La Planche", le clip de "The Great Love Sound" s'écoule aussi en petite parodie de film noire...


11 janvier 2011

Push It with Salt-N-Pepa, great vintage hip hop single from 1986



Push It 
by Salt-N-Pepa (1986)

Tiens, bibliothèque d'Ottawa et je tombe sur un album de Salt-N-Pepa, le trio de rap féminin. En fait, je ne les connais que de nom, et pour quelques minutes ; mais quelles minutes : le mash up The Stooges VS Salt-N-Pepa sur le mix As Heard on Radio Soulwax Pt. 2 des 2manydjs. Mélange parfait, les guitares rouillées de Détroit, un flow féminin, les 'No Fun' d'Iggy répondant aux 'Push It' de Salt et Pepa. Un classique, une bombe. La bastard-pop et les mash-up, c'est tellement 2002, mais certains restent fascinants. Et surtout de belles portes d'entrées pour mettre à jour sa culture musicale.
En théorie. Car, je l'avoue, malgré mon amour pour ce No Fun Push It des Belges fous, je n'ai jamais trop cherché à me renseigner sur Salt-N-Pepa. Merci donc à la bibliothèque d'Ottawa et son exemplaire de l'album Very Necessary de 1993.

Un album présent à la première écoute, énergique, aux beats efficaces, qui donne enfin envie d'aller explorer le web. Et les premiers chiffres laissent rêveurs : en 1993, Very Necessary s'est vendu à 5 millions de copies aux US. Par comparaison, la meilleure vente d'albums aux US en 2010, c'est Eminem, avec environ 3.2 millions d'albums... Bien entendu, cela illustre surtout la baisse des ventes d'albums en une quinzaine d'années ; mais cela donne une idée du phénomène.

Quelques clics supplémentaires m'ont fait réaliser que, oui, je connaissais le plus gros hit de Salt-N-Pepa, le fameux Let's Talk About Sex. Il existe bien une forme de culture inconsciente pour le hip hop, dans son versant le plus pop ; et surtout pour ses refrains, je n'ai aucun souvenir des versets de Let's Talk... Alors j'ai donc jeté un oeil au vieil ami Push It - deuxième plus gros succès du groupe, 2ème des charts UK en 1987, et même n°1 aux Pays Bas. 

Le titre garde peut-être un peu plus de charme que Let's Talk About Sex, une énergie très personnelle et singulière. Un délicat aspect vintage, particulièrement si l'on regarde une vidéo d'époque. Un immense classique : le titre s'est classé n°8 des 100 meilleurs titres hip-hop, publiés par VH1 en 2008...





17 décembre 2010

Fuck You, tube de Cee-Lo à ne pas oublier

Fuck You 
by Cee-Lo Green (2010)

Décembre, et les classements de fin d'année déboulent. Meilleurs livres, meilleurs films, meilleurs disques ; meilleures chansons. Période faste pour l'amateur de musique sur Internet, abreuvé d'articles récapitulatifs et de morceaux à écouter. Certains parlent de sessions de rattrapage. Rattrapage, je ne sais pas, mais toujours un bon moment pour faire des découvertes : je n'ai pas pour ambition de suivre TOUTE l'actualité musicale au jour le jour pendant l'année...

Peut-être vais-je faire un texte pour rassembler les découvertes les plus marquantes réalisées grâce aux tops de fin d'année. Pour cette année, peut-être, pour rassembler de vieux souvenirs aussi, ces chansons isolées saisies au moment d'un décembre passé. Petit assemblage qu'il sera certainement amusant de bidouiller durant les prochaines vacances de fin d'année.

Mais déjà, en passant, sans trop d'ambition, un joli morceau que je n'ai pas vraiment écouté cette année. L'intense single "Fuck You", chanté par Cee-Lo Green. Une voix soul à la profondeur sans fin, résonnante & chaude, connu également comme la voix de Gnarl Barkley ; personne n'a oublié l'immense chanson "Crazy" du duo costumé. Cette fois, Cee-Lo revient en solo, mais la même voix plonge en tout sens, moins ouvertement angoissé, crachant Fuck You dans le refrain avec hargne, mec sûr de son fait, gamin sans hésitation, souriant légèrement à la grossièreté assumé. La vidéo n'est pas désagréable, un bon petit tube à se remémorer pour la fin d'année.

14 décembre 2010

En attendant Broken Social Scene à Ottawa, une vidéo

Texico Bitches 
by Broken Social Scene (2010)

Je connais assez mal Broken Social Scene, finalement. J'ai écouté leur album de 2005, album éponyme. J'ai dû écouté quelques fois leur chef d'oeuvre, "You Forgot It In People", sorti en 2002, source d'une gloire Pitchforkienne immense ; le rédacteur en chef est un malade de Broken Social Scene, a même plublié un livre à leur sujet. Mais finalement, c'est justement cette gloire indie rock que je connais le mieux, même vaguement, et qui me fait doucement rêver ; cette gloire symbole des blogs musicaux des années 2000. Je raffole de ce genre d'histoire, des légendes, portraits vagues & flous de groupes que je connais mal, la force des mots et des récits ayant trait à la musique.

Je suis un lecteur de musique autant qu'un auditeur. Je traque les légendes et les petits compte-rendus. Explore les entretiens, paroles de musiciens qui me passionnent souvent. Et finalement, parfois juste en bout de parcours, je vois un de ces groupes en concert, ou j'écoute plus sérieusement leurs disques. Mais qu'importe, la fumée évanescente des contes musicaux comptent le plus, les images mentales.

Dans mon esprit, Broken Social  Scene est une sorte de monstre indie rock, bande expérimentale où les musiciens viennent, se rencontrent, jouent sur quelques morceaux, se passent les instruments. Broken Social Scene, c'est la première famille de Feist, d'Emilie Haynes aussi, la chanteuse de Stars traîne aussi sur certains morceaux ; plus d'une quinzaine de personnes ont joué sur leur album éponyme. Un paragraphe entier de leur page Wikipedia est dédié aux membres de leurs différentes tournées... C'est ce qui me séduit le plus dans Broken Social Scene, leur démarche, une sorte de recherche en groupe, d'assemblage sans cesse recombiné.

Et accessoirement, un emblême du rock alternatif canadien, une sorte de précurseur d'Arcade Fire, autre groupe aux nombreux musiciens.

Ainsi, avouons-le, voir Broken Social Scene en concert faisait partie de ma liste "Choses à Faire au Canada". J'ai eu la chance de les voir pour un petit concert gratuit donné durant le Bluesfest d'Ottawa en juillet 2009. Un large groupe fidèle à mon image mental, chanteuses se passant le micro, guitariste échangeant bass et guitares, passage de cuivres sur certains morceaux : un mille-feuille d'instruments, couplant parfois trois guitares fortement électriques, support dense aux jolies mélodies. Joli petit moment, mais sentant un peu l'improvisation : le groupe n'avait été ajouté qu'à la dernière minute, s'évadant pour quelques instants des sessions d'enregistrement de leur nouvel album, Forgiveness Rock Record.

Mais ce nouvel album, sorti en 2010, m'offre une nouvelle chance d'assister à une messe Broken Social Scene : les voici de nouveau de passage à Ottawa, pour un concert au Bronson Center vendredi 17 décembre 2010. Concert plus construit et rôdé, j'en suis certain, dont je me réjouis d'avance ; et dont je devrais parler d'ici quelques jours... Pour patienter, voici leur nouvelle vidéo, sorti le week-end dernier.





12 décembre 2010

Nas & Damian Marley, alliance diluée sur album, mais avec punch sur single

As We Enter 
by NaS & Damian Marley (2010)

Petits cuivres initiaux, un début de vieux vinyle. Un orgue envoûtant, petites percussions. Une voix vaguement reggae, vaguement dance hall balance deux ou trois lignes de texte. Puis passe la balle à une autre voix, flow hip-hop plus classique, en contre-point. Petite décharge électrique, belle énergie.

Les échanges continuent à la même vitesse pendant moins de 3 minutes, petite perle d'intensité sobre & entraînante.

Voici le premier single de collaboration entre NaS, le rapper de New York, et Damian Marley, le musicien jamaïcain et fils-de. Un joli moment, un bon petit précipité, qui a surgi en février dernier. Bon, j'écoute l'album complet sorti par la suite, et rien n'atteint vraiment la même densité, la même force qui agrippe. "Distant Relative" est bien dilué, surtout après ce "As We Enter" placé tout au début de l'album, en piste n°1. Mais ce single reste un joli moment, un bon petit souvenir pour l'année 2010.



10 décembre 2010

The Luyas, soon in Ottawa again but first with a video

Tiny Head by The Luyas (2010)

The Luyas en concert à Ottawa, fin avril dernier, quel joli souvenir. Concert au Raw Sugar Café, c'est-à-dire un simple coffee shop, petit comptoir offrant des pâtisseries ou des capuccino, quelques tables éparpillées pour accueillir les étudiants ou les petits artistes. Un décor simple, un cadre à l'échelle intime, parfait pour la pop douce des Luyas.

J'avais découvert les Luyas quelques mois plus tôt, grâce à un magnifique Concert à Emporter de la Blogothèque ; Vincent Moon, le réalisateur & tête pensante des Concerts à Emporter, en parlait comme d'une obsession, un de ses groupes préférés. Les images ne trahissaient pas cette idée, ballet de musiciens joueurs et fou dans l'île de Montréal, musique respirant en plein air, mais musique toute douce et rêveuse. Peu après, par chance, j'avais déniché leur unique album en occasion : Faker Death, 8 titres, 31 minutes, voix envoûtante, petits assemblages malins et atmosphériques. Un joli coup de chance : je n'ai pas revu cet album en vente depuis...

Le concert au Raw Sugar Café promettait donc et fut en effet une jolie expérience. Pas vraiment de scène, les instruments simplement installés dans un coin de l'espace, à même le sol ; une lampe à abat-jour se laissait voir juste derrière le batteur, comme si le groupe jouait dans le salon d'une tante éloignée. Verre de vin blanc à la main, presque au premier rang, c'est-à-dire à à 60 cm de Jessie Stein, chanteuse, guitariste, poumon du groupe, une boule de charisme fraîche et énergique. Robe à fleur, chapeau presque vintage, des blagues entre les morceaux qui s'allongent peu à peu, un chant habité, douze corde sur sa guitare étrange. Un belle rencontre musicale, un superbe personnage, on comprend aisément l'amour de Vinent Moon pour le groupe et ses personnages. Une très jolie soirée.

Mais je n'ai rien écrit sur cette soirée. Pas un mot sur ce blog. Quelque voyage un peu trop rapproché, je pense ; mais surtout, comment bien écrire sur les Luyas après les textes magnifiques de la Blogothèque ?

Pourtant, quelques jolies nouvelles concernant les Luyas sont tombées ces derniers jours. Tout d'abord, la découverte d'un nouveau concert au Raw Sugar Café, le 23 décembre prochain, comme un superbe cadeau de Noël : ces quelques mots m'ont donné le sourire toute la soirée lundi dernier... Mais dès mardi, Pitchfork remettait le couvert, en présentant la nouvelle vidéo du groupe, présentée ci-dessous. Un gros plan sur le visage rieur de Jessie Stein, comme une évidence, le visage des Luyas et leur voix. Le morceau est très beau, et annonce un nouvel album qui doit sortir vers février 2011 ; le résultat devrait être magnifique : en plus du groupe lui-même, le talentueux Owen Pallett a participé à sa réalisation... 

Je devrais donc parler à nouveau des Luyas dans les prochaines semaines...


5 novembre 2010

Terrible Love by The National, with bits of live performance(s)

Terrible Love
by The National (2010)

J'ai déjà évoqué mon amour pour The National, plutôt longuement, ma fascination pour leurs performances live ; leurs chansons doucement émouvantes, patiemment construites, à l'énergie contenue, doucement libérée ; leur chanteur à la sensibilité instable & touchante. Leur nouveau clip vidéo est assez paresseux, collage de bouts de live, de moments en tournée, de vidéos de fans : rien de très inventif. Mais de jolis précipités de leurs performances, de leur engagement scénique, de leurs petites blagues. De quoi faire plaisir aux fans...




5 octobre 2010

Deerhunter et des échos de shoegaze prometteurs



Strange Lights 
by Deerhunter (2007)

La vie de chercheur offre parfois des heureux à-côté, en particulier à l'occasion de conférences et des voyages internationaux associés. Voyager pour présenter son travail, c'est un bon moyen pour rencontrer de nouvelles personnes, découvrir de nouvelles villes & cultures - mais aussi pour profiter de concerts ou pièces de théâtre ayant peu de chances d'atteindre la France. Ainsi, j'avais eu la joie de découvrir "Romeo & Juliette" en anglais sur la pelouse d'un college d'Oxford, ou d'assister à un concert des Notwist à Lubjana ; le groupe allemand n'était pas venu en France depuis 4-5 ans à ce moment-là...

Mon prochain passage à Portland fin octobre s'annonce déjà riche en terme de culture rock. J'ai déjà réservé des places pour deux concerts prometteurs. Sufjan Steven pour la sortie de la première véritable suite au magnifique album "Come on! Feel the Illinoise". Et Deerhunter, dont le tout récent Halcyon Digest vient de recevoir un magnifique accueil critique.

Je l'avoue, je ne connais presque pas Deerhunter, je n'ai pas écouté plus d'un ou deux titres de leur part. Je me fie aux échos critiques, au joli album d'Atlas Sound par le chanteur de Deerhunter, et au plaisir de découvrir live un groupe reconnu, comme je l'ai déjà fait avec The National, Animal Collective ou The Decemberists - de grands souvenirs à chaque fois. Et ce joli titre de 2007 laisse présager d'un très joli moment : guitare noisy noyant une mélodie pop, voix fluctuante, une jolie tranche de shoegaze à l'ancienne. 

Le clip souligne le bon goût du groupe. C'est l'une des premières fois que je trouve réponse à une de mes interrogations esthétiques : comment représenter les sensations de la noisy pop en dehors de la musique ? Le visage du chanteur est cadré très serré, baloté, noyé dans des flashs lumineux des couleurs mouvantes, à la manière des bribes de voix portées/agressées par le bruit des guitares...




29 septembre 2010

La jolie palette des Liars (que je ne verrai pas en concert)



          Liars in concert in Ottawa on October, 1st 

Finalement, je ne vais pas pouvoir aller voir Liars en concert cette semaine. J'ai pourtant pris ma place il y a quelques semaines, excité à l'idée de découvrir l'énergie scénique du groupe. Mais d'autres projets sont venus se greffer à mon agenda, et il est difficile de refuser un joli week-end dans un chalet en ce début d'automne...

Mais si la perspective de bons moments dans la nature est alléchante, il me reste quelques regrets musicaux. Je n'ai vraiment écouté qu'un seul album de Liars, et assez tardivement : leur fourre-tout éponyme sorti en 2007, quatrième album du groupe. J'avais lu quelques critiques prometteuses de leurs albums précédents, quelques compte-rendus inégaux de concerts également ; une littérature suggérant un groupe pas forcément facile d'accès. Ce sont des titres plus calmes comme Houseclouds ou Sailing to Byzantium qui m'ont attiré vers cette album, que j'ai finalement trouvé d'occasion chez un marchand parisien. Joli coup de chance : Liars (l'album) joliment gros dégagement d'énergie rock et petits morceaux plsu doux, sympa, bien ciselés.

L'album débute ainsi par ces deux titres, enchaînés dans cet ordre : hurlement rapide, puis vignette rigolarde. J'espère avoir une autre occasion de les voir jouer live !




26 septembre 2010

Stupid songs you cannot stop - A playlist

   PLAYLIST  -  STUPID REPETITIVE SONGS YOU CANNOT STOP LISTENING TO


Il y a quelques jours, je suis tombé sur ce morceau, l'un des plus stupides qui existe :



Das Racist, trio rap de Brooklyn, y offre un texte minimal terriblement crétin, qui tient en trois phrases :
     "I'm at the Pizza Hut"
     "I'm at the Taco Bell"
     "I'm at the combination of Pizza Hut and Taco Bell"

Les deux enseignes appartiennent au même groupe : aux Etats-Unis, on trouve des établissements groupés, les Combinations. Les deux MCs se sont donnés rendez-vous dans un de ces combinations, mais ne parviennent pas à se retrouver. D'où le dialogue absurde et répétitif par téléphone portable interposé - et le titre du morceau : "Combination Pizza Hut and Taco Bell"...

Critique de la société de consommation et de la malbouffe ou stupidité crasse, difficile de trancher à l'écoute du titre seul. Le titre est sorti en dans la première moitié 2009 et est devenu une sorte de petit tube débile, grâce à son côté inarrêtable : une fois lancé, impossible de ne pas reprendre les échanges bébêtes et d'appuyer sur repeat... Mais les Das Racist ne sont pas les hommes d'un seul tube stupides : leurs récentes mix tape avec les meilleurs producteurs hip hop font doucement monter le buzz et laissent espérer des titres plus travaillés, avec le même type d'ironie.

Mais cet exemple stupide, minimal et entêtant m'a donné envie de trouver quelques exemples équivalents. Des morceaux cons tenant en deux ou trois phrases. Première tentative de playlist en une demi-douzaine de titres...
  • DEVO   -   Praying Hands   -   1978
Devo, groupe post-punk new wave chantre de la dé-évolution : l'humanité devient de plus en plus stupide. Chapeau en plastique, uniformes colorés, morceaux répétitifs, paroles vaguement bêtes : voilà qui correspond bien à nos critère. Comme avec ce morceau tiré de leur premier album : "You've got your left hand, you've got right hand, you've got both hands"...


  • The Fall   -   Industrial Estate   -   1979
The Fall, punk de Manchester (avant de devenir bien d'autres choses en une si longue carrière). Mark E. Smith geule, va vite, balance des commentaires sur la société. Et parfois droit au but : 1:30 de chanson ici, avec pour seul refrain repris encore et encore :"Ya Ya Industrial Estate".


  • Fatboy Slim   -   Slash Dot   -  2004
La bulle avait déjà éclaté depuis quelques années - j'aurais cru le morceau plus proche de l'an 2000... Mais Fatboy Slim lancé les machines à fond, et répéter sans fin "Slash Dot Dash Dot Slah Dot Com". Hymne peut-être un peu paresseux dans son écriture, mais toujours hyperactif, un hymne pour la société Internet, et ce bien avant Twitter ou Facebook.


  • Matthieu Boogaerts   -   Jambe   -   2008
Sur l'album I Love You, Matthieu Boogaerts tisse des petits morceaux de 2 ou 3 minutes, portés par son jeu de batterie impeccable et ses mélodies rigolotes. Et par des textes presque simplets, des sortes de comptines un peu ridicules mais touchantes : "Danse, Danse, Danse avec ta jambe parce que c'est gai". Plus poétique que Das Racist, c'est certain...


  • Riva Starr   - I was Drunk (feat Nôze)   -   2009
Riva Starr, c'est un grand nom de la House que je découvre. Mais Nôze, qui se charge des voix ici, c'est du connu niveau tubes bêtes : sur leur album Songs on the Rocks de 2008, on trouvait de jolies bêtises, comme "L'inconnu du placard" ("Quand je te vois le matin, mon amour, tout les jours, je vois Duvin, qui décampe, qui décampe..."). Ici, on vole à nouveau très haut, avec un superbe accent français débile : "Yesterday / I was drunk / with some chick / in the bar / I don't  remember / Who came back with me".


  • Mr Oizo   -   Sucer Danser   -   2009
Mr Oizo s'y connaît en bêtise et en humour décalé - ses films portent haut l'absurde, tels Steak ou le futur Rubber, histoire d'un pneu serial-killer... Mais en musicien électronique, la plupart de ces morceaux sont instrumentaux, sans paroles. Pourtant, quelques-uns savent repousser les limites de la répétition, comme cet étrange Sucer Danser, inédit non publié...



  • Philippe Katerine   -   Bla Bla Bla   -   2010
Philippe Katerine a toujours été connu pour ses chansons absurdes et vaguement dada. Son dernier album, tout récemment sorti, semble offrir quelques jolis blocs monolithiques et bêtes et joyeux.



   to be continued (hopefuly)...



23 septembre 2010

La Patère Rose rebondit en tout sens (et bientôt en France)

La marelle
par La Patère Rose (2010)

J'ai vu récemment que la Patère Rose allait jouer en France en novembre prochain. Le groupe est un peu connu en France, apparemment, après avoir fait la première partie de Mika. Mais il reste une très jolie explosion pop canadienne, un plaisir un peu coupable en français, qui doit déborder d'énergie sur scène. Un peu de folie de la jeunesse montréalaise.

17 septembre 2010

Caribou revient au Babylone d'Ottawa et danse, danse

Caribou in concert
Babylon, Ottawa - September, 15th, 2010

Même chansons, même lieu, à peine quatre mois d'écart - et pourtant, le concert de Caribou en septembre sonne différemment de celui de mai. Peut-être est-ce aussi dû à ma position au cours de la foule et non à cinquante centimètre du batteur, comme il y a quelques mois, quand le spectacle visuel m'avait fasciné, l'agencement méticuleux des morceaux. Ce point de vue joue certainement. Mais la tournée des festivals européens et le rodage des nouveaux morceaux doit également être à l'origine de cette tonalité plus dansante et débridée.

En mai, David Snaith jouait un rôle mi-chef d'orchestre, mi-homme orchestre : lançant des boucles, passant du clavier à une petite batterie, chantant, contrôlant ses trois partenaires du regard pour synchroniser au mieux les différentes strates des morceaux, les entremêlements de rythmes, les bourdons de guitare. Un set mêlant les différentes époques du projet Caribou, un long tunnel psychédélique envoûtant, les textures doucement disco suivant doucement les chansons plus 60s de l'album Andorra.

Mais cette fois-ci, le quatuor Caribou est accompagné d'un quatuor de cuivre : trombone, deux saxo, une flûte traversière. David Snaith n'a plus besoin de s'occuper des trilles de flûte ou de certains sons, qui surgissent maintenant live, et l'effet est plus débridé. D'autant que le set semble d'avantage mettre en avant les morceaux du dernier album Odessa, ses sonorités plus disco, électroniques, fortement dance floor. Snaith a souligné que cette version élargie de Caribou jouait seulement pour la cinquième fois ensemble cet été ; certainement une occasion qui a permis de lancer cette cavalcade durant laquelle la jeunesse d'Ottawa lève les bras encore et encore. Peu de morceau pops, un seul titre issu d'Andorra d'après moi, deux du plus ancien Up in Flame, dont mon petit préféré "Hendrix with KO" dont je reparlerai une autre fois. Le reste danse, danse et ondule, toujours atmosphérique et rêveur, mais un rêve sur piste de danse après plusieurs heures de transes, comme pour le joli Sun.

15 septembre 2010

La flûte des Beastie Boys pour un rocker écoutant du hip hop

Sure shot
by the Beastie Boys (1994)

Bien entendu, je ne dirais pas que j'écoute beaucoup de rap. J'en écoute très peu.
Love me Less but Love me Longer - 17/12/2007

C'est aussi l'intérêt d'un blog, garder trace des pensées d'il y a quelques années. Rien de surprenant : un blog, c'est un journal intime accessible par Internet, c'est tout, un grand bloc note, une petite capture d'idées en temps réel. Qu'importe les quelques lecteurs qui parcourent ces lignes, perdus à la suite d'une étrange recherche Google, mes blogs laissent surtout transparaître mon état d'esprit, petits archives dérisoires dans leur contenu, mais au volume peu à peu conséquent. Près de 600 messages postés sur mes deux blogs depuis l'été 2007, il doit bien traîner quelques idées amusantes entre les photos ou les commentaires culturels !

Comme cette phrase amusante datant de Noël 2007. Amusante car j'ai justement créé hier une playlist "Hip Hop US des années 1990" pour mon iPod, comprenant une bonne douzaine de groupes. Mes statistiques d'écoute musicale sur la dernière année sont éloquentes : 8 des 18 groupes les plus écoutés sont des rappers américains. On peut sentir un léger tournant dans mes explorations musicales, peut être induite par cette phrase lue il y a quelques années : "au bout de plusieurs années d'écoutes consciencieuse, l'amateur de rock indépendant sent souvent l'envie d'aller un peu voir ailleurs, de goûter à de nouvelles sonorités"...

Prophétie ou suggestion ? Qu'importe, et l'album que j'ai le plus écouté en 2009 est certainement le vieux classique "Ill Communication" des Beastie Boys. Rien de terriblement original, je le reconnais, mais le petit rocker doit commencer par les classiques, et l'ouverture du disque reste terriblement fascinante. Une boucle de flûte par Jeremy Steig, quelques percussions, et les trois flows des Beastie Boys qui s'entrecroisent. Percutant et toujours frais !



8 septembre 2010

Day-O, pop classic by Harry Belafonte

Day-O (Banana Boat Song)
by Harry Belafonte (1956)

Je lis actuellement un livre intitulé "How the Beatles destroyed rock'n'roll", écrit par Elijah Wald. Pas d'uchronie ou de science fiction mettant en jeu des idoles des 60s, mais une histoire de la musique populaire américaine - comme l'indique le sous-titre : "An alternative history of American Popular Music". Le livre brasse deux ou trois thèses de bases, comme l'influence des technologies sur les musiques populaires ou l'ouverture du grand public à des nouveaux genres grâce à des passeurs qui en atténuent les côtés les plus risqués : en ce sens, les Beatles ont tué le rock'n'roll sauvage en créant la pop des années 60s...

Le livre est certainement un peu superficiel pour le spécialiste, comment traiter de l'apparition du jazz, du swing, du rock'n'roll, de la pop en seulement 245 pages ? Mais il permet de découvrir ou redécouvrir les pionniers des différentes époques, les personnages clefs, les ruptures technologiques. Les luttes de syndicats de musiciens contre "la musique en conserve" des phonographes fait sourire depuis notre époque. Le lobbying des professionnels de la musique ne date pas de l'apparition du mp3 ou même de la cassette enregistrable !

Je reviendrai plus en détails sur ce livre et les différentes époques qu'il présente. Mais je ne peux m'empêcher de parler d'Harry Belafonte, personnage du chapitre que je viens de terminer.

Première vraie pop star noire, Harry Belafonte offre un mélange accessible de folk, de rythmes exotiques, tous savamment ajustés pour toucher le grand public. L'exemple même de l'ennemi, pour les spécialistes d'un genre, lui reprochant le côté tellement pop et américain lisse de son calypso ; mais une approche assumée par Belafonte, revendiquant son respect pour ces musiques, son goût pour l'étude, son envie d'en faire des tubes pour le plus grand nombre.

Et avec quel succès : en 1956, Belafonte explose et son album Calypso est le premier LP à se vendre à plus d'un million d'exemplaire ! Le format LP vient d'apparaître, les jeunes se portent plus vers les singles, et les parents sur des LP d'ambiance, donnant lieu à des collections de mood music ou à des séries exotiques où quelques rythmes "sauvages" sont saupoudrés sur des pièces de jazz. Les chants d'oiseau sont une des sensations mises en avant pour le tout nouveau système stéréo, si fidèle... Belafonte emporte donc le morceau en s'emparant d'une mélodie classique jamaïcaine, lui offrant un traitement pop élégant avec une voix magnifique. Calypso restera 33 semaines en tête des charts, et seuls 3 albums feront mieux par la suite...

Toute une vague calypso est lancée et en 1957 certains critiques parlent du calypso comme le nouveau rythme sauvage, celui qui a enterré la petite mode du rock'n'roll, déjà dépassé. Amusante prédiction vue depuis le XXIème siècle, mais illustrant bien la thèse du livre, l'histoire de la pop comme non linéaire, sans idée de progrès définie en constante.

Mais qu'importe, le calypso n'a peut-être pas enterré le rock, mais Day-O, premier titre de l'album Calypso reste un immense classique, parodié et utilisé en tous aspects de la pop culture américaine, chants de supporters ou séries télés. Le passage d'Harry Belafonte au Muppet Show est ainsi mémorable...