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16 avril 2009

Un week-end perdu pour boire, boire, boire

by Billy Wilder, with Ray Milland and Jane Wyman (1945)

Le week-end d'un écrivain devenu alcoolique, résigné à l'alcool, ne cherchant plus rien d'autre que l'alcool. Comme souvent, Billy Wilder donne une leçon de mise en scène, de nombreuses scènes et de nombreux plans magnifiques : une lampe renversée au premier plan, quelle idée fantastique. Cette mise en scène fine et intelligente évite subtilement le surlignage, tout en laissant la place à la performance magnifique de Ray Millan, flamboyant, désabusé, suicidaire, terriblement expressif. Presque un film noir, la noirceur d'une vie bloquée et noyée, une humanité sombre perdue et ne cherchant pas vraiment à se réorienter.

7 avril 2009

Un crayon poétique pour dessiner la guerre d'Espagne

Le crayon du charpentier 
de Manuel Rivas (1998)

Guerre d'Espagne, les républicains sont faits prisonniers, souvent exécutés sommairement par des franquistes brutaux, généralement limités et souhaitant faire souffrir. L'un d'eux pourtant exécute un peintre sans le torturer et ramasse son crayon de charpentier, et alors le fantôme chuchote à son oreille. La brute simple et sans but garde alors un oeil sur un docteur magnifique, athée et fantastiquement humain. Manuel Rivas tisse avec finesse une fable profonde sur les haines mystérieuses en temps de guerre, sur la persistance de l'humanité, sur la grandeur de l'amour. Et tout cela grâce à une poésie simple et fluide, charmante et sans effet de surlignage.

1 avril 2009

Course-poursuite de métiers en jeune fille pour voler des baisers

Baisers volés 
par François Truffaut, avec Jean-Pierre Léaud (1968)

Antoine Doinel quitte l'armée et saute de boulots en boulots, courant au rythme de Jean-Pierre Léaud et des facéties de François Truffaut. Veilleur de nuit, réparateur télé, vendeur de chaussure, et surtout détective privé au sens de la filature aigu : relever le col, courir vers une porter cochère, port de la casquette, discrètement derrière un arbre ou se glissant dans une cabine téléphonique, c'est la finesse féline d'une panthère rose qui souhaiterait qu'on remarque et salue sa discrétion ostentatoire. Antoine, voyons !

Quel bonheur de voir Jean-Pierre Léaud remettre sans cesse vers la gauche sa mèche longue, dans mouvement de la main droite qui passe courbe par dessus son front. L'entendre courir et découvrir encore cette voix qui bafouille, la rapidité des mots, cette improvisation et cette liberté, parfaitement cadrée dans les images au rythme juste. Pas grand chose de plus, peut-être, qu'une longue course-poursuite de métiers en emplois et de filles en femmes mariées ou en putes, mais une course-poursuite réjouissante, comme cette capacité à tenir presque deux minutes en répétant trois prénoms devant sa glace.

23 mars 2009

La disparition comme moteur de l'écriture

Docteur Pasavento 

Pasavento est un auteur reconnu et invité à de nombreuses conférences. Un jour, il décide de pousser au maximum sa passion pour Robert Walser, et comme lui, de disparaître, de tout abandonner pour chercher une écriture purement personnelle. Débute ainsi de longues méditations permanentes du nouveau Docteur Passavento, agrémentées de quelques voyages, quelques rencontres, et beaucoup de littérature. Certains n'auront pas le coeur à suivre le rythme doux de cette du beau malheur, perdu par le fil du récit qui ne donne pas l'impression de beaucoup avancer, parfois. Car comment vraiment avancer quand on veut disparaître ? Mais, une fois acceptée cette disparition et ces temps morts, le lecteur pourra se régaler de l'érudition de ce Docteur et de certaines grandioses idées fixes associées à la rue Vaneau de Paris.

14 mars 2009

Les marionnettes du Gangsta Rap

Bigger the better 
by Puppetmastaz (2005)

Les marionnettes du hip-hop poussent le gros son à fond et voici un tube dans le plus pur esprit gangsta. Un sample bête, méchant mais puissant, des paroles stupides juste pour le plaisir de faire sonner les mots le plus vite possible, et un clip doucement parodique : les marionnettes s'amusent des réflexes hip-hop, avec gros 4x4 et chaînes bling-bling.

Puppetmastaz, collectif d'une vingtaine de marionnettes venues d'Allemagne, un des fleurons du hip-hop germanique aux concerts spectaculaires. Sanglier, lapin, crapaud, chauve-souris, rhinoceros se passent le micro et échangent les rimes les plus stupides, toujours soutenu par des musiques lourdes et aventureuses. Les Puppetmastaz collaborent ainsi souvent avec les électroniciens les plus pêchus d'Allemagne, pour un mélange détonnant.

Et comment résister à un groupe capable de rapper "the bigger the better the fatter the cheddar" ?


10 mars 2009

Demi-déception pour la représentation de la guerre au Liban

De Niro's game 
by Rawi Hage (2009)

La semaine passée, je parcourais une interview de Doris Lessing, où elle se plaignait des mauvaises habitudes critiques. Trop comparatives, pas assez focalisées sur les intentions propres de l'auteur. Difficile pourtant ici de se contenter des seules intentions de Rawi Hage. Il tisse l'évolution d'un jeune de Beyrouth, noyé dans la guerre des années 80, la perte de proches, la fascination pour les gangsters, les tentations de la milice. On suit doucement ses repères égarés, mais le récit peine à séduire vraiment, style classique, raccourcis scénaristiques schématiques, particulièrement dans un dernier quart poussif : était-il vraiment nécessaire de loucher vers une vague intrigue d'espionnage international, qui dilue l'effet de l'immersion dans Beyrouth en guerre ?

Certes, le contexte reste très intéressant, mais il est bien difficile de comprendre l'avalanche de prix : hormis cette efficace plongée libanaise, qu'apporte ce livre littérairement, sur la durée, pourra-t-on le lire avec le même intérêt dans plusieurs années  ? Doris Lessing nous offre à nouveau un autre angle d'analyse, évoqué au début du Golden Notebook : on lit ce livre pour sentir l'époque récente, comme un beau reportage bien écrit, tout du moins dans sa première moitié, efficace et juste. 

1 mars 2009

Tout le fun d'un blog délirant et aquarellé

Notes - 1- Born to be a larve
by Boulet (2008)

Compilation de notes de blog posté par le dessinateur Boulet. Dérisoire et fun comme un bon blog, rempli d'anecdotes de tous les jours, de petites réflexions, de rêves. Lecture à picorer avec jubilation, guidée par la variété et la beauté de dessin, crayonné Noir & Blanc ou magnifiques planches à l'aquarelle. Bien entendu, il est certainement plus amusant de découvrir de telles planches au jour le jour, directement sur Internet ; mais la publication papier n'érode pas l'intérêt de l'exercice, d'autant plus que des planches de commentaires ont été ajoutées, regard de l'auteur sur les épisodes avec 2 ou 3 ans de recul...

27 février 2009

Douceur d'un film simple en banlieue

de Claire Denis (2009)

Un homme vivant seul avec sa fille d'une vingtaine d'années, et leur vie s'écoule pleine de tendresse et de douceur, juste la petite inquiétude de l'age adulte qui arrive... Et le film glisse lui-même tout doucement pour observer les êtres et les choses avec finesse. Les paysages de banlieue parisienne. Le long glissement des RER sur les rails. L'émotion d'un départ en retraite. La douceur d'un slow dans un minuscule restaurant malien. Les images et la musique déposent patiemment les situations sur l'écran et le spectateur peut observer la belle évolution de ses regards, silences et paroles quotidiennes. "C'est très bon. Comme toujours", dit le père en mangeant debout son dîner. Et cette tendresse quotidienne dégage une humanité fraîche et simple...

26 février 2009

Carnet d'expatrié humanitaire en bande dessinée

Chroniques birmanes
de Guy Delisle (2007)

Des chroniques pour raconter un an d'expatriation en Birmanie : quelle chance de vivre avec un docteur de Médecin Sans Frontière quand on est auteur de bande dessinée comme Guy Delisle. Plus de 250 planches au trait fin lance discrètement, et avec humour, de nombreuses pistes passionnantes. Sur la Birmanie, bien entendu, avec sa dictature aveugle et bête. Sur l'engagement des ONG, présenté à toutes les échelles, depuis les mission jusqu'à la vie quotidienne de l'expatriation. Cette question du quotidien constitue à elle seule une magnifique histoire, avec les fluctuations de la vie de famille, les coups de blues et les découvertes sans fin générées par un nouveau pays. Une lecture extrêmement plaisante et riche !

23 février 2009

Immense mélo en technicolor

by Douglas Sirk, with Lana Turner & John Gavin (1959)

Questions racialles diluées dans un soap classique en technicolor ? Un peu, mais comment traduire en quelques mots la richesse et la puissance qui se dévoile peu à peu ? Le film s'écoule magnifique et surgissent souvent des scènes immenses, bluffantes, extrêmement intenses, où la violence transparaît dans le moindre geste, dans les détails de cette fresque parfaitement maîtrisée. La mise en scène parfaitement ajustée pour présenter la vie que l'on met soi-même en scène, la vie vide et imitée. Subtil, mystérieux, le film ne se livre pas brut, il s'écoule en son rythme propre, et même les scènes les plus évidentes gardent leur part d'ombre, leur interprétation sans facilité, leur richesse. Et la maîtrise atteint son sommet dans un final somptueux, offrant de nouvelles palettes à l'écoulement d'ensemble, une séquence fascinante et inoubliable.

20 février 2009

Roman espagnol sur la guerre du Vietnam : et pourtant, c'est fluide

A la vitesse de la lumière
de Javier Cercas (2005)

Javier Cercas nous conte à nouveau une expérience de guerre, cette fois au travers la magnifique figure d'un vétéran du Vietnam. Comme dans "Les soldats de Salamine", le récit se fait au travers de l'enquête que mène l'auteur, où se glisse se aventures de jeune auteur et sa découverte du succès. Bien entendu, il est tentant de comparer avec "Les soldats...", d'autant que la construction est assez similaire : l'effet de surprise est moins fort que pour le livre précédent, particulièrement car le Vietnam est bien plus souvent évoqué dans les livres ou au cinéma que la guerre d'Espagne. Pourtant, pris seul, ce livre reste magnifique, offrant une lecture extrêmement fluide et agréable.

17 février 2009

La fluidité magnifiquement pessimiste de Robert Siodmak

Criss Cross
by Robert Siodmak, with Burt Lancaster, Yvonne de Carlo and Dan Duryea (1949)

Another classical film noir with crooks, femme fatale, gangsters and flashbacks and, obviously, without hope. But the actors and direction are terribly impressive, bringing an impressive and pessimistic depth to the movie. Burt Lancaster makes his large body look so fragile and weak, dominated by his crazy and obsessive love for his cruel and manipulative girlfriends. But the directing ideas are even more impressive than the acting with a couple of striking effects. Blured screen when the characters are fainting, explosions and thick smoke during the roberry, and above all, a fantastic dance scene. The Brazilian flute makes the camera fly around the dance floor, looking again and again at the dancing girl and the spectator is as mesmerized as Burt Lancaster...

16 février 2009

Un classique monstre de la bande dessinée de super héros

Watchmen
by Alan Moore & Dave Gibbons (1987-88)

Le Comédien vient d'être assassiné, et ses anciens camarades super-héros s'interrogent : y a-t-il un complot contre eux ? Superbe comics de super-héros, à la construction ambitieuse et aux références multiples. Apparaissent ainsi des échos issus du film noir, des la science fiction des années 50, des angoisses atomiques, le Vietnma, ainsi qu'une magnifique bande-dessinée de pirate qui se glisse entre les cases. Watchmen joue avec les codes du comics, avec les références morales, avec la violence qui surgit dans de nombreuses cases ensanglantées. Pur plaisir pop à peine coupable, à la richesse fascinante.

11 février 2009

Old wrestler and powerful feelings

The Wrestler
by Darren Aronofsky, with Mickey Rourke (2008)

Pro wrestling, fame, video games, and what next when you are growing old? Darren Aronofsky tells brillantly this classical story of an old man trying to find a meaning for his life after fame. The director has slowed down his hysterical longing for spectacular scenes and effects and focusses on the beating heart of the story, characters who are terribly humane. The discrete but sutbile directing is an ideal support for the performance of Mickey Rourke as a fragile old wrestler. The result is terribly moving, impressive for its ability to both describe modern aspects of the american society, as well as briging to life classical themes. The Ram on the stage, this is Moliere dying during his last show ; I would not have imagined crying in front of an old wrestler...

10 février 2009

Pas le grand roman sur le 11 septembre

The good life
by Jay McInnerney (2006)

Présenté comme l'un des romans les plus justes en rapport avec le 9/11, et c'est une belle déception pour moi. Certes, le milieu du livre présente joliment l'état d'esprit des newyorkais après l'événement, upper-class et sauveteurs. Le premier chapitre ayant trait avec la catastrophe est d'ailleurs magnifique, très simple, court et poignant : un homme couvert de poussière croisant une femme dans la rue, dialogue comme irréel et indicible. Hélas, cette justesse est bien diluée au long du livre. Tout d'abord, avec la réutilisation des personnages de Brightness Fall. Tout le début du livre apparaît sans élan, très artificiel, la réapparition paresseuse des personnages de 1987, avec une forte impression d'attente : vite, que les avions percutent les tours, qu'il se passe enfin quelque chose ! Mais l'état de grâce littéraire post 9/11 ne dure qu'une demi-douzaine de chapitre, l'histoire évoluant sans génie vers une histoire d'adultère, d'adolescente riche et droguée. Les moins sévères y verront l'illustration d'une perte de repères et de la tentation conservatrice. Mais on peut surtout y voir un déboussolement de l'auteur, incapable de vraiment renouveler ses thèmes et sa forme, replongeant dans des terres qu'il connaît. Le grand livre sur le 9/11 est ailleurs.

7 février 2009

Le dernier homme sur Terre se promène en racontant les légendes anciennes

Le dernier monde
de Céline Minard (1997)

Imaginons que toute l'humanité disparaisse soudain, en quelques minutes, sans violence ? Pschit ! Imaginons qu'un astronaute survive depuis sa station spatiale ? Argument simple, un poil schématique, mais Céline Minard explore toutes les possibilités de ce postulat, lançant son survivant dans un périple sans fin autour du monde. Découvrir, collecter les restes des civilisations, ranger la terre : voyager pour se chercher un sens, en condamné à la solitude à vie, et cette quête de sens implique un profond travail sur la langue et le récit, comme si seule la littérature permettait la survie. Les personnages imaginaires croisent alors les bribes sans fin de légendes perdues ou les épopées improbables et gigantesques de l'astronaute solitaire. On se perd souvent dans les fils de ce mélange étrange et dense, mais de magnifiques trouvailles surgissent souvent, construisant un édifice littéraire singulier capable de scènes précieuses. La plus saisissante restant le visionnage par l'astronaute des vidéos de surveillance d'un maul ayant capté la soudaine disparition humaine : séquence vertigineuse où l'absurde tragique se voit capté dans de banal rayons et quelques mauvais écran. Avec de tels éclairs, il est tentant de suivre les futures évolutions de cette Céline Minard bien originale !

4 février 2009

Une bonne playlist ne fait pas tout

Nick & Norah's infinite playlist
by Peter Solett, with Michael Cera & Kat Dennings (2009)

Here it is, Juno clones are coming. Same blueprint in soft version here: shy boy, dynamic tongue-in-cheek girl, but no pregnant girl here, only a small romance with a couple of 1D characters hanging around (gay friends, a drinking blonde, a dark rocker...) No more than an nice movie for long airplane journeys...
Oh, sure, there is the "infinite playlist", which is just an honest way to admit your main target: reaching #1 in Billboard with the soundtrack... The soundtrack is sooo cute, so classical in its selection of soft indie rock. In the 50s, rock'n'roll was dangerous and then became a commercial product in silly movies. Here is an example of the commercial indie-rock movie!

3 février 2009

Le chanteur lyrique est un voyageur de commerce sentimental

Un homme sentimental
par Javier Marias

Un trio devant vous dans le train, deux hommes, une femme mélancolique entre eux, le visage caché derrière ses cheveux roux. Des figures, des silhouettes clairement définies, aux traits évidents, tels qu'on puisse construire leur personnalité et supposer leur histoire. Mais quand, quelques jours plus tard, on rencontre un des deux hommes dans le bar d'un hôtel de luxe, quand on discute avec lui, on se trouve intégré soi-même dans le rêve et le récit imaginé, un se fait soi-même figure caricaturale et personnage typé. C'est l'histoire que présente Javier Marias dans ce roman subtil et finement écrit, l'histoire d'un chanteur d'opéra flirtant peu à peu avec une jeune femme diaphane croisée dans un train. Le récit progresse peu à peu émaillé de fines digressions du narrateur, à l'humour très discret, très froid, mais à l'ironie profonde et la fantaisie subtilement immense. Il est bien entendu question d'amour, mais on évoque aussi le parallèle entre les chanteur d'opéra et les voyageurs de commerce, on raconte la mort d'une ex chutant dans les escaliers en transportant de vieux livres, on découvre que les hommes d'affaires achètent l'amour de filles en se portant garant des dettes de leur famille. Joli moment de lecture qui donne envie de goûter à d'autres livres de l'auteur, d'autres livres ayant plus d'ampleur encore que ces 160 pages !

Magnifique divertissement, mais est-ce profond ?

The Curious Case of Benjamin Button
by David Fyncher, with Brad Pitt & Cate Blanchett (2009)

How can you love each other when you are not growing old in the same direction? A promising movie with fantastic actors, great director and a strong idea. No doubt, Brad Pitt is impressive with a wide acting span, and Fincher has learnt how to build impressive scenes without necessarily using incredible camera moves... Many formal ideas are impressive and the varied scenes slowly build high-class entertainment. But another striking aspect becomes slowly more obvious: this story is terribly blank, without deep and fantastic ideas. "You have to accept what you are", wow. Wouldn't have it been possible to build something more original with this promissing subject: growing old in a younger body? This movie might be worth a second viewing in order to judge it more precisely but up to now, it feels a bit overrated...