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13 décembre 2010

Score, catastrophe musicale sans vrai hockey. Pauvre Canada...

Score - a Hockey Musical 
by Michael McGowan, with Noah Reid, Olivia Newton-John, Walter Gretzky, Hawksley Workman (2010)

"Une comédie musicale sur le hockey ?"
"Oui, ça a l'air assez ridicule, mais ça devrait être distrayant, et terriblement Canadien."

Hélas...

Bien entendu, que peut-on vraiment attendre d'une comédie musicale ? Il ne devrait pas y avoir de surprise face à un scénario schématique, mono-dimensionnel, convenu : Farley Gordon est un génie de la rondelle, mais couvé par des parents intellectuels, n'a jamais joué en compétition ; jusqu'à ce qu'un propriétaire d'équipe l'aperçoive, et en fasse une star montante. Farley Gordon saura-t-il trouver sa voie, concilier son goût de la technique face à la violence de la Ligue, saura-t-il entendre l'amour de sa voisine de palier, éternelle amie d'enfance ? Rituel adolescent, passage à l'âge adulte, on imagine les scènes, et les chansons aussi, refrain sur l'air de "fais ce qui te tient à coeur"ou "en hockey, pour être un homme, il faut se battre".

Au début, on sert les dents, guette les scènes sur glace, digère doucement les chansons pas désagréables ; on sert les dents sur les blagues rarement bonnes, lourdes, tellement bêtes qu'elles apportent un peu de stupidité. On attend avec impatience la grande compétition, les grandes scènes chorégraphiées sur glace en plan large, le mélange du "best game of the world" avec la musique et la danse, avec le cinéma.

Hélas...

Tout dérape vite vers des enjeux assez anodins. L'histoire d'amour avec la voisine de palier (musicienne, what else?), perturbée par un italien pianiste séducteur. La violence du hockey, les combats à coups de poings, qui font horreur à l'ancien garçon bien comme il faut. Le tout saupoudré par les apparitions pas très bien réglées de quelques stars du hockey. Tout cela zigzague doucement, perd peu à peu de rythme, quitte même les patinoires pour s'attarder trop sur la dérisoire bluette sentimentale. Pour se conclure par une grande scène de patinoire sans même de match. Bon sang, mais que s'est-il passé ?

Pourtant, quelques bonnes idées avaient germé dans la première moitié du film. Le jeune prodige aussitôt saisi par une firme marketing, propulsé comme la future vedette du sport nationale ; alternant apparitions publicitaires, passages réglés à la télé, couverture des grands magazines de hockey. On sentait un peu de la passion du jeu, des enjeux associés au hockey au Canada, les discussions incessantes qu'il peut générer ; et tous les vautours qui tournent autour des jeunes talents. Sans même tenter un regard grinçant sur le sport professionnel et ses dérives, il y avait beaucoup à creuser en présentant cette obsession canadienne nationale. Le hockey, plus grand sujet de discussion au boulot n'importe où au Canada, toutes ces pages dans les journaux, toutes ces statistiques, le poids d'anciennes stars comme présentateur télé, comme icônes nationales. Tout un terreau qui pouvait susciter de belles scènes en contre-points, des histoires avec des groupes de supporter du petit club, un regard sur le phénomène hockey.

Souvent, au cours du film, les gens chantent le hockey comme le plus sport du monde. Rien ne permet de toucher à cette beauté, à la passion du peuple pour ce sport, et aux raisons associées à cette passion.

Car la plus grande frustration du film reste sa faiblesse en matière de hockey pur. En début de film, le jeune génie dribble tous les défenseurs, finit toujours par marquer sur son petit terrain de quartier. Il arrive dans l'équipe de jeune, et reproduit les mêmes exploits, juste perturbé par la présence du contact physique dans la compétition. Pas une scène d'entraînement, pas une seule vraie compétition pour induire un peu de tension, aucun de ces deux classiques du film de sport ; pas une seule vraie ACTION de hockey sur glace. Tout la glace réduite à cette question : doit-on accepter de se battre sur glace quand on joue au hockey ? 

Le problème n'est pas dans la pertinence de cette question. Il est toujours surprenant de voir les supporters se réjouir quand deux joueurs, jeunes ou pro, commencent un combat de boxe instable sur la glace. Tout le machisme latent de ce sport est un thème qui mérite réflexion, quelques interrogations. Mais le film est incapable de réfléchir vraiment à cette question, réduite à une opposition entre coach barbu / couillu, et peur prof d'université décoiffé... Manichéisme noyé dans quelques blagues potaches de vestiaires, hockeyeur bas du front pétant sur briquet ; manichéisme dénoué sans conviction par une pirouette de scénario atterrante : Farley Gordon accepte de revenir sur la glace, d'affronter son adversaire, mais il se bat en lui offrant un terrible calin... Audace scénaristique de bisounours, et on se demande quel producteur a pu accepter une telle galipette, un tel "je glisse doucement les enjeux narratifs sous le tapis et on n'y voit que du feu".

Film désespérant, qui perd ses quelques pistes narratives, glisse des chansons au classicisme banal dont aucun refrain n'est vraiment marquant ; et offre un idéal de vie assez saumâtre : épouser la fille d'à côté connue depuis l'âge de 2 ans... Bonjour la révolution.

En creux, sans le vouloir, Score offre un portrait du hockey dans ses côtés les plus tristement conservateurs : glorification de l'amitié virile, victoire du joueur doué d'un talent naturel, histoire d'amour locale. Toute une hiérarchie stable & figée, société de valeurs - les vraies bonnes valeurs. D'une certaine manière, cet aspect est présent dans le hockey canadien : il n'y a qu'à entendre le bon vieux Don Cherry, vieux consultant vedette, glorifiant sans fin le hockey viril, les joueurs bagarreurs, les vrais hommes - "le VRAI hockey comme on l'aime". 

Dans ses limitations, Score présente les travers du hockey et ses mythes limités, et ce avec un naïveté presque confondante ; mais il n'y a pas vraiment de quoi être fier.






Deux vidéos de commentaires de Don Cherry... 
Le hockey dans sa subtilité et sa finesse théorique...





4 septembre 2010

Winter's Bone, tragédie dans le Missouri désolé

Winter's bone
by Debra Granik, with Jennifer Lawrence (2010)
sortie française le 5 novembre 2010 - projeté au festival de Deauville le 5 septembre

Des collines à l'herbe grise, un ciel pétrifié ; parfois une route, mais les voitures semblent plus souvent rouler sur des chemins de terres pour rejoindre des maisons en bois à l'air morne. Deux enfants sautent sur un trampoline, la fillette à califourchon sur un poney à bascule. Un voisin mal rasé coupe du bois.

C'est une voiture de police qui approche, un jeune officier au regard égal, décidé ; il fait son job, il sert la loi. Il se tourne vers l'adolescente qui est sortie au son de moteur. Le policier expose la situation la jeune fille interroge, fronce des sourcils - elle porte une chemise à carreaux. Question du père, il est introuvable, cela pose problème et il faudrait le retrouver ; sinon. Sinon il faudrait évacuer la maison. Plus de pauvreté encore, assurément, battre la campagne.
La jeune fille est grave mais elle a l'air sûre d'elle, elle va s'occuper de tout cela.
Le policier s'éloigne. Bientôt la jeune fille marchera de maisons en maisons, cherchant, cherchant.

Qu'il est étrange de découvrir un film en anglais et d'être perdu dans les dialogues et le flot des accents - un coup toujours désagréable envers un bilinguisme supposé ; et pourtant, perdant presque chaque fois pied dans entre les paroles, les intonations et les sous-entendus, apprécier l'expérience cinématographique, le réseau d'impressions, d'images, de tensions, la trame devinée, voire inventée. Un bon film peut se passer du détails des sons, il suffit d'élan et d'énergie.

Et l'énergie est un des moteur de Winter's Bone. La jeune Ree Dolly, 17 ans, doit se démener pour retrouver son père dealer ; il a laissé leur maison en caution lors de son dernier passage en prison : s'il ne se présente pas devant le juge, la maison sera saisie, les occupants mis à la rue. A savoir Ree, son jeune frère et sa toute jeune soeur, ainsi que la mère aphasique, apathique, fantomatique. Ree fait déjà tourner le foyer seule, sans argent, récupérant nourriture auprès des voisins. Elle ne peut compter que sur elle-même, et visite les maisons du voisinages les unes après les autres, sa famille, ses connaissances : a-t-on vu son père ? Chaque fois, soulevant des réponses agressives ; on ne secoue pas un microcosme un peu louche, les petits deals du Missouri, même avec quelques liens familiaux en jeu ; surtout quand quelques liens familiaux sont en jeu.

Les images de ce petit panier de crabe rural sautent au visage, portées par une photographie crépusculaire. Un pays de froid, la désolation, un pauvreté terne et dépouillée, comme une pauvreté de gueule de bois étirée année après année : voilà, il n'y a que ça. Le collines, les arbres, le bruit du vent ou un vieux marais, un peu de musique à la guitare tous réunis au salon. Un quotidien aux paysages fascinants et aux vies sans avenir, le réalisme du film frappe. La réalisatrie a su capter cette authenticité, rendant justice au roman de Daniel Woodrell, auteur centrant ses livres sur les Ozarks du Sud du Missouri. Un superbe travail de cinéma, patient et juste, correspondant à la justesse réaliste souvent récompensée au festival de Sundance ; Winter's Bone y a été acclamé cette année, remportant les prix du meilleur film et meilleur script.

Mais si la critique soutient le film de manière unanime, ce n'est pas uniquement pour cette justesse réaliste. Les films de "communauté un peu misérable dans des coins perdus des US" ne sont pas rares, comme le fait remarquer le New York Times. Winter's Bone offre une histoire une lutte apparemment perdue, une série d'oppositions à la violence larvée, des figures fortes et terribles, une véritable histoire intemporelle & quasi mythique. Lutte pour un peu de justice et soutenir sa famille, car seule Ree peut le faire, et donc le fait. Jennifer Lawrence offre une performance profonde & riche, des échanges perturbant avec un oncle ou une voisine imprévisible & dangereux ; rencontres enchaînés comme autant de scènes de théâtre, juste séparées par la marche ou la conduite dans les collines. Comme une tragédie.

Cet alliage entre réalisme du contexte et grandeur théâtrale de l'intrigue donne sa grandeur au famille, sa profondeur, son caractère fascinant. Histoire intemporelle de condition plongée dans un quotidien entièrement authentique : difficile de ne pas être touché et agrippé.

Noyé dans ces dialogues intenses mais à demi compris, observant les images & visages gris, j'ai plongé peu à peu dans un expérience méditative, remplie de pistes & suggestions de réflexions. Parmi lesquelles, bien sûr, les comparaison cinématographiques. J'ai rapidement songé à Dead Man de Jim Jarmusch, où Johnny Depp parcourt un ouest américain en noir & blanc, rencontrant brigands biscornus, indien bizarres, paysans sales ; mêmes paysages gris, pauvres & grandioses dans leur petite échelle désolée, rencontres successives et vaguement menaçantes un peu similaires, en tout cas dans mon souvenir, ou dans la tonalité qui a marqué mon souvenir.

Mais en y songeant un peu plus, je ne peux m'empêcher de faire un parallèle avec L'Esquive, le magnifique film d'Abdelatiff Kechiche. Mise en rapport qui m'a supris moi-même : quel rapport le jeu amoureux adolescent en banlieue parisienne peut avoir avec un thriller du Missouri ? L'Esquive installe un histoire intemporelle de séduction dans la réalité cru d'un cité bétonnée, tournant chaque rencontre comme les scènes d'une pièce sur la dalle. Le tout laissant paraître une agressivité du quotidien, transmise par l'argot le plus violent, les intonations, l'énergie permanente, la menace ; un spectateur américain serait vite perdu dans les phrases, même avec un bon niveau de français : d'ailleurs, certains de mes amis n'avaient pas supporté ces dialogues intenses et hautement familiers... Le résultat offrant une superbe histoire tout en présentant un portrait de la banlieue respectueux et juste, comédie humaine et réalisme quotidien s'enrichissant réciproquement.

De tels alliages mettent en avant l'importance d'un écriture ambitieuse, capable de rendre fascinante une histoire de drogue locale. Une belle oeuvre.



1 septembre 2010

"American Trip", drôle de traduction pour "Get Him to the Greek"

American Trip
by Nicholas Stoller, with Russell Brand & Jonah Hill (2010)

En juin dernier sortait "Get him to the Greek", nouveau délire produit par Judd Apatow: un sous-fifre a 72 heures pour faire voyager une vieille rock star depuis Londres jusqu'à la Californie. Gags trash, dialogues aux vannes bien rôdées, jolis duo d'acteur entre Jonah Hill et Russell Brand : un grand éclat de rire.

Le film arrive maintenant en France sous le titre de "American Trip". Le film veut profiter du succès de "The Hangover", intitulé "Very bad trip" en France ; c'est un peu cynique, mais l'humour des deux films n'est pas tellement différent, juste peut-être plus de blagues de dialogues dans "Get him to the Greek". Mais si ce subterfuge peut donner un peu de visibilité au film en France, pourquoi pas ? "Sans Sarah, rien ne va", dont sont issus les personnages de ce Greek, a été à peine distribué en France...

Plus de détails sur le film dans mon texte publié en juin dernier.

Quelques détails à ajouter toutefois. Je n'avais alors pas réalisé que le patron du label de disque est joué par P. Diddy. Sa grossièreté, son cynisme et sa bêtise trace un portrait outré mais hilarant du monde de la musique, d'autant plus drôle quand on connaît la place de Diddy dans la pop US.

Et justement, pour rester du côté de la musique, Pitchforkmedia offre une critique très éclairante de la BOST du film. Uniquement composée des titres chantée par Aldous Snow, la rock star has been du film. Les titres ont été composés par Carl Barât ou Jarvis Cocker, la crème de la pop / rock anglaise des années 90 et 2000, et les titres sont très agréables à l'écrane. Mais le webzine fait remarquer que ces chansons manquent pas mal d'unité, s'apparentant plus à un best-of de la pop anglaise des vingt dernières années. Donc loin de renforcer l'unité psychologique du rocker ; commentaire intéressant et fouillé du site indie, comme toujours, mais qui oublie peut-être le côté dispersé du personnage dans le film...

"Be Bad !" remplace "Youth in Revolt" mais c'est toujours drôle

Be Bad !
by Miguel Arteta, with Michael Cera (2010)

J'avais vu "Youth in Revolt" en avril dernier, bien après sa sortie en janvier. Film sympathique, aux idées assez drôles, centré sur le comédien attachant Michael Cera. Le film n'a pas eu beaucoup de succès, Cera a un charisme trop distancié et second degré pour attirer les foules à lui tout seul...

Je me demandais alors si ce film sortirait un jour en France. Voici donc qui est cette première semaine de septembre sous l'abominable titre de "Be bad !" : sous la même logique que "The Hangover" devenant "Very bad Trip" ou "Get him to the Greek" se changeant en "American Trip" (on saisit le modèle...), les distributeurs semblent privilégier des titres superficiels, crétins et en anglais pour vendre leurs comédies en France. Logique un peu étrange...

Mais cela fait plaisir de savoir que quelques spectateurs français vont pouvoir goûter à ce Cera-movie pas désagréable. Dont les accents de folie valent d'ailleurs un peu mieux que ce qualificatif de Cera-movie : il ne faut pas oublier que "Youth in Revolt" est d'abord un livre publié en 1993 au succès assez conséquent.

Pour les curieux, mes commentaires d'avril dernier se trouvent ici, ainsi que la bande annonce US.