Affichage des articles dont le libellé est .m. concert pictures. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est .m. concert pictures. Afficher tous les articles

9 avril 2011

Matters débute au Mavericks d'Ottawa avec PS I Love You

Matters  +  PS I Love You 
Concert at Mavericks, Ottawa - April, 6th, 2011

Il y a 10 jours, j'avais évoqué Diamond Rings, projet solo de John O'Regan. Sa métamorphose glam, ancien chanteur des post-punk D'Ubervilles devenu une sorte de Bowie glam, homme-orchestre portant le collant zèbres et le maquillage. Quelques jours plus tard, les D'Ubervilles annonçaient leur retour sur les routes, sous le nouveau patronyme de Matters. Avec un concert prévu aussitôt à Ottawa, dans le cadre d'une petite tournée canadienne de 4 dates avec le duo PS I Love You. Quelle chance !

J'étais donc curieux de découvrir ces nouveaux Matters, curiosité renforcée par ce contexte de "métamorphose inverse", un Diamond Rings débarrassé de ses accessoires et maquillage, jouant une musique certainement plus rock, moins synthétique. Curiosité facile à assouvir dans le Mavericks d'Ottawa, petite salle punk où les artistes traverse le public pour aller tranquillement installer leurs instruments. Voici donc John O'Regan à la ville, longue silhouette portant banal jean slim noir et blouson de cuir, larges lunettes à montures épaisses façon Budy Holly, casquette de baseball des Toronto Blue Jay. Un simple indie-rock kid sans fantaisie, et ses 3 compagnons de Matters sont tout aussi modestes visuellement, presque insaisissables dans leur uniforme jean and T-shirt uni. Le groupe est là pour jouer du rock, sans chichi.

Un rock carré, intense, à la rythmique précise, énergique, un indie rock bien impliqué. On sent bien l'influence post-punk, le rock fin 70s - début 80s, mais sans les accents dance punk qu'on peut associer maintenant au terme post-punk pour des groupes comme LCD Soundsystem ou !!!, sans le côté 'disco not disco'. Plus proche de ces albums du tout juste après punk, où la new wave se cherche encore, comme sur Crocodiles de Echo & the Bunnymen. Aiguisé, efficace, mais sans trop de formule, une recherche d'intensité et d'efficacité, où surgissent de jolies variations, des relances des sursauts. Les morceaux commencent souvent sur une mélodie simple et carré, un élan concis de rythmique et guitares, mais les chansons prennent souvent la tangente, des explosions instrumentales de quelques minutes où les guitares se font plus bruyantes, plus libérées. Quelques synthétiseurs surgissent aussi parfois, promettant une belle variété pour de futures disques.

Variété dans laquelle il sera intéressant de suivre les échos du glam de Diamond Rings. John O'Regan offre une belle prestation, dont le charisme s'est peu à peu libéré. Leader / chanteur impliqué, lançant les morceaux, au chant tonique, il mène sérieusement le groupe dans ses premiers morceaux, parfaite tête de pont indie rock. Mais sa présence se détend au grès des morceaux, ses mouvements se font plus habités dans les solo ou dans les reprises du chant après un passage instrumental, sa tête dodeline plus intensément, jusqu'à faire glisser la casquette Blue Jay, laissant apparaître la coup mi-rasée mi-longues mèches peroxydées de l'alter ego Diamond Rings. Son investissement dans la musique augmente encore d'un cran sur le single Get In or Get Out en fin de set. Libéré de sa guitare, expédiant les notes de clavier initiales, John O'Regan saute devant la scène, au milieu du public peu nombreux, se lance dans quelques pas de danse de ses longues jambes fines...

Beaucoup de promesses dans ce set d'une trentaine de minutes. L'enregistrement du premier album de Matters ne devrait pas tarder à commencer, pour une sortie possible à l'automne.

La prestation de Matters fut intense et prometteuse, mais il ne faut pas oublier qu'ils n'étaient pas les têtes d'affiche de la soirée. Le groupe principale n'était autre que PS I Love You, duo de Toronto apparemment ami de John O'Regan : Diamond Rings a ainsi chanté sur un titre de PS I Love You et a déjà tourné en leur compagnie. Il faudrait certainement plus de place pour présenter au mieux ce duo atypique, à la musique riche. Je me contenterai donc de quelques idées avant plus de détails dans le futur.

Mais il me faut au moins décrire l'impression laissée par le chanteur Paul Saulnier. Petite boule de 1,60 m  et certainement 160 kg, il promène son physique obèse sous une généreuse barbe rouse et de longues mèches maintenu par un bandeau de tennis rouge. Son installation de la scène laisse d'abord perplexe, figure maladroite qui peut à peine se baisser pour installer sa vingtaine de pédales d'effets. Mais sa dextérité musicale éclate vite au grand jour dès les premiers morceaux, des chansons assez courtes extrêmement saturées, terriblement bruyantes dans leur guitare. Son acolyte mène une batterie rugueuse mais riche, et l'on découvre un nouveau duo rock fascinant : comme des White Stripes qui auraient écouté Pavement ou Dinosaur Jr plutôt que rejouer le heavy blues de Led Zeppelin. Un duo noise un peu comme les Japandroid de l'ouest canadien, mais PS I Love You est beaucoup plus varié, plus riche dans ses musiques et son utilisation de la saturation, plus brillant dans son indie rock. Une richesse qu'il sera bon d'explorer un peu plus que par les 35 minutes du concert de mercredi dernier.

Mais une bien jolie soirée avec ces deux groupes d'Ontario !







Matters


PS I Love You






Bonus: Crocodiles by Echo and the Bunnymen (live from early 80s)

18 décembre 2010

Broken Social Scene in Ottawa, intense & moving & wonderful



Broken Social Scene 
December, 17th, 2010 - Concert at Bronson Centre - Ottawa, ON

J'ai déjà dit mon amour théorique pour Broken Social Scene, la séduction générée par leur légende connue à moitié ; et par conséquent, mon impatience à les voir en concert dans un format réel, et non plus un petit concert gratuit comme l'an passé. Leur performance au Bronson Centre d'Ottawa ne va pas réduire mon intérêt pour ce groupe.

Oui, comme je m'y attendais, les instruments tournent sans arrêt sur scène, passant de mains en mains, trompettiste devenant guitariste ou maniant la basse ; et plus généralement, un ballet incessant de guitares et basses de tout type, sautant d'un côté à l'autre de la scène, empilées durant les morceaux. Broken Social Scene est un groupe à guitare, certains morceaux mêlent 3 guitares et 2 basses, et ce sans presque aucun solo, rien que de petits riffs juxtaposés. Des couches bougeant ensemble toutes joyeuses, un joli assemblage, follement énergique, mais sans lourdeur, sans vraie surcharge, rien que des décharges profondes. Terriblement rock, et profondément indie : dynamique, intense, malin, sans virtuosité gratuite.

Cet été, pendant ses concerts, Arcade Fire s'était soudain emparé de guitares, 4 ou 5 s'étaient retrouvées sur scène pour un rock plus direct, pour jouer leur nouveau "Month of May". Je m'étais fait la réflexion : "tiens, ils ressemblent à Broken Social Scene". Ce n'est pas faux en effet, même si "Month of May" est un morceau plus direct que ceux de BSS...

Mais Broken Social Scene n'est pas qu'un groupe à guitare, un groupe aux nombreuses guitares : c'est un groupe boulimique de manière générale. Un deuxième set de percussions ou des claviers peuvent s'inviter. Régulièrement, une section cuivre s'invite sur scène, trompette, trombone, saxophone ; un tuba apparaît même sur une chanson. Une ou deux chanteuses entre pour varier les voix, offrir des choeurs, chanter une chansons purement féminine ou un duo avec la voix de Kevin Drew. Comme je l'imaginais, Broken Social Scene est un fantastique collectif, protéiforme, mouvant, où chacun apporte son énergie, son enthousiasme, son envie d'offrir au public et de faire vivre cette musique énergique.

Là aussi, difficile d'éviter une comparaison avec Arcade Fire, le groupe m'ayant longuement fasciné après les avoir vus en concert à Rock en Scène en 2005 : un groupe rock où "tout le monde jouait la musique tout le temps", à savoir apportait sa pierre à l'édifice, sa joie, laissait transparaître une vie folle et intense sur scène. L'impression est assez similaire ici, mais Arcade Fire est certainement plus théâtral, cherchant plus des effets cristallins, jouant avec les violons, la voix frêle de Régine, variant les intentions et les spectres de joie : la joie presque immobile d'un violon ou la folie de percutante de William Buttler & Richard Parry.

Broken Social Scene est un fantastique collectif, mais un collectif rock, varié mais plus compact, plus centré sur les guitares, leur déchaînement, leur énergie. Arcade Fire joue une euphorie à la limite de l'épiphanie, une fête teintée de mort ou spleen ; Broken Social Scene fait le fou, bondit et déconne. Les balancements d'Andrew Whiteman ou les bonds déments de Brendan Canning sont des spectacles à eux seuls, d'intenses déchaînements rocks, pas trop bien coiffés, avec des chemises bizarres, l'indie rock rappelant sa folie punk derrière les assemblages plus complexes, derrière les 9 ou 10 personnes sur scènes.

Et bien, il y a la figure centrale de Kevin Drew, chanteur à casquette portant veste sur T-shirt, les cheveux épars. Là aussi, une énergie folle, une envie de sauter et bouger sur scène, de rire, de raconter des blagues avec le public. Il chante un morceau dans la fosse, sous les regards ébahis des jeunes canadiens, entourés des téléphones appareils photos et leurs yeux contemporains. Kevin Drew, qui n'a plus l'air de vouloir s'arrêter, jouant et jouant encore, le concert a commencé plus de deux heures auparavant et il ne s'arrête pas, il propose un nouveau morceau et les deux roadies doivent s'adapter, fournir la bonne guitare à la bonne personne. Toute la foule bondit sans fin le déchaînement instrumental de "Meet Me in the Basement", présenté en vidéo hier ; longs applaudissements, Kevin Drew regarde la foule : "Ca vous dirait qu'on recommence un peu ?" et voici encore deux minutes des mêmes bondissements ravis.

Une énergie folle, qui explique mieux la fascination que le personnage peut générer. Mais une énergie qui n'explique pas tout : Kevin Drew possède une magnifique capacité à tisser des chansons fascinantes. Par couches de guitares, mais aussi des chansons poignantes, simples mais émouvantes. Presque à la fin du concert, la scène se vide de musiciens, et Kevin Drew reste seul en fond de scène, jouant au piano "Lover's Spite". Le silence se fait dans la salle, un silence au respect palpable ; un silence profond et riche, plein d'admiration ; un silence comme je n'en ai pas entendu souvent en concert, comparable au respect qui avait pris les 25.000 spectateurs d'Arras en 2008 quand Tom Yorke avait entamé "Exit Music (for a film)". Superbe image toute en douceur sereine, et à pas de loups, quatre musiciens le rejoignent sur scène en mode acoustique : mélodica, trompette en sourdine, harmonica ; intimité douce, le spectre de Broken Social Scene est large et riche.






Kevin DREW (LHS, guitar) - Sam GOLDBERG (center, guitar)
Brendan CANNING (keyboard) - Charles SPEARIN (RHS, guitar)

Lisa LOBSINGER (back left) - Andrew WHITEMAN (bass)

Kevin DREW (LHS, guitar, with cap) - Sam GOLDBERG (center, guitar)
Brendan CANNING (keyboard) - Charles SPEARIN (RHS, trumpet)
David FRENCH (sax)

Andrew WHITEMAN (LHS, guitar) - Brendan CANNING (RHS, bass)




 Andrew WHITEMAN (LHS, guitar) -Sam GOLDBERG (RHS, bass)

 Kevin DREW singing "Lover's spit"










Final Song: "Meet Me in the Basement





6 septembre 2010

Osheaga 2009, humide mais joyeux : photos souvenirs un an après

Il y a peu, j'ai écrit quelques résumés des concerts vus à Osheaga fin juillet 2010. Mais il ne s'agissait pas de mon premier passage dans le parc Jean Drapeau de Montréal, puisque je m'étais déjà rendu à Osheaga en 2009 pour le deuxième jour du festival.

Un dimanche apparemment maudit, amputé de sa tête d'affiche après l'annulation des Beastie Boys pour cause de cancer de MCA. Et d'autant plus mal parti qu'un orage immense éclatait en début d'après-midi, laissant augurer d'une foule plutôt clairsemée. En effet, la comparaison des photos d'alors avec celles de 2010 montre une colline bien peu remplie... Le soleil est un élément de motivation indéniable pour les festivals en plein air...

Mais l'après-midi avait été plaisante, avec un magnifique enchaînement de groupes depuis les Ting Tings jusqu'aux Yeah Yeah Yeahs en passant par Vampire Weekend, the Decemberists ou les Arctic Monkeys. Superbes moments souvent pleins d'énergies et de dérision, comme quand le chanteur des Decemberists Colin Meloy a reçu un filet d'eau continu tombant d'un trou du toit ; filet d'eau qu'il a pris plaisir à utiliser pour faire rire le public, y plaçant souvent la tête jusqu'à la fin du concert - quand l'orage s'est à nouveau déversé sur la foule.

Une jolie après-midi aux nombreuses images fortes, public chaussé de bottes en caoutchouc, shorts courts et humides, capes de pluie et parapluie ; une bonne musique.








August, 2nd, 2009 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau, Montréal, Québec

12 août 2010

La fragilité instable de The National inondant Osheaga

The National concert - July, 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Fragile.
Fragile, pour dire ténu, mince, délicatement élégant. Epiphanique, mais instable, cristallin. Léger & tremblant, frémissant.
D'autant plus beau & touchant par cet équilibre de marcheur sur fil.

The National est peut-être le plus grand groupe du monde comme le proclame certains blogs, et j'en étais moi-même convaincu en sortant de leur concert à la Maroquinerie parisienne en mai 2007. Un groupe capable d'installer une envergure fascinante & profonde, et d'autant plus impressionnante qu'elle frémit précaire. Prête à s'envoler, à glisser, à devenir trop ceci ou pas assez cela ; pompeuse, ou dérisoire, ou un peu cul cul, ou prévisible.

La grâce n'est jamais qu'un équilibre instable.

Et cette précarité surgit dès la deuxième chanson jouée à Osheaga 2010 à Montréal. Placé entre deux mythes, Pavement & Arcade Fire, The National a attaqué plein d'énergie avec deux tubes tubes énergiques & émouvants, Mistaken for Strangers de l'album Boxer et de leur nouvel album, Bloodbuzz Ohio il me semble. Puis ils ont enchaîné par un morceau Boxer, au rythme terriblement lent, Slow Show apparemment, comme timide, tentant peut-être quelque chose, ou simplement incapable de laisser la mayonnaise prendre. Un faux-rythme, un sportif en dedans dans les premières minutes d'une finale, attentiste : mais que se passe-t-il ? La chanson semble traîner des pieds, la délicate voix rugueuse de Matt Berninger paraît juste paresseuse, l'équilibre des guitares et cordes ne s'entraîne pas mais se regarde du coin de l'oeil.

Plus de contenu, plus d'interprétation ou d'incarnation, juste une petite exécution un peu molle. Le funambule a trébuché, ou sent la peur de la chute, et plus rien n'est aérien.

On sent le groupe conscient du léger pataugement, de l'enlisement qui guette déjà. Attention, serrons-nous les coudes ! Plus question de grâce, les camarades échangent regards, respirent un grand coup, ils jouent plus simple peut-être, moins magnifiquement humains, mais il faut tenir la baraque. Matt rame avec les autres, un peu maladroit, un peu plus que d'habitude ; il fait le métier, offre les chansons, mais ne retrouve pas la finesse initiale, l'apesanteur que peuvent atteindre ces histoires & les morceaux du groupe.

Alors Matt en rajoute, il hurle encore plus fort qu'il ne le fait sur un refrain, il se roule encore plus sur le dos. Décharge d'énergie ! Comme un gosse qui tape du pied, qui ne sait plus comment faire, il n'y a plus qu'à crier ! Hurlement habituel du morceau, mais poussés cette fois avec un peu plus d'espoir : voilà qui va nous relancer, je me roule plus encore au sol !

Et voici le verre de bière renversé. Sur la batterie, sur un bout d'ampli, sur des pédales d'effet.
La bêtise qui détend l'atmosphère. Les sales gosses ricanent, vaguement honteux, vaguement benêts, regardant leurs pieds : tout de même, devant une telle foule, c'est un peu gênant. Stefen Malkmus était couvert de bière lui aussi avec Pavement, mais lancée depuis le public, c'était plus rock'n'roll et moins gaffeur. Mais autant en rigoler.

Le groupe repart plus léger, tâtonne encore un morceau ou un morceau et demi, rejoint par Richard Parry d'Arcade Fire pour une poignée de chansons. Mais voici un tâtonnement ascendant, l'incident de scène a joué certainement les soupapes, l'inquiétude s'est trouvée détournée, focalisée vers une bêtise dérisoire, et il n'y a plus qu'à jouer, jouer, pousser les inquiétudes qui se bousculent dans l'estomac et les suivre, les laisser murmurer les paroles sur les lèvres, plutôt que rester clouer au sol. Partager l'anxiété quotidienne dans le chant, les chansons de The National parlent-elles d'autre chose de toute façon ?

Alors The National monte, monte, doucement, prudemment, mais magnifiquement. Matt Berninger est plus névrosé que jamais, piétinant la scène entre les morceaux, les mains prises de tic, la mèche blonde éparse par dessus le profond regard bleu. Bien sûr, la densité émotionnelle de The National ne tient pas uniquement de son chanteur, les cordes, le piano, les entrelacs de guitare, tout un montage collaboratif et tout le monde joue tous les morceaux tout le temps, comme dans les meilleurs groupes. Mais le frémissement à fleur de peau de Matt s'affiche comme la pointe frêle de l'iceberg, limpide et apeurée. Est-il terriblement timide, à faire les cent pas à chaque pause ? Cherche-t-il à retrouver les sentiments violents et anxieux de l'écriture, de l'enregistrement, pour habiter au mieux les chansons, comme un comédien plongeant dans son rôle à chaque nouvelle scène ?

Qui sait ?
Au coeur de sa bande, Matt Berninger offre une profondeur intense dans sa voix baritonnée, et les échos résonnent longtemps de Fake Empire ou Terrible Love finaux, de la nouvelle pépitte England. Une partie du public a peu à peu tourné les talons pour s'approcher d'Arcade Fire, bientôt sur la scène de gauche, mais les oreilles ne se détachent pas, les regards luisent, luisent sur des joues doucement frémissantes.










The National & Pavement at Osheaga 2010 in Montreal copyright The Gazette
Video by Dario Ayala, edited by Marcos Townsend


10 août 2010

Le perfectionnisme d'Owen Pallett à Osheaga

Owen Pallett in concert - July 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Deux pincements de cordes sur le violon. Répétés. Répétés, rien que deux pincements, qui résonnent dans la grande scène. Coup d'oeil au sol. Archer à la main, une petite phrase musicale, répétée elle aussi, deux ou trois fois, en superposition. Coup d'oeil au sol. Les deux couches tournent toujours. Quelques autres coups d'archer. Tout en s'approchant du micro, le chant clair, limpide.

Il est assez courant maintenant de voir des formations réduites enregistrée quelques phrases musicales sur scène, pour donner plus d'épaisseur à leur spectacle. J'avais découvert le procédé en 2004 à Rock en Seine avec Nosfell ; cela devait donc exister depuis un moment. Bumcello ou Andrew Bird m'avaient ensuite ravi de leurs prouesses, deux duo à la virtuosité construite peu à peu, minutieusement, à coup d'enregistrements en direct, devant le regard du public. Mais Owen Pallett semble un cran au dessus de la reconstruction musicale : majoritairement seul en scène, ce sont de petites symphonies pop qu'il assemble doucement, patiemment, précisément.

Car son dernier album a été enregistré avec l'orchestre symphonique de République Tchèque, les arrangements remplissent plus d'une centaine de pages de partition ! Owen manie quelques Lego, doucement, sans se presser, et il doit reconstruire un petit Versailles !

Pallett est un petit virtuose, un véritable musicien classique à la formation de conservatoire. Il a oeuvré aux arrangements quelques grosses machines comme Arcade Fire, les Pet Shop Boys ou Mika, un précieux techniciens. Mais il tourne également seul, voulant explorer son oeuvre personnelle à sa manière, jouer sa musique seul, même s'il s'agit d'une riche musique pop lyrique, de chants presque démesurés. La technologie autorise ses ambitions artistiques. Ambition plus personnelle encore après ce dernier album, Heartland, le premier sous son nom propre après avoir usé du patronyme Final Fantasy.

L'ambition dans la musique, dans les paroles, dans la qualité du son, mêlée d'un humour sympathique, et d'un air d'étudiant encore frais. Etrange coupe de cheveux, rasée sur les côtés, avec une longue mèche frangeuse dans les yeux ; marcel léopard, remplaçant ses étranges chemises ou la bizarre casquette qu'il portait en février dernier pour le concert d'Outremont. Owen est un artiste, Owen est un peu bohème, vaguement alternatif : Final Fantasy n'était-il pas une allusion à un jeu de rôle, ne citait-il pas Dungeon & Dragon dans un précédent album ? Owen Pallett est brillant mais Owen est certainement fantaisiste, Owen est même un peu geek ; son campagnon intermittent de scène affiche d'ailleurs un étrange look de musicien sans soucis de son apparence, mal rasé, une casquette Rogers à dix balles sur la tête : encore un musicien ultra-focalisé, encore un geek.

Les geeks amusent les foules ou font sourire dans les comédies, mais les geeks prennent les choses très au sérieux. TRES au sérieux. Owen hurle en début de concert quand sa voix suscite des larsen ; bon sang, l'ingé son ne peut-il régler bêtement ses boutons, il vient lui-même d'ajuster ses appareils pendant des dizaines de minutes ? Un peu de respect pour la musique ! Une bête, un perfectionniste, un maniaque du détail, capable de quitter la scène au milieu de son dernier morceau, juste parce que la scène techno trop proche parasite la qualité sonore (si j'ai bien compris son grommellement excédé).

On n'a rien sans rien. Quand on retire ses chaussures pour jouer souplement en chaussettes, on est en droit d'être réaliste et exiger l'impossible.