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26 septembre 2010

Stupid songs you cannot stop - A playlist

   PLAYLIST  -  STUPID REPETITIVE SONGS YOU CANNOT STOP LISTENING TO


Il y a quelques jours, je suis tombé sur ce morceau, l'un des plus stupides qui existe :



Das Racist, trio rap de Brooklyn, y offre un texte minimal terriblement crétin, qui tient en trois phrases :
     "I'm at the Pizza Hut"
     "I'm at the Taco Bell"
     "I'm at the combination of Pizza Hut and Taco Bell"

Les deux enseignes appartiennent au même groupe : aux Etats-Unis, on trouve des établissements groupés, les Combinations. Les deux MCs se sont donnés rendez-vous dans un de ces combinations, mais ne parviennent pas à se retrouver. D'où le dialogue absurde et répétitif par téléphone portable interposé - et le titre du morceau : "Combination Pizza Hut and Taco Bell"...

Critique de la société de consommation et de la malbouffe ou stupidité crasse, difficile de trancher à l'écoute du titre seul. Le titre est sorti en dans la première moitié 2009 et est devenu une sorte de petit tube débile, grâce à son côté inarrêtable : une fois lancé, impossible de ne pas reprendre les échanges bébêtes et d'appuyer sur repeat... Mais les Das Racist ne sont pas les hommes d'un seul tube stupides : leurs récentes mix tape avec les meilleurs producteurs hip hop font doucement monter le buzz et laissent espérer des titres plus travaillés, avec le même type d'ironie.

Mais cet exemple stupide, minimal et entêtant m'a donné envie de trouver quelques exemples équivalents. Des morceaux cons tenant en deux ou trois phrases. Première tentative de playlist en une demi-douzaine de titres...
  • DEVO   -   Praying Hands   -   1978
Devo, groupe post-punk new wave chantre de la dé-évolution : l'humanité devient de plus en plus stupide. Chapeau en plastique, uniformes colorés, morceaux répétitifs, paroles vaguement bêtes : voilà qui correspond bien à nos critère. Comme avec ce morceau tiré de leur premier album : "You've got your left hand, you've got right hand, you've got both hands"...


  • The Fall   -   Industrial Estate   -   1979
The Fall, punk de Manchester (avant de devenir bien d'autres choses en une si longue carrière). Mark E. Smith geule, va vite, balance des commentaires sur la société. Et parfois droit au but : 1:30 de chanson ici, avec pour seul refrain repris encore et encore :"Ya Ya Industrial Estate".


  • Fatboy Slim   -   Slash Dot   -  2004
La bulle avait déjà éclaté depuis quelques années - j'aurais cru le morceau plus proche de l'an 2000... Mais Fatboy Slim lancé les machines à fond, et répéter sans fin "Slash Dot Dash Dot Slah Dot Com". Hymne peut-être un peu paresseux dans son écriture, mais toujours hyperactif, un hymne pour la société Internet, et ce bien avant Twitter ou Facebook.


  • Matthieu Boogaerts   -   Jambe   -   2008
Sur l'album I Love You, Matthieu Boogaerts tisse des petits morceaux de 2 ou 3 minutes, portés par son jeu de batterie impeccable et ses mélodies rigolotes. Et par des textes presque simplets, des sortes de comptines un peu ridicules mais touchantes : "Danse, Danse, Danse avec ta jambe parce que c'est gai". Plus poétique que Das Racist, c'est certain...


  • Riva Starr   - I was Drunk (feat Nôze)   -   2009
Riva Starr, c'est un grand nom de la House que je découvre. Mais Nôze, qui se charge des voix ici, c'est du connu niveau tubes bêtes : sur leur album Songs on the Rocks de 2008, on trouvait de jolies bêtises, comme "L'inconnu du placard" ("Quand je te vois le matin, mon amour, tout les jours, je vois Duvin, qui décampe, qui décampe..."). Ici, on vole à nouveau très haut, avec un superbe accent français débile : "Yesterday / I was drunk / with some chick / in the bar / I don't  remember / Who came back with me".


  • Mr Oizo   -   Sucer Danser   -   2009
Mr Oizo s'y connaît en bêtise et en humour décalé - ses films portent haut l'absurde, tels Steak ou le futur Rubber, histoire d'un pneu serial-killer... Mais en musicien électronique, la plupart de ces morceaux sont instrumentaux, sans paroles. Pourtant, quelques-uns savent repousser les limites de la répétition, comme cet étrange Sucer Danser, inédit non publié...



  • Philippe Katerine   -   Bla Bla Bla   -   2010
Philippe Katerine a toujours été connu pour ses chansons absurdes et vaguement dada. Son dernier album, tout récemment sorti, semble offrir quelques jolis blocs monolithiques et bêtes et joyeux.



   to be continued (hopefuly)...



4 avril 2009

La musique d'une journée à Luminy, sous le ronronnement du soleil

La clarté légère d'une lumière jeune sur l'eau fraîche du matin, le jour n'est pas né il y a très longtemps et me voici près pour une journée agréable installé en haut d'une falaise au-dessus de la mer. Longues heures de vacances et de rêve, une mélodie de boîte à musique inonde ce beau moment qui s'annonce, une envie de chantonner et de murmurer ; laisser sentir le bien-être qui grandit, en le saupoudrant à peine d'une inquiétude pleine d'exigence. Attention, l'aube est sortie des draps il y a peu, la nuit froisse encore un peu les joues et tout semble beau et neuf, mais attention, soyons-en digne ; le monde garde un oeil sur nous, quelqu'un peut venir à tout pour nous rappeler à l'ordre : profite, profite de tous tes yeux.

Les jambes étendues sur la pierre blanche, le bourdonnement du vent fort mais souple, des bourrasques soufflent comme une ronde de jazz. Les caractères volent et les pages se tournent, en sourdine la mer en contrebas et un sweat-shirt posé sur les épaules, la matinée traîne et se déguste, un long ronronnement.
 
Un nuage à peine dans l'immensité bleue, il faudra les compter dans la journée.

Parfois, une phrase ou deux amusent, un paragraphe semble magnifique et rempli d'humour ; battement ravi et excité des mains et de tous les bras, communiquer l'énergie retenue par des gestes désordonnés et fous, par des blagues que soudain l'on se raconte tout seul en hurlant de rire à la chute, toujours surprenante et source de ravissement. Des contes bancals, des fantaisie cocasses, des femmes à barbe et des clowns marchant sur un fil au dessus des calanques pour mieux plonger dans l'onde. De telles fantaisies, c'est distrayant et frais et délicieux. 

Alors pour raconter au mieux, une guitare s'impose peut-être et il faudrait apprendre à en jouer pour la dégainer au mieux, laisser les accords boisés s'inviter à la fête pour soutenir les contes amusants et les comptines chantées en lisant. La barbe généreuse et les cheveux longs sous un feutre gris à rayures, on prendrait le choeur par la main et chanterait le plaisir de marcher plutôt que de courir ; et les trois voix féminines acquiesceraient en buvant leurs jus de fruits et finissant le sandwich du déjeuner, en croquant toutes trois dans une pomme rouge en reprenant en choeur les la la la parfumés à la pulpe généreuse.

Dans l'élan, l'ampli sortirait du sac à dos comme une colombe du microscopique chapeau d'un magicien, et la guitare se ferait plus électrique, la voix se rappellerait des bières bues depuis des années et les contes & ballades prendraient une teinte de papier de verre ; faire sentir sa maturité, sa capacité aux récits tristes des marins, aux histoires de monstres et de filles quittant l'homme au nez rougi pour le riche voisin.

Mais pas le temps de se rêver plus longtemps en singer -songwritter biberonné au bourbon, un bateau rejoint en ce moment le port et son équipe ravie entonne des chants espagnols en jouant de la harpe dans les cordages. Terre, terre, de retour, enfin de retour, jouons encore un peu de l'écho du large et de la grandeur des tessitures enrichis par les parois des falaises, et dansons encore et encore comme un équipage de mille âmes réjouies. La joie de la mer et du travail au soleil, à quoi peut-on vraiment aspirer de plus quand le beau temps est au rendez-vous et fait du labeur une copie à peine délavée d'un jour de vacances exquis à lire en haut d'une falaise ?

Et en haut de la falaise, le plaisir est plus profond encore car il se distille en solitaire, en écoutant les nuances du bien-être qui détendent les muscles et laissent le sourire s'installer, la solitude volontaire permet de s'écouter plus attentivement et plus paisiblement. Une longue ronde qui bourdonne encore et encore, une douce excitation et quelques infimes inquiétudes, une poignée de grandes questions ; rien de telle qu'une journée tranquille ou un séjour solitaire pour mieux se regarder et débroussailler les herbes, éclaircir les cartes et les boussoles. Pas que j'ai envie de vous oublier, non, mais j'ai juste envie d'être seul un moment, besoin de recevoir l'espace qui m'est nécessaire, et siffloter en regardant les choses et mes rêves en face.

Une vie comme une suite de délicieuses vignettes délicatement arrangées, où les mains battent l'une contre l'autre, les pianos rigolent et les cuivres n'oublient pas de danser eux aussi. Une voix claire pour dialoguer avec ses amis et toutes les personnes qui comptent, une voix propre et juste se fait entendre au milieu du mur des paroles alentour, comme celle d'un soliste de comédie musicale ; grande taille et larges épaules, métaphoriquement bien sûr, il s'agit de décrire la grandeur du coeur et la force d'affection qu'il faudrait être capable d'offrir. Grand pour pouvoir prendre tout le monde dans ses bras, et les rassembler, et nous prendrons tous le thé en sommet d'un superbe point de vue sur les calanques.

Une falaise et tout une journée de vagues superbes dans la lumière, une journée de belle lecture et de méditation ravissante, et voilà déjà les premières réflexions sur la puissance et l'importance des amis. Aspirant solitaire et songeant déjà aux autres même pas huit heures après d'avoir commencé l'expérience !

Mais voici le soleil qui rougit doucement, grandit en descendant sans se presser, une chute d'eau euphorique au ralenti, murmurant très fort : aimez-moi, adorez-moi, je suis beau, je suis grand et rouge, lancez une danse folle pour moi depuis le haut d'une falaise, une danse pour l'embrasement du soleil. Une danse à danser seule et saoul en battant le rythme d'un petit bâton sur une rambarde métallique. Un soleil tendre et amoureux, immense et rouge comme un coeur, un soleil féminin, qui coule et repeint tout, qui s'effondre et décompose ses mouvements pour mieux mimer sa chute dans l'eau, mieux laisser entendre son bourdonnement de chute comme une saturation instable sur le fond de l'oeil, une tache rémanente ; ce soleil, elle coule et elle attire le regard, elle est une chute d'eau.

Le silence qui suit l'extinction d'un coucher de soleil, c'est encore le coucher du soleil, c'est plus qu'un écho.

Il fait chaud encore, mais dans le noir, au coeur du crépuscule, encore chaud et bien plus frais, l'envie soudaine de repousser un peu la brise qui se pose sur l'épaule. Ranger les affaires dans le sac, sans trop réfléchir, machinalement et comme un robot, en murmurant un psaume païen, une complainte intime qui glisse entre les dents ; déjà la nuit, déjà le retour au lit et la fin de la suspension du temps dans l'éclat de la falaise, déjà l'ombre, et rien de changer depuis ce matin. Quelques miettes de bien-être et de sourire large ; pour quel changement ?

Alors quelques instants encore accoudés à la balustrade. Le regard au loin, les yeux projetés vers l'horizon invisible ; aucun lampadaire sur la falaise, nul phare visible à l'horizon, idéal pour se glisser dans une autre méditation de quelques minutes. Pour réviser encore une dernière fois les préceptes écrits en lettre. L'importance d'une ou deux personnes de valeur sur lesquels installer ses repères, des points de repères essentiels même si ces personnes disparaissent au bout de quelques semaines à peine, ou s'éloignent, car les gens passent aussi et même les personnes importantes ; des fantômes hantant l'esprit, mais pourquoi cesser de sourire quand le café n'en est en fait pas plus amer ? Et songer alors à ses amis, tous ses amis, dans leur plus large cercle, ici ou là et pas toujours auprès de nous, car chacun poursuit son plan et suit son courant. N'y a-t-il pas un compromis à trouver ?

La lampe frontale allumée maintenant, je pose prudemment les pieds sur les pierres de la descente. Je reviendrai encore, chercher le compromis et l'équilibre dans l'éclat des pierres blanches, je reviendrai en chantant encore ces claquement électroniques et cette microscopique boucle d'accord, le piano de tous mes amis.

21 février 2009

Une playlist sans pop songs faciles, une playlist pour le récit d'une nuit

Allo ? Juno, Nick & Norah ? Vous êtes jeunes, n'est-ce pas, libres, délirants et branchés ? Amateurs de musique, cela va sans dire, car qui ne l'est pas dans cette génération iPod, mais vous trois, vous êtes même des passionnés, des dingues de son et de mélodies sans contrainte. Vous écoutez une musique qui crie son indépendance à coup de chansons douces et de guitares acoustiques, de refrains sucrés et d'influences folk, découvertes au détour d'une page Myspace ou d'un blog de dénicheur de trésors.

Mais en ce cas, pourquoi votre bande son s'écoule-t-elle comme une vieille compilation folk, un ruisseau à une dimension ?

Peut-être est-ce dû au vieil adage du blogger sage : "un garçon qui prépare une compilation pour une fille est un garçon amoureux". L'esprit enfumé d'effluves romantiques et de sentiments roses aime à partager ses émotions musicales, ses coups de coeurs pour des morceaux tellement touchants, alliage de paroles juste et de mélodies parfaites. The perfect love song, le Graal du song writter pop, et où trouver de tels artisans de l'émotion et du sentiments, si ce n'est dans le rayon pop-folk ? Sur un label indépendant pour ne pas risquer de tomber sur quelque guimauve trop commerciale, tout de même.

En cette ère où la playlist folk sert d'étalon du bon goût musical, je me fixe un défi : ciseler une compilation sans chanson d'amour, sans même aucun morceau pop ni folk. Mais une compilation qui saurait procurer des émotions intenses, car la puissance d'un morceau n'implique pas qu'il parle d'amour.

Et, allant plus loin, j'aspire à un enchaînement des morceaux qui fasse sens. Que l'écoute du disque constitue un cheminement et trace une histoire à l'aide de ses tonalités, comme cet idéal éculé de l'album concept. Que l'ordre des morceaux influe sur l'expérience musicale à la manière de l'agencement des chapitres d'un livre ou des scènes dans une pièce de théâtre. 80 minutes pour raconter une histoire en une dizaine de morceaux sans chanson pop ; rien de vraiment commun avec les milliers de titres qui dorment sur le disque dur du téléchargeur paresseux, fichiers mp3 qui se voient réveillés au hasard grâce à la fonction de lecture aléatoire. Oui, la musique que l'on manipule sans support physique offre une plasticité sans limite alors sculptons la glaise mélodique pour rédiger notre nouvelle sonore.

Une nouvelle qui se déroulerait une nuit, la nuit de liberté offerte par le samedi soir. Début de printemps, envie de traîner tard dans les rues piétonnes d'un centre ville aux bars nombreux, redécouvrir dans cette tiédeur surprenante une aspiration au sublime . Une douce euphorie. Une envie d'euphorie, tout du moins, qui bat la mesure en sourdine dans ses tempes à peine ivres, la promesse d'un oubli ravi qui glisse par la fenêtre ouverte d'un bar ; promesse enivrante sous la forme de quelques accords de guitare qui tournent sans fin.

Il entre.

Le brouhaha plus fort au fond près du comptoir, les conversations tout près de l'entrée restent presque paisibles, montant doucement en régime au fur et à mesure des blagues, des anecdotes, des cocktails. Le murmure sensuel de la foule se déhanche lentement mais bat peu à peu du pied, claquettant, criant sa joie en bondissant plus haut. En aidant la température à monter elle aussi, les visages couverts de sourire et de sueur. La chaleur va continuer à peupler les lattes du plancher et les tabourets hauts, la chaleur va poursuivre son train et taper encore sur ses tam-tams débordants, poussant les pieds vers la rue ; chercher de l'air plus frais, courir fou sur tout l'espace d'une allée, courir vers une autre folie cuivrée et courir vers le monde qui bouge sur la hanche d'une femme.

Ainsi, un micro-bar cubain en sous-sol, lumière tamisée et cuivres déments qui jonglent avec les membres des danseurs, serrés comme dans un sac, tassés pendant à peine trois minutes. Un chahut où la foule bouge en bloc, se décalant de plusieurs pas, soulevant les plus légers, et il décide soudain de s'extirper un peu, faire une pause au bar. La danse glisse encore derrière son oreille, des danseurs raides et au garde à vous, voici l'impression qu'il a.

Depuis le coin sombre du bar, la danse ivre paraît soudain mélancolique, plaquant des paroles terrifiantes sur son rythmiques irrésistibles. Une musique aveugle rendant le passé et le futur douloureusement clair.

Voici certainement le premier coup de fatigue de sa nuit, légère baisse de régime et la jauge déprimée reprend quelques couleurs. Le moral instable, vascille, mais il se découvre une capacité nouvelle, un sens étrange, il entend des paroles pessimistes et terrifiantes au milieu de la musique, des dénonciations fortes et tellement imprévues dans une telle ambiance festive. Qui se soucie du Congo dans cette mère d'alcool et de débardeurs fluos ?

Ce n'est qu'un soupir, allons, quelles que soient ses douleurs, l'Afrique offre toujours de magnifiques musiques dansantes, des chants superbes sur des rythmes efficaces et nouveaux, et les drames s'effacent encore, s'effacent toujours, who cares et pourquoi faudrait-il s'en soucier précisément maintenant, cette nuit, lors de ces danses et tout près de cette mignonne blonde qui ne le regarde pas ?

Mais personne, en fait, n'ose l'observer franchement, aucune regard ne se pose longuement sur lui malgré l'énergie déployée et la profondeur de son ivresse. Danser, danser, seul aussi, ou même avec ses camarades silencieux, comme chaque semaine, des amis qui ne se parlent que pour commander un nouveau verre de tequila. Danser seul et songer, soudain prendre conscience que cette danse n'offre aucun partage, cette impression fugace se fait évidence incontestable ; il danse dans le vide, pour rien, il n'arrive pas à danser. Qu'il aille autant s'asseoir un instant et réfléchir un peu.

Problème de communication, défaut de finesse dansante et d'efficacité physique, il ne peut s'empêcher d'incriminer son éducation. L'éducation, le milieu dans lequel il a baigné enfant, bourgeoisie de banlieue aisée, tous ces codes, toute cette retenue et cette sensation d'une flèche du temps ; le sens de la vie, le sens de la réussite. On ne choisit pas son ghetto, mais le milieu social pèse de tout son poids, il appuie plus fort et plus inévitable dans les moments de doute, dans le coin reculé d'une boîte rose et cubaine.

Le ghetto, et tous les décors urbains en fait, scène bétonnée où défilent les gestes modernes et inévitables, un écoulement comme un long monologue. Peut-on s'échapper ? Peut-on murmurer autre chose que des paroles molles, tristes, résignées, les paroles de contes aux fins désespérées et dérisoires ?

Il est sorti sur le trottoir, il chantonne tout doucement, juste pour lui, assis sur un plot en béton. Il chantonne une mélodie d'à peine quelques inflexions, le psaume de sa nuit de danse sombre ; les plus belles danses sont mélancoliques, mais valent-elles la peine d'attendre toute une semaine avec excitation, valent-elles vraiment d'idéaliser les sorties du samedi et d'en déguiser le contenu ? Un masque pour seul solution, le masque de la semaine, le masque pour tout cacher et ne pas se mettre à hurler en songeant à son visage.

Il sourit. Ces moments de minuscule déprime sont finalement assez amusants, quand on y songe ; intenses et grandiloquents, rendus lyriques par l'alcool consommée et la fatigue d'une nuit blanche, et pourtant tellement prévisibles et injustifiés. Car le vrai bonheur d'une nuit d'ivresse aux milieux des pavés et des fêtes étudiantes, c'est le lever du soleil, le carillon des teintes et l'optimiste naïf de lumière renaissante. Come on.

Alors, face à cette redécouverte, le petit coeur bat de nouveau si vite, aussi vite qu'à l'orée de la folle nuit qui s'annonçait.


THE LITTLE HEART BEATS SO FAST
  1. The Field -  A Paw in my Face (2007)
  2. TV On The Radio - Shout Me Out (2008)
  3. Talking Heads - The Great Curve (1980)
  4. Pigbab - Papa's Got a Brand New Pigbag (1981)
  5. Liquid Liquid - Optimo (1981)
  6. Hercules & Love Affair - Blind (2008)
  7. Baloji - Tout ceci ne vous rendra pas le Congo (2008)
  8. The Very Best (Esau Mwamwaya & Radioclit) - Boyz (2008)
  9. TTC - (Je N'arrive Pas À) Danser (2002)
  10. Le Klub des Loosers - Sous le signe du V (2004)
  11. IAM - Demain c'est loin (1998)
  12. The Streets - Empty cans (2004)
  13. Minimal Compact - Disguise (1982)
  14. Sufjan Stevens - Come on feel the Illinoise! (2005)