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4 novembre 2010

Vargas Llosa joue avec une vilaine fille mais n'en fait pas grand chose

Tours et détours de la vilaine fille 
by Mario Vargas Llosa (2006)

Qu'elles sont séduisantes, ces deux petites chiliennes, outrageuses, comme elles dansent bien, qu'elles sont fascinantes ! Tous les garçons du quartier de Miraflores au Pérou les observent, les filles les jalouses, et Ricardo est fou amoureux de Lili, la plus spectaculaire, la meilleure danseuse de mambo. Quel beau pays que le Chili, si libre, si frais pour les regards adolescents. Mais en fait les deux chiliennes n'ont jamais rien vu du Chili, ce ne sont que de petites péruviennes pauvres, tentant d'infiltrer les riches familles de Miraflores. On découvre la supercherie, on les chasse. Bientôt Ricardo part à Paris, la ville de ses rêves, la seule vocation de sa vie ; qu'importe qu'on soit un modeste traducteur pourvu que ce soit à Paris.

Mais deux ans à peine passent et voici que la petite chilienne débarque à Paris. Devenue Camarade Arlette, prête à partir pour Cuba où doit la conduire une bourse d'entraînement à la révolution communiste. Premières retrouvailles d'une série qui durera toute une vie...

Vargas Llosa a reçu le prix Nobel il y a quelques mois, après avoir été longtemps cité durant les quinze dernières années ; pas une surprise. Je n'ai jamais lu de livres de lui, même si son nom résonne connu, un habitué des salons littéraires, des étalages de libraires en poche. J'aime bien lire les livres de prix Nobel, pour avoir au moins un repère - et espérant souvent tomber sur un chef d'oeuvre marquant. Cent Ans de Solitude ou The Golden Notebook ont constitué de véritables chocs esthétiques, guidés par le simple fait que leur auteur apparaissait dans la liste Nobel.

Hélas, les prix Nobel n'écrivent pas que des chefs d'oeuvre, surtout à la fin de leur carrière.

Petite erreur naïve de ma part d'avoir choisi un des derniers livres de Vargas Llosa. Un livre pas désagréable, bien écrit (tout de même, ce n'est pas un scribouillard), aux épisodes plutôt bien trouvés, de belles petites idées. Mais qui m'a laissé une terrible impression d'auteur en pilote automatique, se faisant doucement plaisir, mais sans vraiment proposer grand chose au lecteur. Un auteur facile, peu exigeant avec le contenu de son livre, pourvu qu'il soit doucement distrayant et lui permette de brasser quelques souvenirs.

Le gentil Ricardo retrouve ainsi sa vilaine fille de Lily, à peu près tous les 5 ou 10 ans, selon des schémas assez similaires. Elle le retrouve, lui explique ses problèmes, il est ravi de la retrouver même si les années le rendent mois poreux aux méthodes de la fille, plus cyniques ; il la couvre de mots doux, ils couchent ensemble, vivent un peu ensemble ; et elles s'échappent avec un riche personnage, car c'est cela qu'elle cherche, l'argent, en ex-petite fille pauvre voulant assurer sa vie. Schéma reproduit dans différents lieux, Pérou de l'adolescence, Paris des années 50, Swinging London des sixties, le Japon, le Madrid cosmopolite des années 80 : un vrai album de Tintin ou film d'Indiana Jones, chaque lieu offrant son petit regard sur l'air du temps, les hippies ou la Nouvelle Vague parisienne.

On comprend vite que Vargas Llosa joue avec ses souvenirs, ayant longtemps vécu à Paris, ayant sûrement passée par Londres. Mais chaque lieu ne correspond qu'à un chapitre, et chaque description paraît bien superficielle, à la limite du cliché : hé oui, il y avait des hippies à cheveux longs fumant des joints à Londres en 1965. On a même droit à la mort d'un peintre homosexuel du SIDA...

L'obsession amoureuse se trouve terriblement diluée dans ces enchaînements, ces bonds temporels pas tellement bien gérés. On ne touche jamais à la passion aussi profondément que dans Ada de Nabokov, autre roman passionné et voyageur, étiré sur la vie d'amants sans cesse séparés. On peut admettre que l'obsession ne soit pas vraiment le thème majeur du roman, finalement, mais plutôt l'interaction entre les deux personnages, plus focalisé en creux sur la course de la fille, jamais satisfaite, sa fuite en avant, son appétit pour l'argent, son goût pour la manipulation ; mais les amants qu'elle choisit sont là aussi passablement caricaturaux, haut gradé de l'UNESCO, propriétaire de cheval anglais, trafiquant japonais porté sur les pratiques érotiques pétomanes. Tout cela pourrait sembler burlesques, mais pas vraiment, juste léger, distrayant, mais jamais vraiment acide ou sarcastique.

Bon sang, où veut-il en venir ?

La critique du New York Times parue en 2008 évoque une réécriture de Madame Bovary, rien que ça. Le goût de Vargas Llosa pour Flaubert est connu, un de ses modèles littéraires, il a même publié un long essai sur le maître français. Mais les connexions avec Madame Bovary semblent bien tenues, la gentillesse de l'époux, la fuite en avant superficielle de la Bovary... Mouais... Pas facile de faire un vrai parallèle... Et on peut difficilement accuser mes mauvais souvenirs, mes lointaines lectures d'école : j'ai lu Madame Bovary il y a moins d'un an. Cette mauvaise ne parvient jamais à créer un rythme similaire à celui de Flaubert, un élan, pas même à générer une vraie empathie pour ses personnages. A la fin, la vilaine fille est cassée, physiquement détruite, et honnêtement, je m'en foutais.

Ma seule interprétation du livre est une suite de petits plaisirs d'écrivain. Car certains passages sont très plaisants et bien trouvés, comme cette description d'un vieillard capable de guider la construction des digues brise-lames car il sait écouter la mère. Vargas Llosa a un joli carnet où il reste capable de noter des idées très intéressantes & agréables. Mais l'ensemble ne prend pas vraiment, ne conduit pas à grand chose, et surtout pas à la pirouette finale, d'une profonde paresse.

Le prix Nobel 2010 mérite une deuxième chance, il faudra goûter à ses ouvrages plsu reconnus.

24 juillet 2010

Javier Marias à la limite de la roue libre, mais à la richesse de témoignage d'époque

Un coeur si blanc
by Javier Marias (1992)

Juan revient tout juste de voyage de noce à Cuba, avec sa femme. Un certain malaise depuis quelques temps, depuis le jour de son mariage : "et maintenant ?". Quel avenir quand on est marié ? Et maintenant ?

Javier Marias tisse son histoire autour de cette recherche de sens, d'interrogations autour de la parole donnée, de l'existence de la réalité, des secrets qu'on dit ou ne dit pas. Comme à son habitude, il tisse un dense réseau d'échos, longues scènes riches en sensations qui reviennent et résonnent encore dans le récit ; dialogue adultère entendu dans un hôtel cubain, discussion entre chefs d'états piratée par les traducteurs, coup de folie d'un gardien de musée... L'originalité ne manque pas pour soutenir le rythme et l'intérêt du lecteur, même si le goût de Marias pour les répétitions et les variations semble parfois tourner un peu à vide. Brillant à la limite de la roue libre...

Le passage le plus fascinant n'a finalement pas directement de rapport avec le coeur du livre lui-même. Au milieu du livre s'ouvre une longue parenthèse centrée sur une amie newyorkaise du narrateur. Boîtant légèrement à la suite d'un accident, elle n'a pas eu de chance sentimentalement et cherche toujours l'âme soeur à près de 40 ans, quête s'effectuant par échange de VHS grâce à des agence de rencontre. VHS ! Le livre n'a même pas vingt ans et ce cadre semble vaguement préhistorique vu depuis l'ère du chat, de meetic, de la drague par Facebook. Javier Marias décrit avec détails la dynamique de cet échange, maintenant tellement désuet, et l'aspect document historique rend la mécanique du récit doucement fascinante...

Jolie valeur ajoutée involontaire dans ce livre divertissant et sans vraie faiblesse, mais qui doit s'oublier assez vite...

21 avril 2010

Récits en poupée gigogne mais quel intérêt, finalement ?

Voyage along the horizon
by Javier Marias (1971)

Soirée en ville, bonne société du XIXème sicèle, on parle d'un auteur vaguement connu, se retirant mystérieusement à moins de 40 ans, vivant alors isolé. Un des convives possède justement une biographie de cet auteur, non publiée encore, mais un livre magnifique, certainement un chef d'oeuvre en devenir - intitulé Voyage along the Horozon. Si certains sont intéressés, il se fera un plaisir de leur lire le manuscrit.

C'est ainsi que début ce récit gigogne de Javier Marias, histoire citant un livre, où apparaissent alors des lettres, des anecdotes racontées par des personnages ; un paquet Flodor de fiction en fractale : zoomez un peu, vous découvrirez un nouveau degré de récit dans les plus petites échelles. On a droit ainsi à l'enlèvement d'un pianiste de renom, une expédition polaire réunissant des hommes de lettres, un duel au pistolet, un pirate américain magouillant en Chine, des milliardaire cherchant à acheter une île - sans parler de cet auteur obsédé par l'histoire de l'enlèvement, dont il cherche à élucider les détails cachés !

Javier Marias se laisse emporté dans cette parodie gigogne des romans anglo-saxons du XIXème siècle, lançant une piste sur quelques pages pour décrire ensuite une biographie presque intégrale sur un long chapitre. La parodie se prolonge jusque dans le style, 3ème personne distanciée, presque flegmatique, le langage soutenu des dialogue : Javier Marias n'a pas traduit Conrad pour rien.

Hélas, ce n'est pas vraiment un tourbillon narratif qui prend le lecteur mais un sorte d'ennui. Le rythme de ce livre de jeunesse ne semble pas vraiment maîtrisé, étonnamment lent, ne provoquant plus l'ivresse de l'auteur que celle du lecteur. Peut-être mon manque d'attirance pour les livres d'aventure du XIXème explique en partie mon ennui poli. Mais ce livre ne possède pas la finesse du portrait qui m'avait séduit dans Un Homme Sentimental du même auteur...

10 avril 2010

La puissance poétique d'Arenas contre l'oppression cubaine

Old Rosa
by Reinaldo Arenas (1971)

La vieille Rosa a passé toute sa vie à travailler, faisant prospérer sa petite ferme cubaine. Petite exploitation devenue peu à peu grande installation, employant forces ouvriers, que Rosa mène à la baguette, de son autorité omniprésente. Rosa n'est pas femme à se laisser marcher sur les pieds. Elle a pris l'ascendant sur son maris dès le début de son mariage, ses trois enfants obéissent et travaillent la terre, les ouvriers ne rouspètent; même durant ses prières, Rosa reste inflexible, invectivant le Seigneur . . . Reinaldo Arenas focalise la première partie de son livre sur cette femme de caractère, travailleuse, investie, extrêmement autoritaire, cherchant sans cesse à améliorer sa ferme, même quand, surprise, la bande de vagabonds finit par remporter la révolution et installe le régime communiste. Quitter MA propriété, le travail d'une vie ? Quelle idée ? . . . Arenas dresse un superbe portrait avec cette femme monolithique, vivant pour le travail de la terre, sans vraiment songer à la religion, ni à sa famille, ni au monde qui l'entoure. Il la confronte aux changements instables de la société cubaine, mariage de la fille avec un nègre, place des homosexuels, absurdité de la révolution, et il tisse cette histoire en une suite de phrases sans fin, sans paragraphes, écrites dans un élan verbal fascinant, poétique, débordant d'énergie . . . Car Reinaldo Arenas écrivait pour survivre dans le Cuba des années 70, homosexuel plusieurs fois embastillé, courant l'île pour fuir le régime castriste, et écrivant, écrivant dès que l'occasion se présentait, sur le moindre bout de papier, morceau d'affiche . . . Et c'est un peu de cette expérience qu'il présente dans la deuxième partie du livre, la vie emprisonnée du fils homosexuel, souffrant entre deux factions presque aussi hostiles : mâtons machos et stupides, folles cubaines surjouant une homosexualité de paillettes, chansons pour filles et maquillage. Arturo est surtout sensible, envoûté par la musique, déboussolé par son immense solitude, cherchant un peu de vie intérieure et de rêve dans ce monde de travail forcé, de rapports de force, de cannes à sucre tranchées et de carnaval clandestin entre prisonniers . . . Alors, peu à peu, Arturo cherche un équilibre, parfaitement intégré en surface, le plus populaire des folles du camp, tout en s'évadant par l'écriture dès que l'occasion se présente. Jouer l'intégration pour obtenir du temps, du temps pour soi, du rêve et de la beauté rien que pour soi. Peu à peu, il quitte l'écriture et se contente de rêver, inventant de somptueux paysages, convoquant des animaux et musiques et végétations et architectures fantastiques, envoûtants, fascinants. Les mots coulent sans fin dans un rythme ininterrompu, une immense beauté poétique au coeur de ce contexte inhumain, et le livre se lit à haute voix de plus en plus fort, de plus en plus vite, et se relira longtemps encore.

5 mai 2009

La perte de repère de Véro et du spectateur avec elle

La femme sans tête 
par Lucrecia Martel, avec Maria Onetto (2009)

Des enfants courent le long d'un canal vide. "Descends de ton vélo". Ils sont tous à pieds, un chien courent auprès d'eux. Le poursuivi fait la roue pour descendre dans le canal à sec, pour remonter sans effort ; les autres le suivent avec peine. Ils grimpent à l'échelle d'un panneau publicitaire.

Vero suit cette route vide, le long du canal, en rentrant de la piscine. Lunettes noires, cheveux platine & décolorés, elle avale le ruban de terre et de poussière, vitesse conséquente. Sonnerie de téléphone portable, ses lunettes glissent, elle se penche pour les ramasser entre ses jambes , la voiture sursaute brutalement. Elle s'arrête ; roulé sur quelque chose, sur quoi, sur quelqu'un.
Longue respiration, regard au loin. Que faire.
Elle continue doucement, un chien est étendu dans la courbe, on le voit dans le rétroviseur.
Vero s'arrête enfin, plus loin. Tourne autour de la voiture, sa tête invisible à travers la glace latérale, elle marche un peu, quelques boucles. Il commence à pleuvoir.

A l'hôpital, un pansement sur le front. Vero ne parvient pas à remplir le formulaire. Elle va aux toilettes sans rien dire, regarde son reflet dans le miroir ; à côté d'elles, un policier récupère un détenu qui se cachait dans les toilettes, porte verrouillée, Vero ne quitte pas du regard ses cheveux, blonds mais gras & sales à l'instant.

Un taxi. Une maison. Elle embrasse un homme brun, silhouette fine, l'étreint.
Vero chez elle maintenant. Sa fille a la jaunisse, sa fille qui embrasse tendrement des filles à moto. Vero à nouveau dans son cabinet dentaire, s'assoit dans la salle d'attente et les patients sourient ; Vero écourte ses consultation, elle est un peu fatiguée, un peu barbouillée, rien de grave elle rentre chez elle.

Elle se cache dans la chambre. Un homme est entré, à la porte, pose du gibier dans la cuisine. Vero s'enferme dans la salle de bain, la douche coule et elle ne se déshabille pas ; elle écoute ; elle se place sous l'eau coulante sans se déshabiller.
Serviette pour essuyer ses cheveux. Un homme brun, glabre, massif, elle l'embrasse ; ils s'étreignent. Elle dit à son mari : "aujourd'hui, j'ai heurté quelque chose sur la route, je crois que j'ai tué quelqu'un".

La jeune réalisatrice argentine tisse subtilement la perte de repère de Veronica, déboussolée par l'incident routier. Une blessure superficielle à la tête, rien de plus qu'un cadavre de chien sur la route, mais Vero flotte maintenant sans reprendre pieds. Ne reconnaît plus vraiment les choses & les gens, son monde, sa grand tante alitée, son maris, son métier. Les choses s'avancent, les êtres se penchent, silhouettes inconnues dont les traits restent hors cadre, invisibles, indiscernables, une joue et une bouche se devinent à peine quand ils se penchent pour faire la bise à Vero et à son regard vague.

Des gens, des choses, des actions vaguement absurdes. Acheter d'immenses pots de fleurs. Contrôler l'adolescente au visage hépatique. Capter des expressions, des points de repères flous, le week-end des inondations, le corps retrouvé dans le canal, noyé bien sûr. Ou le petit employé du fleuriste qui manque depuis une semaine.
Se recoiffer.

Lucrecia Martel emploie un immense brio formel pour retranscrire cette perte de repères, jeu sur le premier et l'arrière-plan, sur le flou des visages, un flou instable, sur les cadres fixes et décentrés, regardant en coin ou droit devant eux indépendamment des silhouettes qui s'y meuvent. Brillante approche extrêmement déboussolante, sans trop de fil auquel le spectateur peut vraiment se raccrocher, sans aucun repère à l'écran pour lui non plus ; un nécessaire courage du spectateur, souvent à la limite de lâcher prise lui aussi : film brillant et exigeant certes, riche de détails infimes et ajustés, une expérience singulière assurément, mais est-il au point ? Un film à apprécier même s'il est parfois difficile de juger du dosage du système, trop snob ? trop opaque ? ou demandant un spectateur parfaitement concentré ?

Un film à effeuiller et scruter & écouter patiemment, retirer ce qui peut l'être, en un déchiffrage maladroit entre deux assoupissements lors des séances trop tardives ; loin des fils narratifs pré-mâchés, voilà le seul point de repère. 

7 avril 2009

Un crayon poétique pour dessiner la guerre d'Espagne

Le crayon du charpentier 
de Manuel Rivas (1998)

Guerre d'Espagne, les républicains sont faits prisonniers, souvent exécutés sommairement par des franquistes brutaux, généralement limités et souhaitant faire souffrir. L'un d'eux pourtant exécute un peintre sans le torturer et ramasse son crayon de charpentier, et alors le fantôme chuchote à son oreille. La brute simple et sans but garde alors un oeil sur un docteur magnifique, athée et fantastiquement humain. Manuel Rivas tisse avec finesse une fable profonde sur les haines mystérieuses en temps de guerre, sur la persistance de l'humanité, sur la grandeur de l'amour. Et tout cela grâce à une poésie simple et fluide, charmante et sans effet de surlignage.

23 mars 2009

La disparition comme moteur de l'écriture

Docteur Pasavento 

Pasavento est un auteur reconnu et invité à de nombreuses conférences. Un jour, il décide de pousser au maximum sa passion pour Robert Walser, et comme lui, de disparaître, de tout abandonner pour chercher une écriture purement personnelle. Débute ainsi de longues méditations permanentes du nouveau Docteur Passavento, agrémentées de quelques voyages, quelques rencontres, et beaucoup de littérature. Certains n'auront pas le coeur à suivre le rythme doux de cette du beau malheur, perdu par le fil du récit qui ne donne pas l'impression de beaucoup avancer, parfois. Car comment vraiment avancer quand on veut disparaître ? Mais, une fois acceptée cette disparition et ces temps morts, le lecteur pourra se régaler de l'érudition de ce Docteur et de certaines grandioses idées fixes associées à la rue Vaneau de Paris.

19 mars 2009

Lire et parcourir les livres pour construire le monde dans un village mexicain

El ultimo lector 
by David Toscana (2005)

Le dernier puits ayant encore un peu d'eau dans Icamole, pauvre village mexicain touché par la sécheresse, jalousement gardé secret par son propriétaire ; les villageois doivent attendre les mules rapportant les bidons depuis la ville voisine, traînant la charrette aux milieux des camions, mais Remigio peut se pavaner rasé et le visage frais, son eau n'est pas réservée à la seule consommation. Mais voilà maintenant ce dernier puits rendu inutilisable par une visiteuse imprévue, fillette de la ville en jolie robe blanche ; cadavre dormant paisiblement au fond du puits.

Comment cacher le corps ? Comment imaginer d'où elle vient, qui l'a placée là ?
Seule solution au mystère, la littérature, et les livres de la bibliothèque de Lucio, dernier lecteur du village hormis les trois élèves de l'école venant consulter les encyclopédie. Bibliothécaire consciencieux, il trie les livres fournis par l'état ; les meilleurs survivent, et les symboles de la littérature facile, des bons sentiments convenus, les phrases au style paresseux et abusants des parenthèses sont jetés à la cave, dévorés par les cafards. Heureusement, les petites filles n'apparaissent sous la plume des auteurs masculins que pour le désir et la folie qu'elles suscitent, et ceux même dans les ouvrages non censurés et livrés aux cafards.

Alors Remigio apprendra que la fillette s'appelle Babette et a jeté son parapluie dans la Seine pendant la révolution française. Que les petites filles doivent s'enterrer sous les racines d'un arbre et que les fruits s'en trouveront fertiles, au risque d'en devenir souriants. Que le dernier sentiment humain avant de mourir, ce n'est pas l'injustice et la douleur profonde, non, le dernier, c'est la honte, comme celle des boucs que l'on poignarde dans l'abdomen et les regardant droits dans les yeux.

Lucio tournent les pages de ses livres et en donne la lecture au village, à son fils au puits accueillant la petite fille, aux policiers, aux bigotes, à la mère dépossédée de son enfant. Le récit et la construction pour repousser la bêtise et corriger les fautes d'orthographe sur les reliques des église, pour construire le monde et remplir tous les vides.

20 février 2009

Roman espagnol sur la guerre du Vietnam : et pourtant, c'est fluide

A la vitesse de la lumière
de Javier Cercas (2005)

Javier Cercas nous conte à nouveau une expérience de guerre, cette fois au travers la magnifique figure d'un vétéran du Vietnam. Comme dans "Les soldats de Salamine", le récit se fait au travers de l'enquête que mène l'auteur, où se glisse se aventures de jeune auteur et sa découverte du succès. Bien entendu, il est tentant de comparer avec "Les soldats...", d'autant que la construction est assez similaire : l'effet de surprise est moins fort que pour le livre précédent, particulièrement car le Vietnam est bien plus souvent évoqué dans les livres ou au cinéma que la guerre d'Espagne. Pourtant, pris seul, ce livre reste magnifique, offrant une lecture extrêmement fluide et agréable.

3 février 2009

Le chanteur lyrique est un voyageur de commerce sentimental

Un homme sentimental
par Javier Marias

Un trio devant vous dans le train, deux hommes, une femme mélancolique entre eux, le visage caché derrière ses cheveux roux. Des figures, des silhouettes clairement définies, aux traits évidents, tels qu'on puisse construire leur personnalité et supposer leur histoire. Mais quand, quelques jours plus tard, on rencontre un des deux hommes dans le bar d'un hôtel de luxe, quand on discute avec lui, on se trouve intégré soi-même dans le rêve et le récit imaginé, un se fait soi-même figure caricaturale et personnage typé. C'est l'histoire que présente Javier Marias dans ce roman subtil et finement écrit, l'histoire d'un chanteur d'opéra flirtant peu à peu avec une jeune femme diaphane croisée dans un train. Le récit progresse peu à peu émaillé de fines digressions du narrateur, à l'humour très discret, très froid, mais à l'ironie profonde et la fantaisie subtilement immense. Il est bien entendu question d'amour, mais on évoque aussi le parallèle entre les chanteur d'opéra et les voyageurs de commerce, on raconte la mort d'une ex chutant dans les escaliers en transportant de vieux livres, on découvre que les hommes d'affaires achètent l'amour de filles en se portant garant des dettes de leur famille. Joli moment de lecture qui donne envie de goûter à d'autres livres de l'auteur, d'autres livres ayant plus d'ampleur encore que ces 160 pages !