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2 avril 2011

Un bon gros single de Big Beat : retro, mais hé, bien dansant

Ya Mama - by Fatboy Slim (2000)

Petite interrogation personnelle : à partir de quand une musique pop sonne-t-elle rétro ?

Par exemple, à quelle moment durant les années 80 la pop au synthétiseur est-elle devenue ringarde, datée, avant de faire un come back à la fin des années 90 ? Ou, posé autrement, et pour mon expérience personnelle : quand aura-t-on vraiment l'impression d'avoir des soirées rétro en écoutant des tubes des années 90 ? 
L'interrogation m'était venue sur quelques dance floors de mariage, où se succédaient des morceaux commerciaux des années 80, fun mais fortement datés. Les tubes de mes années lycées sonnaient-ils déjà datés ?

J'imagine que l'effet est plus marquant si l'on plonge dans des genres relativement définis et reconnaissables. Ce qui permet de songer à un bon candidat pour genre rétro des années 90, en particulier pour les soirées de mariage des années à venir : le Big Beat. Courant techno de la moitié des années 90, porté par quelques gros tubes, indéniablement fun - un très, très bon candidat par conséquent.

Le Big Beat, je n'y ai eu affaire qu'assez tard durant l'histoire du genre - premières soirées du collège où surgissaient les Prodigy, mais surtout la bande son tapageuse de Matrix en 1999. Le Big Beat avait la côte et touchait même les petits jeunes pas vraiment intéressés par la musique (mes révélations musicales datent d'un peu plus tard). Un son fun mais assez bourrin, prévisible, parfait pour porter les scènes spectaculaire d'un Matrix ou d'autres films d'actions se voulant contemporains. Rien de passionnant, mais un bon petit membre de l'inconscient pop collectif.

Mais il y a une demi-douzaine d'années, je suis tombée sur un blog intéressant, qui décrivait schématiquement l'historique du Big Beat. Je ne retrouve pas le lien, mais la trajectoire était belle. Genre prenant essor à partir de remix rapides de hip hop au début des années 90, tel ce titre de Bomb the Bass, Bug Powder Bust : rap énergique et punchy devenant instrumental étiré et psychédélique sous la patte des Chemical Brothers (alors Dust Brothers...) Tout un mélange de rythme, de sources et d'idées, étirées, bidouillés, avec quelques objectifs clairs : du rythme tonique, du fun, de la danse. Le genre grandit, gagne le public séduit par certains morceaux utilisant des guitares répétitives. Et très vite, le Big Beat devient mécanique et parodie paresseuse... Tout juste bon pour les bandes son de film d'action et de jeux vidéo...

Le site datait la fin de l'âge d'or du Big Beat à 1998. A peu près à la sortie de l'album You've Come a Long Way, Baby, l'album de Fatboy Slim au succès immense. C'est à peu près l'époque où le Big Beat m'a touché par le gros de sa vague commercial ; pas étonnant que le genre me soit apparu prévisible et presque monolithique... Déchéance que reconnaît tout à fait Damien Harris, patron du label Skint Records, où sortait les disques du Fatboy : "The sound became, and indeed remains, the compulsory soundtrack for action movie trailers and lost any sense of a cutting edge."

La trajectoire n'est pas surprenante, classique schéma façon "Vie et mort d'un genre pop". Mais comme tout genre pop, la partie immergée de l'iceberg reste à explorer, et il y aura certainement quelques trésors cachés à découvrir pour le novice peu éclairé (comme moi : non, je ne connais rien au Big Beat hormis une demi douzaine de titres).

Mais quoiqu'il arrive, malgré leurs accents faciles, les gros tubes Big Beat restent d'exquises invitations à la danse folle. Parfaitement illustrée par cette vidéo de Fatboy Slim, Ya Mama de 2000. Non, ce n'est pas du Big Beat de l'âge d'or, et oui, c'est assez prévisible. Mais cela correspond bien à notre point de départ, une petite madeleine sans prétention, aux accents vaguement rétro de "ouais, ça sonne vraiment 90s". Et cela rappelle le credo découvert sur le vieux blog comptant l'histoire du Big Beat : "passez un bon disque de Big Beat dans une soiée quelconque, et si les gens ne dansent pas, cassez-vous : rien ne pourra vraiment les faire danser ce soir".



Fatboy Slim - Ya Mama par jenemba




Bug Powder Dust by Bomb the Bass
album version above
Chemical Brothers remix below




22 mars 2011

Magick by the Klaxons (2006)

Je n'ai jamais été extrêmement intéressés par les Klaxons. Bien sûr, j'aimais bien Atlantis to Interzone, sa folie tourbillonnante, ses sirènes, petit tube de dance et de rock sympathique. Le label New Rave collé par le NME, le buzz, les discussions sur le retour des sweat-shirts à capuches fluo ne m'avaient pas particulièrement intéressés. Je ne suis même plus sûr d'avoir écouté leur premier album Myth of the Near Future ; pourtant primé du fameux Mercury Prize en 2007.

Je les avais un peu oublié, je dois dire, et la sortie de leur deuxième album l'été dernier ne m'a fait ni chaud ni froid.

Mais samedi, j'ai aperçu Myth of the Near Future à la bibliothèque, et je l'ai emprunté. Il faisait beau, le printemps semblait bien installé, un peu de pop et de folie pour le week-end. Et j'ai été agréablement surpris par le disque, joliment psychédélique, plutôt travaillé, un bel assemblage aux tubes efficaces. Oui, il a de sacrés bons petits tubes.

Dont ce Magick, au charme assez ravageur. Je me souviens d'avoir regardé mollement la vidéo au moment de sa publication, il y a quelques années. Vidéo assez cheap, bien bricolée, avec un petit charme de série B à deux francs ; mais au final assez abominable, la revoir l'a confirmé. Désagréable impression qui ne m'avait pas vraiment donné envie d'écouter le single, et c'est bien dommage. Sans les dégueulis vert fluo, le titre s'écoule hypnotique, basique, brutal, sans fioritures : cavalcade de batteries, petits cris en fond, et même un pont pas désagréable (même si assez basique). Les sursauts de basse sont même plutôt sympathiques.
Alors allons-y, une petite sucrerie pour débuter la semaine : gardez les oreilles grandes ouvertes, les images sont sans importance ici...

8 décembre 2010

Nowhere Boy, un jeune Lennon en une dimension

Nowhere Boy 
by Sam Taylor-Wood, with Aaron Johnson, Anne-Marie Duff, Kristin Scott-Thomas (2009)

John Lennon est mort il y a 30 ans mais auparavant, John Lennon a aussi été jeune. Et une jeunesse pas extrêmement rose, passée majoritairement auprès de sa tante Mimi. John a été élevé par cette dernière, car la mère vaguement irresponsable n'a pas pris soin de l'enfant. Mais la mère n'habite pas loin, et à l'adolescence, le jeune John prend l'habitude de lui rendre visite

Nowhere Boy tente de tisser un film à partir de cette histoire familiale instable, la tension entre deux figures maternelles : Mimi, calme et conventionnelle, face à la mère, fantasque, instable, fan de rock'n'roll. Petit John ne va pas trop à l'école, peu motivé, traine avec des amis. Butine des moments de détente auprès de sa mère. Apprend la musique au banjo auprès d'elle, se lance dans le rock vêtu d'un blouson de cuir par amour pour Elvis. Hésite entre les deux mères, la convention à l'amour sobre mais constant, le pétillement à l'amour si instable.

Nowhere Boy navigue entre ses petits thèmes sans trop choisir, et sans vraiment offrir grand chose. Petite fresque d'hésitation adolescente dans les 50s de Liverpool, bien conventionnels, comme on s'en doutait, ou comme le film prend plaisir à la souligner - on ne sait plus trop, passé un certain point, si le film raconte ou si le film se plait à mettre en image des clichés sur les années 50s. La tante, la mère, la famille recomposée, le regard de la société puritaine britannique, et les jeunes qui goûtent peu à peu au rock'n'roll.

Rien d'irregardable, mais rien de bien passionnant au final. Comédiens propres, plans nets, plutôt jolis, flux narratif banal, un peu mou. Le jeune Lennon presque en ligne, presque comme un album de Tintin, avec quelques pincées de tension mère - fils pour faire le compte.

Bien sûr, en fil directeur, on a droit à une sorte de "marche aux Beatles", comme on parle de marche à la guerre, inéluctable, tracée dans les livres d'histoire en quelques grands repères historiques. John écoute Elvis avec sa mère. John apprend le banjo. John achète une guitare. John monte un groupe. John rencontre Paul apprend un concert dans un champ. John & Paul rencontre George. A la fin, les 3 jeunes rockers s'envolent pour Hambourg. Entre les scènes, on a aperçu le nom de Strawberry Field, le jardin public tout près (but you know what I mean).

Là aussi, la démarche menant aux Beatles semble vaguement fade. Certes, John et Paul ont tout deux une situation compliquée avec leur mère, ferment suggéré de leur amitié. Certes on sent le jeune John sur le fil, rempli d'énergie, cherchant une rebellion, un besoin de libération ; Aaron Johnson ne se débrouille pas trop mal en ado tournant petit rocker, mais le film ne propose pas grand chose d'autre qu'une lecture "le rock en libérateur des pulsions ado". La bande son n'est pas désagréable, mais éclaire peu sur la transition de John et des Beatles du stade j'écoute du rock à j'écris du rock, j'écris les Beatles. Comme souvent dans les biopic rock, les quelques scènes d'écriture de chanson ne montrent rien, n'inventent rien, ne cherchent rien.

Comme le dit Serge Kaganski dans les Inrocks, un grand créateur n'a pas forcément une enfance hors du commun. Pas de problème. Mais pourquoi en faire un film en ce cas ? Et pourquoi se cantonner à cette simple adolescence de Liverpool ? Le départ pour Hambourg, la cristalisation du rock sauvage des Beatles entre la faune du port allemand, voilà un passage riche, ou du moins un contrepoint pour une histoire de jeunesse en deux temps. Sans même chercher à atteindre le kaléidoscope fantasmé de Todd Haynes pour son I'm not there sur Bob Dylan, peut-être y avait-il un film plus fou à tenter dans cet enchaînement Liverpool - Hambour...






1 septembre 2010

"American Trip", drôle de traduction pour "Get Him to the Greek"

American Trip
by Nicholas Stoller, with Russell Brand & Jonah Hill (2010)

En juin dernier sortait "Get him to the Greek", nouveau délire produit par Judd Apatow: un sous-fifre a 72 heures pour faire voyager une vieille rock star depuis Londres jusqu'à la Californie. Gags trash, dialogues aux vannes bien rôdées, jolis duo d'acteur entre Jonah Hill et Russell Brand : un grand éclat de rire.

Le film arrive maintenant en France sous le titre de "American Trip". Le film veut profiter du succès de "The Hangover", intitulé "Very bad trip" en France ; c'est un peu cynique, mais l'humour des deux films n'est pas tellement différent, juste peut-être plus de blagues de dialogues dans "Get him to the Greek". Mais si ce subterfuge peut donner un peu de visibilité au film en France, pourquoi pas ? "Sans Sarah, rien ne va", dont sont issus les personnages de ce Greek, a été à peine distribué en France...

Plus de détails sur le film dans mon texte publié en juin dernier.

Quelques détails à ajouter toutefois. Je n'avais alors pas réalisé que le patron du label de disque est joué par P. Diddy. Sa grossièreté, son cynisme et sa bêtise trace un portrait outré mais hilarant du monde de la musique, d'autant plus drôle quand on connaît la place de Diddy dans la pop US.

Et justement, pour rester du côté de la musique, Pitchforkmedia offre une critique très éclairante de la BOST du film. Uniquement composée des titres chantée par Aldous Snow, la rock star has been du film. Les titres ont été composés par Carl Barât ou Jarvis Cocker, la crème de la pop / rock anglaise des années 90 et 2000, et les titres sont très agréables à l'écrane. Mais le webzine fait remarquer que ces chansons manquent pas mal d'unité, s'apparentant plus à un best-of de la pop anglaise des vingt dernières années. Donc loin de renforcer l'unité psychologique du rocker ; commentaire intéressant et fouillé du site indie, comme toujours, mais qui oublie peut-être le côté dispersé du personnage dans le film...

7 août 2010

L'intermède si professionnel de Keane à Osheaga

Keane at Osheaga Festival

Keane, grand nom du rock commercial des années 2000, un goût pour les tubes, les grands hymnes romantiques repris par les stades. Pas étonnant de les retrouver dans un grand festival comme Osheaga, même leur côté britannique les met un peu à l'écart des autres groupes nord américains des grandes scènes. Mais n'y avait-il pas Jimmy Cliff un peu avant également ?

Je ne suis pas très loin de la scène, mais celle de gauche où jouera Pavement une fois les mélodies anglaises passées ; je ne veux pas raté les vieux héros slackers, je me suis approché en avance et j'aperçois un peu de Keane du coin de l'oeil, sur la droite. Trop loin pour prendre des photos, hormis sur les écrans, pour rire.

Et pour immortaliser un peu de ce chanteur, un leader portant haut le professionnalisme rock britannique. Polo aux manches bien remplies par les bras potelés, joues rondes, il marche et bouge sur scène, s'accroupit, tend le micro vers la foule sur certains refrains, sourit, semble ravi d'être là, chante à tue-tête ces paroles qui résonnent si souvent sur les radios ; un vrai professionnel du show, il sait offrir ce pour quoi les fans sont venus, ne compte pas son énergie ni son enthousiasme. Les chansons sont souvent un peu bêbêtes, mais les gros tubes restent impressionnants, le métier est là, même si une partie du public ne s'y intéresse qu'en intermède.




July, 31st, 2010 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau, Montréal, Québec

5 mai 2010

Hot Chip toujours, mais comment résister

I feel better
by Hot Chip (2010)

Hot Chip sont décidément des bons clients : titres accrocheurs, vidéos pleines d'humour... Difficile de résister à l'envie de partager leur dernière sortie. Au menu : un revival Boys Band avec auto-tune pour les voix...



17 avril 2010

Découvrir Half Man Half Biscuit et sourire

Trimpton Riot
by Half Man Half Biscuit (1986)

Le rock indépendant semble tellement documenté de nos jours que la découverte de vieilles gloires inconnues semble toujours un peu surprenante. A l'ère de la musique Internet, les blogs regorgent de détails sur groupes les plus improbables, Youtube offre un accès permanent aux bootlegs les plus pointus - un auteur de Pitchfork avait ainsi eu la surprise de reconnaître son père dans le public d'une vieille vidéo pirate de Neil Young. L'indie semble couler sous forme d'une encyclopédie ultime et ineffaçable, et l'on oublie l'idée de péremption indie.

Pourtant, qui se souvient encore des Detroit Cobras, petite gloire brève du temps de la New Rock Revolution de 2001 ? Leur single Ya Ya Ya était utilisé en France pour une pub Petit Bâteau...

Il est donc finalement assez logique de n'avoir jamais entendu parler du groupe Half Man Half Biscuit, petit succès indépendant en Angleterre dans les années 80. Mais leur petit monde dévoilé donne l'impression d'un trésor caché agréable, et laisse perplexe : pourquoi n'ai-je jamais lu ce nom auparavant, après presque dix ans à parcourir les Inrocks & Pitchfork & NME ?

Half Man Half Biscuit ne vaut pas uniquement par son patronyme joliment tourné, les quelques informations dénichées ici ou là donnent vite envie d'en savoir plus. Le groupe se forme en 1985, obtient un beau succès alternatif avec son premier album, se sépare, puis se reforme en 1990 ; ils semblent encore actifs. Surtout, gage de qualité, ils ont fait partie des petits préférés de John Peel, qui les a invités une douzaine de fois dans ses fameuses Peel Session. Loin des 24 Peel Sessions de The Fall, mais un très joli score toute de même.

Et l'on comprend rapidement ce qui a séduit le fameux Peel dans ce groupe mi-homme mi-biscuit. Un son punk indépendant rêche, rempli d'énergie, et surtout une ironie et un sens de l'humour profonds. Leur parodie cold Reason to be Miserable est un délice dont je parlerai certainement un peu plus en détails à une autre occasion. Mais leur tube The Trumpton Riots est délice offrant une parfaite introduction : HMHB décrit des scènes d'émeute sous une forme classique punk, mais installé à Trumpton, petit village de poupées dans une série d'animation des années 60. Les références parlent peu pour l'oreille française, mais on devine la tonalité et se régale du délice.


11 mars 2010

Hot Chip pour la vie

One life stand
by Hot Chip (2010)

Hot Chip, groupe de geeks faisant de la dance music un peu classe, un peu rock, un peu raide, mais capables de tisser des singles à l'efficacité fascinante. Quelques notes synthétiques quasi pure, une rythmique simple mais léchée, un ou deux accords de guitares, et un petit binoclard bondissant pour s'occuper des chansons : comment pourrait-on imaginer une telle réussite pop avec un tel assemblage ?

Le nouvel album poursuit l'exploration, abandonnant doucement les grosses chansons "funk raide de petit blanc" pour tisser de jolies chansons pop au synthé, rapidement touchantes pour peu qu'on y prête l'oreille. Sur leur premier album, Hot Chip disait conduire une Peugeot en écoutant Yo La Tengo, ici les années passées se font sentir, la maturité douce. C'est l'importance d'un frère qui est évoquée, la profondeur d'un engagement amoureux. Des geeks un peu trop sérieux maintenant ?

Simplement une question d'alliage, d'équilibre, car les grandes déclarations sont introduites dans des mélodies léchées, montées sur des arrangements minimaux et millimétrés. Seuls ceux qui écouteront trop rapidement pourront proclamer à la va vite : "mais c'est bien superficiel et de mauvais goût". Je n'ai pas goûté à l'album complet, mais une moitié des chansons s'écoute encore et encore avec plaisir.

D'autant que Hot Chip a toujours su bidouillé des vidéos rigolotes, petits systèmes à effets malins plus que tapageurs, en mettant en valeur leur valeur ajoutée. Leur musique, bien sûr, mais aussi leur investissement et sens de l'humour : les danses qu'improvisent les 5 membres aux silhouettes uniques prouvent leur passion pour leur musique, et leur sens de l'autodérision. Une sorte de gros soirée délirante entre pote, mais qui aboutirait sur une grande chanson pop en plus d'une gueule de bois étriquée.


5 février 2010

Bright Star est pâle et bien peu lyrique

Bright Star
by Jane Campion, with Abbie Cornish & Ben Wishaw (2009)

"Je recherche les instants poétiques. Ces moments où les mots veulent sortir trop vite, se bousculent, s'échappent, incontrôlables."
Nicolas Sornaga, réalisateur du Dernier des Immobiles

La poésie romantique offrait lyrisme et débordements, et John Keats en fut un des plus beaux représentants du Royaume-Uni. Verve magnifique et bouffées follement amoureuses nimbent ses plus beaux poèmes, parfaits témoins de sa légende ; amoureux fou pendant trois ans de Fanny Brawne, il meurt de la tuberculose à 25 ans. Ses derniers vers témoignent d'un amour immense & désespéré, dément - Fanny et John n'ont pourtant pas échangé plus que quelques baisers.

L'histoire laisse rêveur, touchante aux yeux d'un large public, bien plus large que les spécialistes de vers romantique. Il est presque surprenant que le cinéma ne s'en soit pas emparé plus tôt ou plus souvent, étant donnée la stature de Keats dans le monde anglo-saxon.

Jane Campion s'attaque donc au mythe rempli d'enthousiasme et de respect. Elle n'hésitait pas à parler de "la première grande histoire d'amour moderne", plus touchante que Roméo & Juliette - simple fiction. Les costumes du XVIIIème siècle s'animent donc parfait à l'écran, les jeunes visages, un superbe accent britannique & une belle diction ; esthétiquement proche de la perfection.

Pourtant, le film ne m'a pas totalement convaincu. Je le reconnais, je suis certainement passé à côté des subtilités de la langue anglaise, très recherchée, niveau trop élevé pour mon anglais moderne et pas totalement courant. Mais c'est l'élan du film qui a plus fait question à mes yeux : où allait-il ? avec quelle envie de lyrisme, quel bousculement, quelle envie d'images qui s'échapperaient toutes seules ?

L'interview de Nicolas Sornega m'a à nouveau revenu en mémoire. Cherchant à réaliser un documentaire sur le poète Matthieu Messagier, il avait avoué s'être trouvé dans une impasse. Comment montrer la poésie de Messagier à l'écran ? Pas par l'interview, ni les lectures banales de vers, mais en faisant soi-même de la poésie, par les images & son film lui-même.

Et c'est quand Jane Campion se fait poète que Bright Star s'élance et trace des vers à l'écran, rendant hommage à la poésie. Voici Keats allongé au sommet d'un arbre en fleur, voici un coeur de voix d'hommes qui se prolonge dans la scène suivante, un plan très large sur un champs au vert magnifique, une entrée au bois dans un décor enneigé. Les jeux de teintes sont souvent brillants, la mise en scène maîtrisée, comme ce superbe plan de 1-2-3 soleil improvisé avec une gamine rousse. Beau, vif, frais comme un amour de vingt ans.

Mais l'ensemble du film ne tient pas cette folie et goût esthétique purement cinématographique. Sans même parler de la longue marche à la mort de Keats, beaucoup de passages génèrent une étrange déception. Keats et Fanny assis côte à côte, mêlant leurs doigts, pendant que Keats offre, ému, ses plus beaux vers d'amour ; beau, mais tellement classique, presque distant et froid, avec un jeu convenu : comme les regards instables de Keats semblent prévisibles. N'y avait-il pas moyen de chercher un montage plus original, peut-être plus éloigné de la réalité, plus fantaisiste ? La conventionnelle biopic apporte un peu trop de sagesse aux élans picturesque magnifiques de Jane Campion.

A tel point que je me suis interrogé : suis-je vraiment intéressé par une telle histoire d'amour ? Amour débordant de jeunesse, amour fou, amour tragique et donc éternel. Le déroulement du film m'a surtout donné une impression d'histoire mono-dimensionnelle, plus que de mythe idéal & indépassable.
Je n'aurais certainement pas dit cela il y a quelques années ; mais même grandiose & follement romantique, cette histoire d'amour en costumes m'a paru bien plate, m'a à peine touché.

Quel intérêt à retranscrire avec tant de respect cette histoire réelle ? Comment aurait-on pu s'y prendre pour éviter les pièges de la reconstitution ?

Explorer la place de Keats dans le public actuel aurait pu être intéressant, en partie mêlée avec les faits historiques. Quoique les risques de superficialité deviennent plus grands, puisqu'il faut développer deux demi-films. D'ailleurs, oups, l'expérience a été réalisée pour une autre figure tragique de la littérature anglaise, Virginia Woolf. The Hours ; quoique Prix Pulitzer, le roman n'est pas loin de la catastrophe et de la caricature, et le film ne surnage que grâce à ses actrices...

De même, quelques plans de nature, bruts, m'ont laissé espérer une poésie discrète et puissante comme celle de Lady Chaterley de Pascale Ferran. Bien sûr, le caractère platonique des amours de Keats rendait impossible des élans sensuels comme ceux de Marina Hands ; mais cette plans de fleurs et de nature m'ont paru assez sous-exploités par Jane Campion...
Ou n'aurait-il pas fallu tenter une expérience plus folle, un système mêlant rêve et réalité historique ? Une approche façon Todd Haynes cherchant à capter Bob Dylan dans I'm not there, irrespectueuse des faits bruts, mais visant au respect de la légende, de l'image, du travail de l'artiste. Démarche très risquées & instables, mais les rares moments fantaisistes de Bright Star laissent quelques regrets...

Mais d'une certaine manière, cette approche totale & débridée a déjà utilisée pour rendre hommage à John Keats ; il s'agit d'Hyperion, le cycle de Science-Fiction de Dan Simmons. L'histoire de Keats apparaît à travers un clone créé à partir du code génétique du poète, et la destinée de l'univers se voit liée au poète romantique, les planètes nommées comme ses poèmes, les lieux, les personnages. Hommage post-moderne indépassable, à la créativité vertigineuse, qui m'avait fait rêver de la destinée de Keats pendant de longues semaines ; Bright Star paraît bien pâle par comparaison.


23 janvier 2010

Une jolie miniature touchante

VCR
by The XX (2009)

Vêtus de noir. La voix distante, des voix entremêlées ; timbre éraillé féminin, susurrement pâle, mâle sensible. Les dialogues se nouent doucement, intimes, simples ; touchants. Ne pas dire minimaliste, la facilité du terme, ses sous-entendus de miniatures donc de dérisoire ; mais choisir plutôt infinitésimal, comme dit Jean-Philippe Toussaint, l'infini comme infiniment petit & infiniment grand, entremêlés.

The XX, scénettes sensibles de quatre à peine adultes, quelques accords & quelques beats en petites fables. Fables murmurées entre amis les soirs de moral trébuchant, car les peines se partagent, dans des chambres éclairées d'une veilleuse ou sur un banc un peu sale. De petits griffonnages éparpillés autour du monde, grimpant, grimpant, et touchant tant de jeunes, les miniatures intimes chantées par toute une salle conquise, à Montréal ou ailleurs, assurément.

Les miniatures sont bizarrement devenues maîtresses du monde et hymne des joues blêmes, des cours de récré, des iPod. Parcours étrange, des notes sur l'agenda de sa meilleure amie sont devenues les slogans murmurés sans fin par les affiches et les couvertures mondialisées. Mais filmée en caméra tremblante, N&B ou couleur coulante, la miniature à mi-voix reste magnifiquement mignonne.


24 septembre 2009

La politique moderne effroyable drôle

In the loop
by Armando Iannucci, with Peter Capaldi (2009)

"Je ne voudrais pas me perdre dans le micro-management. Mais tout de même, inclure 'I HEART Huckabees' dans les DVD distribués aux troupes... Ce film est d'un cul-cul"
Le secrétaire d'état américain vient de discuter de guerre pendant tout le film et le générique de fin n'hésite pas à persister dans ses les blagues stupides et hilarantes.

C'est le mélange réjouissant offert par "In the loop", une plongée dans la politique internationale contemporaine saupoudrée de vannes acides et percutantes.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni négocient la possible tenue d'une guerre au Moyen-Orient, les discussions naviguent entre les ministères des affaires étrangères, les diplomaties, les Nations Unies, à coup de réunions, rapports, communiqués de presse. Londres, Washington, New York, les lieux du pouvoir international où gravitent les hommes politiques, leurs conseillers et les petits jeunes. Se nouent ainsi des jeux complexes de réunions et de fuites dans les médias, pratiques par lesquelles les petits débutants se brûlent les ailes égarés dans leur maladresse, leur mauvaise maîtrise de la séduction et des discussions off record.

Tout cela pourrait résonner de manière austère pour tous ceux que l'affaire Clearstream ou les sommets internationaux ne passionnent pas. D'autant que l'image tremble souvent pour suggérer le documentaire, donnant juste un cachet télé un peu pauvre pour un grand écran.

Mais le film pousse l'hystérie du monde politique à un degré rarement vu, mêlant une sarabande de gags irrespectueux à des dialogues survitaminés et incisif. Voici l'ambassadeur anglais à l'ONU rentrant sur la pointe des pieds dans le Conseil de Sécurité, pour demander un avancement du vote sur les ordres du chef de la communication ; report qu'il obtient après de longues minutes ; mais les directives ont changé, il vaut maintenant reporter la réunion : revoici l'ambassadeur pénétrant tout aussi penaud dans le Conseil de Sécurité. Et cet enchaînement n'est rien comparé à cette réunion informelle improvisée à la Maison Blanche, dans la chambre d'un gamine : le général s'empare d'une calculatrice rose et musicale pour recompter les 12.000 troupes supplémentaires requises.

Les acteurs sont impressionnants dans leur capacité à garder leur sérieux dans ses situations absurdes, et en même temps effrayantes par les sous-entendus politiques. Le spin doctor en chef du premier ministre anglais promène sa silhouette surexcitée tout au long du film ; élancé, les tempes grisonnantes, la mâchoire agressive et le regard cocaïné, il éructe sans fin ses remontrances et ses directives. Voici un personnage qui prononce plus de fuck à lui tout seul qu'un film entier de Tarantino. Peter Capaldi excelle dans monologues grossiers et hauts en couleur, son allure mêlant le voyou chic et le caporal autoritaire. Les spin doctors, ce sont bien eux les hommes clés du pouvoir moderne, l'Angleterre l'a bien compris et le montre dans des films comme The Queen. La logique est poussée ici à son maximum : le premier ministre n'apparaît jamais à l'écran.



8 juin 2009

une sombre densité psychédélique pour les Horrors

Sea within the sea 
by The Horrors (2009) 

The Horrors, groupe NME s'il en est. Couverture en août 2006 soit 6 mois avant la sortie de l'album, articles péremptoires, description des fan et de leurs costumes gothiques, sauveurs du rock cela va sans dire, et pendant ce temps-là, en France ou aux Etats-Unis, les Horrors restent plutôt méconnus. Parfois évoqué pour ce fait de gloire, une vidéo réalisée par le célèbre Chris Cunningham, là aussi avant la sortie du moindre album. Difficile de les imaginer sortant vraiment des îles britanniques malgré leur 1er album apparemment honnête ; ils font la première partie des Artic Monkeys ou des Black Rebel Motorcycle Club, mais que pourront-ils créer à partir de leur mélange punk-gothique frustre ?

D'autant que l'on n'entend plus vraiment parler d'eux après mi-2007 : perdus dans de longues sessions d'enregistrement, le spectre du deuxième album prétentieux et toute la mythologie...

Mais la maturation semble avoir été bénéfique pour leur nouveau Primary Colours. Bien entendu, ils restent un phénomène terriblement anglais : le NME crie au génie, la liste de leurs concerts de l'été ressemble à un long tour de l'Angleterre dans tous ses recoins rocks. Mais les critiques étrangères sont bienveillantes, des toujours anglophiles Inrocks jusqu'aux très américains Pitchfork, et mêmes le fanzine canadien Exclaim!. Les Horrors ont lâché la bride à leurs pulsions psychédiliques sombres, les guitares hurlent toute leur réverb' et crie soudain leur sursaut punk, des claviers étranges papillonnent, et le chant navigue loin, loin, tout au fond de l'écho : noisy, goth, au synthétisme minimale, de jolis morceaux de cold wave encore dynamique. Leur Sea within the sea est ainsi un agréable morceau de bravoure de plus de 7 minutes, rugueux et rigide, droit, cotonneux et nébuleux, souriant bizarrement sur sa tout fin.


30 mai 2009

Small World, les universitaires des années 1980 découvrent la mondialisation

Small World: an academic romance 
by David Lodge (1984) 

Le monde académique s'écoule comme un séjour sans fin à l'école ; alternance de cours magistraux et de conférences, correction de copies, bavardage et rivalités. Les mêmes murs que durant les années d'étudiants, le positionnement juste légèrement décalé, juge un peu moins noté qu'auparavant. Et par conséquent, le regard plongeant dans l'espace universitaire découvre l'étendu d'un microcosme, similaire à tout domaine d'activité créateur de société miniature, les luttes de pouvoir et le déroulement de codes propres, mélange de jargon et d'événements répétés. Le monde universitaire, une source idéale pour tisser des histoires, intrigues et scènes pittoresques ; le genre existe, bien peuplé dans la littérature anglo-saxone : on parle de Campus Novel.

David Lodge maîtrise son sujet quand il met en scène le monde de la théorie littéraire, tissée d'incessantes conférences sur le structuralisme, quelque poète précis ou plus simplement la littérature & l'histoire & la société & la morale. Il pioche dans une grande boîte d'archétypes académiques et prend un plaisir manifeste à manipuler ces petites poupées caricaturales, le professeur anglais traditionnel, l'américain proclamant la fin de la critique, le poète provincial naïf, la jeune fille arriviste & affamée de théorie, la professeur à la retraite traquant les symboles phalliques, le jeune théoricien homosexuel ; un joli sens du personnage et de la situation amusante, du rebondissement, assumant souvent ses ficelles de scénario, en hommage clair et réjoui à la grande tradition des épopées du Moyen-Age ; la lecture s'écoule en une magnifique fluidité distrayante, éclairée de gags et traits d'esprit propres aux meilleurs romans humoristiques britanniques.

Mais le charme de ce Small World tient aussi à ses ambitions de Campus Novel monde, aux belles capacités de vieillissement. David Lodge lance son histoire à l'aide d'une longue séquence dans une conférence, tissant intrigues et introduisant personnages, puis disperse sa troupe académique aux quatre coins du monde, au grès des conférences estivales. Ce monde académique ne semble ainsi pas bien grand, chaque conférence donnant lieu à des retrouvailles de deux ou trois personnages car, mine de rien, les professeurs de théorie critique ne se comptent pas par milliers ; caractéristique propre à tout domaine de recherche ou tout secteur spécialisé. Mais c'est la planète elle-même qui semble condensée, sorte de grand campus que l'on parcourt à coup de 747 comme on passerait d'un amphithéâtre à un autre.  Oui, vers 1980, l'élément de base du monde universitaire n'est plus le campus classique et son unité de lieu accordée au savoir, mais la grande caravane moderne des conférences et symposium. 

Ce rétrécissement du monde au début des années 1980 possède un charme profond pour le lecteur du monde globalisé de la fin des années 2000 : voilà une globalisation où la réservation d'un billet d'avion reste aléatoire, où les professeurs s'échangent politesses par courrier papier, où les publications se transmettent sous forme de copies xerox. Vingt-cinq ans seulement se sont écoulés mais l'on redécouvre les petits sursauts de la globalisation, loin de l'Internet omniprésent et des flux continus d'information ; ces professeurs naviguent bien comme des chevaliers parcourant le monde dans leur quête de savoir, ils ont été les pionniers du village global. 

26 mai 2009

Garage sales, perfect places to discover hidden treasures

Christian Girl 
by Hefner (2000)

Hefner, "Britain's largest small band"; could I discover anyther but in a garage sale? Around 1 canadian dollar for a dense best-of album, this is even better than merely discovering such an hidden treasure.

Hefner published 4 albums in 4 years, from 1998 to 2001. A pure indie band, with raw guitares & wonderful lyrics, full of British irony & small lovely sketches; songs like cheap poems from a lonely dreamy boy, a boy too old to suffer like a teenager but still connected to some kind of everyday mythology: disappearing girls, drinking your head out, singing just for the sake of gaining a couple of fags thrown from the crowd. Small sketches, exactly, drawn without any ink, just a fast pencil, power of the instant, teenage flashes, similar to some Irish punks who used to celebrate suburb love & teenage kicks; no doubt that John Peel enjoyed Hefner, no doubt that the American from Pitchfork remained moderately enthousiastic: so fresh & so British.

And the video for their single Christian Girl flows so freshly & British too: four lads hanging around in a basic brick-built English suburb, four lads trying to catch the eye of the pretty girl next door. The blond girls always keeps walking dressed in red, and the four youngsters in their late twenties keep playing tricks like high-school students. They even dare to sing romantic, cute & stupid sentences:  But the idea of sex seems so bleeding stale when her heart is as big as a house.


24 mars 2009

Une tranche d'Angleterre contemporaine

Tamara Drewe 
by Posy Simmonds (2008)

Campagne anglaise, les haies le long des routes où ne peuvent passer deux voitures de front, verdure des près humides peuplés de vaches et de moutons, et de grandes propriétés agricoles plantées au coeur de villages paisibles. Voilà un cadre idéal pour développer des gîtes pour écrivains, havre de paix où ils pourront se concentrer sur leur écriture, leurs chapitres, leurs personnages et leur récit. Voilà une ambiance terrifiante pour des adolescents désoeuvrés, l'absence du plus petit événement. Les deux faces du calme...

Mais Tamara Drewe revient prendre possession de la propriété de sa mère et les choses changent, comme on pouvait s'en douter ; comment la venue d'une journaliste si séduisante ne pouvait-elle modifier l'équilibre sommeillant du village, surtout maintenant qu'elle est encore plus mignonne avec son nez refait ?

Le village et le refuge pour auteurs deviennent alors le cadre d'un ballet aux personnages très anglais, galeries d'archétypes du royaume britannique. La mère de famille dévouée aux cheveux gris, sortie d'un feuilleton de la BBC. Deux adolescentes aux bonnes joues et au goût pour la bière, dès leurs 16 ans. L'auteur à succès qui reprend encore et encore sa formule de détective privé, le bien nommé Dr. Inchcomb. L'universitaire américain à la mèche grasse par dessus ses lunettes. La rock star sombre à la barbe de trois jours et au regard so cute. La jeune fille sexy rédigeant des chroniques dans les tabloids.

Non, ces personnages bruts ne sont pas très surprenants pour le lecteur français, et pourtant, il est difficile de les imaginer dans un contexte bleu blanc rouge ; ils sont profondément britanniques, superbe tranche de société anglaise. D'autant que ces archétypes possèdent une épaisseur appréciable, dépassant la figure monodimensionnelle. Les figures s'interrogent, monologues, songent et cherchent avec une finesse agréable pour une bande dessinée, et le terme roman graphique prend toute son ampleur dans de tels ouvrages.

Cette profondeur est véhiculée par la construction libre et bâtarde du livre, qui mélange avec à propos les paragraphes rédigés et les cases dessinées, les fausses coupures de presse et les flash back introspectifs. Un dessin léger et doux, comme crayonné et coloré au crayon de couleur, qui transmet toutes les strates du récit, depuis les interrogations sur le couple aux moments d'humour à froid, le jeu médiatique ou la mort sous le piétinement des vaches, événement envisageable seulement sous la plume d'un grand auteur britannique.