Affichage des articles dont le libellé est .l. LIVRES. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est .l. LIVRES. Afficher tous les articles

22 mai 2011

Capital Slam Finals: teaser video - on the road to the Ottawa Slam Championship...

Capital Slam Finals are coming soon: the Ottawa slam champion will be known on June 10th!

I have already published some pictures of the 8 finalists in a previous post, pictures shot during the semi-finals. I have published videos of the semi-finals performances by Rusty Priske and Sean O'Gorman. The idea of mixing the two approaches was rather obvious: assembling video clips from the 8 finalists in order to offer some teaser for the finals...

I had videos for 3 of the Capital Slam finalists. But thanks to Rusty, I was able to get into contact with Greg Boyd and Ragaeed who had shot other semi-finals performances. Perfect complement to get a taste of the competition to come. Thanks to them to make their videos available!

Don't miss the finals. In addition to the tough competition surrounding the Ottawa slam championship, the night will provide the 5 new members of the Capital Slam team...

CAPITAL SLAM FINALS
FRIDAY, June 10th, 6:30PM
Alumni Auditorium - University of Ottawa





If you want to check videos of full performances from Capital Slam semi-finals, check Greg's and Ragaeeb's Youtube channels...

.

15 mai 2011

Capital Slam semi-finals, more than only 8 poets

I's been a week now since Capital Slam semi-finals and I've already shown pictures of the 8 future finalists as well of the organizers. But other poets performed that night, starting with the 4 other semi-finalists: Vanessa Baker, Brad Morden, Grace Defined and Danielle K.L. Gregoire. And other poets shared their texts too, before the competition or after it: Sarah Mussa, Kimbit, OpenSecret and Chris Tse.

I don't have pictures for all of them, some of my pictures are not really good... But they are OK for sharing and remembering some moments of the night...

Vanessa Baker


Brad Morden


Grace Defined


 Kimbit


OpenSecret


Chris Tse

May, 7th, 2011 - Capital Slam semi-finals - Alumni Auditorium of the University of Ottawa
.

14 mai 2011

Sean O'Gorman in video at Capital Slam Semi-finals

"Unpaid Wages" by Sean O'Gorman
     Capital Slam semi-finals - May, 7th, 2011 - Alumni Auditorium, University of Ottawa

I keep exploring the pictures and videos that I took during Capital Slam semi-finals last week. Obviously, some are not good enough to be shared, but some are surprisingly decent - as an pure amator photographer, I take the blame for the bad acquisitions, and I acknowledge the quality of my camera for the good ones...

But I am really happy with some videos, for instance the first minute of the first poem by Sean O'Gorman, entitled "Unpaid Wages". Sean is one of the people in charge of Urban Legends, the slam series taking part at Carleton University; a great poet, with interesting texts, nice rhythms, with a soft but deep way of performing. 
Sean finished 7th of the semi-finals and will take part in the finals on June, 10th.

Capital Slam semi-finals, don't forget the organizers


3 - 2 - 1 - Raise It!

That's the tradition at Capital Slam: fist up, countdown, 3-2-1, and the audience shouts "Raise It", giving support to the poet who is just about to perform.

That's part of the atmosphere a Slam night, part of the interaction between the audience and the poetry on stage. That's the power of live performance, the little specificity of live poetry, of spoken word, compared to the book of poetry you can sip slowly sitting on the grass. That's the power of slam and all the little details that keep the night alive in addition to the poetic juice that is delivered.

So just a couple of pictures as an overview of some details from the Semi-finals of Capital Slam.
Because a slam night, it's also the host for the night, Nathanaël Larochette in this case, introducing poets and gathering the scores from the audience. That's an official, doing the maths from the gathered scores, keeping an eye on the time since each poet is only allowed 3 minutes; Ruthanne Edward is perfect for the job, long-time slam organizer with Rusty Priske. That's also a DJ who provides musical atmosphere, a string of beats and tunes to keep the party going in all situations, and DJ Cosmo offered some nice musical moments last week.

Capital Slam, it's a team - a group of poets but also a team of organizers...

Nathanaël Larochette (host) - Rusty Priske & Ruthanne Edwards (organizers)
Before the start of the slam...

Nathanaël Larochette & DJ Cosmo

May, 7th, 2011 - Capital Slam Semi-finals - Alumni Auditorium of the University of Ottawa
.

12 février 2011

Joan Didion et la démarche de prise de notes

.


On Keeping a Notebook  -  Joan Didion 
     article publié pour la première fois en 1966 dans Holiday. 
     article reproduit dans le recueil "Slouching Toward Bethlehem" (1968) 
     inclus dans l'anthologie "We tell ourselves stories in order to live - Collected Nonfiction" (2006) 



Il y a quelques semaines, j'ai eu la chance de voir "The Year of Magical Thinking" au National Art Center d'Ottawa. En 2007, Joan Didion a en effet adapté pour la scène son mémoire, publié en initialement en 2005. Le spectacle connaît maintenant un joli succès un peu partout en Amérique du Nord, pièce subtile et sensible évoquant les décès rapprochés du maris et de la fille de Joan Didion. Le texte fonctionne parfaitement sur scène, montage des pensées de l'auteur, ses impressions d'années de deuil, ses souvenirs, le flux instable de son esprit. La voix de Didion s'écoule superbe, sans perdre la force de l'écrit, gagnant une texture dans l'énonciation orale.

J'ai donc eu envie de découvrir un peu plus les articles de Joan Didion, tout son travail de non-fiction. Travail qui avait fait d'elle une des têtes de pont du Nouveau Journalisme dans les Etats-Unis des années 60. 

Coup de chance : la bibliothèque d'Ottawa dispose d'un volume de "We tell ourselves stories in order to live". Rien de moins qu'une anthologie des non-fictions rédigées par Joan Didion. Plus de 1100 pages en petits caractères, à la limite du papier bible, rassemblant 7 ouvrages publiés au préalable. Une orgie de textes, articles, notes personnelles, tout une vision du monde et de l'écriture. Un sacré programme à avaler, et je ne sais pas jusqu'où je vais pouvoir pousser mes explorations : l'ampleur du volume ne le rend pas très facile à parcourir au jour le jour dans les trajets du bus...

Je n'en suis encore qu'à "Slouching from Bethlehem", son premier recueil de non-fictions, publié en 1968. Il y aurait beaucoup à dire sur certains articles, magnifiquement composés, fluides, intelligents, et qui construisent une vision du sud-ouest américain une fois mis bout à bout. Faits divers dans des petites villes paumés ; portrait de John Wayne et Howard Hugues, icônes vieillissantes renvoyant l'Amérique à certains de ses mythes ; longue plongée dilettante dans le San Francisco de 1967, où apparaissait les premiers hippies. Oui, définitivement beaucoup à dire, et je ne sais pas ce que je ferai de toutes ces lectures stimulantes ; je ne sais pas ce que ma petite plume de blog peut laisser transparaître d'une telle expérience...

Mais la deuxième partie du recueil est dédié à des essais plus personnels, des textes sans motivation factuelle, sans rapports de commandes avec des grands magazines comme Life ou Vogue. De pures réflexions, certes publiées sous forme d'articles dans la presse au préalable, mais groupées dans cette partie simplement intitulée "Personnals". Une tonalité fort différente des récits précédents, et qui explique mon emploi babarisant du terme anglo-saxon non-fiction. Je suppose qu'il faudrait parler d'essais, et nommées les textes de la première partie articles, reportages, portraits. Mais il semble plus séduisant de grouper les deux formes sous un même terme générique, non-fiction, liés simplement par leur rapport à la réalité, leur distance à la pure imagination. Cohérence justifié par les propos de Joan Didion elle-même, livrés dans une précieuse interview à la Paris Review : tous ses articles étaient des reflets de ce qu'elle voulait faire à ce moment précis, de là où elle voulait aller. Même les reportages apparemment les plus factuels...

Le premier texte de la section "Personals" s'intitule ainsi "On keeping a Notebook", réflexions sur le processus de prise de note. Processus séparé dès le début de la question du journal intime, où l'on note simplement les activités du jour, liste factuelle, sèche, vite évaporée. Didion évoque ici les notes qu'elle prend en permanence, morceau de phrase attrapée au vol, bout de dialogue entendu dans un hall d'hôtel ou un ascenseur, petite scène aperçu au détour d'une rue qu'elle capte en quelques phrases, pensées qui passe par la tête. Tout un ensemble de petits précipités, et dont la véracité n'est même pas la question centrale : rien ne prouve, dit-elle, que la note prise il y a quelques années ait vraiment eu lieu de cette manière, objectivement - ou qu'il ne s'agisse pas simplement de la manière dont l'auteur a perçu les choses, des réflexions qui ont germé à cette occasion...

La véracité objective n'est pas le moteur des prises de note de Joan Didion. Il s'agit surtout pour elle de noter la manière dont les choses lui semblaient être, les sensations associées : "how it felt to me: that is getting closer to the truth about a notebook". Avec pour objectif final, central de piéger son état d'esprit d'alors, et non pas le fait lui-même. Décrire pour se comprendre, garder une trace de sa réaction d'alors, "remember what it was to be me". Quelle jolie formule : "se rappeler ce que c'était d'être moi"...

Tout cela est cohérent avec les propos déjà évoqués un peu plus tôt, les articles motivés par les choses que l'auteur avait envie de faire à l'époque. L'écriture, pour Didion, semble toujours viser à se comprendre soi-même, à laisser l'auteur s'introduire dans la réalité des choses, glisser ses réactions, confronter son ressenti. On comprend mieux sa vision de l'écriture, et son travail dans le cadre du Nouveau Journalisme ; approche où le journaliste invitait son ressenti au milieu du récit des faits, laisser transparaître son point de vue, tel un narrateur honnête et transparent de roman.

Cohérence dans le travail de Joan Didion qui se retrouve finalement dans "The Year of Magical Thinking", écrit en 2004, soit presque 40 ans après ses réflexions "On Keeping a Notebook". Le mémoire écrit en 2004 n'est rien d'autre qu'une immense prise de note, flux de sensations, de réminiscences, de scènes captées, mais dans le cadre d'un deuil. Prise de note agencées avec génie, humour, sensibilité, grâce à de longues années de travail sur son écriture. Si le moteur des prises de notes de 2004 est assurément similaire aux élans des années 60, les limites techniques que Joan Didion évoque dans son interview de 1978 concernant son écriture ne semblent plus réelles en 2004 - assurément un symbole frappant du travail effectué par un écrivain au cours de sa carrière...


  • On Keeping a Notebook - 1966 article published in Holiday (PDF version


.

19 janvier 2011

Brock Clarke tisse un hilarant guide des écrivains de Nouvelle-Angleterre

Guide de l'incendiaire des maisons d'écrivains en Nouvelle-Angleterre 
(An arsonists guide to writers' homes in New England
by Brock Clarke (2007 - traduit en français en 2009)

Pas facile de mener une vie normale après dix ans en prison, surtout pour une peine purgée à l'âge de 18 ans. Et moins facile encore quand le méfait en question, c'est avoir fait brûler la maison d'Emilie Dickinson, tuant par la même occasion le couple de guide... Pas un crime comme les autres, une sacrée portée symbolique dont il est difficile de se détacher

"Il suffira sans doute de dire qu'au panthéon des grandes et sinistres tragédies qui ont frappé le Massachusetts il y a les Kennedy, les sorcières de Salem, et puis il y a moi."

Sam Pulsifer cherche donc à mettre de côté ses souvenirs terribles, la culpabilité que les voisins lui rappellent sans cesse. Cours en université, coupures des rapports parentaux, mariage rapide, chanceux, vie de banlieue US avec les deux enfants. Une bonne petite course en avant, qui doit marcher, pourquoi cela ne serait-il pas suffisant, même si parfois une petite voix murmure Quoi d'Autre, Quoi d'Autre ? Tout va bien se passer, une vie comme les autres. Mais bien sûr, rien ne s'efface jamais, et tout se détraque vraiment quand un inconnu vient demander des comptes...

J'imagine que Brock Clarke est parti de cette hypothèse : que se passerait-il si quelqu'un faisait brûler une maison célèbre comme celle d'Emilie Dickinson ? Une telle icône de la Nouvelle-Angleterre, dans un pays où les lieux d'histoire sont rares ! Il a assemblé quelques explications pour conduire à ce geste, cette maladresse. Il a construit un personnage un peu paumé, plutôt passif, déboussolé et cherchant à comprendre ; une jolie voix comme narrateur, mais facile à guider. Il n'y a plus qu'à pousser l'idée au maximum, voir jusqu'où l'idée farfelue peut aller.

Et dieu sait si Clarke ne manque pas d'imagination. Les pages sont un véritable festival de situations imprévues, personnages déglingués & loufoques, petits et gros rebondissements, impliquant alcoolisme, policiers, figures littéraires, satire de la vie de banlieue US. L'un des moteurs de l'action tient en cette idée géniale : certes, un incendiaire littéraire sera détesté par les amateurs de légende, mais aussi adulé par d'autres - pourquoi ne lui demanderait-on pas de continuer sa tâche libératrice ? Bon sang, pourquoi ne pas nous débarrasser aussi de la maison de Mark Twain, bon sang, il faut finir le boulot ?

Le livre regorge de tels raisonnements absurdes, qui rappellent souvent de grands livres comiques comme Le Guide du Routard Galactique ou Trois Hommes en Bateau, où la logique semble parfaite mais déroute les sens. Effet renforcé par les perceptions limitées du pauvre Sam, qui peine à déchiffrer les signaux les plus simples. Le monde réel se fait donc source de surprises sans fin, impossibles à capter, où les figures parentales semblent varier sans cesse, d'un jour à l'autre, ici anxieux cherchant la réussite, là atteint d'une attaque cérébrale, plus loin amant de 30 ans ou simplement ivrogne. Situations inextricables qui ne manquent jamais de susciter des salves d'interrogations dans l'esprit de Sam, suite de questions silencieuses pseudo-existentielles terriblement distrayantes.

Mais Brock Clarke offre plus qu'un simple assemblage comique efficace et malin. Il prend un plaisir manifeste à croquer les tares littéraires de la Nouvelle-Angleterre, auteurs pionniers du XIXème siècle vantant la dureté au travail et la rudesse des femmes, auteurs misanthropes du XXème siècles nourris au bourbon dont les personnages passifs passent eux-mêmes leur temps à boire. Une érudition légère & loufoque, tournée en dérision mais bien présente, et qui donne bien entendu du corps au texte. Il aurait été dommage de ne pas profiter d'un tel sujet pour s'amuser un peu avec tous ses mythes & clichés - contrebalancés par les pratiques littéraires actuelles comme les lectures d'écrivain ou les fameux clubs d lecture américain. Tout une ambiance de littérature à l'américaine, passée et présente.

Et justement, Clarke maîtrise parfaitement les atmosphères propres à la Nouvelle-Angleterre. Mélange de petits villages anciens, de banlieues superficielles sans racines autres que de gigantesques centres commerciaux, froides régions du New Hampshire où l'habitat de base tient plus du mobile home. J'ai pu roulé quelques jours dans ces régions durant l'été 2009, dévoré quelques sandwichs et burgers dans des motels dépouillés ou des épiceries au parking remplies de Pick-Up. En quelques phrases, Clarke sait évoquer  de telles images, paysages pittoresques du Maine, New Hampshire, Massachsetts.

A un moment du livre, un conférencier évoque "l'esprit véritable de la Nouvelle-Angleterre". Approche qui entraîne cette remarque vaguement ennuyée de Sam : "Je ne peux pas dire que j'ai tout écouté, loin s'en faut, de la même manière que vous n'écoutez pas vraiment ces publicités qui vous racontent que telle ou telle voiture incarne le véritable esprit de l'Amérique." Brock Clarke se méfie des grandes phrases vaguement réac', les valeurs éternelles, il leur rit au nez. Nous lui ferons donc pas l'insulte de dire qu'il a capté un certain esprit de la Nouvelle-Angleterre actuelle. Mais son joli mélange d'absurde et de caricature sera intéressant à voir évoluer au fil des livres.

Motel à Keesville, dans l'Etat de New York

Bethlehem, New Hampshire

9 janvier 2011

Liste de bandes dessinées lues en 2010 - et pas encore évoquées ici...

Je ne me considère pas un lecteur compulsif, pas un très grand lecteur. Il existe tellement de personnes qui lise plus que moi, plus vite, de manière plus originale ! Mais je m'amuse de ce petite collection de textes & ouvrages, et je prends plaisir à partager cette modeste exploration sur ce blog. Sans pouvoir toujours suivre le rythme : si je ne suis pas un grand lecteur, mon rythme de blog plus piètre encore... C'est pourquoi j'ai publié récemment une liste de "Ces livres lus en 2010 et pas encore évoqués", liste en vrac vaguement inspirée par les listes désordonnées du blog "Discipline in Disorder".

Mais cette liste n'évoquait que les romans & essais lus en 2010, laissant de côté les bandes dessinées. Certes, cela induit un certain classement dans cette liste prétendument désordonnée. Mais je souhaitais illustrer ma liste graphique de quelques images de cases - cela aurait créer un léger déséquilibre entre les romans graphiques et les romans en pur texte. Voici donc la liste de Bandes Dessinées lues en 2010, et pas encore évoquées sur ce blog. Beaucoup d'ouvrages très denses et riches, dont je parlerai certainement plus en détails un jour ou l'autre, et qui partagent un prometteur point commun : j'ai très envie de le relire et les explorer à nouveau...



Bodyworld by Dash Shaw (2010)
Oeuvre extrême, vieux professeur cherchant une nouvelle drogue sur un campus isolé, autarcie du futur. Psychédélique, satyre des microcosmes de lycée US, science-fiction de série B, et bien plus encore, porté par une recherche graphique fascinante. 


Summer Blonde by Adrian Tomine (2002) 
Quatre histoire mi-courte mi longue, sorte de nouvelles graphiques: "graphic short story" par extension de "graphic novel". La puissance simple de nouvelles, portrait de personnages un peu perdus, glissés dans une ligne claire réaliste parfaitement dosée.


Wilson by Daniel Clowes (2010) 
Nouvelles explorations de Daniel Clowes: raconter la vie d'un personnage sous forme de comic strip, pages de 6 cases avec une chute - le style de dessin variant d'une page à l'autre. Un jeu d'ellipses, suite de blagues amères pour un personnage misanthrope et minable : simple d'apparence mais très impressionnant.


David Boring by Daniel Clowes (2000) 
Récit multipliant les pistes de recherches étranges : histoire familiale, cases éparses de comics 50s, autarcie post-apocalyptique, huis-clos, enquête, obsessions callipyges... Une histoire entre cadavre exquis ou film de David Lynch, déroutante, riche, exploratrice. 


 Shortcomings by Adrian Tomine (2007) 
Profond roman graphique au style proche des nouvelles de Summer Blonde. Mais l'histoire possède une ampleur plus développée, mêlant interrogations de jeunes émigrés asiatiques de deuxième génération, relations homosexuelle, spleen, amours entre communautés émigrés. Le tout avec une jolie maîtrise du cadre, du rythme du récit, du dessin.


Understanding Comics - The Invisible Art by Scott McCloud (1993) 
Un essai pour déconstruire et comprendre la bande dessinée, cet art de l'enchaînement et de l'ellipse. Superbes explorations théoriques présentées sous forme dessinée, un classique à la profondeur toujours aussi fascinante.


Pussey! by Daniel Clowes (1995) 
Le regard satirique de Daniel Clowes sur le monde des comics, ses collectionneurs, ses petits professionnels à l'ancienne qui assemblent de plates histoires de super héros sans recherche. Suite d'histoires de quelques pages, acerbes, percutantes, aux caricatures hilarantes. En particulier Dan Pussey, le personnage centrale, geek dessinateur aux cheveux gras... 


Gemma Bovery by Posy Simmonds (1999)
Avant Tamaraw Drewe, récemment adapté au cinéma, Posy Simmonds s'était déjà attaquée à une libre transposition littéraire - et pas n'importe laquelle : Madame Bovary ! Le classique de Flaubert évolue alors à travers des londoniens aisés achetant un pied-à-terre en Normandie... Assemblage hétérogènes de crayonnés en petites cases ou larges bandes, d'extraits de journal intimes, de narration à la première personne, de coupure de presse : intelligent, léger, et malin.


 Footnotes in Gaza by Joe Sacco (2009) 
Après ses recherches en Yougoslavie ou ses reportages durant l'intifada, le reporter graphique Joe Sacco retourne en Palestine pour enquêter sur un massacre de 1956, un petit événement oublié des livres d'histoire ou des rapports d'organisations internationale - une note en bas de page. L'enquête mêle de nombreux témoignages avec des survivants, des commentaires d'historiens, le récit même des démarches du journaliste, ses hésitations ; le tout retranscrit par de magnifiques dessins. La présence de plus de 50 d'annexes suffirait à transcrire l'ampleur du projet ; mais cette reconstitution par le dessin est tellement vaste, offre tellement plus qu'un simple rapport fouillé...


Quai d'Orsay - Chroniques Diplomatiques by Christophe Blain & Abel Lanzac (2010) 
J'ai toujours été amateur du dessin de Christophe Blain, de son rythme, de ses récits de pirates ou cowboys. Sa collaboration avec un ancien membre du cabinet Villepin aux affaires étrangères repousse les limites de cet art graphique. Les obsessions cinétiques de Blain se mêlent avec les anecdotes édifiantes de Lanzac sur le fonctionnement d'un ministère : un mélange subtile, profond, et souvent hilarant...


6 janvier 2011

The World in the Evening et Isherwood perd ses belles qualités d'écritures dans un récit d'édification

The World in the Evening (Le Monde au Crépescule)
by Christopher Isherwood (1954)

Stephen s'évade, s'échappe de la soirée hollywoodienne. Il vient de surprendre sa femme en plein adultère ; pas une surprise, mais un déclencheur. Il s'enfuit. Se réfugie en Pennsylvanie, chez la femme qui l'a élevé. Juste pour quelques temps ; il court beaucoup, il ne tient pas vraiment en place ; il cherche, d'une certaine manière ? Mais cette fois-ci, juste avant de prendre le train, il est victime d'un accident, percuté par un camion. Immobilisation de 10 semaines, jambe cassée, corps plâtré ; repos forcé & statique, situation rêvé pour songer à sa vie : échec du second mariage et souvenirs de sa première femme, auteur morte si jeune et dont les lettres restent à classer...

Christopher Isherwood est un grand nom de la littérature anglo-saxone du XXème siècle. Né en Angleterre, immigrant aux Etats-Unis après des séjours en Europe, en particulier à Berlin. Un nom que je ne connaissais pas, je l'avoue, jusqu'à l'an passé et l'adaptation au cinéma de son récit A Single Man - dont j'avais écrit un long commentaire... Pourtant, un rapide coup d'oeil à sa fiche Wikipedia dresse son portrait en grand homme de lettre, aux relations sûres : stimulant la carrière de Ray Bradbury, ami de E.M. Forster qui lui lègue les droits de son roman Maurice, proche d'Aldous Huxley ou W.H Auden, abondant scénariste pour le cinéma... Une oeuvre abondante et variée, où revienne souvent les thèmes homosexuels.

Alors qu'en est-il de ce World in the Evening ? Un début rythmé, lancé à toute vitesse en peinture acerbe d'une fête hollywoodienne, narrateur vaguement cynique, vaguement désabusé, surprenant sa femme, faisant voler sa vie en éclat, s'envolant pour la Pennsylvanie, sa vieille préceptrice ; s'y sentant vite oppressé au milieu des quakers, cherchant à s'enfuir par le train, mais hésitant sur le passage piéton. Voilà : accidenté, bloqué au lit - forcé à songer.

Cette première partie est fortement aspirante, les petits montages s'effacent derrière la vitesse de l'action, la fuite de Steven et l'apparition de personnages variées, introduits avec légèreté, détaillés très progressivement, par touches dans le récit. L'histoire du personnage s'assemble ainsi, par touches, sauts de mémoire ou apparitions de nouvelles figures, parfois convenues, parfois surprenante. La "tante" quaker à l'empathie parfaite, pieuse et modeste lasse vite par son caractère idéal. Le couple homosexuel du médecin et d'un artiste primitif doucement bipolaire surprend plus, surtout au coeur d'une Pennsylvanie pieuse. Tout cela est plaisant.

L'installation au lit & plâtré casse un peu ce rythme, on s'en doute, mais rend les choses surtout plus artificielles et prévisibles. Voici Steven repassant sa vie en mémoire, avec pour déclencheur la correspondance de sa première femme, son âme soeur, trop tôt décédé. Un tel procédé semble un peu convenu ; il est manié avec un certain brio et une envie de variété, alternant les réminiscences de Steven et les lettres animées d'Elizabeth, mêlant interrogations sentimentales et réflexions sur l'écriture. Tout cela semble plus encadré et appliqué, mais garde une certaine vivacité. Les aventures érotiques du jeune Steven à Berlin ou les discussions littéraires de la jetset londonienne restent digestes.

Mais tout cela peine un peu à trouver un second souffle. Steven et Elizabeth se marient, Steven reconnaît peu à peu dans ses souvenirs ses petites mesquineries ou égoïsmes, Elizabeth est superbement compréhensives, courageuse face à la maladie ou spirituelle ; ils voyagent. Ces enchaînements commencent à lasser : toujours joliment agencés, mais lançant une sorte d'éducation sentimentale de couple pour Steven, à la limite du moralisme ou du moins sans surprise. Un long passage de flirt homosexuel semble étonnamment étiré & dilué ; le décès d'Elizabeth légèrement pathétique. 

Bien entendu, ceci tient à l'état d'esprit de Steven, riche héritier sans besoin de travailler, capable de parcourir le monde sans vrai soucis, si ce n'est son épouse ou ses états d'âme ; ses petits égoïsmes. Certes. Mais un tel flottement semble un peu dispersé, semble faire peu sens, vaguement artificiel, proche de la liste ; sans trop de vie. Une certaine manière de rendre compte de la vie, jamais trop prévisible, flottant doucement, surtout pour de tels voyageurs ; un moyen aussi pour Isherwood de présenter des lieux et situations qu'il connaît : nombreux sont les endroits ou motifs qu'on retrouve par un rapide coup d'oeil à sa biographie. Non, tout seulement n'est pas désagréable, bien exécuté, mais paraît un peu court. Même les allusions à la Seconde Guerre mondiale proche, pourtant assemblées avec subtilités, peinent à intéresser vraiment.

A la fin, Steven guérit, divorce ; quelques mois passent pour tout régler, et il revoit quelques figures marquantes de sa convalescence ; il va bientôt partir comme ambulancier à la guerre, il va vivre enfin seul, sans recherche d'amour. Il peut s'élancer à nouveau. Boucle d'un parcours pas inintéressant, mais légèrement attendu. Mais ce résumé un peu morne ne doit pas faire oublier quelques qualités du livres : sa trajectoire d'édification est peut-être construite trop proprement, mais dans ses courtes réflexions littéraires ou ses dialogues agréables offrent de jolis plaisirs de lecture.


2 janvier 2011

Liste de livres lu en 2010 - et pas encore évoqués ici

Fin d'année calendaire, le temps des listes et autres best of. Une pratique certainement motivée par les vacances de journalistes à cette période de l'année : on peut préparer de tels articles à l'avance, les publier au dernier moment, et ainsi occuper les kiosques même quand le personnel festoie... Mais aussi une habitude joueuse, envie de classer, d'assembler ses préférences, d'exercer un petit pouvoir critique, de discuter longuement entre collègues ou entre potes ; et un plaisir de lecteur aussi, la liste offre le moyen de faire quelques découvertes, oeuvres noyées dans dans le flot de l'actualité...

Je l'avoue, je suis toujours tenté par ces listes de fin d'année, assemblage de films, classements de disques ou de chansons. Mais les listes de livres m'attirent moins, ou me semblent moins évidentes : on va voir les films au moment de leur sortie, mais on ne lit pas toujours les livres au moment de leur sortie. A moins d'être critique littéraire, libraire, employé de bibliothèque. En tout cas, dans mon cas, j'essaie de varier mes lectures, alterner les époques, les genres, les pays. Papillonner dans les bibliothèques, picorer les magasins de livres d'occasion... Un rythme qui se prête moins au classement à date fixe.

Cependant, il peut être amusant de garder trace de mes lectures, de mon cheminement dans le monde des livres. Un petit catalogue des mes lectures. Tout au long de l'année, j'ai déjà évoqué une vingtaine de romans sur ce blog, avec plus ou moins de détails. Mais d'autres ouvrages sont restés sur le côté, jamais évoqués faute de temps, ou parce que les livres me semblaient trop intimidants pour mes petits commentaires...

Alors voici une petite liste en vrac des livres lus cette année. Une liste un peu à la manière du joli blog "Discipline in Disorder", adepte de la liste sans classement, du texte posté spontanément, juste pour capter un moment de lecture. Leur liste 2010 mêle ainsi sans distinction romans, essais, livres de photos ou bande dessinée : toujours une jolie mine de trouvailles. Ma liste n'est pas aussi en désordre que celle de DiD, pas aussi laconique, et elle ne comprend pas les bandes dessinées - que j'évoquerai dans une autre liste. Mais j'espère qu'elle sera plaisante à lire...

  • Rosie Carpe de Marie N'Diaye (2001)
    Rosie arrive en Guadeloupe, à la recherche de son frère ; accompagnée de Titi, ce fils mou qu'elle a du mal à aimer. Rosie, fille à la dérive, ayant fui Brives, ayant travaillé sans élan à la Croix de Berny. Une terrible galerie de portraits contemporains, délicatement théâtrale, superbement écrit : un prix Femina tellement mérité...

  • Jour de Souffrance de Catherine Millet (2008)
    Catherine Millet avait conté sa vie sexuelle, elle parle ici de sa longue jalousie. Livre de récit et livre d'analyse des sentiments, des obsessions sentimentales incontrôlables. Honnête, juste, doucement torturé : la jalousie contemporaine.

  • In a Free State by V.S. Naipaul (1971)
    Livre en trois épisodes. Un serviteur indien suit son maître à Washington DC. Un ouvrier des Caraïbes suit son frère en Angleterre pour aider ses études. Deux anglais traversent l'Afrique du Sud en voiture quand une guerre ethnique se prépare. Trois tensions entre pays du Nord et du Sud, peuples dominants et masses dominées, tressées avec subtilité dans un monde où les colonies ont disparu (officiellement). On comprend parfaitement le Booker Prize attribué au livre, et le Nobel offert à Naipaul...

  • La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint (2009)
    Trosième volet des amours de Marie, histoire d'amour des années 2000. Toussaint pousse son système d'écriture plus loin encore, tissant des scènes presque abstraites, terribles, superbes : qui imaginerait tant de beauté dans la course neigeuse d'un cheval fou sur l'aéroport de Tokyo ?

  • La légende de nos pères de Sorj Chalandon (2009)
    Un écrivain doit écrire la biographie d'un ancien résistant, commandé par sa fille - mais les pièces du récit s'assemble mal. Un livre de souvenir, d'écriture, de recherche sur l'histoire dans ses détails ; sorte d'étude de cas : poids mythologique de la résistance française, étiré jusque nos jours.

  • Carte Muette de Phlippe Vasset (2005)
    Un groupe de géographe est engagé pour cartographier Internet : pas uniquement les lignes de serveurs, tous les flux des utilisateurs... Livre doucement expérimental, construit par bribes d'emails, jouant avec les polices de caractères, tentant de mêler discussions typiques d'Internet et monologue intérieur. Pas désagréable, pas inintéressant, mais l'aspect le plus fascinant tient au "vieil Internet" qu'il présente : un Internet d'emails, sans chat, sans Facebook, sans Twitter - et le livre n'a que 5 ans !

  • Le lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann (2009)
    Biographie monstre de Claude Lanzmann, réalisateur du monumental film Shoah. Mais aussi résistant actif, compagnon de Simone de Beauvoir et ami de Sartre ou Deleuzz, militant pour la décolonisation, journaliste explorateur du monde en Israël, Allemagne de l'Est ou Algérie, directeur de revue... Une vie vertigineuse, riche comme 1000 romans ou essais, et superbement écrite - 800 pages à dévorer, terriblement stimulantes.

  • The New Journalism - anthologie assemblée par Tom Wolfe (1973)
    Le Nouveau Journalisme, élan du journalisme des années 60-70, où le journalisme se rafraîchit en piochant des techniques d'écritures romanesques, en offrant plus d'espaces à l'auteur parlant à la première personne, à tous les délires du gonzo. Dès 1973, Tom Wolfe assemble une anthologie de textes forts, et la lecture s'écoule fascinante : tant de grands papiers ! Pages de In Cold Blood de Capote, délires de Hunter S. Thomson, enquête d'un journaliste participant à un match de foot US pro, interview avec une actrice pour Warhol, récit de la mort lente d'une adepte des régimes macrobiotiques. Une variété sans fin, et une mine d'exemples pour repousser les limites de l'écrit, qu'il s'agisse de non-fiction ou de tout type de récit...

  • Un an de Jean Echenoz (1997)
    Une femme se réveille à côté d'un cadavre, s'enfuit, se construit une vie cachée - de plus en plus pauvre, faute d'argent, jusqu'à dormir dans la rue avec les clochards. Déchéance et fuite, passivité, un petit monde de marginaux du sud de la France, plantés par le style sobre d'Echenoz. Difficile de bien savoir où tout cela va, mais la course doucement paranoïaque est vaguement envoûtante.

  • Boderline (2000) / La Brèche (2002) de Marie-Sissi Labrèche
    L'autofiction à Montréal dans les années 90. Marie-Sissi Labrèche raconte ses rapports détestables avec sa mère folle, conte son amour fou et obsessif pour son professeur de littérature, le mépris de son corps, machine à sexe à la dignité perdue. Les thèmes maternels ou d'amour fou ne sont pas toujours très profonds, semblent parfois un peu convenus ou superficiels. Mais l'élan halluciné du langage donne un rythme certain, souvent fascinant pour un lecteur parisien : un élan obsessionnel pavé d'expressions québécoises surprenantes pour l'oreille francophone européenne.

  • Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise (2000) / Par une nuit où la lune ne s'est pas levée (2007) de Dai Sijie
    Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, un immense succès littéraire : traduit en 25 langues ! Jolie histoire d'adolescents envoyés à la campagne pendant la révolution culturel, transmettant la littérature européenne à une couturière analphabète - récit poétique, doux, humoristique.
    Le livre suivant est également fascinant, mais à la construction ambitieuse et multiple, centrée autour d'un parchemin déchiré offrant une citation du Boudha. Le livre mêle visite d'une traductrice en Chine, récit d'aventurier français après la Seconde Guerre, vie du dernier empereur, réflexion sur la traduction ou les langues mortes. Un roman multiple, foisonnant, érudit, poétique.

  • The Echo Maker by Richard Powers (2006)
    Un accident de voiture, le frère dans le coma, reprenant peu à peu ses esprits, mais croyant sa soeur une comédienne, un imposteur chargé de le tromper... Joli pitch initial, mais livre que j'ai trouvé terriblement poussif ; à la construction tellement apparente, à la progression lente, à la documentation visible et artificielle, aux personnages souvent prévisibles. Un livre fabriqué, comme parfaitement assemblé avec des recettes précises, façon cours de "Creative Writing" - sans vie. J'ai du mal à comprendre son statut de finaliste au Prix Pulitzer, du mal à saisir l'enthousiasme critique...

  • Extension du domaine de la lutte par Michel Houellebecq (1994)
    Parce qu'il fallait tout de même avoir lu un livre de Houellebecq dans sa vie - et surtout cette année ; alors commençons par le premier roman. Petite histoire d'homme des années 90 désabusé, petit cadre en services informatiques transporté dans les hôtels de province, les petites mesquineries de l'entreprise. Un ton personnel, détaché, doucement cynique, où surgissent des aphorismes déprimés sur la société, des scènes acides sur les comportements de collègues, de pures envies de détachement voire de meurtre. Il serait maintenant intéressant de lire Les Particules Elémentaires...

24 décembre 2010

The Mystic Masseur, Naipaul offre une farce dans le Trinidad colonial des années 40

The Mystic Masseur 
by V.S. Naipaul (1957)

Ganesh est un fameux masseur, c'est certain. Pas un de ces escrocs habituels de Trinidad, masseurs auto-proclamés, sans formation, sans aptitude à guérir ; Ganesh possède tellement de livres, près de 1500 volumes, c'est un érudit ! Un penseur. Et très bientôt, un mystique, un guérisseur d'âme, capable de chasser les esprits entre deux prières murmurées vêtu d'un turban. De masseur à mystique, Ganesh connaîtra le succès, la renommée, l'ascension dans le petit monde du Trinidad des années 40, petite société coloniale britannique.

V.S. Naipaul est un écrivain célèbre dans le monde britannique. Un écrivain reconnu, ayant reçu le célèbre Booker Prize Award en 1971, et surtout le Prix Nobel de Littérature en 2001 ; à Ottawa, mon professeur de littérature n'hésitait pas à le décrire comme le meilleur écrivain vivant de langue anglaise... Pourtant, j'avoue ne pas vraiment avoir entendu son nom avant mon arrivée au Canada. En France, l'ami Naipaul ne semble pas aussi fameux que d'autres lauréats Nobel comme Günter Grass ou Garcia Marquez. Un rapide coup d'oeil à sa bibliographie française confirme cette impression : seuls deux livres de Naipaul ont été traduits en français avant 1981. Il avait déjà publiés 10 romans et 6 essais à cette époque !

La page Wikipedia française de V.S. Naipaul présente une unique photo, couverture d'un roman en traduction allemande...

Pourtant, les deux romans que j'ai lus cette année affichent un talent fort intéressant. Je reviendrai plus tard sur "In Free State", livre lauréat du Booker Prize en 1971, fascinant plongée dans différentes situations post-coloniales. Son premier livre, "The Mystic Masseur" date de 1957, traduit en France en 1994, et propose un ton fort différent de la riche d'In Free State : une farce caustique, riche de sous-entendus et de personnages hauts en couleur.

Avec, bien sûr, la figure centrale de Ganesh, le masseur mystique, le petit érudit de Trinidad. Personnage fascinant, dont la vie est lancée par un envoi tardif au collège, où il se passionne pour la lecture. Goût qui en fait une sorte d'être contemplatif, sans envie de travail, quittant son métier d'instituteur après 6 mois, se calfeutrant dans un village perdu, vivant dans une case qu'il emplit de livres selon une méthode systématiques : tous les livres des Editions Pinguin, tous ceux des éditions Everyman ! De fil en aiguille, cherchant à écrire lui-même, cherchant à délivrer des conseils mystiques, adoptant doucement une carrière politique qui le conduit jusqu'à l'assemblée législative.

Ganesh est une sorte d'escroc bienveillant et malgré lui, délivrant sa sagesse en toute bonne foi. Mais le peuple de Trinidad l'écoute, le soutient, le rend peu à peu célèbre ; Ganesh parle de destinée, il s'agit juste d'une sorte de résonance entre son dilettantisme lecteur et les envies des gens, qu'elles soient mystiques ou politiques.

The Mystic Masseur est un magnifique portrait d'un anti-héros, petit personnage sans envergure mais attiré par la sagesse. C'est aussi une galerie de personnages distrayant et truculents, femmes sans éducations, petits marchands cherchant à faire des affaires, petits politiciens aux combines dérisoires, tous parlant un anglais un peu biscornu, approximatif, joliment rendu dans les dialogues. Sous forme de farce, Naipaul présente la société de Trinidad dans les années 30 - 40, son île natale, île où les rumeurs propagées par les ouvrier de la canne à sucre peuvent faire d'un petit masseur un grand mystique, un homme politique influent. Tous ces enchaînements sont profondément drôles, scènes superbement présentées en quelques détails, en situations ridicules et cocasses : dans ses excès, Ganesh n'hésite pas à faire construire un temple hindou, où sa femme sert du coca-cola, ou à publier un livre sur les peines & plaisirs de la constipation... 

Petites médiocrités d'une petite île coloniale, bien loin de la sagesse libératrice d'un Gandhi ou d'un Nehru, emblèmes indiens contemporains sans cesse évoqués par les petits personnages de Trinidad. La création d'une identité nationale pour un peuple si jeune n'est pas une tâche facile, pas forcément une tâche entreprise par de grands hommes, semble dire Naipaul avec humour et dérision.

Le Moral des Troupes de Jimmy Beaulieu, superbe récits au dessin envoûtant



Le Moral des Troupes 
by Jimmy Beaulieu
Collection Mécanique Générale - Editions Les 400 Coups (2004) 


Depuis plusieurs mois, je suis les dessins de Jimmy Beaulieu sur son blog. Très jolies dessins, extraits comme bruts et épars d'un carnet, à la jolie fluidité entraînante, agréablement sensuels. Majoritairement des silhouettes féminines, nues ou habillées, aux longues chevelues ; traits vibrants et tremblants, touches d'aquarelles, galerie délicieusement parcourues. Mais je n'avais pas eu l'occasion de lire un ouvrage complet de l'auteur québécois, pourtant prolifique. Déniché à la bibliothèque d'Ottawa, Le Moral des Troupes me permet d'entrer un peu plus dans l'univers de Beaulieu, de goûter à sa narration.

Publié en 2004, Le Moral des Troupes est un recueil d'histoires autobiographiques, récits de quelques pages évoquant goûts musicaux, moments en famille ou avec sa copine, réflexions sur la vie à Montréal ou l'état du monde après le 11 septembre. L'auteur joue avec ses propres réflexions, et le fait avec un bel appétit de bande dessinée, offrant des moments de pures dessins et longs textes juste illustrés. Le crayonné s'affiche en noir et blanc, traits apparents et énergiques, sensuels et souples, ajustés à l'énergie des récits. La variation des thèmes est belle, l'auteur ne s'attarde pas trop sur les sujets un peu rabattus comme la famille ou la mort, laissant transparaître ses sentiments subtilement ; certaines planches deviennent même passionnantes pour le lecteur français, quand Beaulieu songe à l'identité québécoise ou à la vie  Montréal, tellement moins douce qu'à Québec. 

Agréable alternance, condition humaine et condition québécoise se passant la parole d'une page à l'autre, avec toujours se dessin fascinant.

Quelques clics rapides sur Internet permettent d'en savoir un peu plus sur Beaulieu. Né en 1974 sur l'île d'Orléans, près de la ville de Québec. Passionné de dessin, entré vers la bande dessinée autour de 1998, et un des membres fondateurs de la collection Mécanique Générale. Maison importante pour la bande dessinée québécoise, et un rôle d'éditeur que Beaulieu prend à coeur, un prolongement de son activité d'auteur, comme il l'existe dans cet intéressant entretien. Une gamme variée d'activité, puisque Jimmy Beaulieu a aussi travaillé dans plusieurs librairies, ou anime encore un atelier de bande dessinée au Gégep du Vieux Montréal ; toutes activités cohérentes pour sa démarche de recherche et de création. Une création qui ne se ralentit pas, dans la mesure où de nombreux ouvrages devaient voir le jour entre septembre 2010 et le printemps 2011. Ouvrages maintenant tournés vers la fiction, mais toujours sensuelles et vibrantes. Les couvertures des livres "A la Faveur de la Nuit" ou "Comédies Sentimentales Pornographiques" sont des plus prometteuses...





Liens :
Illustrations de ce texte tirées de l'album "Le Moral des Troupes", ©Jimmy Beaulieu

21 décembre 2010

The Edible Woman et Margaret Atwood tisse avec humour des hésitations féministes

The Edible Woman 
by Margaret Atwood (1969)

Marian n'a pas trop à se plaindre, sa vie de jeune femme prend forme. Un travail intéressant dans une société d'enquête marketing, un petit ami mignon, intelligent, promis à une belle carrière d'avocat ; quelques amis autour de Toronto, une collocation pas désagréable avec son amie Ainsley. Tout s'assemble, la demande en mariage ne va pas tarder, Peter est un bon garçon, un garçon traditionnel. C'est rassurant. Même si Marian ne sait peut-être pas trop ce qu'elle veut ; pas devenir comme son amie d'université, Clara, enceinte chaque année depuis son mariage il y a 3 ans ; mais certainement pas flotter comme Duncan, l'éternel étudiant croisé lors d'une enquête sur la bière...

The Edible Woman est le premier roman de Margaret Atwood, immense auteur canadien. Primée à de multiples reprises, internationalement reconnue, régulièrement citée par les bookmakers parmi les candidats au Nobel de littérature ; une référence. Pourtant, son roman Surfacing, son deuxième ouvrage, m'a paru terriblement daté et plat quand je l'avais lu l'an passé : agrippé à un style minimal un peu frustrant, brassant de figures de hippies bien mornes... Une belle déception... Mais il fallait bien lui donner une deuxième chance.

Mais ce premier roman offre une toute autre énergie, un ton plus léger et ironique, beaucoup plus d'humour. Les premières pages offrent de superbes descriptions de la compagnie d'enquêtes consommateurs, peuplée de femmes papillonnantes, mères de famille ou vieilles filles vierges, bricolant des questionnaires pour ce secteur naissant. Jolies images captant l'ambiance de la société de consommation nord-américaines, les femmes travailleuses à permanentes, façon mélodrame de Douglas Sirk : cherchant leur place professionnelle, mais attirées par le foyer et un bon mariage... 

Mais les mélodrames de Sirk étaient ancrés dans les années 50, tandis que Marian est une femme des années 60, n'hésitant pas à vivre en célibataire, libre dans sa sexualité ; sa colocataire Ainsley est d'ailleurs une croqueuse d'hommes revendiquée, consommant alcool en quantité, ce qui ne plaît pas vraiment à leur logeuse. De telles tensions sont le coeur du roman, jeunes gens cherchant leur place dans la société face aux idées arrêtées, qu'elles proviennent des vierges travailleuses, d'une logeuse puritaine ou même d'un boyfriend un peu conservateur...

Un tel schéma peut sembler un peu basique, surtout pour un lecteur des années 2000 habitué à de telles peintures des années 50 ou 60. Mais Atwood assemble ses personnages avec justesse, sait choisir les détails élégants ou distrayants, construit de jolies scènes et de belles surprises, et distille toute la finesse de son humour. L'humour qui semblait si distant ou plat dans Surfacing est ici omniprésent, personnages tournés en dérisions, situations étranges, remarques acides la publicité ou le monde des professeurs de lettres, fête en appartement les instabilités mondaines middle-class des films Breakfast at Tiffany ou The Apartment... 

Tout cela est assurément moins poétique que Surfacing et ses ambitions mystiques, son exploration de l'identité canadienne, comme l'évoque les critiques ; mais The Edible Woman fonctionne beaucoup mieux dans son registre plus quotidien. Un joli plaisir de lecture, portant avec intelligence et subtilité des dilemmes aux accents féministes. Voilà qui donne envie d'explorer un peu plus les ouvrages de Margaret Atwood


11 décembre 2010

Lester Bangs, mythic critic of punk, gonzo writer (and so much more)





Psychotic Reactions and Carburator Dung 
The Work of a Legendary Critic: Rock'n'Roll as Literature and Literature as Rock'n'Roll 
by Lester Bangs (edited in 1986, articles from 1971 to 1981)


J'ai déjà parlé de Lester Bangs, le légendaire critique rock, après avoir lu le recueil Mainlines, Blood feasts and Bad Taste il y a quelques mois. Ce recueil était le deuxième rassemblant articles et textes de Lester Bangs, mort en 1982 à l'age de 34 ans. Psychotic Reactions and Carburator Dung est le premier recueil. Textes plus riches, moins dispersées peut-être que dans "Mainlines...".

Quoique. Lester Bangs était un écrivain à l'énergie folle, capable de se lancer dans des textes souvent improbables. On a ainsi droit ici au récit systématique de ses soirées de Nouvel An de 1971 à 1978, la dernière année donnant lieu à une déambulation étrange chez une fille bizarre, vaguement stone, peu motivée par le sexe ou par un quelconque échange... Le rock dans son sens le plus large, le rock, comme un style de vie : par ses textes, Lester Bangs a participé à la définition d'un esprit rock, dépassant les frontières de la musique. Le long compte-rendu sur le film de série Z The Incredible Strange Creatures Who Stopped Living and Became Mixed-Up Zombies laisse ainsi rêveur : comment Creem a-t-il publier un texte aussi long sur un tel film ? Un texte mêlant descriptions du film, réflexion sur les programmes présentés à la télé, une fantaisie sur une grève nationale pour la diffusion de films sur les grands réseaux : "Un groupe propose de passer tous les films de l'histoire par ordre chronologique, certains ne quittent plus leur écran télé, fascinés par le projet"...

Le rock au sens large, le rock comme moteur, comme état d'esprit, comme nourriture vitale et comme source d'écriture, générateur de textes, de nouvelles approches écrites.

Car nombreux sont les textes fascinants dans ce recueil, pièce continuant sans fin, dissertant, et innovant dans leur forme même. La fascination de Lester Bangs pour le personnage de Lou Reed est connue, mais elle apparaît évidente dans le texte Let Us Praise Famous Death Dwarves, or, How I Slugged It Out With Lou Reed and Stayed Awake, publié dans Creem en 1975. Lester Bangs y raconte son interview avec son héros, anxieux, tendu, à cause de la réputation de Lou en interview, mais aussi à cause de la vénération de Bangs pour son héros. Tension telle que Lester Bangs s'est présenté à l'interview passablement drogué, un face-à-face surréaliste entre deux monstres du verbe dans des états seconds. Joute verbale, dialogue décousu, entouré d'une faune étrange suivant Lou Reed, entre un repas à table ou des herbes de dissertations nocturnes dans la chambre de Lou Reed. Une drôle de créature sur le lit ne cesse de rappeler l'heure dans la dernière partie de l'interview... L'article est devenu un classique, et a même droit à sa propre page Wikipedia...

Comme avec Lou Reed, Lester Bangs affiche ses préférences, ses goûts esthétiques, ses attirances en matière de rock, les explore ; et s'en sert pour créer à son tour ses textes, élargir le champ des seules chansons rock. L'article d'ouverture du recueil s'intitule ainsi "Psychotic Reactions and Carburator Dung - A tale of These Times", publié en 1970, une longue évocation du groupe garage Count Five. Le groupe n'a sorti qu'un seul album, brut, rugueux, tout à fait le genre de rock cher à Lester Bangs, loin des canons rock progressif de l'époque. Bangs fait de son texte une sorte de manifeste pour ce type de musique, pour cette recherche d'énergie brute et un peu bête, et tisse alors au groupe toute une légende, une trajectoire d'albums réussis ou progressivement décevants... Albums tous imaginés par ses soins, hormis le premier, bien réel... Un moyen pour Lester Bangs de présenter son idéal rock, l'énergie, la bêtise un peu bizarre, qu'il désigne par le terme punk.

L'article est souvent présenté comme la première utilisation du terme punk dans un cadre rock... Dès 1970, 5-6 ans avant les Ramones ou les Sex Pistols...

Bien entendu, quand la vague punk explose en Angleterre en 1976, Lester Bangs ne peut que se réjouir. Il a déjà loué le premier album de Patti Smith, mais le phénomène a plus d'ampleur, balayant tout le Royaume Uni. Dans un joli coup de génie journalistique, le NME propose à Bangs de suivre The Clash en tournée. Cela donne lieu à un article d'anthologie, étendu sur 3 numéros du journal anglais, et plus de 36 pages dans le présent livre. On y redécouvre le punk tel qu'il a explosé alors, dans ses premières tentatives Do-It-Yourself, les looks libérés à base d'épingles à nourrice ; vague esthétique et thématique classiquement associée au mouvement punk, de manière presque clichée de nos jours. 

Mais la fraîcheur de "l'histoire en train de s'écrire" est également approfondie par le regard de Lester Bangs, observateur séduit, mais gardant un certain esprit critique, un regard américain, témoin extérieur. Bien entendu, son séjour s'éternise, il est fasciné par l'éthique des Clash, insistant pour toujours discuter avec leurs fans, pour leur offrir de dormir dans leur chambre d'hôtel. Une parfaite cohérence entre le discours égalitaire des Clash et leur pratique, et Bangs s'en émerveille longuement, de leur goût pour la déconne, de leur intensité. Mais il ne cache pas non plus son malaise quand la déconne dégénère un soir, tournant à l'humiliation d'un fan par un roadie, sans qu'aucun membre du groupe ne s'interpose. Ecart qui marque fortement le journaliste et l'idéaliste rock, et il conte sans détours ses interrogations.

Ce long texte sur The Clash n'est pas le seul morceau fascinant sur le punk, vécu de l'intérieur et en direct comme supporter critique. Dans Death Means Never Having to Say You're Incomplete, Lester Bangs s'interroge longuement sur le fond du discours de Richard Hell, séduit par sa musique et son approche, mais sceptique quant au nihilisme ou à la fascination pour la mort du personnage . Il s'interroge également sur le racisme latent de la scène punk dans The White Noise Supremacists ; regard bien pertinent si l'on se rappelle des groupes punk fascites qui apparaissent dans un film comme An Amercian History X.

Mais le texte le plus déchirant sur le punk, ou le rock en général, surgit finalement, publié en 1977. Récit méditatif sur la mort de Peter Laughner, tout simplement intitulé Peter Laughner is Dead. Laughner était fan transi de Lou Reed, malade du rock, passionné fou ; il écrivit des critiques, joua dans quelques groupes punk naissant, posa sa voix sur les premiers 45 tours de Pere Ubu. Laughner est mort à 24 ans, détruit par l'excès d'alcool et boisson. Dans ses propres excès et passions, Lester Bangs semble saisi, exprime sa peine, son sentiment désabusé, "un gamin qui s'est tué pour quelque chose que les T-shirts déchirés représentaient dans le combat de ses émotions déchirées." Une peine et un embarras qu'il tente de transmettre sans jugement, sans chercher de grand coupable, sans proposer de vraie moral. Texte glaçant, lucide, un immense moment de rock, d'émotion, d'écriture tout simplement.

Car Psychotic Reactions and Carburator Dung n'est pas qu'un recueil sur le punk ou sur des passions de sous-culture comme Lou Reed ou les séries Z d'horreur. C'est un assemblage d'écriture magnifique, d'une quête de sens ou de vie ou d'élan, je ne sais comment dire, une énergie du texte catalysée par la musique, riche en invention, en recherche, en folie douce. Une lecture fascinante...  



Liens vers des articles de Lester Bangs



Quelques citations... (jolie liste visible ici)

I volunteer not to feel anything about him from this day out, but I will not forget that this kid killed himself for something torn T-shirts represented in the battle fires of his ripped emotions, and that does not make your T-shirts profound, on the contrary, it makes you a bunch of assholes if you espouse what he latched onto in support of his long death agony, and if I have run out of feeling for the dead I can also truly say that from here on out I am only interested in true feeling, and the pursuit of some ultimate escape from that was what killed Peter, which is all I truly know of his life, except that the hardest thing in this living world is to confront your own pain and go through it, but somehow life is not a paltry thing after all next to this child's inheritance of eternal black.
          -  Peter Laughner is Dead (1977)


As I left the building I passed some Latin guys hanging out by the front door. "Heard the news? Elvis is dead!" I told them. They looked at me with conteptuous indifference. So what. Maybe if I had told them Donna Summer was dead I might have gotten a reaction; I do recall walking in this neighborhood wearing a T-shirt that said "Disco Sucks" with a vast unamused muttering in my wake, which only goes to show that not for everyone was Elvis still the King of Rock'n'Roll, in fact not for everyone is rock'n'roll the still-reigning music.
          -   Where were you when Elvis died? (Village Voice, 1977)


Punk had repeated the very attitudes it copped (BOREDOM and INDIFFERENCE), and we were all waiting for a group to come along who at least went throught the motion of GIVING A DAMN about SOMETHING.
Ergo, the Clash.

What I am saying is that contrary to almost all reports published everywhere, I found British punks everywhere I went to be basically if not manifestly gentle people. They are a bunch of nice boys and girls and don't let anybody (them included) tell you different.
          -   The Clash (NME, 1977)


So now how do you see yourself, the adult Dick Clark? As a moral leader for youth?
"I'm just the storekeeper. The shelves are emptu, I put the stock on. Make no comment pro or con. Ivring Berlin said, 'Popular music is popular because a lot of people like it.' That does not mean it's good or it's bad - that's the equivalent of arguing the merits of hot dogs versus hamburgers. What the hell difference does it make?"
          -   Screwing the System with Dick Clark (Creem, 1973)


A good old answer by Lou Reed already published previously here...

2 décembre 2010

The Forgotten Ones, Gailly offers another infinitesimal tale of feelings





Les oubliés  /  The forgotten ones 
by Christian Gailly (2007,  Editions de Minuit)

Schooner and Brighton were driving to Brittany when it happened. Paul Schooner and Albert Brighton, two journalists - "my two English guys" as they were usually called by their boss. Schooner and Brighton in charge of the culture pages of the newspaper, with a specific series on "the forgotten ones": these artists who were gifted and successful, always sources of good stories. That day, Schooner and Brighton were driving to interview Suzanne Moos, cello virtuoso who stopped playing at a young age.

But they never reached the place. Car accident on the highway. Car squeezed in between a truck and a car. Took the train back to Paris. And Schooner never came back to Paris. Died in the washroom.

The Forgotten Ones is another short but sensitive novel by Christian Gailly. 140 pages, not more. An apparently simple plot, only a few action axes: accident, back in the train, death, announcement of the death. Then interview of Moss a few months later. Nothing more, not more than 4 to 5 characters. But a simplicity following the movements of the mind. The little sparkes of ideas almost described in real time. A journalist cooking pasta for the kids of the new widow. Music heard in an Saab cab, until the end of the song. A thunderstorm on the beach. An old story told by a former musician walking too fast.

Christian Gailly is a man of details. A man of humor. Of small, tiny, striking sentences. Condensed paragraphs, usually half a dozen of lines. Short sentences. Small pieces placed next to another. With a nice sensitive ear to the voice, to the small talk. The little self-talks, when language is sometimes unstable, twisted. When humble characters reveals their little ideas & fears, small jokes told for oneself, little vision of love or friendship. Or death. Usual themes of Gailly, music, little life changes happening in one night, middle-aged characters finding love again, humbly, surprised themselves. Precious & modern little tales.



Tout le monde sait ça. Un accident violent c'est ça. On ne sait plus qui on est. Pourquoi on est là. Ni où on va. D'où on vient, n'en parlons même pas.

Everybody knows that. A violent accident that's that. You don't remember who you are. Why you are here. Neither where you go. Where you're coming from, don't even think about it.



La solitude d'après. Celle de quand les enfants sont couchés. Les mères savent ça. Les pères aussi. Même Brighton, qui pourtant ne l'était pas. Juste père d'un soir. C'est pareil. On ne se surveille plus. On peut. On a le droit. On est libre. Du coup ça cède de partout. Et on laisse faire. Ca libère des tas de pensées. Ca vous submerge ou pire. Ca vous noie. C'est ça. Laisse-toi aller.

The solitude after. The solitude when kids are in bed. Mothers know that. Fathers do too. Even Brighton who was not one though. Only father for one night. That's the same. You don't watch after yourself. You can. You have the right to. You are free. Then things break from all sides. And you let things go. Bunch of thoughts are liberated. You're overwhelmed or worse. You're drown. That's it. Let yourself go.



Et après on ira se coucher, d'accord ? Je suis bien vieux, dit Brighton. Moi aussi, dit Moss. On fera ce qu'on pourra.

And then we'll go to bed, OK? I'am really old, said Brighton. Me too, said Moss. We'll do what we can.



Pas une main ne s'était posée sur elle : On croit pouvoir s'en passer, dit Moss. Et en effet, on le peut. On y arrive, on s'en passe. On résiste, on est fidèle et le temps passe.
Oui, dit Brighton. Mais il suffit d'un rien, d'un geste. Pour se rendre compte, mesurer combien. A quel point ça nous manquait. Pas vrai ? Si, dit Moss. Et elle a souri. Et ils se sont aimés. Et ça s'est bien passé. Mais oui.

No a single had touched her: You think you can do without it, said Moss. And indeed, you can. You manage tout, you do without it. You resist, you're faithful and time passes.
Yes, said Brighton. But one small nothing is sufficient, one gesture. To realize, see how much. How much you missed it. Right? Yes, said Moss. And she smiled. And they loved each others. And things went well. But yes.