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25 janvier 2011

Logorama, Oscar for fun, but depth might no be obvious

Logoroma  (english version)
Short film by studio H5 (2009)
     Oscar for best short film in 2010 
     Nommé au César du meilleur court-métrage 2011


Je l'ai déjà dit hier, les nominations pour les Oscars vont être révélées ce mardi. Et, autre répétition, le dernier vainqueur de la catégorie Court Métrage est un film français, Logoroma. Quinze minutes d'animations assemblées par le collectif H5 (François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain).

Un joli joujou fascinant, petit film d'action entièrement construit à partir de logos. Bâtiments formés par les marques Malboro, voitures en forme de boîte ou moto du titre de Grease, papillons MSN voletant dans les airs - sans parler des personnages, allant du Bibendum Michelin en policier ou du clown Ronald en maniaque en cavale. Logorama pioche dans tout un imaginaire visuel contemporain pour créer un monde où le crocodile Lacoste est gardé au zoo par le Géant Vert. Entre surréalisme, vertige de pub et saturation opportuniste de références évidentes.

Le scénario s'avère plus malin et construit que ne le laissent craindre les premières secondes en accumulation référentielle : il y a plus de cinéma que dans une simple mise en espace des Pages Jaunes. Des plans, des séquences intéressantes, des personnages suivis, presque construits par quelques traits de caractères, quelques éclats de dialogues. Un grand amour pour les films d'actions hollywoodiens, fusillades, hélicoptères et catastrophe naturelle à la fin. Une deuxième couche de références pour organiser tous les motifs visuels.

Tout cela est donc indéniablement brillant dans son assemblage, son soin, sa construction, son goût du détail. Avec toutefois cette question qui titille un peu : tout cela n'est-il pas un peu vain ?

Quelques commentaires lus sur IMDB avouent leur dégoût pour ce déchaînement de marques, qui soutiendraient insidieusement la société "tout pour la pub, tout pour la consommation". D'autres y voient certainement un brillant manifeste post-moderne, transposition visuelle d'un monde où, effectivement, tout est pub ; mettre en scène pour dénoncer. La première critique fait réfléchir, mais semble un peu naïve ou paranoïaque. La seconde peut-être un peu trop optimiste, intellectualisée : la force revendicative de Logorama semble moins puissante que celle du fameux Bibendum noir de Bruno Peinado. On est plus proche du gag et du clin d'oeil que d'une véritable machine de guerre théorique ou altermondialiste.

Mon scepticisme s'est légèrement accentué à la lecture de la page Wikipedia dédiée au film, laissant un relent de bête à concours pas forcément très agréable... "Six ans de réalisation", "3.000 logos intégrés au film", multiples prix aux quatre coins du monde : comme s'il y avait plus de fierté à épater la foule qu'à communiquer sur le sens du film. Impression renforcée par le choix d'Omar et Fred pour les doublages français, dont les voix sont assez catastrophiques... L'absence de tout lien critique sur Wikipedia ne surprend plus trop après une telle liste à la Cecile B. DeMille : 40 éléphants, 12 chameaux, et des femmes à barbes...

Virtuosité technique indéniable, pouvoir critique ambigu, tout cela méritera quelques réflexions supplémentaires. Et c'est déjà une certaine victoire pour un cours métrage. Qui, indépendamment des questions de critique ou de pédanterie, reste un superbe moment de fun efficace.

20 janvier 2010

Comme l'indie superficiel peut être cul-cul et agaçant

Mary and Max
by Adiam Elliot, with Toni Colette and Philip Seymour Hoffman (2009)

Que de désordre sur les pelouses oranges et brûlées des banlieues australiennes. Les petits bungalow n'apparaissent qu'entre de désolants nains de jardin, tuyaux d'arrosage secs ou fil à linge où sèche un unique slip kangourou. Banlieue morne et désolante pour une fillette de 8 ans, 3 mois et 9 jours ; mais qu'attendre d'un monde où New York n'est qu'une ville brinquebalante en noir et blanc, aussi grise que les cernes profondes sous tous les regards ?

Le décor n'est pas rose dans cette bipolarité américano-australienne, aucun rêve possible : fini l'aventure glamour new-yorkaise, pas de porte de sortie dans les grands espaces de l'île continent, rien qu'une petite urbanité étriquée. Et quelle prison quand les proches ne tissent qu'un décor désolant, d'une mère alcoolique à un père collant les étiquettes des paquets de thé, ou pire, quand ce décor hurle sous les coups de la maladie mentale et des crises d'angoisses. Misère, misère, comment faire pour le solitaire rejeté de tous, ne souriant que devant un dessin animé, une barre de chocolat à la bouche ?

Mais oui, la réponse est dans la question : cesser d'être solitaire et trouver un ami ! Les petits timides et complexés ne peuvent traverser la rue, donner une claque dans le dos d'un pote dans la cour de récré, puisqu'ils sont timides et complexés ; mais ils peuvent se trouver un correspondant avec qui partager leur petit monde par courrier. Le correspondant du bout du monde, quoi de plus mignon, de plus sûr et de plus précieux, le dialogue de deux solitudes biscornues séparés par les milliers de kilomètres. Mary, la fillette australienne, écrit donc à Max, l'idiot obèse newyorkais, et leur échange les aide, les nourrit, les construit, les trouble ; leur donne un peu de substance.

Mais hélas, cette sucrerie d'humour noire manque cruellement de substance. Une joli cadeau, une bouffée d'animation déviante, voilà ce qu'on tente de nous vendre, des personnages biscornues, cernés et grisâtre, des gags tellement non-PC, tout un décor contemporain et désabusant, et au milieu, une belle histoire, mignonne, avec ses petits chaos et ses surprises. Oui, les bonnes idées ne manquent pas, les petites trouvailles, on sourit aux blagounettes, le plus souvent.

Cependant, je n'ai même pas souri à toutes ses potacheries, rapidement désolé par leur gratuité superficielle. Tout ce goût du détail et d'une mélancolie soit disant cynique flotte en effet par dessus une histoire désespérément vide et cul-cul : la petite fille tombe par hasard sur l'attardé mental et ils deviennent une raison de vivre l'un pour l'autre, à l'ancienne, par courrier, mais encore ? Le postulat initial avance-t-il ?

J'en doute sérieusement.

Ce Mary et Max n'est qu'une assiette supplémentaire de soupe tiède, cachée derrière ses décors de comics indés, ses quelques prouts, et son petit attirail de réparties pseudo-acides. L'ensemble du film est à peu près aussi sentimental et inconséquent que les premières minutes d'Amélie Poulain, vous vous souvenez, l'énumération du j'aime - j'aime pas aux couleurs sépia ; mais le lourd Mary and Max n'en a même pas le rythme, et n'assume qu'à moitié sa tonalité de conte pour adulte, même avec son agaçante voix off et la distance qu'elle crée. Un conte de quelques pages, pas plus, sans contenu ni vraie sous-texte, la version longue d'un projet de fin d'étude dans une petite école de cinéma.

La patine grisâtre et indie n'est qu'un enrobage, et certains spectateurs apprécient ; les deux plus gros rieurs de ma séance étaient assis dans ma rangée. Mais point d'indépendance ici, rien qu'un formatage dans la case indie. Pitchfork annonçait la victoire du rock indie, omniprésent, inondant les films, les radios et même les salles de basket ; d'ailleurs, en Angleterre, on ne parle plus de rock, mais d'indie music, tout simplement. Juste un attribut, aucunement un gage de qualité ni d'authenticité, de sensibilité.

Pitchfork terminait sa tribune, excité, impatient les nouvelles voies qu'allaient pouvoir prendre l'indépendance, ses nouvelles définitions, les nouvelles tribus qui sauraient proposer une nouvelle. Mary and Max n'est certainement pas de ces nouveaux pionniers et ses mines sourire en coin m'ont profondément agacé.


29 décembre 2009

Films pour enfants et plus certainement pour adultes

Where the wild things are
by Spike Jonze, with the voices of Forest Whitaker, James Gandolfini...(2009)

by Wes Anderson, with the voices of Georges Clooney, Merryl Streep, Jason Schwartzman, Bill Murray, Owen Wilson... (2009)


Je sors tout guilleret du film "Fantastic Mr. Fox" et il me semble bon de partager quelques petites pensées avec vous. D'autant que cette semaine correspond à la sortie française de "Where the wild things are" ("Max et les maximonstres") et qu'il n'est pas inintéressant de comparer les deux films.

Deux adaptations de livres pour enfants, des classiques de bibliothèques d'écoles. Deux jeunes réalisateurs américains aux univers riches, l'ami Spike Jonze de "Being John Malkovitch", l'ami Wes Anderson de "The Life Aquatic with Steve Zissou". Et deux résultats singuliers et fascinants.

"Where the wild things are" offre une plongée quasi brute dans un univers enfantin inquiet et sauvage. Max se dispute avec sa mère, saute en bateau pour rejoindre l'île des Maximonstre, grosses peluches dangereuses de 3 mètres de hauts. Les voici courant, dormant empilés les uns sur les autres, marchant dans le désert ou construisant des cabanes. Voici 40 pages d'album illustré changées en 1h30 d'images sensuelles et intenses, en scènes traduisant l'incertitudes, en pures plaisirs musicaux et esthétiques.

Wes Anderson, quant à lui, plonge dans l'enfance comme on déballe un immense coffre de Playmobile ; et d'ailleurs, on y mélange aussi les Legos, les musiques de ses vieilles cassettes à bande, et les blagues du grand frère que l'on ne comprend pas trop. Voici donc Mr Fox, le voleur de poule, déclencheur d'une guerre totale avec les 3 fermiers du coin. Les détails défilent réjouissants et innombrables, les images flottent sépia entre les traits d'esprits, et l'énormité du combat fermier / animaux s'écoule réjouissante dans sa folie démesurée.

Deux approches assez différentes donc, l'état de nature ici, la finesse d'esprit du newyorkais francophile là, mais certaines intentions restent étonnamment proches. Il s'agit ainsi de films ayant le plus profond respect pour l'enfance et les enfants.

L'innocence enfantine est assurément réelle puisque la sagesse vient avec l'age et les expériences, mais ce cliché d'innocence m'agace un peu. Je ne peux m'empêcher d'y voir une excuse pour servir des histoires cul-culs, plates, niaises, du prémaché et du gag facile. Ce n'est pas le cas ici, et cela fait un peu penser aux aspirations de Christophe Honoré quand il écrit ses livres pour enfants ; il souhaitait ainsi écrire un livre pour enfant sur la mort de son père, il aspire à des livres pour enfants offrant de vrais sujets.

Et c'est bien le cas ici où s'affichent la cruauté, la ruse, les conflits de groupe, les angoisses. Les grosses peluches géantes ou les poupées renard présentent une étonnante profondeur de sentiments, une belle épaisseur aux douces fragilités, jamais unidimensionnelles. L'un des aspects les plus fascinants de ces deux films est certainement la direction d'acteurs ; pour une fois, il semble possible d'utiliser ce terme pour le doublage d'un film d'animation. Clooney, Merryl Streep, Forrest Whitaker ne sont pas ici comme arguments marketing pour l'affiche, ils sont gages de la profondeur des personnages, la clé qui permet de suivre le réalisateur et d'entrer dans son univers. Grosse bête toute poilue au ventre rond capable d'émouvoir le spectateur, simplement car c'est un vrai personnage, un être ; les acteurs de doublage ne surjouent pas, il est d'ailleurs assez saisissant d'entendre ces poupées parler comme des adultes. Après quelques minutes d'adaptation, il ne persiste qu'une envoûtante justesse.

Alors bien sûr, ces films ne sont pas des objets communs et leur succès au box office américain a été plutôt limité. Comment aurait-il pu en être autrement ? Lors des premières projections tests de "Where the wild things are", la moitié des enfants s'est enfui terrifiés par les images. Et d'ailleurs, dans la salle où j'étais, une mère et ses deux gosses est partie au bout de 10 minutes. Films sur l'enfance peut-être pas totalement destinés aux enfants, pas à tous les enfants, rien qu'à ceux aimant bidouiller des histoires un peu bizarres.

Et d'ailleurs, ce positionnement bâtard laisse sceptique certains adultes également. Certains critiques de Télérama s'étonnent qu'on puisse s'amuser durant 90 minutes avec de grosses peluches sur un écran, chose qu'on ne fera jamais avec son fils. Et mon collègue considère "Mr Fox" comme l'un des plus mauvais films qu'il ait vu ces dernières années, il m'a vivement déconseillé d'aller le voir...

Mais la plongée dans ces univers uniques vaut assurément de prendre le risque d'être décontenancé.




12 juin 2009

Up, quel savoir-faire de Pixar

Up 
by Pete Docter & Bob Peterson (2009) 

Une princesse vêtue d'une immense robe longue, drapés bleu blanc, diadème, et la voici face à un crapaud. Un baiser ? Devinez dans quel sens a lieu la transformation ? Deux grenouilles courant dans la Nouvelle-Orléans, zigzagant entre les musiciens de jazz, recherchant les sorciers vaudou aux pouvoirs spectaculairement colorés.  Chanson, romantisme, humour avec animaux parlants, quelques indices encore : "La princesse et la grenouille", futur dessin animé de Disney pour les fêtes de fin d'année 2009. Le vieux studio cherche à ressortir son savoir-faire et remettre en marche sa machine à classiques, et la bande annonce délivre une étrange surprise, goût sympathique et terriblement daté.

Une poignée de minutes plus tard, le court-métrage de Pixar prend fin, et la jeune firme numérique a enterré son aîné à l'imagination moribonde.

Un délice de cartoon simple, impeccablement réalisé, original, frais, à l'idée magnifique : un groupe de cigogne livre les bébés de toutes espèces dans le monde, magnifiques peluches façonnées par des nuages à l'air bonhomme. Idée simple et sans grand développement, sans aucun dialogue, à la poésie un peu simple mais adorable. Le constat est sans appel, les sourires s'étirent sur tous les visages de la salle, un immense plaisir ; tout le monde a déjà oublié le futur grand classique en carton du vieux Disney.

Et le long métrage Up vient difficilement estomper cette envie de comparer les deux alliés rivaux, cette impression de voir Pixar manier avec génie les recettes du vieux magicien pour enfant. Difficile en effet de ne pas songer à un vieux cartoon de Disney quand on résume l'argument d'Up : un vieux monsieur suspend des ballons et il s'échappe par l'air, quittant les gratte-ciel polluant peu à peu son espace ; n'y avait-il pas un mignon cartoon de Disney où une petite maison de campagne se voyait peu à peu entourée d'immenses immeubles au regard sombre ?

Pixar fait preuve d'une impressionnante capacité à convoquer plus ou moins implicitement des références, sans jamais donner dans la bête citation surlignée et ultra-référencée. Ici, un bricolage à la Wallace & Gromit, là des chiens parlant rappelant le succès récents des comédies canines aux Etats-Unis, un vieux monsieur grincheux à forte lunette à la M. Magoo, un explorateur en zeppelin des années 40. Il n'est pas rare que les images évoquent d'autres souvenirs cinéphiles, des images pop presque convenues, mais le cocktail coule avec une fluidité délicieuse, sans agacement aucun, d'autant que le mélange se voit relever par des choix courageux pour un dessin animé à vocation très grand public. Lancer le film par cinq minutes sépia singeant les actualités cinématographiques d'avant guerre ; puis enchaîner par dix minutes de romance muette... Se focaliser sur un vieux monsieur au caractère détestable. S'autoriser des sautes de récit osées et démodées, faisant passer un ballon d'une ville nord-américaine au Vénézuela sans transition. Donner au garçonnet une silhouette obèse et asiatique. Tant de détails pas si consensuels, dont s'est fait l'écho la critique américaine ; les agents marketing s'en sont arrachés les cheveux : comment vendre des T-shirt représentant un vieux monsieur à la vue courte et à la mâchoire carrée ?

Par dessus tout, cette audace et ce sens du mélange servent un récit distrayant et un joli tissage d'atmosphère. Tout un goût pour le suivi du personnage, le temps et le soin accordés aux détails, un exquis sens de l'absurde, rappelant les rythmes doux du cinéma muet et burlesque : y a-t-il image plus décalée que celle d'un septuagénaire tirant sa maison volante à l'aide d'un tuyau d'arrosage ? Dix minutes plus tôt, la maison de bois s'envolait dans un glissement superbe de ballons colorés et les larmes montaient aux yeux devant cette fluide poésie numérique ; tout cela tient dans le même film, et l'on pardonne sans efforts les quelques moins bien d'une course-poursuite devant ce savoir-faire.

1 mai 2009

Tissage de miniatures exquises, tant d'humanité et de fantaisie en pâte à modeler

Le sens de la vie pour $9.99
par Tatia Rosenthal, nouvelles écrites par Etgar Keret (2009)

- Auriez-vous du feu ?
Merci.
Et au fait, auriez-vous une cigarette ?
Merci, vraiment merci.
C'est délicieux, un café et une cigarette, le matin. J'aimais beaucoup cela, avec ma femme. Vous n'auriez pas un dollar pour un café, justement ?
- Euh, je dois avoir ça. Je regarde. Mais vous portez un pistolet, c'est bien cela que vous avez à la main ?
- Oh, oui, mais il n'est pas à moi, je l'ai trouvé dans un carton.
- C'est tout de même très menaçant. Je vous donne tout mon argent. Mais épargnez-moi, je suis père de deux enfants.
- Non, non, ne vous inquiétez pas, je veux juste un dollar pour un café. Le pistolet, je l'ai pris comme ça, et ça m'a donné l'idée d'une expérience. Demander une cigarette et un café à la première personne dans la rue, et puis, si cette personne refuse, à quoi bon continuer ? (il place le pistolet sur sa tempe)
- Ne faites pas ça, je vais vous donner un dollar !
Mais d'un autre côté, c'est du chantage, cela me met mal à l'aise. Vous n'allez pas vous suicidez pour un dollar, vous tirez parti de ma crédulité. Je vous l'aurais bien donné, le dollar, mais là, je me sens vraiment manipulé, non, je ne vous donnerai rien. J'espère que vous comprenez ?
- Bien sûr, je comprends. Merci beaucoup.
L'homme se retourne, rassuré. Le clochard au pistolet appuie sur la détente.

Scène d'ouverture fascinante pour ce magnifique "Sens de la vie pour $9.99", qui donne le ton du film : situations quotidiennes toutes simples, sens du détails, humanité des personnages mais aussi leur bizarrerie douce, et humour noir mordant. Toute une batterie de personnages exquis se partagent une demi douzaine d'appartements dans un immeuble banal, père bedonnant, retraité solitaire, top-modèle sexy, adolescent attardé fumant de l'herbe, gamin de dix ans au père sévère. Les petites histoires s'entremêlent avec légèreté, sans laisser apparaître d'immenses coïncidences ou des recoupements artificiels, risque que court les films chorals aux multiples personnages. On sourit et on est dérouté par les chutes et les trouvailles, l'épilation de l'amant jusqu'aux cils ou la nage du dauphin, que d'idées.

Et la grande force du film tient à son utilisation de l'animation, présenter tout ce monde adorable et sombre à l'aide de personnages en pâte à modeler, silhouettes tremblantes, terriblement fragiles et humaines. Une prouesse impressionnante que cette collision, une technique d'animation plutôt réservée aux univers enfantins & films inoffensifs, appliquée à un univers étrange et bancal, à la fois quotidien et fantaisiste. Le film n'est absolument pas un film pour enfant, n'en déplaise au jeune père assis devant moi, accompagné de son fils de 9 ans ; mais je pense qu'il a rapidement compris la situation de lui-même : il cachait les yeux de son fils pour les quelques scènes dénudées du dernier tiers de film. Une pâte à modeler alors rose, sucrée comme un sucre d'orge, organique et vibrante, frémissante, sensuelle et moite, haletante, maladroite et souriant ravie comme après une jolie nuit d'amour et de jeu.

Il en devient presque difficile d'imaginer ces entrecroisements d'histoires présentés autrement, à l'aide d'acteurs en décors réels ; cette animation aux finitions pas totalement léchées, comme des coutures apparentes dans les petits copeaux apparents sur les visages des personnages : le vecteur idéal pour ce mélange des genres. Voici donc le "Short Cut" modeste et fantaisiste, le film choral qui tricote doucement les destins dérisoires avec les dérèglements amusants et fous. Etgar Keret est auteur de nouvelles, cela se sent, et l'envie monte de parcourir plus avant ses écrits et son univers, déjà entrevu avec le joli film "Les méduses" ; certains citent Buzzati, j'ai songé à un Raymond Carver fantaisiste, un Philip K. Dick moins paranoïaque, un Murakami occidental. Toute une ribambelle de champions de la nouvelle et de la miniature, en somme un délice.


30 mars 2009

Trois segments et un centre troublant entre l'humour

Memorîzu 
by Kôji Morimoto, Tensai Okamura and Katsuhiro Ôtomo (1995)

Une station spatiale abandonnée, tournant au rythme du souvenir et d'une cantatrice.

Un jeune chercheur déclenchant une alerte bactériologique en gobant une gélule bleu et rouge.

Une ville surchargée d'immenses canons, tirant sans fin vers un ennemi invisible.

Difficile de dégager une véritable unité entre les trois segments de ce long métrage animé japonais. La mémoire, pour tous les trois ? Elément évident du premier tronçon, arrière-plan de la dernière section, étendue comme une vision uchronique des délires guerriers de la première mondiale : casques dorés, villes immenses devenues abords de tranchées. Mais où classer la partie centrale et son dénouement burlesque, sa chute un peu facile ?

Pourtant moins travaillées esthétiquement, cette section centrale fascine fortement dans toute sa première partie, dépouillée des clichés qui peuvent alourdir un peu les autres tiers. Ici, un simple chercheur gobe une nouvelle pilule pour combattre sa fièvre ; à son réveil, tous ses collègues du centre de recherche ont été terrassés, gisent sur le sol, affreuses grimaces et membres distordus. Il appelle les secours, enfourche son vélo pour s'échapper, et ne cesse de rencontrer des cadavres, être saisis par la mort en pleine action, oiseaux tombant en plein vol. Vision d'horreur dans la lumière éclatante du soleil, attaque biologique introduite dans un dessin animé guilleret.

Certes, rapidement, les avions déversent bombes et missiles sur le pauvre cycliste, étirant l'idée comme un gag qu'il faut pousser au maximum ; mais l'idée originale impressionne et dérange toujours malgré cet humour énorme. Un homme devenant arme biologique par l'intermédiaire de sa seule transpiration, diffusant la mort tout autour de lui, et plus rapidement encore quand les émotions l'assaillent et le font suer plus intensément. Un seul homme pour tuer tous les autres malgré, l'attentat suicide biochimique.