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1 septembre 2010

"Be Bad !" remplace "Youth in Revolt" mais c'est toujours drôle

Be Bad !
by Miguel Arteta, with Michael Cera (2010)

J'avais vu "Youth in Revolt" en avril dernier, bien après sa sortie en janvier. Film sympathique, aux idées assez drôles, centré sur le comédien attachant Michael Cera. Le film n'a pas eu beaucoup de succès, Cera a un charisme trop distancié et second degré pour attirer les foules à lui tout seul...

Je me demandais alors si ce film sortirait un jour en France. Voici donc qui est cette première semaine de septembre sous l'abominable titre de "Be bad !" : sous la même logique que "The Hangover" devenant "Very bad Trip" ou "Get him to the Greek" se changeant en "American Trip" (on saisit le modèle...), les distributeurs semblent privilégier des titres superficiels, crétins et en anglais pour vendre leurs comédies en France. Logique un peu étrange...

Mais cela fait plaisir de savoir que quelques spectateurs français vont pouvoir goûter à ce Cera-movie pas désagréable. Dont les accents de folie valent d'ailleurs un peu mieux que ce qualificatif de Cera-movie : il ne faut pas oublier que "Youth in Revolt" est d'abord un livre publié en 1993 au succès assez conséquent.

Pour les curieux, mes commentaires d'avril dernier se trouvent ici, ainsi que la bande annonce US.

14 août 2010

Folie hystérique adolescente de Scott Pilgrim

Scott Pilgrim vs. The World
by Edgar Wrigth, with Michael Cerra, Mary Elizabeth Winstead, Jason Swartzman (2010)
sortie française: 20 octobre 2010

Hilarious
C'est le mot à employer en Amérique du Nord quand on parle d'un film à hurler de rire, certainement plus employé que le "hilarant" français. Je n'ai pas souvenir d'avoir entendu une cousine de 15 ans répéter plusieurs fois "c'est hilarant".

Ou mieux, hysterical.
Tout aussi difficile à bien prononcer pour un français, à cause du "h". Mais à utiliser sans retenu pour parler d'une série ou d'un bouquin à mourir de rire, ou un film totalement absurde, tel les Monty Pythons. Et hysterical est définitivement à utiliser pour ce monstrueux Scott Pilgrim vs. The World.

Scott a 22 ans et sort avec une jeune asiatique du lycée, 17 ans seulement ; normal, c'est le genre de chose qui arrive, surtout quand on peine toujours à se remettre d'une rupture douloureuse. Ca fait partie des aléas d'un deuil amoureux. Mais Scott aperçoit Ramona dans une soirée, moue vaguement cynique, chevelure rose, et c'est le coup de foudre. Cependant, pour pouvoir sortir avec Ramona, Scott va devoir se débarrasser des 7 ex de Ramona, et pas n'importe comment : en combat singulier à mort.

Hysterical, n'est-ce pas ?

Scott Pilgrim est une série de comics canadien, publiée en 6 volumes entre 2004 et 2010 ; un volume par ex de Ramona. Style fortement inspiré du manga, énormes références au jeux vidéos, humour profond avec une jolie caractérisation des personnages : Scott Pilgrim a ravi les adolescents nord-américains. Il s'est tout naturellement retrouvé adapté au cinéma, avec à la réalisation Edgar Wright, auteur des très hystériques Hot Fuzz et Shaun of the Dea, parodiques et hautement référencés pop : un client idéal pour la franchise.

Et la réalisation ne déçoit pas, terriblement rythmée, usant du split screen ou d'ellipses temporelles fusionnées par quelques astuces de mises en scènes, similaires au saut d'une case à une autre. Wright ne cache pas l'origine de l'histoire, la BD, et joue même avec, utilisant certaines planches du comics pour présenter quelques récits en voix off. Une superbe transposition des singularités de la BD, cet art séquentiel définit par Scott McCloud.

Mais plus qu'une bande dessinée, Scott Pilgrim est véritable film jeu vidéo, adoptant l'esthétique des jeux de combats tels Street Fighters ou Mortal Kombat pour les duels de Scott avec les ex maléfique. C'était l'approche adoptée par la bande dessinée, et le film respecte cette approche : barre de vie, incrustation d'un immense VS. entre les deux protagonistes vus de profil, apparition de lettres donnant le nombre de coups portés, pas de doute, on se retrouve dans une bonne salle d'arcade. Le film saute sans répit d'un ex à un autre, d'autant qu'il faut faire tenir les 6 volumes en 1h45 ; pas le temps de tergiverser. Donc, oui, un jeu vidéo, une suite de combats, avec quelques scènes intercalées pour faire avancer l'histoire. C'est l'un des plus profonds aboutissements d'un "film d'arcade", plus encore que Zombieland l'an passé, qui glissait un peu plus d'histoire entre son élimination systématique de zombies.

Film d'arcade, manga, jeux vidéos, Scott Pilgrim est un magnifique objet pop, terriblement référencé. Les combats s'enchaînent comme des duels de kung-fu ou de Matrix sous acide, totalement irréalistes, ultra-stylisé, tout pour la vitesse et le speed. Et le fun pour geek et autre amateur de genre, avec par exemple l'utilisation tels quels de certains bruitages 8 bits de jeux vidéos des années 90, comme Sonic.

Ajoutez à cela l'utilisation compulsive du téléphone portable, des fringues un peu fluo, un peu recherchés, des coupes de cheveux manga ou une obsession des ados pour trouver un nouvel amoureux, et vous obtenez un film générationnel. Un film symbole de l'adolescence américaine de l'année 2010.

Là, le déclic doit se faire : film d'ado générationnel, ne nous avait-on pas servi Juno ou Nick & Nora il y a quelques années ? Des ados, fans de musique, jouant souvent dans des groupes, focalisés sur les problèmes amoureux, souvent bien fringués dans le style geek ; la comparaison s'impose, d'autant que Scott est joué par Michael Cerra, un des emblèmes de la comédie adolescente de ces dernières années : mais oui, c'était lui, Nick, c'était lui, le copain de Juno. Certes, la liste des ingrédients semble les mêmes, musique + fringues + drague, mais Juno ou Nick&Nora plongeaient ces idées dans un bain tiède qui me les avait rendus terriblement désagréables. Des comédies assez cul-cul, avec quelques idées comique tournant à la formule, et une bande-son criant "achetez ma jolie compil' d'indie rock sympa". Leurs belles sensibilités à l'air du temps ado se trouvaient délavées par l'envie de plaire, de toucher le plus grand nombre, de rester accessible ; de recycler les vieilles méthodes.

Scott Pilgrim ne cherche pas à reprendre la formule de la comédie en l'upgradant, le film offre un objet tel que des adolescents en consommeraient. Zappeur, fort en vannes, saturés de clins d'oeils, allant à toute vitesse, un rythme fou que n'avaient pas les comédies molles citées plus haut. Les ingrédients classiques d'un monde zapping-internet-iPhone-jeux vidéos permanents sont juste poussés un peu plus loin, à la vitesse maximale, et l'on peut donc y trouver un sens certain de la création. Une forme inédite, fortement contemporaine : pas sûr que le résultat soit facile à digérer pour un plus de 30 ans, mais tout le monde se doit de reconnaître cette originalité, cette prise de risque, ce goût fou de la vitesse.

Intensité créative renforcée par le choix de morceaux presque tous inédits pour la bande son, un rock rugueux, rapide, riche en saturation. En parfaite adéquation avec des groupes comme Girls, Wavve, Japandroid, Blood Red Shoes (ces derniers glissant un morceau dans une scène), de la pop à haut rythme mais bruyante, saturée, pleine de jeunesse & d'appétit. Peut-être est-ce aussi une question de mode : Juno était sorti pendant une grosse vague folk, alors que les airs de l'années sont plus lo-fi &noisy... Mais les compositions de Nigel Godrich font merveille, le producteur de Radiohead, Beck ou Air s'est fait plaisir, et l'énergie fournie est superbe et entraînante, le rythme d'un mp3 partagé en fond du bus avec l'iPod glissé dans un jean slim.

Une euphorie, un appétit, un enthousiasme, un sens de l'hyperbole qui irrigue tout le film, une montagne russe dans un rêve d'ado un peu fou, qui mélangerait tous ses rêves, toutes ces idées fixes. Mais un sens du détail allant au delà le goût de la citation clinquante, présent dans les dialogues de ces ados speedés. Les auteurs & comédiens ont pris un plaisir évident à user des expressions passe-partout de la jeunesse nord-américaine, abusant du "awesome", du "totaly", du "sooo into this", ainsi que des rendez-vous chez Pizza Pizza ou Second Cup, les équivalents canadiens de Pizza Hut & Starbucks. Des détails qui ne seront pas forcément simple à transmettre au moment de la sortie française, mais qui offrent une belle immersion dans ce monde, une jolie justesse dans cet environnement hystérique.


8 août 2010

La finesse charmante d'une vie de famille lesbienne

The kids are all right 
by Lisa Cholodenko, with Julianne Moore, Annette Bening, Mark Ruffalo, Mia Wasikowska (2010)

L'été passait doucement et j'étais un peu surpris de ne pas avoir mon petit délice ciné issu de Sundance. Une de ces douces pépites américaines indépendantes, budgets pas très gros, au scénario charmant, laissant la place aux acteurs et à la société d'aujourd'hui. Une comédie intelligente, agréablement réalisé, un peu formaté dans son côté fauché, mais toujours frais. Où étaient les Squid and the Whale, Little Miss Sunshine, Me and you and everyone we know, (500) days of Summers, Brick de 2010, ces jolis chouchous qui ont égayé mon imaginaire ces dernières année ? Voire même un petit Juno ? Le festival ayant lieu en janvier, les films sortent souvent durant l'été, mais rien pour l'instant. Greenberg avait bien rempli son rôle de rappel indie plus tôt dans l'année, peut-être allait-il falloir attendre quelques lancements en septembre après le festival de Toronto ?

Mais voici donc "The kids are alright", qui affole le box office des sorties limitées depuis quelques semaines. Une histoire de famille, bien sûr, comme le titre l'indique, dans l'esprit Sundance des années passées, avec un casting prometteur. Et dès la scène d'ouverture, l'intérêt se trouve agrippé, une délicate finesse s'affiche à l'écran. Grande maison de banlieue américaine, deux adolescents chahutent, deux adolescentes discutent sentiments dans une chambre, deux femmes au salon discutent, complices, font une remarque au frère et à la soeur, attention éducatives. Ce sont les deux mères. Un couple avec deux enfants, comme partout aux Etats-Unis, mais un couple lesbien.

La simplicité et l'évidence de cette entrée en matière nous plonge aussitôt dans un quotidien rôdé par presque vingt ans de vie commune, où les jeunes rouspètent parce qu'ils ont des problèmes d'ados et trouvent leurs mères un peu oppressantes. Pas d'effets, aucune situation surlignée, et cette simplicité affiche la plus grande audace d'un film sortant sur les cendres encore chaudes de Bush et du néo-conservatisme : un film de famille, d'ado et de crise de la quarantaine, classique, mais lesbien.

L'effet est d'autant plus frappant à travers le choix des deux actrices principales, ayant déjà embrassé le rôle d'housewife dans certains films marquants. Julianne Moore, magnifique dans Far from Heaven ou Shortcuts, et plus encore Annette Bening, au rôle presque icônique dans American Beauty il y a plus de 10 ans. Les voici maintenant en couple, plus âgées, tellement complices & tendres, s'aimant, menant leur foyer, discutant des problèmes ou sortant un DVD X pour pimenter le lit conjugal. La vie de couple n'est pas simple, qu'on soit homo ou hétéro, et il y aura toujours un membre soudain surmené qui boira un peu trop de vin à un dîner et dira quelques bêtises.

Le film affiche donc une tendresse banal & normalisé, pour un couple apparemment hors de la norme, et la douceur de cette peinture s'écoule magnifique et réjouissante.

Bien sûr, il serait intéressant de positionner plus clairement l'idéologie central du film. Film très libéral par sa normalisation du couple lesbien, de l'insémination artificiel hors de la famille traditionnelle ? Film vaguement conservateur par sa présentation d'une famille fort classique, aux valeurs finalement peu révolutionnaires : un toit et une famille heureuse, heureuse ? La frontière est mince, l'éclairage grisé et les nuances variées, la réponse peu évidente ; peut-être, tout simplement, parce que tout le monde ne peut pas être un militant aux aspirations d'absolu, mais cherche aussi une vie agréable sans remettre en cause toute la société, mais en ayant aussi une jolie carrière hospitalière ; il faut des avants-gardes et des révolutionnaires, il faut aussi une masse intégrant doucement de nouveaux principes et les adaptant à sa sauce. On peut d'ailleurs imaginer que les luttes n'ont pas dû manquer pour ces deux femmes en vingt ans de vie commune, mais on ne les voit qu'après la guerre, dans une escarmouche du quotidien, dans leur vie normale.

C'est un peu le commentaire que m'avait fait une amie à la sortie de Brokeback Mountain : "bah, c'est nul : en fait, c'est juste une histoire d'amour ultra-classique, un gros mélo". Ce commentaire m'avait finalement semblé une belle victoire pour Ang Lee, finalement : rendre une histoire de cowboys homo aussi légère et touchante qu'une histoire d'amour hollywoodienne, un joli symbole de normalisation. Ici, la situation est encore plus banale, pas d'homosexualité rentrée dans un milieu caricaturalement macho comme celui des cowboys, juste deux femmes cherchant à vivre leur amour et leur vie de famille. Un degré supplémentaire dans une normalisation du couple homosexuel.

Mais si le film présente une ravissante normalisation, il ne fait pas totalement l'impasse sur la singularité de la situation. Qui dit enfant dit père biologique, ici par la voie d'un donneur de sperme. Donneur dont l'existence ne manque pas de titiller les deux adolescents, qui en retrouve la trace : que peut-il advenir quand le donneur est mis en contact avec la famille avec laquelle il est biologiquement lié ?

Voilà le moteur du film, moteur léger et progressif grâce à la finesse du scénario et de la conduite d'acteur. Mark Ruffalo offre un ancien donneur joyeusement immature, mais sans excès, en contre-point parfait du couple féminin mûr et doucement tourmenté par la vie de famille. Le film varie parfaitement les registres, les petits tubes indie rock, les jolies répliques, les beaux plans et les ado mignons et sensibles, comme Mia Wasikowska, si prometteuse quand on lui offre plus d'espace que les fonds verts 3D d'Alice. Toute une galerie de portraits magnifique ; mais une séquence hantera longuement la mémoire, le silence douloureux d'Annette Bening au cours d'un dîner, prise soudain de doutes, d'une terrible peine amoureuse. Ce silence progressif et intense résonne longtemps, longtemps, longtemps.

3 avril 2010

Un Cera honnête et un divertissement attachant

Youth in Revolt
by Miguel Arteta, with Michael Cera (2010)

Depuis quelques années, Michael Cera incarne la figure de l'adolescent un peu empoté, longiligne, timide, un peu mignon, plutôt pâle. Il a joué la belle endive attachante dans Juno ou Superbad avec un certain succès, une touche personnelle assez distanciée : une certaine impassibilité sensible d'où surgissent parfois les blagues les plus abominables, lancées comme si de rien n'était.

Il sera assez intéressant comment évolue ce petit talent comique de l'acteur canadien. Youth in Revolt ne révolutionne son rôle de timide toujours puceau. Changement par petites touches : voici notre Cera empoté doublé d'une deuxième personnalité, François le séducteur français nihiliste, pantalon immaculé, petite moustache et gauloise. L'extension du jeu d'acteur n'est pas très subtile, mais qu'importe, le film n'est pas désagréable.

Nouvelle itération de l'adolescent américain un peu timide & paumée, tombant amoureux, un peu honteux de sa virginité de 16 ans. Michael Cera ne révolutionne pas tellement son jeu, et le film ne révolutionne pas la comédie indie US à la Juno, petits personnages pittoresques et musique folk de bon goût. Mais quelques situations sont assez loufoques pour rendre le film distrayant : des marins qui reconstruisent une voiture dans une maison, pièce par pièce ! Une école privée élitiste où tout le monde parle français ! Des types en caleçon par solidarité avec les immigrés !

Pas de date de sortie française pour l'instant... Il serait dommage de ne pas avoir accès à ce divertissement plutôt attachant...


Ben Stiller flotte en Greenberg et la mélancolie se fait amusante et touchante

Greenberg
by Noah Baumbach, with Ben Stiller, Greta Gerwig (2010)

Roger Greenberg habite New York et travaille comme menuisier ; il aime l'idée de construire des objets. C'est plus tangible que de se souvenir les rêves déçus de succès rock d'il y a vingt ans, surtout quand on sort d'un séjour en hôpital psychiatrique. Mais en ce moment, Roger Greenberg veut rester à ne rien faire : garder la maison de son frère à Los Angeles, parti en vacances lointaines, et ne rien faire.

C'est donc un Ben Stiller minéral que l'on voit bouger à l'écran, souvent seul, souvent silencieux, quarantenaire sans illusions ni avenir, une sobriété impressionnante. Il écrit des lettres de réclamations à différentes compagnie comme Starbucks, il traîne avec ses vieux potes d'enfance, il écoute des vinyles ; il drague la nounou de son frère sans savoir trop pourquoi, sans savoir ce qu'il fait. Elle-même est assez déboussolée, sortant d'une longue relation, chantant dans un petit bar, parfois, aimant les chiens.

Un film sur pas grand chose, donc, si l'on considère qu'il faut beaucoup d'événements dans un film, un scénario quantifié au nombre de retournements de situations. Rien qu'un film de mal-être diffus, les amis retrouvés, une ancienne copine, un flottement.

Noah Baumbach tisse un parfait écrin de mélancolie douce dans Los Angeles, un peu de mal dans les barbecues ensoleillés. Ses plans prennent leur temps, portés par une bande son pop 70s, une lumière tirées elle aussi vers des teintes passées, vieux films indépendants US façon Cassevettes ou premiers Scorcese ; LA des années 2000 avec une saudade d'il y a trente ans. Obsessions rappelant celles de the Squid and the Whale, un précédent film de Baumbach qui prenait place dans les années 80. Baumbach n'est pas collaborateur de Wes Anderson pour rien, amateur de détails et d'atmosphères vintage.

Mais au delà du vernis et de l'enrobage parfaitement maîtrisé, c'est le soucis apporté à la conduite d'acteurs et aux dialogues qui impressionne. Ben Stiller a rarement été contrôlé ainsi, bloc en veilleuse explosant parfois, vague somnambule sous le soleil au flottement fascinant ; les petites phrases font mouche, et les petites tendresses n'en sont que plus touchantes.


28 mars 2010

La folie d'une lettre d'amour à guitares bruyantes

I'm the man who loves you
by Wilco (2002)

Yankee Hotel Foxtrot, album monstre de Wilco publié en 2002, un classique, un disque à la gestation compliquée. Ou comment la country alternative s'était mise à muter en rock, en expériences sonores. Je ne vais pas m'attarder sur ces détails, certains en parlent bien mieux que moi.

Mais difficile de ne pas dire un mot sur I'm the man who loves you, une chanson qui me fascine en ce moment. Un va et vient de guitare saturée et mélodie fine, texte balancé presque en un seul comme de l'écriture automatique, transition parfaite en rebondissement, un solo qui surgit en s'enchaînant sans accroc : une merveille. Une petite folie bruyante, rigolarde, presque un peu angoissée. Comment écrire une lettre d'amour quand on ne sait pas quoi dire, quand il est bien plus parlant de prendre la main d'une fille ?


5 février 2010

Bright Star est pâle et bien peu lyrique

Bright Star
by Jane Campion, with Abbie Cornish & Ben Wishaw (2009)

"Je recherche les instants poétiques. Ces moments où les mots veulent sortir trop vite, se bousculent, s'échappent, incontrôlables."
Nicolas Sornaga, réalisateur du Dernier des Immobiles

La poésie romantique offrait lyrisme et débordements, et John Keats en fut un des plus beaux représentants du Royaume-Uni. Verve magnifique et bouffées follement amoureuses nimbent ses plus beaux poèmes, parfaits témoins de sa légende ; amoureux fou pendant trois ans de Fanny Brawne, il meurt de la tuberculose à 25 ans. Ses derniers vers témoignent d'un amour immense & désespéré, dément - Fanny et John n'ont pourtant pas échangé plus que quelques baisers.

L'histoire laisse rêveur, touchante aux yeux d'un large public, bien plus large que les spécialistes de vers romantique. Il est presque surprenant que le cinéma ne s'en soit pas emparé plus tôt ou plus souvent, étant donnée la stature de Keats dans le monde anglo-saxon.

Jane Campion s'attaque donc au mythe rempli d'enthousiasme et de respect. Elle n'hésitait pas à parler de "la première grande histoire d'amour moderne", plus touchante que Roméo & Juliette - simple fiction. Les costumes du XVIIIème siècle s'animent donc parfait à l'écran, les jeunes visages, un superbe accent britannique & une belle diction ; esthétiquement proche de la perfection.

Pourtant, le film ne m'a pas totalement convaincu. Je le reconnais, je suis certainement passé à côté des subtilités de la langue anglaise, très recherchée, niveau trop élevé pour mon anglais moderne et pas totalement courant. Mais c'est l'élan du film qui a plus fait question à mes yeux : où allait-il ? avec quelle envie de lyrisme, quel bousculement, quelle envie d'images qui s'échapperaient toutes seules ?

L'interview de Nicolas Sornega m'a à nouveau revenu en mémoire. Cherchant à réaliser un documentaire sur le poète Matthieu Messagier, il avait avoué s'être trouvé dans une impasse. Comment montrer la poésie de Messagier à l'écran ? Pas par l'interview, ni les lectures banales de vers, mais en faisant soi-même de la poésie, par les images & son film lui-même.

Et c'est quand Jane Campion se fait poète que Bright Star s'élance et trace des vers à l'écran, rendant hommage à la poésie. Voici Keats allongé au sommet d'un arbre en fleur, voici un coeur de voix d'hommes qui se prolonge dans la scène suivante, un plan très large sur un champs au vert magnifique, une entrée au bois dans un décor enneigé. Les jeux de teintes sont souvent brillants, la mise en scène maîtrisée, comme ce superbe plan de 1-2-3 soleil improvisé avec une gamine rousse. Beau, vif, frais comme un amour de vingt ans.

Mais l'ensemble du film ne tient pas cette folie et goût esthétique purement cinématographique. Sans même parler de la longue marche à la mort de Keats, beaucoup de passages génèrent une étrange déception. Keats et Fanny assis côte à côte, mêlant leurs doigts, pendant que Keats offre, ému, ses plus beaux vers d'amour ; beau, mais tellement classique, presque distant et froid, avec un jeu convenu : comme les regards instables de Keats semblent prévisibles. N'y avait-il pas moyen de chercher un montage plus original, peut-être plus éloigné de la réalité, plus fantaisiste ? La conventionnelle biopic apporte un peu trop de sagesse aux élans picturesque magnifiques de Jane Campion.

A tel point que je me suis interrogé : suis-je vraiment intéressé par une telle histoire d'amour ? Amour débordant de jeunesse, amour fou, amour tragique et donc éternel. Le déroulement du film m'a surtout donné une impression d'histoire mono-dimensionnelle, plus que de mythe idéal & indépassable.
Je n'aurais certainement pas dit cela il y a quelques années ; mais même grandiose & follement romantique, cette histoire d'amour en costumes m'a paru bien plate, m'a à peine touché.

Quel intérêt à retranscrire avec tant de respect cette histoire réelle ? Comment aurait-on pu s'y prendre pour éviter les pièges de la reconstitution ?

Explorer la place de Keats dans le public actuel aurait pu être intéressant, en partie mêlée avec les faits historiques. Quoique les risques de superficialité deviennent plus grands, puisqu'il faut développer deux demi-films. D'ailleurs, oups, l'expérience a été réalisée pour une autre figure tragique de la littérature anglaise, Virginia Woolf. The Hours ; quoique Prix Pulitzer, le roman n'est pas loin de la catastrophe et de la caricature, et le film ne surnage que grâce à ses actrices...

De même, quelques plans de nature, bruts, m'ont laissé espérer une poésie discrète et puissante comme celle de Lady Chaterley de Pascale Ferran. Bien sûr, le caractère platonique des amours de Keats rendait impossible des élans sensuels comme ceux de Marina Hands ; mais cette plans de fleurs et de nature m'ont paru assez sous-exploités par Jane Campion...
Ou n'aurait-il pas fallu tenter une expérience plus folle, un système mêlant rêve et réalité historique ? Une approche façon Todd Haynes cherchant à capter Bob Dylan dans I'm not there, irrespectueuse des faits bruts, mais visant au respect de la légende, de l'image, du travail de l'artiste. Démarche très risquées & instables, mais les rares moments fantaisistes de Bright Star laissent quelques regrets...

Mais d'une certaine manière, cette approche totale & débridée a déjà utilisée pour rendre hommage à John Keats ; il s'agit d'Hyperion, le cycle de Science-Fiction de Dan Simmons. L'histoire de Keats apparaît à travers un clone créé à partir du code génétique du poète, et la destinée de l'univers se voit liée au poète romantique, les planètes nommées comme ses poèmes, les lieux, les personnages. Hommage post-moderne indépassable, à la créativité vertigineuse, qui m'avait fait rêver de la destinée de Keats pendant de longues semaines ; Bright Star paraît bien pâle par comparaison.


22 janvier 2010

La douce profondeur d'une belle adaptation de roman

A single man
by Tom Ford, with Colin Firth, Julianne Moore, Nicholas Hoult (2009)

George ne parvient pas à effacer Jim de sa mémoire, sa mort tragique sur une route verglacée, et sa vie de professeur de littérature ne parvient pas à lui offrir aucun espoir. Une magnifique maison, une vieille copine-maîtresse et quelques mignons étudiants, mais que faire ?

Mais arrêtons vite le pitch qui risque de faire fuir les spectateurs allergiques aux films pour Oscars. Professeur homosexuel déprimé offrant une performance d'acteur magnifique, banlieue américaine des années 60 et l'esthétisme au diapason, une adaptation sérieuse de roman, tellement de cases cochées, un élève sérieux pour la saison des prix. N'avons-nous pas déjà eu droit à Revolutionnary Road l'an passé ? Et le réalisateur est un ancien designer de Gucci en plus ? Quelle histoire.

Et pourtant il arrive parfois qu'Hollywood sache tirer partie au mieux d'un joli texte littéraire. "A single man", roman de Christopher Isherwood publié en 1964, offre ainsi une jolie structure, des personnages incarnés, le rythme et la cohérence de ses 186 pages, la profondeur fait plaisir à voir. C'est un certain classicisme narratif qui défile à l'écran, l'unité de temps d'une journée émaillée de flash-back, et l'on retrouve le plaisir des adaptations classiques des années 50 comme "The long week-end". Un sens de la scène et des caractères familier mais plutôt profond.

Ce joli goût de littérature est parfaitement incarnés par les acteurs, et bien entendu Colin Firth, présent sur presque chaque scène. Il est l'homme célibataire et joue parfaitement des oscillations d'humeurs du personnage, troublé, aimant, fragile, souriant, un peu perdu, charismatique aussi. Les critiques parlent certainement du rôle de sa carrière, il a reçu le premier prix du festival de Venise et devrait être nommé aux Oscars, aucun doute ; par delà la liste de superlatifs, la performance est délicieusement offerte, souvent exquise.

Mais le film serait certainement convenu sans la réalisation léchée de Tom Ford, à l'esthétisme très travaillé, très régulièrement fascinant. Le designer joue avec les cadres, les ralentis, les moments silencieux, les filtres de caméra - gris dans la déprime du présent et tremblants comme au Kodacrhome dans les flashbacks ; et il peut être taxé à raison d'un certain maniérisme, d'une obsession du paraître qui peut en agacer. Pourtant, l'originalité des trouvailles visuelles se fait rapidement plus séduisante qu'agaçante, le film happe et plonge dans les états d'âme de George. La profondeur du personnage et son flot de conscience, son monde, et le réalisateur parvient à mon avis à éviter à garder le décorum des années 60 au rang de décor, sans en faire le sujet premier du film : oui, on aperçoit l'affiche de Psycho ou la coupe James Dean d'un jeune, mais simplement comme accessoires associés aux déambulations de Georges, sans sulignage.

Le plus impressionnant peut-être est la capacité de Tom Ford a doubler ses exigences esthétiques d'un humour doux et subtil. Avec en point d'orgue un modèle de mise en scène, une séquence de suicide absurde et amusante : où vous tireriez-vous une balle dans la tête, hein, dans la baignoire glissante, sur le lit, plongé dans un sac de couchage ? Les hésitations désabusées de Georges, pistolet en main, sont drôles, touchantes, pleines de fragilité et de va-et-vient, follement humaines, comme le portrait d'ensemble de ce célibataire.


16 janvier 2010

Une nouvelle fois agacé par Jason Reitman

Up in the air
by Jason Reitman, with Georges Clooney, Vera Farmiga, Anna Kendrick (2009)

Sauter d'avion en avion constitue le quotidien de l'homme d'affaire moderne, l'employé modèle do monde global, et Ryan Bingham se veut un exemple parfait. 300.000 miles en avion l'an passé, plus que la distance Terre - Lune, et 320 nuits passées dans des hôtels loin de chez lui. Mode de vie idéal pour ce prosélyte d'une vie sans attache, une vie de voyageur léger sans vraie possession ni relations véritables pour surcharger son sac à dos. Les tempes grisonnantes de Ryan ne ternissent pas son sourire et sa gouaille, voilà exactement comment il souhaite vivre, là haut, tout là haut, redescendant juste au sol pour manier l'une de ses innombrables cartes de grand voyageur.

Ryan, c'est Georges Clooney, et qui d'autre aurait pu aussi bien se glisser dans la peau de ce personnage ? Georges déroule parfaitement son rôle de séducteur, cool, doucement cynique, parfois un peu maussade aussi, et devrait logiquement se voir nommer aux Oscars ; parfait professionnel s'amusant sans retenue dans ce rôle fait pour lui.

"Up in the air" nous offre un Clooney réjouissant mais surtout une fable à la thématique bien moderne. Ryan vole ainsi aux quatre coins des Etats-Unis pour aller annoncer leur licenciement à des employés, agent chargé de sous-traiter la mauvaise nouvelle en échange de mots bien choisis et d'une brochure de réinsertion. Jolie idée fort contemporaine, prometteuse, et qui semble riche de possibilités quand le bel équilibre de Ryan se voit bousculer par plus contemporain que lui : une jeune cadre aux dents longues suggèrent d'annoncer les licenciements par webcam pour économiser les coûts. La sous-traitance des ressources humaines déshumanisée se voit rattrapée par la nouvelle économie numérique, le face-à-face semble prometteur, d'autant que les comédiennes offrent un joli répondant à Clooney.

Mais hélas, si Jason Reitman sait parfaitement choisir ses sujets, fortement dans l'air du temps, il ne me semble pas vraiment à la hauteur pour les exploiter à fond."Thank you for smoking" m'avait laissé un goût de cynisme soft sentant bon la pause superficielle, "Juno" m'avait paru bien surcoté une fois assimilées les quelques ficelles de son scénario, et ce "Up in the air" ne m'a pas semblé beaucoup décoller non plus. Le film débute sur un bon rythme, scènes un peu faciles dans les aérogares et images de nuages, plans aériens des villes visitées, mais le film se fait peu à peu plus frustrant au fil des minutes. Tant d'idées qu'il aurait été bon d'insérer, tant de scènes peut-être pas tellement bien filmées, tant de superficiel !

Les visages licenciés défilent en vitesse, lâchant à peine une phrase ou deux, et l'effet fait sourire au début, mais n'évolue pas : un autre cadrage, un peu plus de temps pour laisser l'humanité s'installer ? Non. La répétition pour surligner la déshumanisation, j'imagine, mais elle confine surtout au monodimensionnel ici, rien que l'envie d'exploiter une idée pas trop mal.

Même répétition creuse dans les vues aériennes des villes visitées : pourquoi aucune vue sur le terrain, aucune prise des quartiers en restructuration dans l'Amérique profonde ? Envie d'insister sur les voyages sans prise sur le réel du Clooney voyageur, peut-être. Mais question de budget, I presume, pour pouvoir filmer presque tout en studio, mais quelques vues en voitures, sur le terrain, auraient-elles coûté beaucoup plus ? Elles auraient pu ouvrir un contre-champ pas inintéressant.

Je pourrais également m'attarder sur la sous-exploitation de l'outil Internet dans un film cherchant à évoquer l'économie moderne. Mais le plus déplorable est certainement ailleurs, plus que dans les détails qu'il aurait été possible d'inclure pour donner du corps au film, le plonger au plus près du réel. Ce n'est somme toute qu'une comédie hollywoodienne, que diable, alors n'insistons pas plus la sous-exploitation du réel et du social. Mais hélas, la comédie se met elle-même à frustrer le spectateur par son absence de folie et son dérapage vers une morale conventionnelle et conservatrice.

A mi-film, Ryan accepte finalement de se rendre au mariage de sa soeur, dans le fin fond des Etats-Unis. Respiration salvatrice pour le récit, quittant enfin les décors répétitifs d'aéroports, changement de rythme agréable pour quelques passages tendres en couples ; ouf. Mais la respiration se fait peu à peu coeur du film, son idéal de moins en moins secret, la voie à choisir, la morale : oui, Ryan a tout faux en refusant les attaches et les liens sociaux, la voilà la vie véritable, la vie de couple, la construction d'une famille sans laquelle on n'évolue qu'en vase creux. Peut-on faire plus binaire et aussi peu subtile ? Le film ne joue plus alors d'aucune ambiguïté, laissant plonger Clooney dans ses regrets, vainqueur désabusé de ses rêves de voyageurs à 10 millions de miles, solitaires sans espoir dans son monde d'aéroport.

Jason Reitman ne ménage aucune troisième voie et il n'y a là rien de trop surprenant dans ce joli faiseur sans vraie profondeur. Il tisse des comédie agréables, faussement subversives mais très, très gentillettes, constituant une sorte de cinéma du milieu à l'américaine. Un peu moins formatées que les grosses comédies romantiques superficielles d'Hollywood ; quoique, le succès aidant, quelques gros noms devraient s'ajouter à ses prochains casting... Mais définitivement trop conventionnelles, superficielles et sans aspérités pour rejoindre le plus intéressant cinéma indé US. Verre à moitié plein ou moitié vide, tout dépend des points de vue pour ce film plutôt sympathique au final, pas trop stupide, aux comédiens agréables. Mais le fort soutien critique finit toujours par perturber mes séances de Reitman, générant chez moi un profond agacement en songeant à toutes les portes stylistiques, scénaristiques ou idéologiques que Jason ne sait pas ouvrir.


20 juin 2009

Une histoire classique, où les indécisions et les mystères racontent plus que le récit

Two Lovers 
by James Gray, with Joaquin Phoenix & Gwyneth Paltrow (2008) 

Travailler dans la boutique familiale, vivre à nouveau dans sa chambre chez ses parents, le même petit quartier et sa communauté étriquée ; flotter les épaules rondes dans une lumière terne ; Leonard ne parvient pas vraiment à sortir de sa dépression, la séparation d'avec sa fiancée ne se dissipe pas. Il ne lève plus vraiment les yeux en marchant et trébuche tout de même, maladroit, il ne voit plus trop où aller ; ne rencontre pas grand monde hors sa famille. Mais deux jeunes filles se matérialisent peu à peu dans son entourage, blonde voisine pétillante, brune relation de ses parents. Les épaules de Leonard se redressent doucement et son teint reprend quelques couleurs.

Two Lovers. Un titre comme un étiquette posée sur un cahier en début d'écriture, un terme général, un label extrêmement simple : tiens, je vais tenter d'écrire un film sur un homme perdu entre deux maîtresses. Un titre mince comme un pitch ou comme la phrase d'accroche d'une bande annonce, un titre comme un programme pour le projet dans son ensemble : Leonard est attiré par la blonde sensuelle, garde un oeil sur la brune timide et sûre, il n'y aura pas de grand rebondissement à attendre. Le titre s'affiche honnête, le fil du récit n'est qu'une banale ficelle placée entre deux punaises sur un panneau de liège, sans twist inouï, sans large ramification, sans l'idée géniale d'un scénariste petit malin. Pas fantôme revenant consoler sa fiancée ni d'amants vieillissants avec des flèches du temps inversées, rien qu'un homme tournant la tête d'une fille à l'autre en un classicisme assumé ; récit compact comme un tragédie, à la fin prévisible qui aura lieu sans surprise en temps voulu.

L'absence de surprise et d'originalité narrative n'a jamais empêché la profondeur d'une récit et la densité de ses thèmes, véhiculée dans sa grandeur formelle. La puissance d'une versification géniale se trouve ici remplacée par le soin apporté aux images, lumière au gris terne, passé, immobile, urbain et terriblement engoncé, à la minutie des cadres tendus par le peintre James Gray. Les plans s'écoulent au plus proche des êtres et des murs, silhouettes au glissement piétinant entre une porte et une fenêtre, entre deux cheminées de briques, une portion de Brooklyn réduite à ses intérieurs et petites cours et rues aperçues au plus bas du sol ; un Brooklyn d'où l'horizon semble avoir disparue, où le plan large se voit quasiment interdit, tout bonnement inconcevable. James Gray tisse minutieusement l'étouffement de Leonard, son monde étriqué, l'enfermement familiale dans des pièces aux vieux bibelots de Juifs de Russie. Thème classique des films de James Gray, la vision du microcosme russe du Brooklyn est poussé aux limites de sa logique d'enfermement communautaire ; évoluer dans une telle Little Odessa distille une douce impression de claustrophobie. A la sortie de ce film, le spectateur se découvre souvent pris d'une envie de marcher longuement dans de larges avenues joliment éclairées.

Cette puissance formelle souligne l'épaisseur psychologique du drame présentée. Le récit ne parcourra qu'une mince distance entre les punaises de début et de fin, mais ce fil apparemment étriqué, sans vraie bifurcation, vibre sans cesse comme les regards fous de Leonard d'une fille à l'autre. La blonde, sensuelle, séduisante, sensuelle, instable, déjà engagée dans une relation complexe avec un riche rival inatteignable ? La brune, douce, plaisant à ses parents, timide, toujours à l'écoute, attentive, aimante ? Leonard saute de l'une à l'autre, terriblement passionné par la vigueur blonde, pas totalement insensible à la douceur brune, et le voici jonglant avec téléphone portable et sorties ici ou là, dîner sur Manhattan ou fête de famille dans une salle des fêtes de Brooklyn ; souvent, sa mère le réveille en fin de matinée.

Oui, Leonard offre une figure de grand adolescent, par son contexte familiale et par ses réactions instantanées, ses réactions immédiates aux propositions qui se présentent : allons en boîte ce soir, allons dîner avec mon amant, allons déjeuner tranquillement au bord de la plage, partons pour San Francisco demain matin, allons-y ! Indécision puérile, jugerons la plupart, instabilité chronique ; n'oubliez pas qu'il prend des pilules pour atténuer ses envies suicidaires, il n'est pas très bien dans sa tête, ce garçon ! Mais n'oublions pas non plus qu'une pilule n'est pas synonyme d'un diagnostique chronique : Leonard a été rompu d'avec sa fiancée par pression familiale il y a quatre mois à peine, après de longues années de vie commune, de nombreux projets de mariage. Quatre mois seulement ; peut-on imaginer retrouver une vraie sérénité en une poignée de mois après s'être trouvé aussi déboussolé ?

En offrant peu à peu des détails supplémentaires, des bribes de l'arrière-plan, le film dessine délicatement un espace de liberté pour le spectateur, un jeu de pistes et d'hypothèses potentielles ; une zone d'indécision et d'interprétation, plutôt agréable pour ceux appréciant de pouvoir construire leur propre histoire à partir du récit qui se déroule à l'écran, loin des cheminements corsetés et unidimensionnels des scénarios. Quatre tentatives de suicide préalables ? Avant cette rupture, juste avant, juste après, étalée sur plusieurs mois ? Signes d'une instabilité profonde ou simplement d'une sensibilité débordante ? Difficile de cerner totalement les personnages, de les résumer en quelques phrases : ils naviguent de quelques pas à peine sur les courts centimètres du fil narratif, mais ils naviguent chargés de toutes leurs dimensions affectives et de toute leur histoire personnelle, que l'on ne devine pas toujours, de même que les personnages peinent à lever toute incertitude concernant leurs relations.

Two Lovers, un film à l'histoire classique et prévisible, mais où, finalement, la présence de mystère s'affiche évidente, le mystère comme caractéristique intrinsèque du sentiment amoureux : que pense l'autre, bien sûr, interrogation classique, mais surtout, le film met en scène un mystère plus profond ; pourquoi une telle attirance ? Leonard ne peut se détacher de la blonde magnifique ; fidèle assurément au sursaut de vitalité qu'elle a généré, attiré irrépressiblement par la sensualité, certes, par la folie douce, l'insouciance, le besoin d'amitié de cette femme ; mais bon sang, pourquoi accepte-t-il docilement sa passion en dépit de tous les signaux contraires offerts par cette femme, son amour profond pour son amant, la manière dont elle se sert de Leonard sans rien lui offrir en échange, rien qu'un peu de tendresse amicale ? Pourquoi continuer à aimer ainsi ? Et cette question se transpose aux autres personnages, en particulier celui de la brune douce et sérieuse : mais pourquoi continue-t-elle à aimer ainsi ce Leonard, aussi instable, tellement indécit ?

En laissant ce mystère ouvert, tout du moins en y maintenant une part d'incertitude, Two Lovers met en scène une caractéristique que les comédies romantiques classiques approchent à peine, ou très schématiquement. Pourquoi se découvre-t-on amoureux et pourquoi reste-t-on parfois fidèle à l'étincelle originale en dépit des vents contraires ? Le film n'hésite pas à s'afficher faible, indécis, et même sans solution, juste ouvert sur l'avenir : comme dans toute tragédie, seul le compromis permet de survivre et continuer, seule la concession aux idéaux permet de respirer encore un peu après l'amour fou.


11 mars 2009

Symphonie de couleurs et de sourire pour un Bonheur à l'ombre subtile

Le bonheur 
par Agnès Varda, avec Jean-Claude Drouot (1965)

Le bonheur, des couleurs éclatantes et une vie douce dans la banlieue parisienne encore provinciale. Fontenay-aux-Roses, au début des années 60, la campagne est à portée de main, de regard et de chaque week-end, et les bois accueillent magnifiquement François et sa famille tous les dimanches. Deux jeunes enfant jouant dans les herbes et faisant la sieste sous les arbres, les parents peuvent rester tendrement étendus, et se réjouir de la douceur d'être ensemble, de ce bonheur de vivre.

Les images flottent, les couleurs sourient et les pique-nique n'acceptent de s'arrêter que pour laisser place aux déjeuners dominicaux dans les jardins familiaux. 
Voici une ville où il est impossible de parler sans sourire.

Sourire du menuisier empruntant la 2CV camionnette de son oncle, volant le quignon de pain d'une baguette, songeant aux lions du zoo de Vincennes, et souriant encore à la postière aux jolies barrettes sur ses cheveux blonds bien peignés, souriant au visage éclatant de la jeune fille, à sa parfaite amabilité. Oh, et en plus, vous allez bientôt déménager ? Justement à Fontenay-aux-Roses ? Quelle coïncidence.

Alors on partage un café sur une grande terrasse au soleil. On bavarde, on plaisante. Les clients aux autres tables commandent une bière magnifiquement blonde, une menthe à l'eau, un mystère au chocolat. Le regard saute du visage aux écriteaux, des petits détails aux alentours, l'oeil accommode au loin ou sur son épaule, sur la droite pour ne voir que la moitié du regard vert sous les mèches blondes, capture une cigarette allumée tout près ou le panneau d'une bouche d'incendie. Un rêve surgit, éclair, une autre image, tout est léger, et les images tourbillonnent dans le soudain silence, Mozart s'est tu pour quelques instants, mais la ronde ne s'arrête pas et les visages toujours plus éclatants dans la découverte de cette rencontre.

Et, somme toute, "le bonheur, ça s'additionne", n'est-ce pas ?
Alors, François aime Emilie comme il aime Thérèse, sa femme. Il aime les deux, et il n'y a aucun problème à cela. Il aime la douceur de Thérèse, sa tendresse, sa vie avec les petits et leur famille qui s'installe joliment. Il aime Emilie, radieuse, attirante, qui fait bien mieux l'amour et s'amuse plus dans l'amour. François aime les deux femmes, "c'est bête de se priver de vie, d'amour". Et les dialogues sourient encore dans toutes les bouches, la jalousie ne semble pas exister à Fontenay-aux Roses en 1965 et tout le monde danse au bal le samedi, les couples tournent sans fin, et François avec Thérèse, et François avec Emilie, et François avec Thérèse.

La longue bande claire du bonheur dont les couleurs ne prennent jamais de repos, n'élèvent jamais la voix et ne semblent jamais se trouver face à des soucis, des problèmes.
François peut même parler de son nouvel amour à sa femme et les voici faisant aussitôt l'amour dans la forêt pendant la sieste des petits.

Le drame n'est qu'un battement de coeur s'accélérant soudain, et rapidement contrôlé. Les incompréhension des pêcheurs face à la recherche, les gémissements d'un enfant, un ralenti ressassé trois fois dans le silence d'une forêt, deux bouquets de fleurs jaunes sur une terre sombre, dans une ombre un peu plus présente.
Au milieu du bonheur, le drame n'est que changement de couleurs des habits, la chemise à carreau brune côtoie la robe de chambre violet sombre dans des tableaux inimaginables l'été. Mais bien vite reviennent les toiles bleu lavande et les pull moutarde pour l'automne, les teintes n'éclatent plus de rire mais sourient encore. Au milieu du bonheur et de l'amour que l'on ne peut perdre totalement, l'angoisse se dissipe comme une veste sombre que l'on repose dans l'armoire, superficielle, incapable d'attaquer la certitude de cheminer joyeux et sans reproche, sans aucun reproche, à nouveau en famille.

18 février 2009

Le genou attire et déboussole une barbe expérimentée

Le genou de Claire
d'Eric Rohmer, avec Jean-Claude Brialy & Aurora Cornu (1970)

- Je ne crois pas à l'amour sans amitié.
- Peut-être. Mais chez moi, l'amitié vient après.
- Avant ou après peu importe. En tout les cas il y a une chose très belle qu'on trouve dans l'amitié et que j'aimerais bien qu'on trouve dans l'amour, c'est qu'on respecte la liberté des autres, il n'y a pas cette idée de possession.
- Je suis possessive. Horriblement possessive.

Eric Rohmer sait tisser doucement d'exquises situations sentimentales. Les personnages évoluent patiemment, à leur rythme, se cherchent et se testent à l'aide de longs dialogues, comme cette échange entre une adolescente de 16 ans et un Jean-Claude Brialy barbu et presque marié. Dialogues écrits, théoriques, au style clair et recherché qui décontenancent toujours un peu en début de film, puis envoûtent lentement en distillant leur profondeur.

La légèreté de la forme porte doucement la richesse du propos et des rapports, et même ici, du système narratif, finalement fort sophistiqué. Amitié câline et chaste entre le presque marié et une vieille amie romancière qui avoue le prendre pour cobaye : n'est-il pas passionnant, pour un auteur, de voir les réactions de ce ancien séducteur presque marié, confronté à l'amour passionné d'une gamine de 16 ans ?

La barbe fournie et les cheveux noirs et soyeux caressent peu à peu la fille à la mèche étrange et aux jambes trop fines, caressent, promènent, embrassent, et caressent encore, avec moins de recul, le genou mince et frais de la soeur plus séduisantes. Un genou, rien qu'un genou fléchi sur le barreau d'une échelle d'où l'on cueille des cerises pas vraiment mûres, jetées dans un chapeau de paille sur le bord du lac d'Annecy. Genou adolescent, torse bronzé des beaux superficiels de même pas 20 ans aux cheveux bouclés, et barbe du séducteur philosophe, et accent roumain de la romancière à l'esprit subtile ; les paroles dansent et la caméra filme de plus en plus à contre-jour, le sirop doux des sentiments s'écoule sur ces pensées batifolant entre moral et plaisir esthétique. Le joli conte d'un genou qui a ensorcelé une barbe.

15 février 2009

Un carnet de petits dessins pour piéger quelques mois d'amour

Unlikely
by Jeffrey Brown (2003)

Tracer quelques mots et quelques lignes sur un carnet pour capter une histoire d'amour. Tenter d'en saisir, à l'aide d'une poignée de précipités, les saveurs variables et évolutives, la surprise de la rencontre, les longues conversations téléphoniques, les sourires, les accrocs et les instants de redescentes. Convoquer une palette de moments, courts et beaux comme des photos, car une relation, est-ce vraiment autre chose qu'une poignée d'instants qui se sont enfilés peu à peu le long de notre chaîne ?

Obsession contemporaine, assurément, risquant souvent de dévier vers le nombrilisme et l'auto-apitoiement, l'histoire qui n'a de valeur que pour son auteur et les paresseux avides de voyeurisme. Auto-fiction, et certains amateurs de littérature tournent déjà la tête et s'enfuit en courant pour replonger dans leur grande et belle fiction. A l'aide, les auteurs ne pensent plus qu'à eux-mêmes !

Mais certains savent offrir de jolis pièces et construire une démarche artistique surprenante, fine, puissante. Un regard sur soi-même, mais en même temps, un regard sur le monde qui nous entoure, sur la vie moderne, sur les tiques de chacun, sur les goûts populaires. Sur notre manière de vivre, de ressentir et d'aimer. Autobiographie, certes, mais touchante et riche en profondeur, et dont les moyens font eux-mêmes sens. Comme les traits maladroits de Jeffrey Brown dans ses carnets amoureux, plus de deux cents petites planches comme griffonnées au jour le jour, où les cases sont bancales et les personnages pourraient être presque dessinés par la petite cousine aux feutres colorés. Des histoires dérisoires où il joue à la Playstation en attendant sa copine, avec laquelle ils vont regarder une vidéo ou manger dans un fast food, une enfilade d'anecdotes que chacun retrouve dans les histoires de ses tendresses.

Un trait simple pour piéger sans l'apeurer la sensibilité au jour le jour. Les instants étendus à deux dans l'ombre, un clair obscur de cases rayées de traits noirs obliques. Les larmes qui coulent comme un trait tremblant mais juste un trait, sans ombre presque, rien qu'un fil. Un carnet intime où finalement, l'important n'est pas de dessiner superbement ou d'écrire parfaitement, mais juste de laisser quelques notes un peu organisées, les maladresses se voyant comblées par la force des souvenirs associés.

Au cinéma, il n'est plus surprenant d'être ému devant un film à la caméra tremblée et l'image sale et mal finie. En bande dessinée, ce n'est plus trop surprenant, bien entendu, mais il reste toujours fascinant de se découvrir une telle émotion devant un vague dessin de voiture solitaire, perdue sur un parking, une immense métaphore en quelques traits un peu trop épais dans un carré même pas droit. 



14 février 2009

Aimons follement et avec fantaisie pour une St Valentin punk

La galerie s'étend tout près de deux terrains de volley-ball sur goudron rouge, deux terrains de hand en arrière plan, dans une infime grisaille d'hiver. Blonde, fine, petite même, avouons-le, et appuyé sur les barrière, les longs cheveux bouclés jusque dans le dos par dessus le manteau. Même pas encore quatorze ans et voici un premier souvenir de St Valentin, première sensation d'un jour particulier, d'une ouverture au sentiment et d'un imaginaire collectif vague. A l'objectif peu clair. 

"Valentine's day is a holiday invented par greeting cards compagnies to make people feel like crap."

Presque dix ans plus tard, le murmure de Jim Carrey résonne encore en voix-off, réminiscence du tout récent Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Oui, un jour sous forme de convention, une fête artificielle, c'est certain, mais j'appuie encore et encore sur le bouton pour relancer All apologie. Kurt Cobain grogne sans fin sur le bureau étudiant, je saisi peu à peu le mélange de rage et de détresse de Kurt. La boule dans l'estomac malade, le raclement remontant l'oesophage pour hurler avec une énergie folle, et une tristesse subtile, presque indécelable, très fine. Une fois dénichée la clé, je n'arrête pas d'ouvrir encore et encore cette boîte surchargée de spleen, le filigrane maussade glissé dans les mailles de la colère punk.

Mélancolique car le calendrier affiche 14/02, car c'est un jour où l'on doit se souvenir des fleurs, des baisers et des regards luisants, où le solitaire se sent obligé de surjouer un peu son chagrin. Autant le surjouer à l'aide d'un bras d'honneur de colère et d'irrespect à l'ordre établi.

Avec quelques années de recul, ce spleen grunge offre un magnifique condensat de mon rapport à la St Valentin. La St Valentin, symbole de ma principale angoisse amoureux, l'amour comme suite de règles, la check list dont chaque case se voit cocher peu à peu.  Suivre les lois. Les pratiques, les coutumes, l'amour doit s'écouler selon des lois invariables, des gestes nécessaires et les paroles douces qu'il faut. Convenues. Le règne du moment précieux et de l'écoute adéquate, pour aboutir à l'objectif : le couple heureux, le joli couple, la vie de couple. La belle vie à deux grâce à tout ce qu'il faut ; à un St Valentin réglée comme dans un rêve, petit cadeau et joli dîner.

Mais je ne veux pas poser le regard sur cette check-list, le livre de recette nécessaire. Certes, les recettes produisent des instants sublimes quand elles mettent en jeu des individus splendides ; "You kiss by the book" murmure Juliette après le premier baiser de Roméo, le baiser simple et juste beau comme dans un livre, et cela fonctionne et émeut. Pourtant, je n'ai plus aucune envie de découvrir ces recettes toutes faites.

J'aspire à un élan, une épiphanie sans St Valentin, une merveille imprévue et sans convention, autour de laquelle s'articulerait la découverte, l'instabilité, le consensus, les compromis et la grande passion folle, négociée le long du cheminement du quotidien. Une folle relation comme dans le film Un homme un vrai, un coup de foudre immense, un désir sur la pointe des pieds mais sans vraie hésitation, fluide et comme un pari au milieu de la foule, sans retenue, finalement.

Et puis, aussi, bien sûr, les hauts et les bas du quotidien, les disputes et les usures et le besoin répété, régulièrement, comme dire autrement de retomber amoureux. La stratégie du remariage permanent, comme dans ce film aux trois temps schématiques et magnifiquement équilibré ; coup de foudre, rupture cinq ans plus tard, puis retrouvailles folles cinq encore plus loin. Une trame schématique comme programme pour une relation sans tentations cul-cul, pour retrouver, dix ans plus tard, le frisson de partager un duvet dans la forêt en observant des coqs de Bruyères, perdus dans la montagne.

Une stratégie limpide et des enchaînements sur surprise, voilà le programme, mais aussi toute la fantaisie du film pour irradier le cheminement à deux, que ce soit pour quelques semaines ou pour une durée en rapport avec les guide de conduite de la St Valentin. Un grain glissé dans le quotidien, une remise en cause de l'ordre amoureux établi, infime punk de la romance, capable d'immense déclaration d'amour éternel un bol de gaspacho à la main, de plonger tout habillé dans l'océan pour une grande incompréhension douloureuse, ou de glousser barbu comme un coq lorsque le fil amoureux retrouve, ébahi, et incrédule, en fait, son déroulement extatique et passionné, son désir le plus basique.

Bien entendu, je doute qu'il puisse exister de relation moderne sans miettes épongées sur la table du salon ou sans sorties du samedi à l'hypermarché. Mais je n'en suis même pas certain, et j'aspire à croire encore et encore à une forme d'amour fou, à mettre en pratique avec fantaisie et second degré l'amour fou. Rien que l'amour fou. Pour pouvoir murmurer, comme Matthieu Amalric de retour de la retraite en forêt de De la guerre : "J'ai découvert un endroit fabuleux. Bouleversant. Où le bonheur se joue dans le combat, dans la guerre, dans le partage communautaire. Je veux te le présenter, je veux que nous y allions ensemble. C'est là que nous devons nous rendre tous les deux. Car je ne veux pas que notre couple, ce soit aller faire les courses le week-end à Leclerc".

La voix proche de mes lèvres répondra alors, doucement, instable : "Mais je trouve cela beau, aller faire les courses au Leclerc avec toi. Juste nous deux, ensemble". Et notre avenir se jouera entre l'amour fou extrême et l'amour fou qui rend beau le quotidien, sans aucun guide pour en fournir la recette du mélange.t