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7 mai 2011

Daydream Nation, le bal des occasions manquées

Daydream Nation 
 by Michael Goldbach, with Kate Dennings, Reece Thompson, Josh Lucas and Andie McDowell (2011)

Une petite ville perdue aux Etats-Unis, tellement perdue que les ado du lycée se perdent dans les drogues les plus improbables pour tromper l'ennui. Caroline s'en est vite rendu compte à son arrivée dans l'établissement à la rentrée : le même malaise, la même atmosphère rance que dans tout établissement nord-américain, microcosme aux petits clans et aux petites rumeurs. Tellement stimulant pour Caroline, d'autant que l'ambiance de la ville est plombée par quelques assassinats de jeunes filles... Alors autant fumer un peu avec les jeunes les plus drogués, autant draguer le professeur de lettre qui est plutôt mignon...

Daydream Nation, première réalisation de Michael Goldbach, appartient à la grande catégorie des films de lycée américains, leur petit microcosme, les premières coucheries, la drogue. Sous-famille "cinéma indépendant", façon festival de Sundance ; les films d'ado à Sundance, c'est certainement l'un des genres les plus codifiés de ces dernières années, un territoire amusant où l'indépendance se fait grille remplie de cases à cocher : un ado malin n'ayant pas sa langue dans sa poche ? un ado un peu empoté pour contre-balancer ? une petite communauté un peu perdue, sans espoir ? quelques grammes de famille bourgeoise de banlieue ? une voix off pour raconter la trame avec humour et sarcasme ? de la musique indie cool, de préférence folk ?
Avec un peu de chance, le petit film à petit budget peut devenir un succès, drainant un gros public - c'est la recette Juno ou (500) Days of Summer, voire Superbad, même si ce dernier est un peu moins formaté. Cela peut donner quelques grands films comme Brick, quelques films pas désagréables comme Easy A ou Youth in Revolt, ou quelques belles purges comme Nick & Norah's infinite playlist. J'ai déjà évoqué ces idées ailleurs sur ce blog, j'espère ne pas trop radoter...

Le tout est de proposer un petit angle supplémentaire à la recette, un peu plus d'humour ou de folie, un angle légèrement différent - une personnalité, une motivation au projet ! Une raison pour faire ce film, une raison pour aller le voir et s'en souvenir, tout simplement.

Et ce Daydream Nation commence plutôt bien. Biens sûr, il y a la voix off prévisible de l'adolescente maligne et désabusée. Mais les plans s'enchaînent de manière élégante, une photographie recherchée, une ambiance bien dosée : voici un film qui louche vers les ambiances de David Lynch plutôt que la caméra tremblée cheap de Juno. C'est déjà un bon début, une preuve de recherche, de soin. Tout cela laisse flotter un arrière-goût de Lost Highway, jeune fille assassinée, white trash à sniffers de glue. Quelques idées sont prometteuses, tel un incendie industriel dont la fumée n'est pas éteinte pendant des mois.

Hélas... Hélas...

Hélas, l'histoire s'écoule bien maladroite. La jolie Caroline séduit le professeur, choisit un ado empoté comme couverture... Le professeur est finalement un peu fou, l'empoté finalement assez doux... Devinez où tout cela va-t-il mener ?

Alors oui, le scénario multiplie les petites scènes accessoires, les petits personnages secondaires - difficile de qualifier cela autrement que petit. Une certaine richesse, une certaine variété, certes, mais jamais approfondi, toujours laissée de côté après quelques minutes, des idées traitées superficiellement. Un jeune devenu paranoïaque après excès de drogues : 2 minutes, rien de plus. Un fête tournant en destruction de mobilier : quelques images arty et floues, rien de plus, aucun vrai déchaînement punk. Parents divorcés ou veufs qui flirtent un peu : 2 scènes, puis disparition des radars... Rien ne doit vraiment écarter la route du triangle amoureux, Caroline, professeur et ado à mèche (au look de l'artiste Panda Bear) ; interactions à plusieurs branches bien superficielles elles-mêmes : mince que reste-t-il au final ?

Le spectateur cherche son plaisir dans la qualité visuelle, le réglage des plans. Mais contrairement à au modèle Lynch ou même au fétichisme film noir de Brick, rien ne surgit du soin apporté aux ambiances sombres. Une beauté creuse, sans vrai malaise, juste un catalogue bien agencé. Les petits agacements surviennent peu à peu, pseudo-scènes de cul filmées floues et de manière identique, à 3 ou 4 reprises dans le film, dialogues un peu trop malins sans jamais créer d'empathie, manque général d'humour malgré l'envie de se montrer malin et spirituel... La petite satyre de l'écrivain raté, tellement prévisible... La construction en chapitres ou en scènes titrées, lorgnant vers la littérature, mais dont la recherche narrative rappelle finalement une application un peu scolaire des cours de Creative Writing...

Au final, le film est joliment filmé, plutôt bien joué, mais extrêmement mal dosé. Un dosage vers la sécurité : focalisons-nous sur l'histoire d'amour, saupoudrons de quelques idées un peu plus biscornues, mais jamais trop. Un dosage pour un succès publique, un dosage assez conventionnel. Un dosage qui joue l'allusion sur les aspects les plus sombres, pour induire un arrière-plan - mais au final laisse surtout un goût d'inachevé. Un dosage que l'on peut espérer prometteur pour les prochains films de Goldbach ; un dosage où l'on peut regretter toutes les pistes inexplorées.

Bon sang, quelle idée que ces passants portant des masques à gaz par crainte de la fumée industrielle, en plein milieu d'une petite ville ! Il y avait tellement mieux à en faire !


25 janvier 2011

Logorama, Oscar for fun, but depth might no be obvious

Logoroma  (english version)
Short film by studio H5 (2009)
     Oscar for best short film in 2010 
     Nommé au César du meilleur court-métrage 2011


Je l'ai déjà dit hier, les nominations pour les Oscars vont être révélées ce mardi. Et, autre répétition, le dernier vainqueur de la catégorie Court Métrage est un film français, Logoroma. Quinze minutes d'animations assemblées par le collectif H5 (François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain).

Un joli joujou fascinant, petit film d'action entièrement construit à partir de logos. Bâtiments formés par les marques Malboro, voitures en forme de boîte ou moto du titre de Grease, papillons MSN voletant dans les airs - sans parler des personnages, allant du Bibendum Michelin en policier ou du clown Ronald en maniaque en cavale. Logorama pioche dans tout un imaginaire visuel contemporain pour créer un monde où le crocodile Lacoste est gardé au zoo par le Géant Vert. Entre surréalisme, vertige de pub et saturation opportuniste de références évidentes.

Le scénario s'avère plus malin et construit que ne le laissent craindre les premières secondes en accumulation référentielle : il y a plus de cinéma que dans une simple mise en espace des Pages Jaunes. Des plans, des séquences intéressantes, des personnages suivis, presque construits par quelques traits de caractères, quelques éclats de dialogues. Un grand amour pour les films d'actions hollywoodiens, fusillades, hélicoptères et catastrophe naturelle à la fin. Une deuxième couche de références pour organiser tous les motifs visuels.

Tout cela est donc indéniablement brillant dans son assemblage, son soin, sa construction, son goût du détail. Avec toutefois cette question qui titille un peu : tout cela n'est-il pas un peu vain ?

Quelques commentaires lus sur IMDB avouent leur dégoût pour ce déchaînement de marques, qui soutiendraient insidieusement la société "tout pour la pub, tout pour la consommation". D'autres y voient certainement un brillant manifeste post-moderne, transposition visuelle d'un monde où, effectivement, tout est pub ; mettre en scène pour dénoncer. La première critique fait réfléchir, mais semble un peu naïve ou paranoïaque. La seconde peut-être un peu trop optimiste, intellectualisée : la force revendicative de Logorama semble moins puissante que celle du fameux Bibendum noir de Bruno Peinado. On est plus proche du gag et du clin d'oeil que d'une véritable machine de guerre théorique ou altermondialiste.

Mon scepticisme s'est légèrement accentué à la lecture de la page Wikipedia dédiée au film, laissant un relent de bête à concours pas forcément très agréable... "Six ans de réalisation", "3.000 logos intégrés au film", multiples prix aux quatre coins du monde : comme s'il y avait plus de fierté à épater la foule qu'à communiquer sur le sens du film. Impression renforcée par le choix d'Omar et Fred pour les doublages français, dont les voix sont assez catastrophiques... L'absence de tout lien critique sur Wikipedia ne surprend plus trop après une telle liste à la Cecile B. DeMille : 40 éléphants, 12 chameaux, et des femmes à barbes...

Virtuosité technique indéniable, pouvoir critique ambigu, tout cela méritera quelques réflexions supplémentaires. Et c'est déjà une certaine victoire pour un cours métrage. Qui, indépendamment des questions de critique ou de pédanterie, reste un superbe moment de fun efficace.

23 janvier 2011

Le Mozart des Pickpockets, un Oscar pour Philippe Pollet-Villard

Le Mozart des pickpockets 
short film by Philippe Pollet-Villard, with himself, Matteai Razzouki-Safardi and Richard Morgiève (2006)
Oscar for best short film in 2008
César du meilleur court métrage en 2008


Mardi prochain sont dévoilées les nominations pour les Oscars. Grands noms anglo-saxons vont donc défiler dans les listes, autour des favoris Colin Firth, Jeff Bridge, Nathalie Portman, Annette Banning ou David Fyncher et Christopher Nolan. Mais il y a aussi des catégories moins médiatisées, comme celle des courts-métrages. Dont le lauréat l'an passé n'était autre qu'un collectif français pour l'expérimental Logorama ! Je reparlerai très prochainement du rigolo Logorama, mais une telle victoire n'est pas isolée dans un passé récent. Certes, les chouchous français récents n'ont pas eu beaucoup de succès du côté des longs métrages, Un Prophète ou Entre les Murs ont fait choux blanc, et Des Hommes et des Dieux n'a pas passé le dernier stade des présélections... Mais déjà en 2008, un court métrage français avait remporté le précieux Oscar, à savoir le film Le Mozart des Pickpockets.

Si Logoroma est un pur produit contemporain, film d'animation à la technique léchée, cocktail postmoderne, enfant des écoles graphistes et d'animations, le Mozart des Pickpockets est un film bien plus classique. Contexte parisien, une petite association de pickpockets officiant du côté de Montmartre pour plumer les touristes, et ajoutez un enfant perdu comme élément perturbateur : rien de très surprenant ici, le schéma est simple. Mais l'humour sonne juste, les dialogues coulent clairement, une certaine insouciance plane même si le duo principale semble bien peu efficace. Un schéma simple et parfaitement maîtrisée, avec ce qu'il faut de bonnes idées et de bons comédiens pour que la sauce prenne.

Le film a connu un joli succès, remportant une demi-douzaine de prix, dont les fameux Oscar et César. Difficile d'obtenir une carrière plus réussie. Il sera intéressant de suivre la carrière future de Philippe Pollet-Villard. Car si le Mozart des Pickpockets peut sembler un film réussi, frais, mais plutôt classique, le parcours du réalisateur semble bien plus sinueux. Quittant l'école à 14 ans, reconverti dans les arts graphiques et la publicité, auteur de deux romans, il ne s'est lancé dans la réalisation qu'à 40 ans, avant d'obtenir le succès pour le Mozart à 48 ans... Une trajectoire d'outsider, bien différente des carrières gérées au mieux par les grandes stars hollywoodiennes !






Le film Le Mozart des Pickpockets est visible sur Youtube




Interview et extraits




Interview avec Philippe Pollet-Villard sur paperblog

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28 décembre 2010

L'appât, pauvre comédie policière pour comiques québécois

L'appât 
by Yves Simoneau, with Rachid Badouri et Guy Lepage (2010)

Le parrain de la mafia italienne de Montréal est assassiné ; tué par ingestion de cacahuètes empoisonnées avant son extradition vers l'Europe. Par hasard, le parrain a rendu son dernier soupir dans les bras du lieutenant Poirier, le plus mauvais flic du pays. L'épais policier risque d'avoir entendu des informations précieuses, à même d'intéresser les bandes rivales. Pour déblayer les pistes, les polices canadiennes et françaises décident d'utiliser l'épais comme appât ; et pour assurer la réussite de l'entreprise, l'épais se voit adjoint un coéquipier de chocs, agent français, une véritable épée...

C'est petits jeux de mots ne sont pas de moi, ils décorent les affiches du film : l'épais, l'épée, l'appât. Voilà qui plante aussitôt le ton de cette comédie policière à l'ancienne, vieille recette du duo dépareillé, le québécois gaffeur et le français ultra-pro. Ajoutez quelques autres idées classiques, promesses de gun fights ou possibles confusions linguistiques, approche tentante après l'énorme succès en 2006 de Bon Cop Bad Cop et son duo Québec / Ontario... Une bonne recette simple pour les fêtes de fins d'années, pourquoi pas ?

Hélas, cet Appât affiche une pauvreté assez profonde. Les deux personnages de flics sont extrêmement caricaturaux, joués par deux comiques canadiens, donc distrayants, mais sans jamais pousser la parodie dans des extrêmes délirantes. Le scénario ou les personnages sont stupides mais le monde alentour est vaguement réaliste, les gags sont des blagues polies d'émission télé. On ne nage plus dans les eaux d'un Flic de Beverly Hill, les choses ne sont plus assez crédibles, mais on reste trop loin des délires permanents de Qui a tué Pamela Rose ou OSS 117. Le film n'est jamais vraiment hilarant, juste légèrement drôle, quelques idées sympathiques sans plus ; beaucoup de situations semblent sous-exploitées : les gags franco-québécois se comptent sur les doigts d'une main, sans vraiment délire linguistique ; le tout enrobé dans une réalisation très télé.

Le film fait donc assez pâle figure à côté des comédies policières québécoises que j'ai déjà pu voir. J'ai déjà cité le précieux Bon Cop Bad Cop (dont je devrais certainement parler plus en détails...), mais Tel Père Tel Flic offrait aussi un joli sujet et des gags bien trouvé. Cet Appât laisse dont un peu perplexe, même si la salle dans laquelle je l'ai vu était bien rempli, avec de nombreux rires pour certains gags basiques de personnages tombant. Il en faut pour tous les goûts, et Guy Lepage et Rachid Badouri ont certainement leurs fans au Québec. Le premier appartient à un grand groupe de comiques, et apparaît souvent à la télévision ; le second est un jeune humoriste qui monte, ici dans son premier rôle au cinéma, et dont le 1er DVD est justement sorti il y a un mois à peine - la cohérence marketing est bien réglée... Mais le film n'arrive pas vraiment à sublimer ces deux figures, paresseuse opposition de deux archétypes ; je ne donnerai pas plus de détails sur le scénario, dont la progression est assez désespérante.

Intrigué, j'ai donc exploré un peu la fiche IMDB du réalisateur, Yves Simoneau. Plusieurs films à son actif dont la note IMDB dépasse rarement le 5.0/10, beaucoup de réalisations télé sur les 10 dernières années. Mais une carrière lointaine qui semble un peu plus mystérieuse et difficile à cerner en quelques lignes de texte : il a ainsi tourné Free Money en 1998, dont la vedette principale n'était autre que Marlon Brando - avec tout de même 30 millions de dollars de recette, donc autant que des succès d'estime comme Kick Ass... L'ami Brando tournait un peu n'importe quoi dans les 15 derniers de sa vie, il me semble, mais il est troublant de l'imaginer sur le plateau. Brando âgé en 1998 et un tout jeune Badouri en 2010 : les carrières cinéma ne sont pas linéaires au Canada !

28 octobre 2010

Easy A, not as clever as it pretends to be, but with some funny bits

Easy A 
by Will Gluck, with Emma Stone, Thomas Haden Church, Patricia Clarkson, Lisa Kudrow (2010)
sortie francaise prevue pour le 5 janvier 2011

Olive est une fille normale du lycee, ni populaire, ni nerd, juste middle of the road ; celle que l'on oublie, le gros du peloton. Mais un petit mensonge la propulseau coeur de toutes les conversations, et quel autre sujet pourrait exciter les hordes ado americaines que le sexe : oui, ca y est, Olive a couche avec un garcon. ; ri en qu'une excuse pour eviter un eviter un week-end rasoir avec une copine. Pourtant, voici maintenant que les regards se retournent sur elle, une vraie fille, une vraie. Mais les choses prennent une tournure plus profonde quand une pousse l'aventure un peu plus loin pour aider la reputation d'un ami gay : oui, elle a couche avec lui aussi. Puis avec lui,, puis avec lui, et avec lui pour de l'argent... Les rumeurs ne vont donc pas s'arreter.

Easy A, nouvelle comédie américaine de lycée, tente de jouer avec le nœud de toutes les comédies US adolescentes, la perte de virginité. De John Hughes a Judd Appatow en passant par American Pie, c'est le noeud principal des intrigues, le moteur de l'action : le moment ou le heros va l'avoir fait ; un des grands mythes de la societe americaine, tiraille entre son hedonisme sensuel de facade et son puritanisme, le bimbos en bikini de la tele et la bible belt qui a elu deux fois Georges Bush. Le programme semble prometteur ici, plus malin, puisque la fameuse perte est posee comme point de depart, montee en rumeur, et regardons ce qui va advenir. Autre gros morceau de la culture US, le mensonge (n'est-ce pas Bill Clinton ?), et toutes les tribus du campus sont la, les nerds, la meilleure copine, le prof de lettres, et surtout, les gamines ultra religieuses, une bonne idee du film. Et pas de mystere : tout le monde est choque...

Le programme s'annonce donc malin, les dialogues souvent spirituel, et le tout saupoudre d'un peu de distance intelligente. John Hughes est ouvertement cite sous forme d'extraits en plein film, et l'intrigue inspiree de "The Scarlett Letter", classique US de 1850 contant la disgrace d'une femme adultere, onligee de porter un large A rouge sur ses habits. Ce que s'empresse de faire Olive, par defi, puisque c'est justement le livre etudie en cours de lettres.

Helas, tout cet assemblage malin laisse un peu sur sa faim. La montee du film est assez distrayante, et edifiante, sentir le dechainement de la desapprobation, gonflant instantannement a coups de SMS pianoter sans attendre. L'escalade est belle, le gout du defi d'Olive, son sens de la repartie - en bon personnage principal adolescent toujours si spirituel. Mais le desarroi qu'elle decouvre quand les choses evhappent a son controle ne mene pas a grand chose. Le denouement du film se veut doucement multiple, entre revelation (puissance de la verite), coincidences, et le grand amour qui-arrive-finalement-en-faisant-semblant-de-ne-pas-être-dupe-des-happy-ends-mais-qui-arrive-tout-de-même. Le film souffre en fait du manque d'epaisseur de ses personnages, hors Olive ; dispersion facon campus, bien sur, facon microcosme, mais aucun, aucun n'offre de vrai contre-point, de vrai assise pour aider l'histoire a sortir du cadre "aventure solitaire de la fille". Le prof de lettres ou les confessions de la mere ne pesent pas vraiment lourd...

Le film n'est donc pas aussi malin qu'il veut s'en convaincre, et le projet ne prend donc pas complètement, malgré les bonnes idées. La stylisation du microcosme lycéen n'est pas aussi poussée que dans les superbes Brick ou Virgin Suicide ; tentative inachevée, surtout quand on voit le joli casting pour les "adultes". Mais il offre tout de même de très jolis moments, de grands éclats de rire, avec un couple de parents terriblement déluré, des phrases parfois cassantes, et quelques jolis moments dans le gymnase du lycée. Voir les groupes de pressions chrétiens changer la mascotte du lycée reste un immense éclat de rire : le Blue Devil bondissant et lo-fi devient un Woodchopper en peluche façon Disney, bouffi et mou, et c'est hilarant, un modeste résumé de certaines tensions dans la societe US.


2 octobre 2010

Cyrus, échanges cruels à fleuret moucheté dans une famille en recomposition

Cyrus 
by Jay & Mark Duplass, with John C. Reilly, Jonah Hill, Marisa Tomei and Catherine Keener (2010)

John vit seul depuis sept ans, quitté par sa femme - il est temps de se bouger un peu, à 45 ans. C'est ce que pensent ses amis, en particulier son ex-femme, qui l'emmène dans une soirée ; pour voir du monde, discuter. Rencontrer une femme. John flotte ; parle dans le vide ; boit. Mais miracle, voici Molly, séduisante & compréhensive, enthousiaste. Un nouveau départ !

Mais Molly a un fils de 22 ans, Cyrus, solitaire, musicien, immature ; très proche de sa mère. Très ouvert et positif sur l'arrivée de John, en apparence. Mais le nouvel équilibre familiale va-t-il tenir ?

Cyrus est filme indépendant américain, sélectionné au festival de Sundance, et on en retrouve certaines recettes : sujet familiale contemporain, importance des détails intimes, nombre des personnages limités, filmage simple et dépouillé... La réalisation pousse assez loin la logique d'authenticité en adoptant des pratiques brutes proches du documentaires, caméra instable cherchant à regarder au mieux un personnage, zooms abrupts en cours de plan pour s'approcher au mieux. Cette technique de pseudo-documentaire, très marquée dans la longue scène de la soirée, rappelle un peu les choix esthétiques de séries comme The Office, interviews des personnages en moins. Mais l'effet est réussi,les regards, les murmures sont captés au mieux, et l'on sent en effet proche des personnages.

Cette proximité permet de mettre en scène toutes les petites discussions intimes échangées dans un couple, entre une mère et son fils. Le flux de la parole tâtonne parfaitement, les regards sont instables, cherchant, jolis performances d'acteurs permettant de présenter ces mots échangés sur l'oreiller quand le sommeil ne vient pas.

Ces douce intrusion se trouve contrebalancée par l'atmosphère sous-jacente d'agressivité. Le jeune Cyrus ne voit pas vraiment d'un très bonne oeil l'arrivé de cet amant dans la vie de sa mère, mais ne s'en ouvre presque jamais, restant souriant et préparant ses mauvais coups en douce, ses petites bidouilles. Et malgré sa bonne volonté et son amour pour Molly, John ne peut que reconnaître qu'il déteste ce personnage ingérable - sans pouvoir rien en dire. Théâtre de lutte à fleuret moucheté, mais où les mouches sont amovibles dès que la mère tourne le regard : John C. Reilly et Jonah Hill s'en donne à coeur joie, lisse et amène en façade, toute colère rentrée, mais près à explosé en grossièreté. La performance de Jonah Hill est particulièrement suprenante, lui que l'on a connu hystérique, hyper-actif et bavard à l'extrême dans Superbad ou Get Him to the Greek. Son incarnation de ce vieil ado obèse, bizarre, poli mais secrètement cruel est impressionnante, et certaines scènes sont mémorables, jeu de musique électronique biscornue ou préparation de sandwich de nuit, vêtu d'une simple chemise mais armé d'un immense couteau. Espérons le voir encore élargir sa palette de rôle...

Le film navigue dans cet entre-deux au rythme étrange, intimité familiale et folie agressive rentrée, absurdité pince-sans-rire. La relation mère - fils donne lieu à quelques débordements de tendresses à la folie assez impressionnantes, telle une scène de chahut dans l'herbe ; mince, ce gosse à 22 ans et une physique obèse ! Bien entendu, tout cela se termine en une situation apaisée, promesse d'avenir heureux à trois, et le rythme d'ensemble peut sembler un peu mou. Mais la majeure partie du film offre une jolie satyre retenue des canons modernes du fonctionnement familiale, proximité mère - fils, rapports apaisés entre ex-époux ou discussion libérée dans une famille recomposée. Et l'acidité la plus prononcé tient certainement aux fameux discours matures, l'importance de la discussion honnête et constructive, afin que les choses ne pourrissent pas ; élément majeur pour un couple ou une famille, assurément ! Mais aspect tissé de phrases toujours à la limite du cliché, dont on peut jouer facilement et avec virtuosité pour cacher la cruauté la plus profonde.




1 septembre 2010

"American Trip", drôle de traduction pour "Get Him to the Greek"

American Trip
by Nicholas Stoller, with Russell Brand & Jonah Hill (2010)

En juin dernier sortait "Get him to the Greek", nouveau délire produit par Judd Apatow: un sous-fifre a 72 heures pour faire voyager une vieille rock star depuis Londres jusqu'à la Californie. Gags trash, dialogues aux vannes bien rôdées, jolis duo d'acteur entre Jonah Hill et Russell Brand : un grand éclat de rire.

Le film arrive maintenant en France sous le titre de "American Trip". Le film veut profiter du succès de "The Hangover", intitulé "Very bad trip" en France ; c'est un peu cynique, mais l'humour des deux films n'est pas tellement différent, juste peut-être plus de blagues de dialogues dans "Get him to the Greek". Mais si ce subterfuge peut donner un peu de visibilité au film en France, pourquoi pas ? "Sans Sarah, rien ne va", dont sont issus les personnages de ce Greek, a été à peine distribué en France...

Plus de détails sur le film dans mon texte publié en juin dernier.

Quelques détails à ajouter toutefois. Je n'avais alors pas réalisé que le patron du label de disque est joué par P. Diddy. Sa grossièreté, son cynisme et sa bêtise trace un portrait outré mais hilarant du monde de la musique, d'autant plus drôle quand on connaît la place de Diddy dans la pop US.

Et justement, pour rester du côté de la musique, Pitchforkmedia offre une critique très éclairante de la BOST du film. Uniquement composée des titres chantée par Aldous Snow, la rock star has been du film. Les titres ont été composés par Carl Barât ou Jarvis Cocker, la crème de la pop / rock anglaise des années 90 et 2000, et les titres sont très agréables à l'écrane. Mais le webzine fait remarquer que ces chansons manquent pas mal d'unité, s'apparentant plus à un best-of de la pop anglaise des vingt dernières années. Donc loin de renforcer l'unité psychologique du rocker ; commentaire intéressant et fouillé du site indie, comme toujours, mais qui oublie peut-être le côté dispersé du personnage dans le film...

"Be Bad !" remplace "Youth in Revolt" mais c'est toujours drôle

Be Bad !
by Miguel Arteta, with Michael Cera (2010)

J'avais vu "Youth in Revolt" en avril dernier, bien après sa sortie en janvier. Film sympathique, aux idées assez drôles, centré sur le comédien attachant Michael Cera. Le film n'a pas eu beaucoup de succès, Cera a un charisme trop distancié et second degré pour attirer les foules à lui tout seul...

Je me demandais alors si ce film sortirait un jour en France. Voici donc qui est cette première semaine de septembre sous l'abominable titre de "Be bad !" : sous la même logique que "The Hangover" devenant "Very bad Trip" ou "Get him to the Greek" se changeant en "American Trip" (on saisit le modèle...), les distributeurs semblent privilégier des titres superficiels, crétins et en anglais pour vendre leurs comédies en France. Logique un peu étrange...

Mais cela fait plaisir de savoir que quelques spectateurs français vont pouvoir goûter à ce Cera-movie pas désagréable. Dont les accents de folie valent d'ailleurs un peu mieux que ce qualificatif de Cera-movie : il ne faut pas oublier que "Youth in Revolt" est d'abord un livre publié en 1993 au succès assez conséquent.

Pour les curieux, mes commentaires d'avril dernier se trouvent ici, ainsi que la bande annonce US.

14 août 2010

Folie hystérique adolescente de Scott Pilgrim

Scott Pilgrim vs. The World
by Edgar Wrigth, with Michael Cerra, Mary Elizabeth Winstead, Jason Swartzman (2010)
sortie française: 20 octobre 2010

Hilarious
C'est le mot à employer en Amérique du Nord quand on parle d'un film à hurler de rire, certainement plus employé que le "hilarant" français. Je n'ai pas souvenir d'avoir entendu une cousine de 15 ans répéter plusieurs fois "c'est hilarant".

Ou mieux, hysterical.
Tout aussi difficile à bien prononcer pour un français, à cause du "h". Mais à utiliser sans retenu pour parler d'une série ou d'un bouquin à mourir de rire, ou un film totalement absurde, tel les Monty Pythons. Et hysterical est définitivement à utiliser pour ce monstrueux Scott Pilgrim vs. The World.

Scott a 22 ans et sort avec une jeune asiatique du lycée, 17 ans seulement ; normal, c'est le genre de chose qui arrive, surtout quand on peine toujours à se remettre d'une rupture douloureuse. Ca fait partie des aléas d'un deuil amoureux. Mais Scott aperçoit Ramona dans une soirée, moue vaguement cynique, chevelure rose, et c'est le coup de foudre. Cependant, pour pouvoir sortir avec Ramona, Scott va devoir se débarrasser des 7 ex de Ramona, et pas n'importe comment : en combat singulier à mort.

Hysterical, n'est-ce pas ?

Scott Pilgrim est une série de comics canadien, publiée en 6 volumes entre 2004 et 2010 ; un volume par ex de Ramona. Style fortement inspiré du manga, énormes références au jeux vidéos, humour profond avec une jolie caractérisation des personnages : Scott Pilgrim a ravi les adolescents nord-américains. Il s'est tout naturellement retrouvé adapté au cinéma, avec à la réalisation Edgar Wright, auteur des très hystériques Hot Fuzz et Shaun of the Dea, parodiques et hautement référencés pop : un client idéal pour la franchise.

Et la réalisation ne déçoit pas, terriblement rythmée, usant du split screen ou d'ellipses temporelles fusionnées par quelques astuces de mises en scènes, similaires au saut d'une case à une autre. Wright ne cache pas l'origine de l'histoire, la BD, et joue même avec, utilisant certaines planches du comics pour présenter quelques récits en voix off. Une superbe transposition des singularités de la BD, cet art séquentiel définit par Scott McCloud.

Mais plus qu'une bande dessinée, Scott Pilgrim est véritable film jeu vidéo, adoptant l'esthétique des jeux de combats tels Street Fighters ou Mortal Kombat pour les duels de Scott avec les ex maléfique. C'était l'approche adoptée par la bande dessinée, et le film respecte cette approche : barre de vie, incrustation d'un immense VS. entre les deux protagonistes vus de profil, apparition de lettres donnant le nombre de coups portés, pas de doute, on se retrouve dans une bonne salle d'arcade. Le film saute sans répit d'un ex à un autre, d'autant qu'il faut faire tenir les 6 volumes en 1h45 ; pas le temps de tergiverser. Donc, oui, un jeu vidéo, une suite de combats, avec quelques scènes intercalées pour faire avancer l'histoire. C'est l'un des plus profonds aboutissements d'un "film d'arcade", plus encore que Zombieland l'an passé, qui glissait un peu plus d'histoire entre son élimination systématique de zombies.

Film d'arcade, manga, jeux vidéos, Scott Pilgrim est un magnifique objet pop, terriblement référencé. Les combats s'enchaînent comme des duels de kung-fu ou de Matrix sous acide, totalement irréalistes, ultra-stylisé, tout pour la vitesse et le speed. Et le fun pour geek et autre amateur de genre, avec par exemple l'utilisation tels quels de certains bruitages 8 bits de jeux vidéos des années 90, comme Sonic.

Ajoutez à cela l'utilisation compulsive du téléphone portable, des fringues un peu fluo, un peu recherchés, des coupes de cheveux manga ou une obsession des ados pour trouver un nouvel amoureux, et vous obtenez un film générationnel. Un film symbole de l'adolescence américaine de l'année 2010.

Là, le déclic doit se faire : film d'ado générationnel, ne nous avait-on pas servi Juno ou Nick & Nora il y a quelques années ? Des ados, fans de musique, jouant souvent dans des groupes, focalisés sur les problèmes amoureux, souvent bien fringués dans le style geek ; la comparaison s'impose, d'autant que Scott est joué par Michael Cerra, un des emblèmes de la comédie adolescente de ces dernières années : mais oui, c'était lui, Nick, c'était lui, le copain de Juno. Certes, la liste des ingrédients semble les mêmes, musique + fringues + drague, mais Juno ou Nick&Nora plongeaient ces idées dans un bain tiède qui me les avait rendus terriblement désagréables. Des comédies assez cul-cul, avec quelques idées comique tournant à la formule, et une bande-son criant "achetez ma jolie compil' d'indie rock sympa". Leurs belles sensibilités à l'air du temps ado se trouvaient délavées par l'envie de plaire, de toucher le plus grand nombre, de rester accessible ; de recycler les vieilles méthodes.

Scott Pilgrim ne cherche pas à reprendre la formule de la comédie en l'upgradant, le film offre un objet tel que des adolescents en consommeraient. Zappeur, fort en vannes, saturés de clins d'oeils, allant à toute vitesse, un rythme fou que n'avaient pas les comédies molles citées plus haut. Les ingrédients classiques d'un monde zapping-internet-iPhone-jeux vidéos permanents sont juste poussés un peu plus loin, à la vitesse maximale, et l'on peut donc y trouver un sens certain de la création. Une forme inédite, fortement contemporaine : pas sûr que le résultat soit facile à digérer pour un plus de 30 ans, mais tout le monde se doit de reconnaître cette originalité, cette prise de risque, ce goût fou de la vitesse.

Intensité créative renforcée par le choix de morceaux presque tous inédits pour la bande son, un rock rugueux, rapide, riche en saturation. En parfaite adéquation avec des groupes comme Girls, Wavve, Japandroid, Blood Red Shoes (ces derniers glissant un morceau dans une scène), de la pop à haut rythme mais bruyante, saturée, pleine de jeunesse & d'appétit. Peut-être est-ce aussi une question de mode : Juno était sorti pendant une grosse vague folk, alors que les airs de l'années sont plus lo-fi &noisy... Mais les compositions de Nigel Godrich font merveille, le producteur de Radiohead, Beck ou Air s'est fait plaisir, et l'énergie fournie est superbe et entraînante, le rythme d'un mp3 partagé en fond du bus avec l'iPod glissé dans un jean slim.

Une euphorie, un appétit, un enthousiasme, un sens de l'hyperbole qui irrigue tout le film, une montagne russe dans un rêve d'ado un peu fou, qui mélangerait tous ses rêves, toutes ces idées fixes. Mais un sens du détail allant au delà le goût de la citation clinquante, présent dans les dialogues de ces ados speedés. Les auteurs & comédiens ont pris un plaisir évident à user des expressions passe-partout de la jeunesse nord-américaine, abusant du "awesome", du "totaly", du "sooo into this", ainsi que des rendez-vous chez Pizza Pizza ou Second Cup, les équivalents canadiens de Pizza Hut & Starbucks. Des détails qui ne seront pas forcément simple à transmettre au moment de la sortie française, mais qui offrent une belle immersion dans ce monde, une jolie justesse dans cet environnement hystérique.


8 août 2010

La finesse charmante d'une vie de famille lesbienne

The kids are all right 
by Lisa Cholodenko, with Julianne Moore, Annette Bening, Mark Ruffalo, Mia Wasikowska (2010)

L'été passait doucement et j'étais un peu surpris de ne pas avoir mon petit délice ciné issu de Sundance. Une de ces douces pépites américaines indépendantes, budgets pas très gros, au scénario charmant, laissant la place aux acteurs et à la société d'aujourd'hui. Une comédie intelligente, agréablement réalisé, un peu formaté dans son côté fauché, mais toujours frais. Où étaient les Squid and the Whale, Little Miss Sunshine, Me and you and everyone we know, (500) days of Summers, Brick de 2010, ces jolis chouchous qui ont égayé mon imaginaire ces dernières année ? Voire même un petit Juno ? Le festival ayant lieu en janvier, les films sortent souvent durant l'été, mais rien pour l'instant. Greenberg avait bien rempli son rôle de rappel indie plus tôt dans l'année, peut-être allait-il falloir attendre quelques lancements en septembre après le festival de Toronto ?

Mais voici donc "The kids are alright", qui affole le box office des sorties limitées depuis quelques semaines. Une histoire de famille, bien sûr, comme le titre l'indique, dans l'esprit Sundance des années passées, avec un casting prometteur. Et dès la scène d'ouverture, l'intérêt se trouve agrippé, une délicate finesse s'affiche à l'écran. Grande maison de banlieue américaine, deux adolescents chahutent, deux adolescentes discutent sentiments dans une chambre, deux femmes au salon discutent, complices, font une remarque au frère et à la soeur, attention éducatives. Ce sont les deux mères. Un couple avec deux enfants, comme partout aux Etats-Unis, mais un couple lesbien.

La simplicité et l'évidence de cette entrée en matière nous plonge aussitôt dans un quotidien rôdé par presque vingt ans de vie commune, où les jeunes rouspètent parce qu'ils ont des problèmes d'ados et trouvent leurs mères un peu oppressantes. Pas d'effets, aucune situation surlignée, et cette simplicité affiche la plus grande audace d'un film sortant sur les cendres encore chaudes de Bush et du néo-conservatisme : un film de famille, d'ado et de crise de la quarantaine, classique, mais lesbien.

L'effet est d'autant plus frappant à travers le choix des deux actrices principales, ayant déjà embrassé le rôle d'housewife dans certains films marquants. Julianne Moore, magnifique dans Far from Heaven ou Shortcuts, et plus encore Annette Bening, au rôle presque icônique dans American Beauty il y a plus de 10 ans. Les voici maintenant en couple, plus âgées, tellement complices & tendres, s'aimant, menant leur foyer, discutant des problèmes ou sortant un DVD X pour pimenter le lit conjugal. La vie de couple n'est pas simple, qu'on soit homo ou hétéro, et il y aura toujours un membre soudain surmené qui boira un peu trop de vin à un dîner et dira quelques bêtises.

Le film affiche donc une tendresse banal & normalisé, pour un couple apparemment hors de la norme, et la douceur de cette peinture s'écoule magnifique et réjouissante.

Bien sûr, il serait intéressant de positionner plus clairement l'idéologie central du film. Film très libéral par sa normalisation du couple lesbien, de l'insémination artificiel hors de la famille traditionnelle ? Film vaguement conservateur par sa présentation d'une famille fort classique, aux valeurs finalement peu révolutionnaires : un toit et une famille heureuse, heureuse ? La frontière est mince, l'éclairage grisé et les nuances variées, la réponse peu évidente ; peut-être, tout simplement, parce que tout le monde ne peut pas être un militant aux aspirations d'absolu, mais cherche aussi une vie agréable sans remettre en cause toute la société, mais en ayant aussi une jolie carrière hospitalière ; il faut des avants-gardes et des révolutionnaires, il faut aussi une masse intégrant doucement de nouveaux principes et les adaptant à sa sauce. On peut d'ailleurs imaginer que les luttes n'ont pas dû manquer pour ces deux femmes en vingt ans de vie commune, mais on ne les voit qu'après la guerre, dans une escarmouche du quotidien, dans leur vie normale.

C'est un peu le commentaire que m'avait fait une amie à la sortie de Brokeback Mountain : "bah, c'est nul : en fait, c'est juste une histoire d'amour ultra-classique, un gros mélo". Ce commentaire m'avait finalement semblé une belle victoire pour Ang Lee, finalement : rendre une histoire de cowboys homo aussi légère et touchante qu'une histoire d'amour hollywoodienne, un joli symbole de normalisation. Ici, la situation est encore plus banale, pas d'homosexualité rentrée dans un milieu caricaturalement macho comme celui des cowboys, juste deux femmes cherchant à vivre leur amour et leur vie de famille. Un degré supplémentaire dans une normalisation du couple homosexuel.

Mais si le film présente une ravissante normalisation, il ne fait pas totalement l'impasse sur la singularité de la situation. Qui dit enfant dit père biologique, ici par la voie d'un donneur de sperme. Donneur dont l'existence ne manque pas de titiller les deux adolescents, qui en retrouve la trace : que peut-il advenir quand le donneur est mis en contact avec la famille avec laquelle il est biologiquement lié ?

Voilà le moteur du film, moteur léger et progressif grâce à la finesse du scénario et de la conduite d'acteur. Mark Ruffalo offre un ancien donneur joyeusement immature, mais sans excès, en contre-point parfait du couple féminin mûr et doucement tourmenté par la vie de famille. Le film varie parfaitement les registres, les petits tubes indie rock, les jolies répliques, les beaux plans et les ado mignons et sensibles, comme Mia Wasikowska, si prometteuse quand on lui offre plus d'espace que les fonds verts 3D d'Alice. Toute une galerie de portraits magnifique ; mais une séquence hantera longuement la mémoire, le silence douloureux d'Annette Bening au cours d'un dîner, prise soudain de doutes, d'une terrible peine amoureuse. Ce silence progressif et intense résonne longtemps, longtemps, longtemps.

6 juin 2010

Délire vulgaire et réjouissant, où surgissent de jolies idées

Get him to the Greek
by Nicholas Stoller, with Russell Brand & Jonah Hill (2010)

Cette comédie arrivera-t-elle en France ? Et sera-t-elle joliment intitulée "Emmène-le au Grec" ? Le film fait partie de ses nouvelles comédies américaines, façon Apatow ou "The Hangover". Agressives, bêtes, régressives, vulgaires ; réjouissantes, aux dialogues plutôt joliment écrites ; et terriblement mal distribuées en France. Seul les gros matodontes comme "40 ans toujours puceau" obtiennent des distributions décentes. "Superbad" ou "Pinapple Express" ont eu droit à de longs articles dans les Cahiers du Cinéma, et très peu d'espace sur les écrans français. En France, qui se souvient ainsi de "Sans Sarah, rien ne va !", dont le présent film est un spin-off ? Le boxofficemojo annonce que Sarah est restée moins d'un mois à l'affiche en France, tout en réalisant pourtant plus de 100 millions de dollars de recettes mondiales...

Par conséquent, je profite de ma présence outre-atlantique pour goûter à ces comédies rares en France. Perspective plutôt sympathique dans le cas présent, vu le pitch simple. Un sous-fifre de maison de disque doit emmener une rock star finissante de Londres jusqu'à Los Angeles en moins de 72 heures - pour jouer dans la salle dénommée The Greek. Sex 'n' drug 'n' rock'n'roll au programme.

Et le film affiche sans complexe son programme ciblé mais euphorique. Les scènes défilent à toute vitesse pendant les deux premiers tiers du film. C'est souvent vulgaire, riches en formules bien trouvées et en vannes, parfois raté ; mais de toute façon, tout s'enchaîne sans honte, assumé, sans se retourner. C'est riche en petites piques sur le monde de la musique, citations truquées du NME, clips vulgaires façon Lady Gaga : pas les parodies les plus subtiles, mais tirant souvent le sourire au fan de pop et rock. Tel le vélo, le film roule, roule, roule encore, sous peine de tomber quand le rythme retombe.

En effet, comme beaucoup de comédie Apatow, la fin du film semble un peu molle, lorgnant vers des petites questions existentielles de rock star, vers la petite vie personnelle du mec moyen, sa capacité à lancer une vie de couple sérieuse. La rupture est un peu abrupte, peu maîtrisée, pas totalement réussi, à peine sauvée par quelques délires finaux rock.

Car le gros point fort du film, c'est la folie duo central, avec deux acteurs délicieusement délirants. Russell Brand joue à merveille la rock star au mode de vie déglinguée ; il n'a pas été viré de la BBC pour rien, cet humour outrancier et vulgaire lui convient à merveille, et ses propres excès de drogue nourrissent sans peine le personnage. Ses morceaux rock raviront les amateurs, entre Bowie et Oasis, Pete Doherty à cheveux longs, toutes ses stars britanniques excessives que Brand connaît sur le bout des doigts.

Mais Jonah Hill est lui aussi fascinant. Jonah hante les comédie américaines depuis quelques années, jolie soutien dans Funny People ou The Invention of Lying où son physique obèse et sa tchatche le faisait facilement sortir du lot. Ici, il n'atteint pas les mêmes sommets que dans Superbad, mais son amplitude comique s'offre réjouissante. Son sens du dialogue fait souvent mouche, sa folie de mimiques est impressionnante ; et pas forcément dans les scènes les plus excessives de boîtes de nuit ou les shoot d'adrénaline : dans l'une des premières scènes, il tente d'expliquer la puissance musicale des Mars Volta à sa copine, médecin pas hype du tout, et ses mouvements du visage sont magnifiques.

Car les bonnes surprises de "Get him to the Greek" surgissent de ces petits angles morts. Bien sûr, les rires les plus francs et forts surgissent pour les gags les plus fous, mais les petites trouvailles apportent un charme malin au film. Russell Brand tente de se faire passer pour une femme âgée au téléphone - et son interlocuteur s'étonne que la femme ait une voix ressemblant à celles des vieilles dans les Monthy Python. Jonah sent son coeur accélérer trop fort après une prise de drogue, et on lui conseille de caresser un mur tapissé de fourrure pour se calmer. Et cette séquence pleine de potentielle surgissant à la fin, quand la copine du sous-fifre décide d'accepter une partie de sexe à trois, avec son copain et la rock star. Peut-être le passage le plus fou du film, bien plus que de voir une rock star aller acheter de l'héroïne : le petit couple de banlieue décidant de rejoindre les explorations excessives du show business le plus décadent.

Bon, cette scène ne tient pas vraiment ses promesses, n'arrivant pas à développer cette véritable rencontre des deux mondes. Mais ce demi-succès résume bien le film : pas totalement réussi, mais offrant de belles pistes en plus de ces moments de pure euphorie. Le DVD en version longue devrait d'ailleurs valoir le détour : nombres de gags suggérés dans la bande annonce ne font pas partie du montage final...


3 avril 2010

Un Cera honnête et un divertissement attachant

Youth in Revolt
by Miguel Arteta, with Michael Cera (2010)

Depuis quelques années, Michael Cera incarne la figure de l'adolescent un peu empoté, longiligne, timide, un peu mignon, plutôt pâle. Il a joué la belle endive attachante dans Juno ou Superbad avec un certain succès, une touche personnelle assez distanciée : une certaine impassibilité sensible d'où surgissent parfois les blagues les plus abominables, lancées comme si de rien n'était.

Il sera assez intéressant comment évolue ce petit talent comique de l'acteur canadien. Youth in Revolt ne révolutionne son rôle de timide toujours puceau. Changement par petites touches : voici notre Cera empoté doublé d'une deuxième personnalité, François le séducteur français nihiliste, pantalon immaculé, petite moustache et gauloise. L'extension du jeu d'acteur n'est pas très subtile, mais qu'importe, le film n'est pas désagréable.

Nouvelle itération de l'adolescent américain un peu timide & paumée, tombant amoureux, un peu honteux de sa virginité de 16 ans. Michael Cera ne révolutionne pas tellement son jeu, et le film ne révolutionne pas la comédie indie US à la Juno, petits personnages pittoresques et musique folk de bon goût. Mais quelques situations sont assez loufoques pour rendre le film distrayant : des marins qui reconstruisent une voiture dans une maison, pièce par pièce ! Une école privée élitiste où tout le monde parle français ! Des types en caleçon par solidarité avec les immigrés !

Pas de date de sortie française pour l'instant... Il serait dommage de ne pas avoir accès à ce divertissement plutôt attachant...


29 décembre 2009

Une invention du mensonge bien sage

The invention of lying
by & with Ricky Gervais, with Jennifer Gardner (2009)

Et si le mensonge n'existait pas et n'avait jamais existé ?
Nul ne peut dire ce qui n'est pas et voici le serveur présentant un vin qui n'a pas l'air terrible ce soir ou une secrétaire annonçant à son patron qu'elle le déteste. Point de départ simple et efficace pour une comédie, et les situations singulières ne manquent pas dans les premières minutes : comment travailler pour la publicité sans mentir ? comment donner espoir à un malade quand on sait qu'il va mourir ce soir et ne peut s'empêcher de lui dire ? comment tourner un film quand les concepts de fictions et d'acteurs sont inimaginable ?

Bien entendu, un homme va un jour dire un mensonge et se libérer de l'emprise du réel. Un petit homme ventripotent, récemment viré, rembarré par une jolie fille dès le premier rendez-vous : un petit loser, mais un loser malin, c'est plus drôle ainsi. Il peut donc améliorer son ordinaire, et redonner un peu de bonheur aux gens, car bon, il veut leur bien.

Le parti pris du film est assez original finalement car cette invention du mensonge n'est pas contagieuse. Seul le petit homme rond ment et invente des histoires, et personnes ne s'interroge. Voilà un système poussé à son extrême, qui génère quelques scènes magnifiques et grandioses : voici notre petit homme rond apportant les tables de la loi dictées par l'homme qui réside dans le ciel, deux feuilles de papier collées sur des boîtes de pizza... Epiphanie à la pizza bientôt reproduite sur des vitraux d'Eglise...

Mais cette absence de contagion du mensonge n'est pas le seul parti pris extrême du film. Voici une population qui ne sait mentir, mais semble surtout incapable de raisonner irrationnellement. Ainsi, avant d'envisager un mariage, il faut songer aux potentiels des deux parents, afin de ne pas pénaliser les enfants. Satire simple de la société américaine, assurément, mais dont le lien avec le mensonge ne semble pas évident, et peine à vraiment se renouveler dans la seconde moitié du film.

Car le parti pris le plus extrême du film est assurément son faux rythme. L'absence de mensonge semble rapidement générer une absence de spontanéité chez les protagonistes, tournant leurs idées 7 fois dans leur tête avant d'oser prononcer une parole. La folie à froid du début, parfois vertigineuse, se change bien vite en absence de folie, un humour distant, pas désagréable, mais peu stimulant. Il y a bien quelques saillies, quelques sursauts, mais les idées ne semblent utilisées que mollement, les situations pas poussées à leur extrême, les possibilités du scénario pas explorées totalement. Quel monolithisme des personnages ! Quel patience dans les situations : où sont les comédies de l'Age d'Or et leur rythme haletant, leurs dialogues mitraillettes ?

Un film singulier donc, un peu frustrant par sa sagesse et son manque d'exploration...



24 septembre 2009

La politique moderne effroyable drôle

In the loop
by Armando Iannucci, with Peter Capaldi (2009)

"Je ne voudrais pas me perdre dans le micro-management. Mais tout de même, inclure 'I HEART Huckabees' dans les DVD distribués aux troupes... Ce film est d'un cul-cul"
Le secrétaire d'état américain vient de discuter de guerre pendant tout le film et le générique de fin n'hésite pas à persister dans ses les blagues stupides et hilarantes.

C'est le mélange réjouissant offert par "In the loop", une plongée dans la politique internationale contemporaine saupoudrée de vannes acides et percutantes.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni négocient la possible tenue d'une guerre au Moyen-Orient, les discussions naviguent entre les ministères des affaires étrangères, les diplomaties, les Nations Unies, à coup de réunions, rapports, communiqués de presse. Londres, Washington, New York, les lieux du pouvoir international où gravitent les hommes politiques, leurs conseillers et les petits jeunes. Se nouent ainsi des jeux complexes de réunions et de fuites dans les médias, pratiques par lesquelles les petits débutants se brûlent les ailes égarés dans leur maladresse, leur mauvaise maîtrise de la séduction et des discussions off record.

Tout cela pourrait résonner de manière austère pour tous ceux que l'affaire Clearstream ou les sommets internationaux ne passionnent pas. D'autant que l'image tremble souvent pour suggérer le documentaire, donnant juste un cachet télé un peu pauvre pour un grand écran.

Mais le film pousse l'hystérie du monde politique à un degré rarement vu, mêlant une sarabande de gags irrespectueux à des dialogues survitaminés et incisif. Voici l'ambassadeur anglais à l'ONU rentrant sur la pointe des pieds dans le Conseil de Sécurité, pour demander un avancement du vote sur les ordres du chef de la communication ; report qu'il obtient après de longues minutes ; mais les directives ont changé, il vaut maintenant reporter la réunion : revoici l'ambassadeur pénétrant tout aussi penaud dans le Conseil de Sécurité. Et cet enchaînement n'est rien comparé à cette réunion informelle improvisée à la Maison Blanche, dans la chambre d'un gamine : le général s'empare d'une calculatrice rose et musicale pour recompter les 12.000 troupes supplémentaires requises.

Les acteurs sont impressionnants dans leur capacité à garder leur sérieux dans ses situations absurdes, et en même temps effrayantes par les sous-entendus politiques. Le spin doctor en chef du premier ministre anglais promène sa silhouette surexcitée tout au long du film ; élancé, les tempes grisonnantes, la mâchoire agressive et le regard cocaïné, il éructe sans fin ses remontrances et ses directives. Voici un personnage qui prononce plus de fuck à lui tout seul qu'un film entier de Tarantino. Peter Capaldi excelle dans monologues grossiers et hauts en couleur, son allure mêlant le voyou chic et le caporal autoritaire. Les spin doctors, ce sont bien eux les hommes clés du pouvoir moderne, l'Angleterre l'a bien compris et le montre dans des films comme The Queen. La logique est poussée ici à son maximum : le premier ministre n'apparaît jamais à l'écran.



6 septembre 2009

Des gags et quelques beaux morceaux de cinéma, redécouvrons John Hugues

Sixteen candles
by John Hugues (1984)

John Hugues est mort il y a quelques semaines et la critique cinéphile internationale a chanté ses louanges. Le prince de la comédie adolescente des années 80, a-t-on pu lire. Surgissement étrange et saisissant pour un nom dont je n'avais pas entendu parler une seule auparavant ; trop proche assurément pour avoir eu droit à une réhabilitation critique.

En effet, le plus gros fait de gloire de John Hugues est d'avoir été l'auteur du scénario de "Maman j'ai raté l'avion". Succès immense au début des années 90, mais pas tellement attirante pour sa profonde cinématographique ; un gosse, des gags, des millions au box office et beaucoup de suites...

Mais voilà, John Hugues n'a plus réalisé un seul film après ses succès monstre. Il est juste crédité pour le scénario de quelques grosses comédies familiales. Fortune faite, il s'est retiré, tranquillement, une sorte de Salinger du ciné commercial. Il a juste publié quelques romans sous le pseudonyme d'Edmond Dantès ; indice d'une profondeur voilée par un gamin qui a raté l'avion.

Et en effet, son premier film, Sixteen Candles, est un objet assez surprenant. Effet immédiat d'un voyage temporel : couleurs étranges, musique synthétique, brushing Gabriella Sabatini romance adolescente épaisse, nous voici bien dans les années 80. Samantha fête ses 16 ans et sa famille oublie l'événement ; grosse déprime dans le regard fraîchement maquillé, d'autant que son amour pour le beau Jake semble totalement impossible.

Mais les scènes séduisent peu à peu par leur puissance comique, un sens du rythme et du gag, une outrance, une absence de retenue. Voici une ado dont la liberté de mouvements est restreinte par une minerve et on la voit peiner pour boire à une fontaine. Voici un chinois hystérique sortant avec une athlête d'une tête de plus que lui, maniant haltères et vélo d'appartement. Voici une brochette de geeks avec gadgets électroniques désuets, matant les filles aux lunettes infra-rouges. Voici une hallucinante scène de fête dans une maison détruite. Voici un jeune sans permis mis au volant d'une Rolls décapotable. Voici une mariée dérivant ivre dans l'église pour un excès de cachets. Une folie profonde et un sens du détails à l'efficacité indéniable.

Le rire rend ainsi la sucrerie adolescente plus digeste et quelques scènes libèrent une jolie puissance cinéphile, de beaux cadres, des travelling justes. Et le dosage du gag et du sens parvient parfois à un équilibre superbe, telle une longue discussion en tête à tête dans une voiture en réparation : de l'humour bête, des dialogues subtilement au service du récit, de jolis regards d'acteurs, et un subtil clin d'oeil théorique. En effet, belle vision déconstruite de la drague en voiture, dans ce garage où la voiture n'a plus que deux sièges, deux portes et un volant, pas beaucoup plus.

Pas mal pour un produit que l'on aurait cru terriblement formaté.


24 mai 2009

Partir des films des années 80 pour rendre hommage à la force du divertissement

Be kind rewind 
by Michel Gondry, with Jack Black, Moss Def, Mia Farrow & Danny Glover (2008) 

Un petit magasin louant des VHS dans le New Jersey, survivant mollement au temps du DVD et du téléchargement de DivX ; et voici que toutes les bandes se trouvent effacées suite à un léger accident magnétique. Seule solution pour répondre aux attentes des clients : leur fournir de versions faites à la main, tournées avec les moyens du bord camescope à l'épaule. Rien de plus facile, finalement, pour des films comme Robocop ou Ghostbuster, dont on connaît si bien les scènes clés ?

L'argument du film semble mince mais qu'importe, voilà un véhicule idéal pour les différentes forces en présence : Jack Black cabotinant sans retenu, Mos Def à l'humour cool et fluide, Danny Glover en patriarche du coin de la rue, et surtout Michel Gondry et ses bricolages poétiques. Le plaisir est profond de découvrir la troupe de pieds nickelés bidouillant leur Ghostbuster du dimanche à coup de sacs plastiques verts, papier aluminium ou guirlandes suspendues à des cannes à pêche. Michel Gondry n'est jamais aussi l'aise que manipulant les matières de l'école maternelle, et l'on est assiste fasciné au défilement de trouvailles magnifiques, tenues de camouflages, station spatiale, voiture roulant sur le toit ou notes de musiques surgissant d'un piano de ces films en version suédée.

Le bricolage et la vidéo individuelle, voilà bien un thème dans l'ère du temps, à l'époque des sites de partage vidéo sur Internet. Le film semble tracer une fable associé à ce thème, où chacun devient capable de diffuser ses propres images sans aucun vrai contrôle. Le petit groupe du coin de la rue peut se voir l'objet d'un culte imprévisible, à l'ampleur étrange et passionnelle, le goût soudain d'une foule pour un bricolage et quelques idées balancées sur des images à la qualité incertaine. C'est ce qui arrive dans le film : le commerce moribond retrouve une nouvelle jeunesse grâce aux vidéos suédées, et un peu d'organisation suffit pour en faire une affaire florissante dans le quartier. Voici le loueur de vidéo touché par un succès surprenant rappelant les élans presque incompréhensibles de la net-économie des années 2000. Succès bien vite contre-balancé par le contrôle des grands studio, venant remettre de l'ordre dans ce business bafouant les droits d'auteurs ; la société de youtube autorise chacun à s'exprimer, mais donne aussi libre cours aux instincts des pirates.

Ce passage anti-pirate n'est pas extrêmement intéressant, comme introduit un peu maladroitement, comme si Michel Gondry n'était pas trop à l'aise pour nouer un milieu intéressant : louer la création libre sans trop prendre partie contre les majors du cinéma, finançant le film. Ces quelques scènes mettant en jeu les brigades anti-piratage sont de loin les moins inventives, rien qu'un rouleau compresseur passant sur quelques vieilles VHS plastifiées, images étranges à l'air de la dématérialisation des supports musicaux et vidéos.

Mais ce dépouillement laisse entrevoir la subtilité du film, que l'on perçoit peu à peu dans sa seconde moitié. Des majors du divertissement écrasant des VHS aidées par un cordon policier, voilà un immense symbole du retard pris ces compagnies, se retrouvant avec un train de retard par rapport avec véritables fauteurs de troubles, aux pirates d'envergure, aux créateurs de sites peer-to-peer ; la main de la justice ne peut rattraper le retard sur les voyous du net ou les réseaux pirates chinois, elle frappe seulement les petites gens tout près d'elle, le dernier maillon du piratage généralisé, presque innocent. De simples amateurs de divertissement, sans véritable envie de suivre les dernières tendances technologiques et incapables d'immenses dépenses pour acheter les derniers appareils.

Les grandes compagnies sont dépassées par le changement des habitudes de consommation culturelle, et surtout, elles n'arrivent plus à capter les attentes des gens au niveau du contenu même des films. Les films suédés dans Be kind rewind sont tous de grosses franchises des années 80, époque dorée pour le marché des cassettes vidéos ; pas de surprise donc de retrouver ces grosses affiches, et la sélection correspond certainement en partie au petit panthéon personnel du jeune Gondry dans les années 80... Mais par delà ces contraintes de scénario, c'est regret du public qui pointe, public comme insatisfait des productions récentes : des blockbusters énormes, aux effets spéciaux numériques coûteux et campagnes de pub bulldozer, aux revenus immenses, mais incapables de vraiment marquer le public. Dans vingt ans, qui sera capable de retrouver une scène clé des Pirates de Caraïbes ou de Transformer, alors que les souvenirs restent frais pour Ghostbuster ou Back to the Future ? Les blockbusters des années 2000 jouent la carte du toujours plus, toujours plus vite & impressionnant, en 3D ou en Imax, mais sont-ils encore vraiment innovants, sont-ils marquants ?

Cette impression frappe le spectateur lors d'une scène très simple, quelques échanges de paroles dans un café après le tournage suédé du Roi Lion ; chacun, dans l'établissement, a un mot ou une phrase pour évoquer sa relation au film de Disney, un souvenir fort, un écho. Certaines des ces évocations du film sont remplies d'erreurs, de scènes mal imprimées dans la mémoire, mais elles révèlent la force du film dans les imaginaires. Il n'est pas aisé de trouver des films aussi fédérateurs dans un passé récent, de grands films populaires... 

Le constat semble juste mais le spectateur peut craindre la logique du "c'était mieux avant", une nostalgie stérile et peu productive. Michel Gondry évite le piège tout en jouant de cette attention portée à un passé apparemment plus rose : le quartier s'unit pour tourner un film suédé inédit, un documentaire imaginaire sur une gloire jazz du quartier. Les énergies sont maintenant fédérées vers un but positif et une création originale, neuve, et les dernières minutes du film s'écoulent magnifiques. Le cinéma des années 80 est mort, les grosses compagnies actuelles sont moribondes, and so what ? Il reste toujours un peu de carton et beaucoup d'idées pour raconter de jolies histoires. 

La parfaite maîtrise de Michel Gondry devient évidente dans ces derniers instants, son impressionnante capacité à jouer avec les registres et les tonalités. Pour distrayant qu'il soit, le début du film pouvait sembler maladroit, éparpillant des personnages caricaturaux pour le plaisir de mignons tours de force dans le bricolage ; la fin s'écoule fluide et rythmée, en mêlant des émotions fortes et subtiles, nostalgie contenue, joie du travail partagé, utopie urbaine, émotions tournant autour de l'amour du cinéma et de la fascination pour les images mobiles. A cette lumière, le début du film apparaît comme un hommage ouvert aux comédies fédératrices des années 80, aux trames convenues et personnages archétypaux, mais riches en petites trouvailles, terriblement efficaces ; et n'hésitant pas à traiter des sujets les plus loufoques et originaux, juste pour le plaisir faire s'asseoir les foules dans une même salle, pour partager un film et un divertissement en commun. Qu'elle en soit le médium futur, Gondry affirme sa foi dans la spectacle partagé, et lors du superbe travelling final, une envie terrible saisit de se lever avec la foule du film pour applaudir une belle histoire et un joli moment, juste applaudir.  


17 mai 2009

Film bancal mais tellement bête et drôle

Nacho libre 
by Jared Hess, with Jack Black (2006) 

Un orphelinat au Mexique, sous la garde de moines ; peu d'argent pour offrir des repas décents aux enfants, hélas, peu d'argent pour assurer la simple survie de la petite communauté. Mais le cuisinier cache une singulière passion sous sa robe de bure : la lucha libre, le catch mexicain, véritable religion aux idoles masquées. Le soir, Ignacio devient donc Nacho, luchador masqué cherchant à se créer une place dans le circuit de la lucha libre...

Qu'il est impressionnant de découvrir de telles comédies à la finition improbables : clichés basiques mélangeant monastère & lucha libre, dialogues souvent décousues, sautes de scénario donnant parfois une impression de montage étrange. Mais le film assume son objectif premier, comédie loufoque et sans prétention centrée sur le charisme et la puissance comique de Jack Black ; qu'importent les costumes kitsch, la moustache ou les situations étrangement ficelées, Jack Black glisse toujours un regard ou une posture pour dérider le spectateur. Une longue succession de scénettes et de sketchs naviguant autour du postulat de départ, simple véhicule pour le comédien, assumant totalement son jeu outré ; irritant pour les amateurs de subtilité, assurément, mais réjouissant pour ceux acceptant de mettre de côté toutes les faiblesses du film.

Et peu à peu, le rythme saccadé du film génère une étrange impression d'absurde ; le côté décousu du récit devient un écrin idéal pour les scènes plus stupides les unes que les autres, comme une série de performances volontairement bêtes et bancales. Une fois mis de côté toute aspiration à la profondeur, c'est avec un grand sourire aux lèvres que l'on déguste les matchs de catchs burlesques et ridicules.


12 mai 2009

Une bien jolie comédie au pays du froid

Romaine par moins 30 
par Agnès Obadia, avec Sandrine Kiberlain et Pascal Elbé (2009) 

Pour Noël, Justin a fait une surprise à Romaine, un voyage à Montréal, vaste dépaysement nimbé de neige et d'accent québécois. Mais celle-vi n'aime pas le froid, et aime-t-elle encore Justin, finalement ? Le couple explose durant le vol, et voici Romaine dans la ville canadienne inconnue, sans argent, sans passeport, sans même le billet de retour.

Voici un schéma classique de comédie, mêlant les problèmes de couple à la confrontation à un univers inconnu et une nouvelle culture. Situation riche en quiproquos et incompréhensions, le terreau habituel pour aligner les gags et glisser quelques sentiments, n'en jetez plus, voici une comédie française ! Il suffit d'une minute de réflexion pour retrouver les ficelles de nos chers Ch'tis, champions de France 2008 : un couple bringuebalant, une plongée dans une région inconnue, avec basse température et accent prononcé, mais aux habitants tellement humains, finalement. 
Quand le logo provincial du Québec s'affiche en début de film, on craint fortement le long clip bon enfant subventionné à la gloire de la Belle Province...

Mais "Romaine par moins 30" s'ouvre aussitôt sur la musique "Ring of Fire", et un film préférant Johnny Cash à la guimauve convenue "I just come to say I love you" ne peut être foncièrement mauvais. Le tube chrétien du grand Johnny est serti de trompettes vaguement mariachi et de choeurs féminins, sur lesquels plane l'ombre profonde de la voix grave, un équilibre étrange entre kitsch et émotion. Message d'amour, donc, mais doublé de décalage léger et souriant, pas de côté qui se fait exquis une fois superposé au mètre de neige recouvrant la ville de Montréal. Le ton est donné, le film naviguera entre clins d'oeils, trouvailles fines et second degré à peine esquissé, caché dans les détails.

Certains personnages impriment ainsi un grand sourire dans la mémoire, comme l'acupuncteur chinois aux prises avec le fisc, l'hôtesse de l'air ayant la phobie des atterrissages ou le chauffeur de taxi cherchant un mariage express. Les scénaristes n'hésitent pas à en faire un tout petit trop, pousser un trait de caractère ou une bizarrerie un peu loin, pour libérer la folie dans les situations. Une grande comédie, c'est une folie sans retenue, sans jamais craindre d'en faire un peu trop, car le rire ne prend pas en présence de trop de retenue ; la retenue, défaut majeur du dernier tiers des Ch'tis, lui donnant des airs de soufflets se dégonflant mollement à vouloir rester inoffensif. Mais cette Romaine au Canada ne bride pas ses instincts hystériques, les scénaristes n'hésitant pas à vêtir Sandrine Kiberlain d'une robe de mariée et d'une doudoune rouge durant la moitié du film.

Ce film laisse rouler les billes de sa folie dans la neige canadienne, comme un sale gosse ne reculant pas devant les blagues potaches. Un sale gosse sans gentillesse, car la gentillesse et les bonnes intentions affadissent toute comédie, les bons sentiments ne rendent jamais grandioses le rire. Ici, on rit des personnages surprenants et improbables, mais l'on rit surtout autour d'une histoire de désir éteint, d'une lutte contre la frigidité au pays du froid. Les silhouettes ressemblent parfois à de petits clowns ou des caricatures, mais des caricatures en quête de baiser fous et de sexe intense, des clowns désirants à la chaire en éveil. Par cet aspect également, on se trouve loin du Ch'ti adolescent à l'amour chaste, où le baiser dans le cou devient une marche immense & le romantisme vibre tiède comme un regard de soap cheap. A Montréal, il fait vraiment -30°C l'hiver mais les corps se frottent et savent prendre leur plaisir, que ce soit en pétrissant la pâte à pain ou en rentrant à la maison pour satisfaire ses envies de baiser. Enfin, ses envies de dormir, bien sûr.

Ainsi, l'ampleur du film s'étend entre ses deux points, folie caricaturale des personnages hauts en couleur, profondeur de leur désir. Ce désir s'affiche souvent outré, mais il ancre les personnages dans la réalité physique, leur apportant existence et épaisseur. Voilà la force du film, proposer de véritables personnages avec un peu de personnalité, et non de simples figures de papier ; caractéristique appréciable face aux comédies à thèmes, où les personnages ne servent qu'à dire quelques blagues et véhiculer leur stéréotype. Ici, l'hôtesse de l'air phobique fait d'autant plus sourire qu'on perçoit son trouble amoureux maladroit.

Mais sur ce plan-là, le personnage de Romaine écrase la concurrence. Personnage central du film, bien entendu, moteur de l'action, mais surtout figure forte par la grâce de Sandrine Kiberlain. Romaine se cherche durant le film, initialement passive et sans désir, déboussolée, et explorant peu à peu sa remise sur pieds. Un parcours initiatique riche en situations improbables, maladroites scénaristiquement à une ou deux occasions, mais que la comédienne parvient toujours à faire tenir debout. Ses moues et ses bafouillements sonnent justes, pour improbables et décalées que soient les répliques prononcées. Superbe performance, d'autant que cette subtilité comique ne se fait pas au détriment de l'épaisseur du caractère de Romaine. La jeune fille gagne peu à peu son indépendance, et la scène finale s'étale grandiose. Dans l'immensité blanche, les traits du visage tremblent longuement, résonant d'hésitation, mais Romaine a su atteindre son libre-arbitre.