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6 septembre 2010

Osheaga 2009, humide mais joyeux : photos souvenirs un an après

Il y a peu, j'ai écrit quelques résumés des concerts vus à Osheaga fin juillet 2010. Mais il ne s'agissait pas de mon premier passage dans le parc Jean Drapeau de Montréal, puisque je m'étais déjà rendu à Osheaga en 2009 pour le deuxième jour du festival.

Un dimanche apparemment maudit, amputé de sa tête d'affiche après l'annulation des Beastie Boys pour cause de cancer de MCA. Et d'autant plus mal parti qu'un orage immense éclatait en début d'après-midi, laissant augurer d'une foule plutôt clairsemée. En effet, la comparaison des photos d'alors avec celles de 2010 montre une colline bien peu remplie... Le soleil est un élément de motivation indéniable pour les festivals en plein air...

Mais l'après-midi avait été plaisante, avec un magnifique enchaînement de groupes depuis les Ting Tings jusqu'aux Yeah Yeah Yeahs en passant par Vampire Weekend, the Decemberists ou les Arctic Monkeys. Superbes moments souvent pleins d'énergies et de dérision, comme quand le chanteur des Decemberists Colin Meloy a reçu un filet d'eau continu tombant d'un trou du toit ; filet d'eau qu'il a pris plaisir à utiliser pour faire rire le public, y plaçant souvent la tête jusqu'à la fin du concert - quand l'orage s'est à nouveau déversé sur la foule.

Une jolie après-midi aux nombreuses images fortes, public chaussé de bottes en caoutchouc, shorts courts et humides, capes de pluie et parapluie ; une bonne musique.








August, 2nd, 2009 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau, Montréal, Québec

12 août 2010

La fragilité instable de The National inondant Osheaga

The National concert - July, 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Fragile.
Fragile, pour dire ténu, mince, délicatement élégant. Epiphanique, mais instable, cristallin. Léger & tremblant, frémissant.
D'autant plus beau & touchant par cet équilibre de marcheur sur fil.

The National est peut-être le plus grand groupe du monde comme le proclame certains blogs, et j'en étais moi-même convaincu en sortant de leur concert à la Maroquinerie parisienne en mai 2007. Un groupe capable d'installer une envergure fascinante & profonde, et d'autant plus impressionnante qu'elle frémit précaire. Prête à s'envoler, à glisser, à devenir trop ceci ou pas assez cela ; pompeuse, ou dérisoire, ou un peu cul cul, ou prévisible.

La grâce n'est jamais qu'un équilibre instable.

Et cette précarité surgit dès la deuxième chanson jouée à Osheaga 2010 à Montréal. Placé entre deux mythes, Pavement & Arcade Fire, The National a attaqué plein d'énergie avec deux tubes tubes énergiques & émouvants, Mistaken for Strangers de l'album Boxer et de leur nouvel album, Bloodbuzz Ohio il me semble. Puis ils ont enchaîné par un morceau Boxer, au rythme terriblement lent, Slow Show apparemment, comme timide, tentant peut-être quelque chose, ou simplement incapable de laisser la mayonnaise prendre. Un faux-rythme, un sportif en dedans dans les premières minutes d'une finale, attentiste : mais que se passe-t-il ? La chanson semble traîner des pieds, la délicate voix rugueuse de Matt Berninger paraît juste paresseuse, l'équilibre des guitares et cordes ne s'entraîne pas mais se regarde du coin de l'oeil.

Plus de contenu, plus d'interprétation ou d'incarnation, juste une petite exécution un peu molle. Le funambule a trébuché, ou sent la peur de la chute, et plus rien n'est aérien.

On sent le groupe conscient du léger pataugement, de l'enlisement qui guette déjà. Attention, serrons-nous les coudes ! Plus question de grâce, les camarades échangent regards, respirent un grand coup, ils jouent plus simple peut-être, moins magnifiquement humains, mais il faut tenir la baraque. Matt rame avec les autres, un peu maladroit, un peu plus que d'habitude ; il fait le métier, offre les chansons, mais ne retrouve pas la finesse initiale, l'apesanteur que peuvent atteindre ces histoires & les morceaux du groupe.

Alors Matt en rajoute, il hurle encore plus fort qu'il ne le fait sur un refrain, il se roule encore plus sur le dos. Décharge d'énergie ! Comme un gosse qui tape du pied, qui ne sait plus comment faire, il n'y a plus qu'à crier ! Hurlement habituel du morceau, mais poussés cette fois avec un peu plus d'espoir : voilà qui va nous relancer, je me roule plus encore au sol !

Et voici le verre de bière renversé. Sur la batterie, sur un bout d'ampli, sur des pédales d'effet.
La bêtise qui détend l'atmosphère. Les sales gosses ricanent, vaguement honteux, vaguement benêts, regardant leurs pieds : tout de même, devant une telle foule, c'est un peu gênant. Stefen Malkmus était couvert de bière lui aussi avec Pavement, mais lancée depuis le public, c'était plus rock'n'roll et moins gaffeur. Mais autant en rigoler.

Le groupe repart plus léger, tâtonne encore un morceau ou un morceau et demi, rejoint par Richard Parry d'Arcade Fire pour une poignée de chansons. Mais voici un tâtonnement ascendant, l'incident de scène a joué certainement les soupapes, l'inquiétude s'est trouvée détournée, focalisée vers une bêtise dérisoire, et il n'y a plus qu'à jouer, jouer, pousser les inquiétudes qui se bousculent dans l'estomac et les suivre, les laisser murmurer les paroles sur les lèvres, plutôt que rester clouer au sol. Partager l'anxiété quotidienne dans le chant, les chansons de The National parlent-elles d'autre chose de toute façon ?

Alors The National monte, monte, doucement, prudemment, mais magnifiquement. Matt Berninger est plus névrosé que jamais, piétinant la scène entre les morceaux, les mains prises de tic, la mèche blonde éparse par dessus le profond regard bleu. Bien sûr, la densité émotionnelle de The National ne tient pas uniquement de son chanteur, les cordes, le piano, les entrelacs de guitare, tout un montage collaboratif et tout le monde joue tous les morceaux tout le temps, comme dans les meilleurs groupes. Mais le frémissement à fleur de peau de Matt s'affiche comme la pointe frêle de l'iceberg, limpide et apeurée. Est-il terriblement timide, à faire les cent pas à chaque pause ? Cherche-t-il à retrouver les sentiments violents et anxieux de l'écriture, de l'enregistrement, pour habiter au mieux les chansons, comme un comédien plongeant dans son rôle à chaque nouvelle scène ?

Qui sait ?
Au coeur de sa bande, Matt Berninger offre une profondeur intense dans sa voix baritonnée, et les échos résonnent longtemps de Fake Empire ou Terrible Love finaux, de la nouvelle pépitte England. Une partie du public a peu à peu tourné les talons pour s'approcher d'Arcade Fire, bientôt sur la scène de gauche, mais les oreilles ne se détachent pas, les regards luisent, luisent sur des joues doucement frémissantes.










The National & Pavement at Osheaga 2010 in Montreal copyright The Gazette
Video by Dario Ayala, edited by Marcos Townsend


10 août 2010

Le perfectionnisme d'Owen Pallett à Osheaga

Owen Pallett in concert - July 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Deux pincements de cordes sur le violon. Répétés. Répétés, rien que deux pincements, qui résonnent dans la grande scène. Coup d'oeil au sol. Archer à la main, une petite phrase musicale, répétée elle aussi, deux ou trois fois, en superposition. Coup d'oeil au sol. Les deux couches tournent toujours. Quelques autres coups d'archer. Tout en s'approchant du micro, le chant clair, limpide.

Il est assez courant maintenant de voir des formations réduites enregistrée quelques phrases musicales sur scène, pour donner plus d'épaisseur à leur spectacle. J'avais découvert le procédé en 2004 à Rock en Seine avec Nosfell ; cela devait donc exister depuis un moment. Bumcello ou Andrew Bird m'avaient ensuite ravi de leurs prouesses, deux duo à la virtuosité construite peu à peu, minutieusement, à coup d'enregistrements en direct, devant le regard du public. Mais Owen Pallett semble un cran au dessus de la reconstruction musicale : majoritairement seul en scène, ce sont de petites symphonies pop qu'il assemble doucement, patiemment, précisément.

Car son dernier album a été enregistré avec l'orchestre symphonique de République Tchèque, les arrangements remplissent plus d'une centaine de pages de partition ! Owen manie quelques Lego, doucement, sans se presser, et il doit reconstruire un petit Versailles !

Pallett est un petit virtuose, un véritable musicien classique à la formation de conservatoire. Il a oeuvré aux arrangements quelques grosses machines comme Arcade Fire, les Pet Shop Boys ou Mika, un précieux techniciens. Mais il tourne également seul, voulant explorer son oeuvre personnelle à sa manière, jouer sa musique seul, même s'il s'agit d'une riche musique pop lyrique, de chants presque démesurés. La technologie autorise ses ambitions artistiques. Ambition plus personnelle encore après ce dernier album, Heartland, le premier sous son nom propre après avoir usé du patronyme Final Fantasy.

L'ambition dans la musique, dans les paroles, dans la qualité du son, mêlée d'un humour sympathique, et d'un air d'étudiant encore frais. Etrange coupe de cheveux, rasée sur les côtés, avec une longue mèche frangeuse dans les yeux ; marcel léopard, remplaçant ses étranges chemises ou la bizarre casquette qu'il portait en février dernier pour le concert d'Outremont. Owen est un artiste, Owen est un peu bohème, vaguement alternatif : Final Fantasy n'était-il pas une allusion à un jeu de rôle, ne citait-il pas Dungeon & Dragon dans un précédent album ? Owen Pallett est brillant mais Owen est certainement fantaisiste, Owen est même un peu geek ; son campagnon intermittent de scène affiche d'ailleurs un étrange look de musicien sans soucis de son apparence, mal rasé, une casquette Rogers à dix balles sur la tête : encore un musicien ultra-focalisé, encore un geek.

Les geeks amusent les foules ou font sourire dans les comédies, mais les geeks prennent les choses très au sérieux. TRES au sérieux. Owen hurle en début de concert quand sa voix suscite des larsen ; bon sang, l'ingé son ne peut-il régler bêtement ses boutons, il vient lui-même d'ajuster ses appareils pendant des dizaines de minutes ? Un peu de respect pour la musique ! Une bête, un perfectionniste, un maniaque du détail, capable de quitter la scène au milieu de son dernier morceau, juste parce que la scène techno trop proche parasite la qualité sonore (si j'ai bien compris son grommellement excédé).

On n'a rien sans rien. Quand on retire ses chaussures pour jouer souplement en chaussettes, on est en droit d'être réaliste et exiger l'impossible.




















9 août 2010

Leçon d'indie décontractée par Pavement à Osheaga

Pavement concert at Osheaga Festival, July 31st 2010

It's Labatt. No problem.

Stephen Malkmus s'essuie encore avec une deuxième serviette éponge, mais il continue de faire des blagues. Il vient de recevoir une bière sur la tête en plein milieu d'un morceau, comme en atteste le précieux document Youtube ci-dessous. Il a sursauté, grimacé sur le moment, mais continué à jouer. A la fin du morceau, un des musiciens a regretté que de la bière ait atterri sur autant de pédales d'effets ; puis après un temps, a ajouté : "et aussi sur le chanteur".

Voici Pavement en tournée de reformation après 10 ans d'arrêt, cool et tranquille, de bonne humeur. "We're Pavement again", répèteront-ils à plusieurs occasion durant le concert ; pour meubler, certainement, mais aussi parce qu'ils sont contents d'être là, et qu'ils aiment partager leur joie. Impression bien différente de celle laissée par les Pixies reformés au festival Rock en Seine en 2005 : enchaînant les tubes pieds au plancher, sans un mot, car sans aucune ambiance de groupe. "Alors, c'est ça, les Pixies ?" nous étions-nous dit avec un ami...

Mais Pavement est tellement plus décontracté & fun. L'épisode du jet de Labatt est vite oublié ("qui a fait cela ?" et une soixantaine de doigts se sont pointés vers le coupable à 5 m de la scène, sur la droite), et le bonheur Pavement s'est déversé ravi sur le peuple d'Osheaga. Les blagues n'ont pas manqué, bien sûr, comme ces allusions de Stephen Malkmus à la saison de football canadien et aux Alouettes de Montréal. Mais c'est surtout l'enchaînement de tubes qui saute aussitôt aux oreilles : quel répertoire ! Rien que de jolies chansons !

De jolies chansons livrées avec une décontraction impressionnante et communicative, tous contents d'être là et de partager ce joli moment de musique. Les titres pourraient certainement être plus enchaînés pour plus d'efficacité, ou quelques faux départs évités, comme lorsque Bob Nostanovich demande l'arrêt d'une intro parce qu'il trifouille encore sa batterie. Mais c'est là l'essence de Pavement, comme l'explique parfaitement une récente colonne de Pitchfork : des titres accrocheurs, mais surtout une magnifique attitude de désinvolture, d'humour, de légèreté, de déconnade. Des compositions magnifiques comme offerte par un vieux pote de lycée, comme ça, un peu dingue, qui peut enchaîner de jolies accords de guitare puis crier comme un punk de 1976.

Et l'héritage laissé par Pavement est impressionnant. Ils n'ont pas vendu beaucoup de disques pendant les années 90, mais tout autour de moi, la moitié du public reprend les paroles en coeur. Pas besoin de grands effets pour être une sorte d'icône, voilà la leçon de rock indie présentée par ces vétérans modestes et fun.

Jet de bière visible autour de la 15ème seconde...















7 août 2010

L'énergie folle de Japandroids à Osheaga

Japandroids at Osheaga Festival

I don't wanna worry about dying
I just wanna worry about the sunshine girls

Japandroids ne se soucie pas de grand chose, juste de jouer fort et vite, une énorme décharge de rock rugueux et frais pour hurler le trop-plein de vie. Rien qu'en duo, une grosse batterie, une demi-douzaine d'amplis superposés, les chansons ne retiennent rien, précipités pop cachés sous les couches de saturation et les roulements rapides des percussions. Rien de fantastiquement original, de la pop noisy presque classique, mais courant, courant, courant !

Sans retenu ! Allons-y ! Enfilons les boules quiès et sautons, sautons !

Le duo de Vancouver ne retient rien, semble à peine respirer entre deux morceaux pour régler les pédales d'effet ; intense générosité, rock tout à fait immédiat. Tout jeune groupe bidouillant près de chez eux, qui s'était retrouvé catapulté dans les gros festivals l'été dernier, suite à quelques jolies articles sur des sites comme Pitchfork. Effectivement, leur concert affiche un impressionant esprit indie, jour à son rythme et selon ses goûts, une liberté, une fraîcheur.

A 20 mètre de là, une petite scène accueille des DJs, dont les beats perturbent parfois les concerts de le Scène Verte. Cette fois, les beats se sont volatilisé sous l'énergie des Japandroids.











July, 31st, 2010 - Osheaga Festival - Parc Jean Drapeau - Montréal, Québec