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23 décembre 2010

The Fighter, visant oscars, mais accumulant les petites erreurs : défaite aux points





The Fighter
by David O. Russell, with Mark Wahlberg, Christian Bale, Amy Adams (2010)

Micky Ward boxe, doucement, petits combats sans trop d'espoir, tournant souvent court : à quoi bon combattre un type qui pèse 10 kilos de plus, même pour l'argent ? Mais la mère s'occupe du management, et le frère entraîne ; entreprise familiale, passion partagée. Afin d'aller un peu plus loin que ce frère justement, vivant dans le souvenir de ce combat victorieux contre Sugar Ray Leonard. Vivant surtout en accro au crack...

Fin d'année calendaire, aux Etats-Unis : le buzz monte autour des films à Oscar. Depuis quelques semaines, on entend des titres de films, des réputations montent, rumeurs de nominations. Des films plutôt sérieux, à pitchs assez tranchés, ou tirés d'histoires vraies, reconstitutions de faits historiques. Véhicules pour réalisateur cherchant à montrer leur sérieux, pour acteurs cherchant à démonter leur capacité à incarner toute la profondeur humaine. Il y a deux ans, la reconstitution, c'était Milk de Gus Van Sant et le San Francisco gay des 70s ; le gros pitch, c'était Benjamin Button et son vieillissement à l'envers ; le numéro d'acteur, c'était Mickey Rourke en catcheur dans The Wrestler ; le plus gros mélange, c'était Slumdog Millionaire, les aventures de pauvres indiens avec Qui veut Gagner des Millions ?. L'an passé, le sujet fort, c'était Hurt Locker et les bombes en Irak ; les grands acteurs, c'était Jeff Bridge dans Crazy Heart ou la fille obèse de Precious ; j'en oublie. Amusant de retrouver ces petits codes prévisibles chaque année durant la course aux oscars, et plus amusant encore de voir les oublis parmi les favoris d'alors, ceux dont on ne se souvient plus...

Cette année, le buzz monte autour du King's Speech (grand numéro de Colin Firth ET reconstitution historique), Black Swan (le ballet vu sous un angle masochiste, ça c'est du pitch), 127 Hours (inspiré d'une histoire vraie ET grand numéro de James Franco bloqué dans un ravin) ; sans même revenir sur The Social Network : trahison autour de Facebook, quel meilleur pitch ?

Et aussi ce Fighter, inspiré d'une histoire vraie, la réussite un peu surprenante d'un boxeur pro des 80s. La boxe est toujours bon client pour les Oscars, rappelons-nous de Rocky, Raging Bull ou même Million Dollar Baby. Des questions de valeurs, des histoires de rédemptions, de la photogénie et du spectaculaire ; souvent, des histoires de famille ou de drogues pour rendre tout cela plus vivant et parlant.  The Fighter a coché presque toutes les cases, pas étonnant de le voir nominé si souvent pour les prochains Golden Globe.

Mais les nominations ne font pas un vainqueur. Et elles ne font pas un grand film non plus.

Il faut une vision, il faut un peu d'originalité. Quelques petites choses à dire, à montrer, un discours, une idée esthétique. Il faut prendre le temps, ou sauter les étapes, il faut construire quelque chose, pas dérouler platement un cahier des charges.

The Fighter n'est pas désagréablement filmé, il propose quelques jolies images et une photographie parfois bien ajustée, bien cadrée ; tout du moins dans ses extérieurs - je reviendrai sur les combats de boxe eux-même. Le scénario propose de jolies pistes : frère raté accro au crack sur lequel on tourne un documentaire ; mère ayant eu 9 enfants, dont les filles traînent sans cesse à la maison ; une copine bien plus éduquée mais devenue simple serveuse. Non, c'est certain, les pistes ne manquent pas, les aspérités, les idées plutôt intéressantes.

Mais pourquoi ne rien en faire ?

Le film déroule son programme, ne se laisse pas le temps d'explorer, de montrer. La famille vit dans une ville pauvre : presque pas une vue de la ville, aucun de ces longs plans malades qui faisait une des forces de The Wrestler. La mère a eu 9 enfants, dont une bordée de filles apparemment désoeuvrées : pas un seul vrai regard sur cette troupe féminine, vague choeur d'un seul bloc, à l'utilité narrative vague, souvent raté. La copine a eu un peu plus d'éducation mais n'est qu'une serveuse un peu alcoolique : pas un seul moment pour elle, pas une seule scène montrant sa vie, ses doutes, son existence intérieure ; elle est "la copine" ; relation amoureuse elle-même vague, dont l'intimité ou la force d'échange n'apparaît pas. J'allais oublier : Miky à une fille, vivant à la mère remariée ; mais rien de cette histoire passée ni de ces conséquences n'est développé, à peine deux ou trois scènes.

Que reste-t-il de ce programme dont la dilution surprend un peu plus chaque fois que j'y songe ?

Les deux rôles principaux, pense-t-on. Mark Wahlberg, Christian Bale, les têtes d'affiches. Christian Bale grimace une bonne partie du film en junkie survitaminé au crack, tête à claque superficielle et rigolarde ; c'est rarement juste, souvent agaçant, plein d'énergie dépensée un peu étrangement. Au moins, ce n'est pas aussi opaque et creux que certaines de ses performances récentes, spectre étrange de Public Ennemy par exemple. Mais cela ne devrait pas aller plus que la nomination au meilleur second rôle. Quand à Wahlberg, il est plutôt sobre, vaguement juste, mais assez souvent détaché du reste, famille ou entraîneur, sans qu'on sente trop pourquoi. Ses motivations restent peu claires, son chemin intérieur transparaît peu, ses interrogations, ou même simplement son dialogue avec ce qui l'entoure. Ce détachement éclate d'ailleurs dans une scène très bizarre, réunion chez la mère où il vient annoncer son envie de s'entraîner loin de la famille. La mère et le frère hurle, le père reste faible, toutes les soeurs balance leurs remarques bêtes de vieilles gamines, la girlfriend défend ; et Wahlberg flotte un peu, on ne sait s'il est sûr de lui ou totalement perdu, assez loin de l'énergie de la scène. On ne croit pas à l'existence de liens familiaux dans ces différences d'énergie, on ne croit pas non plus à une rupture décidé. La scène est assez ratée, bizarrement longue...

Mais les scènes les plus étrangement peu convaincantes sont les scènes de boxe. Un peu d'entraînement, mais pas trop : on ne sait que retirer de ces instantanés. Et les combats eux-mêmes sont assez déroutants. Il y a bien un enchaînement un peu travaillé de 3 combats, avec gros plans sur les visages, coups échangés permettant de condenser plusieurs mois en quelques images. Mais les combats plus développés sonnent étonnamment faux : pas vraiment de sensation de fatigue sur les visages ou les corps, hormis un peu de sang, et un Wahlberg encasissant sans fin pendant plusieurs round, comme sans réaction ; mais après une demi-douzaine de reprise, il se réveille, place quelques coups, remporte le combat. Impression très bizarre, et sans même mettre en avant un côté "mise en scène assumé". Aucun intensité ne monte jamais vraiment dans ses combats. Le grand combat final, le match pour le titre, est d'ailleurs un exemple d'énergie égale, fin victorieuse mais anti-apogée. Il gagne, après 7 rounds passifs, il embrasse ses proches, une petite interview à la maison ; et c'est fini. Absence complète d'intensité, de variation de rythme, lancé d'une manière assez surprenante pour une long métrage soit-disant ambitieux : tout le début du grand combat, la montée de boxer ou les premières reprises, est tourné selon des codes télé de boxe, image vidéo, incrustations cheap, voix de commentateurs banales. Ce glissement vers un réel habituel du téléspectateur ne fonctionne pas, n'apporte pas grand chose.

Oui, The Fighter possède un matériau plutôt intéressant, tente quelques idées de réalisations, propose des jeux d'acteurs plutôt travaillés. Et l'ensemble du film est plutôt plaisant, se déroule bien. Mais tant de petits défauts, d'occasions manquées, de rythme un peu raté ou de scènes qui prennent mal : cela n'agace pas vraiment trop sur le moment, mais je doute garder aucun souvenir de tout cela d'ici un mois ou deux.





22 août 2010

Get Low séduit puis trébuche, soufflé de film bien plat en bout de course

Get low
by Aaron Schneider, with Robert Duvall, Bill Muray, Sissy Spacek (2010)

- Je veux entendre ce que les gens racontent sur mon compte.
Requête compréhensible, tout particulièrement si l'on est un vieil homme cherchant à vivre isolé dans la forêt. Un isolement source de racontards, pensez donc, ce vieux barbu dangereux, histoires excitant les enfants en mal de sensations fortes. Alors, pour être totalement tranquille, autant se renseigner sur les bruits qui courent, mais comment laisser les langues se délier véritablement ? Les gens parlent toujours dans votre dos, discrètement, entre eux, la parole ne se libèrent véritablement qu'à votre mort.

Alors le vieux barbu va organiser son enterrement. Et il y sera présent pour se rendre compte de ce qu'on dit de lui.

Get Low début sur cette idée sympathique, source de péripétie et de traits d'humour grinçants donnant un rythme agréable au film. Robert Duvall glisse avec élégance et rugosité dans son rôle de vieil ours misanthrope, Bill Muray délivre de magnifiques réparties en croque-mort organisateur de grandes funérailles improbables, et Sissy Spacek présente une adorable vieille amie compréhensible. Le film promet beaucoup, offre un joli éventaille de tonalités, humour grinçant parfaitement réglé, discussions émues, peinture d'une petite ville des années 30 en panier de crabe où les gens sont méfiants. On sent venir l'évocation d'une certaine fermeture d'esprit, un passé qu'on ne peut avouer, qui va être révélé peu à peu, subtilement.

Les révélations viennent peu à peu, doucement, et le film se perd hélas progressivement. L'humour s'efface et disparaît en arrière-plan, les scènes se font plus lourdes et chargées, plombées, les acteurs graves jusqu'à l'excès : quelle chute de rythme ! L'ennui monte, la déception également, particulièrement dans la scène finale, la révélation, le grand récit de l'affaire passée : tout ça pour ça ?

Je l'avoue, peut-être ai-je raté quelques subtilités dans les dialogues en anglais, mais surtout car la chute de rythme avait errodé ma concentration... Les chutes de concentrations du public ne sont pas uniquement dues à sa fatigue ou à son manque de bonne volonté, elles révèlent souvent les passages les moins réussies, les scènes qui ne fonctionnent plus trop, et c'est hélas le cas de l'intégralité des quarante-cinq dernières minutes...

Les seuls sursauts d'attention surviennent pour ddes passages suggérant des occasions ratées, des amorces de bonnes idées qui ne semblent pas bien exploitées, mal explorées. Les deux tiers du film servent à préparer la grande fête d'enterrement, et ses airs de kermesse populaire laisse d'abord espérer un éclair d'énergie, folie populaire enthousiaste face à la figure désespérée de l'ancêtre Duvall. Las, la scène de confession n'offre presque aucun contre-champ, quelques images statiques d'un auditoire bouche bée et grave, le reste du temps était fagocité par un gros plan sur le visage de Duvall parlant.

Effet de cinéma terriblement étriqué, qui ne laisse plus grand doute sur la teneur du film : rien de vraiment plus qu'une histoire très chrétienne de confession publique, homme cherchant un peu de rédemption, un peu de pardon auprès des hommes, mais finalement un homme seul face à Dieu, simplement surlignée par le manque d'épaisseur psychologique des autres personnages. Certaines critiques parlent de nominations aux oscars pour ce Get Low, en particulier pour la soit-disant immense prestation de Robert Duvall ; la première heure pouvait faire illusion, mais l'équilibre général du film ne donne pas envie de soutenir de telles candidatures.


16 janvier 2010

Une nouvelle fois agacé par Jason Reitman

Up in the air
by Jason Reitman, with Georges Clooney, Vera Farmiga, Anna Kendrick (2009)

Sauter d'avion en avion constitue le quotidien de l'homme d'affaire moderne, l'employé modèle do monde global, et Ryan Bingham se veut un exemple parfait. 300.000 miles en avion l'an passé, plus que la distance Terre - Lune, et 320 nuits passées dans des hôtels loin de chez lui. Mode de vie idéal pour ce prosélyte d'une vie sans attache, une vie de voyageur léger sans vraie possession ni relations véritables pour surcharger son sac à dos. Les tempes grisonnantes de Ryan ne ternissent pas son sourire et sa gouaille, voilà exactement comment il souhaite vivre, là haut, tout là haut, redescendant juste au sol pour manier l'une de ses innombrables cartes de grand voyageur.

Ryan, c'est Georges Clooney, et qui d'autre aurait pu aussi bien se glisser dans la peau de ce personnage ? Georges déroule parfaitement son rôle de séducteur, cool, doucement cynique, parfois un peu maussade aussi, et devrait logiquement se voir nommer aux Oscars ; parfait professionnel s'amusant sans retenue dans ce rôle fait pour lui.

"Up in the air" nous offre un Clooney réjouissant mais surtout une fable à la thématique bien moderne. Ryan vole ainsi aux quatre coins des Etats-Unis pour aller annoncer leur licenciement à des employés, agent chargé de sous-traiter la mauvaise nouvelle en échange de mots bien choisis et d'une brochure de réinsertion. Jolie idée fort contemporaine, prometteuse, et qui semble riche de possibilités quand le bel équilibre de Ryan se voit bousculer par plus contemporain que lui : une jeune cadre aux dents longues suggèrent d'annoncer les licenciements par webcam pour économiser les coûts. La sous-traitance des ressources humaines déshumanisée se voit rattrapée par la nouvelle économie numérique, le face-à-face semble prometteur, d'autant que les comédiennes offrent un joli répondant à Clooney.

Mais hélas, si Jason Reitman sait parfaitement choisir ses sujets, fortement dans l'air du temps, il ne me semble pas vraiment à la hauteur pour les exploiter à fond."Thank you for smoking" m'avait laissé un goût de cynisme soft sentant bon la pause superficielle, "Juno" m'avait paru bien surcoté une fois assimilées les quelques ficelles de son scénario, et ce "Up in the air" ne m'a pas semblé beaucoup décoller non plus. Le film débute sur un bon rythme, scènes un peu faciles dans les aérogares et images de nuages, plans aériens des villes visitées, mais le film se fait peu à peu plus frustrant au fil des minutes. Tant d'idées qu'il aurait été bon d'insérer, tant de scènes peut-être pas tellement bien filmées, tant de superficiel !

Les visages licenciés défilent en vitesse, lâchant à peine une phrase ou deux, et l'effet fait sourire au début, mais n'évolue pas : un autre cadrage, un peu plus de temps pour laisser l'humanité s'installer ? Non. La répétition pour surligner la déshumanisation, j'imagine, mais elle confine surtout au monodimensionnel ici, rien que l'envie d'exploiter une idée pas trop mal.

Même répétition creuse dans les vues aériennes des villes visitées : pourquoi aucune vue sur le terrain, aucune prise des quartiers en restructuration dans l'Amérique profonde ? Envie d'insister sur les voyages sans prise sur le réel du Clooney voyageur, peut-être. Mais question de budget, I presume, pour pouvoir filmer presque tout en studio, mais quelques vues en voitures, sur le terrain, auraient-elles coûté beaucoup plus ? Elles auraient pu ouvrir un contre-champ pas inintéressant.

Je pourrais également m'attarder sur la sous-exploitation de l'outil Internet dans un film cherchant à évoquer l'économie moderne. Mais le plus déplorable est certainement ailleurs, plus que dans les détails qu'il aurait été possible d'inclure pour donner du corps au film, le plonger au plus près du réel. Ce n'est somme toute qu'une comédie hollywoodienne, que diable, alors n'insistons pas plus la sous-exploitation du réel et du social. Mais hélas, la comédie se met elle-même à frustrer le spectateur par son absence de folie et son dérapage vers une morale conventionnelle et conservatrice.

A mi-film, Ryan accepte finalement de se rendre au mariage de sa soeur, dans le fin fond des Etats-Unis. Respiration salvatrice pour le récit, quittant enfin les décors répétitifs d'aéroports, changement de rythme agréable pour quelques passages tendres en couples ; ouf. Mais la respiration se fait peu à peu coeur du film, son idéal de moins en moins secret, la voie à choisir, la morale : oui, Ryan a tout faux en refusant les attaches et les liens sociaux, la voilà la vie véritable, la vie de couple, la construction d'une famille sans laquelle on n'évolue qu'en vase creux. Peut-on faire plus binaire et aussi peu subtile ? Le film ne joue plus alors d'aucune ambiguïté, laissant plonger Clooney dans ses regrets, vainqueur désabusé de ses rêves de voyageurs à 10 millions de miles, solitaires sans espoir dans son monde d'aéroport.

Jason Reitman ne ménage aucune troisième voie et il n'y a là rien de trop surprenant dans ce joli faiseur sans vraie profondeur. Il tisse des comédie agréables, faussement subversives mais très, très gentillettes, constituant une sorte de cinéma du milieu à l'américaine. Un peu moins formatées que les grosses comédies romantiques superficielles d'Hollywood ; quoique, le succès aidant, quelques gros noms devraient s'ajouter à ses prochains casting... Mais définitivement trop conventionnelles, superficielles et sans aspérités pour rejoindre le plus intéressant cinéma indé US. Verre à moitié plein ou moitié vide, tout dépend des points de vue pour ce film plutôt sympathique au final, pas trop stupide, aux comédiens agréables. Mais le fort soutien critique finit toujours par perturber mes séances de Reitman, générant chez moi un profond agacement en songeant à toutes les portes stylistiques, scénaristiques ou idéologiques que Jason ne sait pas ouvrir.


7 janvier 2010

Precious, potentiellement riche mais bien frustrant

Precious
by Lee Daniels, with Gabourey Sidibe, Mariah Carey, Paula Patton (2009)

Precious campe en fond de classe, volumineuse, affalée, mais il ne faut pas croire, elle est plutôt bonne en maths ; ce serait plutôt la lecture, son problème. Ou un de ses problèmes, la voici déjà convoquée chez le proviseur, renvoyée chez elle : comment, une deuxième grossesse à 16 ans, cela ne peut plus continuer ainsi !

Alors Precious enfile son petit sac à dos et enroule sa démarche lourde sur les trottoirs de Harlem, sans se presser. Sa masse n'est pas seule cause de ses pas mesurés, car la vie n'est pas rose chez elle, avec une telle mère tyrannique. Alors Precious marche doucement, monologuant, rêvant un peu : pourquoi pas diva, les chanteuses d'opéra ne sont pas jugées sur leur physique, et de jolis jeunes hommes à caniche sont souvent tentés de les séduire. Le poids n'est pas toujours un défaut rédhibitoire.

Même si l'on peut sincèrement se poser la question en voyant la quantité de problèmes accumulés par la pauvre Precious. Un livre entier d'étude de cas pour assistante sociale : songez un instant à un problème que puisse rencontrer une adolescente noire, et, n'ayez crainte, Precious l'aura. Deux grossesses donc, causés par des viols incestueux ; son aînée vit chez sa grand-mère et elle ne la voit jamais ; sa mère la bat, comme si les viols paternels n'étaient pas suffisants, et elle la force à manger sans arrêt pour l'humilier ; Precious a été renvoyée de son école ; et me croirez-vous quand je vous dirai que le père violeur était séropositif ?

Une liste de misères à la terrible surcharge pondérale ; surtout en 1h30 de films : Les Misérables font 1000 pages, eux, au moins !

Bon, bien entendu, de tels destins brisés existent, alors acceptons, et retenons les soupirs quand tous les dix minutes un nouveau détail sordide vient faire ployer les épaules de Precious. Gardons un oeil attentif sur l'histoire édifiante, sur la rédemption, le petit peu de nouvelle chance offerte par une professeur patiente. Soyons patients, dégustons l'histoire émouvante et régalons-nous de cette belle humanité.

Hélas, l'actrice soutient joliment ce rôle complexe, fragile et complexé, mais la réalisation semble désagréablement dispersée et peu de scènes semblent vraiment prendre. Peut-être ai-je été un peu perdu par ces accents de Harlem, mais chaque petit effet m'a paru un peu raté. Les musiques sont agréables, mais pas toujours bien placées, ou surgissent un peu tôt, tuant quelques échos d'émotions, étouffant la traîne d'une scène plutôt réussi. Quelques soupçons de scènes oniriques, mais au final plus répétitives qu'autres choses ; quelques scènes de rues, mais sans la verve du Spike Lee des années ; pas mal de caméra tremblant, mais les zooms semblent maladroits, n'offrent pas d'espace aux comédiens, ne laissent pas se diffuser la vie et les sentiments. Quelques scènes violentes, un peu gênantes par leur gratuité plus que par leur contenu.

Bon sang, un film duquel je n'ai su tirer aucun fil directeur, aucun élan, pas de vraie tension !
Un film au personnage potentiellement intéressant, mais au final bien superficiel. A nouveau, un film qui ne parvient pas vraiment à apporte pas grand chose de plus que les quelques lignes de son pitch, un film bien frustrant du point de vue cinématographique.


6 juillet 2009

Un blockbuster élégant mais étonnamment creux

Public Enemies
by Michael Mann, with Johnny Depp, Christian Bale & Marion Cotillard (2009)

Une histoire de gangster célèbre, quelques courses-poursuites, fusillades, un peu d'amour, de grosses têtes d'affiches ; pas de robots ni de vaisseaux spatiaux, pas de 3D : voici le blockbuster d'auteur pour l'été, grand film à l'ancienne à grand sujet et sans tics pop pour teenagers. Public Enemies de Michael Mann, le plus auteur des réalisateurs à gros budgets.
Quel dommage qu'il n'y ait pas vraiment d'histoire ni de contenu pour autant.

John Dillinger a été le dernier grand gangster éliminé par la police à Chicago, dans les années 30 ; trahi par sa compagne d'alors, abattu froidement à la sortie d'un cinéma, en pleine rue, par un bataillon de policiers. Histoire complexe idéale pour le grand écran, avec héros romantique, histoires d'amours, grands personnages historiques et tout le côté spectaculaire des gangsters de la prohibition. Pouvait-on rêver mieux pour un scénario de film, c'est à se demander pourquoi aucun film n'a été réalisé plus tôt.

Hélas, une grande trame historique ne suffit pas pour un film, même avec une abondance de personnages, de scènes spectaculaires et de plans léchés à la caméra numérique haute définition. Le film s'écoule fluide avec des acteurs justes mais une question s'infiltre peu à peu, insidieuse mais rapidement obsédante : que raconte vraiment ce film ? Quel est son sujet, de quoi parle-t-il, que veut-il nous apporter ? D'un braquage de banque à un dîner en tête à tête avec Marion Cotillard, d'une réunion du FBI naissant à une traque nocturne en forêt, le spectateur s'étonne de ne pas trouver vraiment prise. Des plans plutôt bien filmés, parfois surprenants, mais dont on est incapables de dire ce qu'ils véhiculent vraiment, quels sentiments ou symbolismes ils peuvent suggérer. De même pour les acteurs, dont la justesse se déroule étonnamment monocorde et plate, sans vie, sans épaisseur. Bon sang, mais quid ?

L'interrogation est renforcée par le thème du film, les gangsters de la prohibition, sujet largement traité à l'écran. Pourquoi donc vouloir filmer à nouveau une telle histoire, vouloir la présenter à notre époque ? Pourquoi Dillinger après les Incorruptibles, Scarface, voire même Amrican Gangster et son deal de drogue 70s, après les costumes du Parrain et sa trame narrative haut de gamme ?

Quelques éclats thématiques surgissent pourtant autour des méthodes du FBI. Une guerre déclarée au banditisme. La torture des témoins et des suspects. Les fusillades sans presque aucune sommation, tirant pour tuer. Parce qu'il faut faire respecter la loi et la justice à tout prix. Voilà le léger message livré avec une balourdise parfois impressionnante : peut-on tout se permettre dans la lutte contre le crime (entendre : contre le terrorisme) ? Les premières scènes de tortures ont déjà suscité quelques soupirs, peut-on faire plus convenu dans un film américain post-Irak qu'une scène de torture, même James Bond en a subi récemment ; quand le tortionnaire s'attaque finalement à une femme, la scène devient juste désagréable, pas plus signifiante, juste moche ; quand la scène est interrompu par "il est indéfendable de faire cela à une femme", on ne sait plus trop qui blâmer, du réalisateur paresseux, du scénariste, ou de l'actrice qui a accepté ce passage tellement mécanique dans son jeu d'acteur. Heureusement, les 2h30 du film arrivent bientôt à leur terme à cet instant...

Public Enemies navigue donc dans des mers assez surprenantes. Plutôt joli et bien cadré, mais à l'image trop souvent lisse, sans personnalité. Aux comédiens sobres et plutôt justes, mais dont la sobriété confine rapidement à une distance et une opacité sur laquelle on ne trouve aucune prise. Films aux scènes souvent descriptives, brutes, sans commentaires, mais dont les passages sensés livrés un message sont bien maladroits. Pas vraiment désagréable, mais un peu agaçant si l'on y réfléchit trop ; peut-être suffit-il de laisser s'écouler les images mystérieuses sans chercher à les capter.

Comme ces scènes où Dillinger va au cinéma, admirant longuement les acteurs en noir & blanc sur l'écran, où défilent des comédiens aux mêmes fines moustaches.

Ou ces instants de violence pure, déchaînements de coups de feu sans fin dans les rues de Chicago, filmés sans musique aux plus près des personnages. Voici "Le Soldat Ryan" à Chicago, la guerre urbaine, la guérilla la plus brute comme dans les rues du Proche Orient. L'homme est une bête sauvage en tout point du globe : y a-t-il grand chose d'autre à en dire ? Qu'importe, les panaches de flammes sortant des mitraillettes s'affichent magnifiques et fascinantes dans les ténèbres chères à Michael Mann.


5 mai 2009

La perte de repère de Véro et du spectateur avec elle

La femme sans tête 
par Lucrecia Martel, avec Maria Onetto (2009)

Des enfants courent le long d'un canal vide. "Descends de ton vélo". Ils sont tous à pieds, un chien courent auprès d'eux. Le poursuivi fait la roue pour descendre dans le canal à sec, pour remonter sans effort ; les autres le suivent avec peine. Ils grimpent à l'échelle d'un panneau publicitaire.

Vero suit cette route vide, le long du canal, en rentrant de la piscine. Lunettes noires, cheveux platine & décolorés, elle avale le ruban de terre et de poussière, vitesse conséquente. Sonnerie de téléphone portable, ses lunettes glissent, elle se penche pour les ramasser entre ses jambes , la voiture sursaute brutalement. Elle s'arrête ; roulé sur quelque chose, sur quoi, sur quelqu'un.
Longue respiration, regard au loin. Que faire.
Elle continue doucement, un chien est étendu dans la courbe, on le voit dans le rétroviseur.
Vero s'arrête enfin, plus loin. Tourne autour de la voiture, sa tête invisible à travers la glace latérale, elle marche un peu, quelques boucles. Il commence à pleuvoir.

A l'hôpital, un pansement sur le front. Vero ne parvient pas à remplir le formulaire. Elle va aux toilettes sans rien dire, regarde son reflet dans le miroir ; à côté d'elles, un policier récupère un détenu qui se cachait dans les toilettes, porte verrouillée, Vero ne quitte pas du regard ses cheveux, blonds mais gras & sales à l'instant.

Un taxi. Une maison. Elle embrasse un homme brun, silhouette fine, l'étreint.
Vero chez elle maintenant. Sa fille a la jaunisse, sa fille qui embrasse tendrement des filles à moto. Vero à nouveau dans son cabinet dentaire, s'assoit dans la salle d'attente et les patients sourient ; Vero écourte ses consultation, elle est un peu fatiguée, un peu barbouillée, rien de grave elle rentre chez elle.

Elle se cache dans la chambre. Un homme est entré, à la porte, pose du gibier dans la cuisine. Vero s'enferme dans la salle de bain, la douche coule et elle ne se déshabille pas ; elle écoute ; elle se place sous l'eau coulante sans se déshabiller.
Serviette pour essuyer ses cheveux. Un homme brun, glabre, massif, elle l'embrasse ; ils s'étreignent. Elle dit à son mari : "aujourd'hui, j'ai heurté quelque chose sur la route, je crois que j'ai tué quelqu'un".

La jeune réalisatrice argentine tisse subtilement la perte de repère de Veronica, déboussolée par l'incident routier. Une blessure superficielle à la tête, rien de plus qu'un cadavre de chien sur la route, mais Vero flotte maintenant sans reprendre pieds. Ne reconnaît plus vraiment les choses & les gens, son monde, sa grand tante alitée, son maris, son métier. Les choses s'avancent, les êtres se penchent, silhouettes inconnues dont les traits restent hors cadre, invisibles, indiscernables, une joue et une bouche se devinent à peine quand ils se penchent pour faire la bise à Vero et à son regard vague.

Des gens, des choses, des actions vaguement absurdes. Acheter d'immenses pots de fleurs. Contrôler l'adolescente au visage hépatique. Capter des expressions, des points de repères flous, le week-end des inondations, le corps retrouvé dans le canal, noyé bien sûr. Ou le petit employé du fleuriste qui manque depuis une semaine.
Se recoiffer.

Lucrecia Martel emploie un immense brio formel pour retranscrire cette perte de repères, jeu sur le premier et l'arrière-plan, sur le flou des visages, un flou instable, sur les cadres fixes et décentrés, regardant en coin ou droit devant eux indépendamment des silhouettes qui s'y meuvent. Brillante approche extrêmement déboussolante, sans trop de fil auquel le spectateur peut vraiment se raccrocher, sans aucun repère à l'écran pour lui non plus ; un nécessaire courage du spectateur, souvent à la limite de lâcher prise lui aussi : film brillant et exigeant certes, riche de détails infimes et ajustés, une expérience singulière assurément, mais est-il au point ? Un film à apprécier même s'il est parfois difficile de juger du dosage du système, trop snob ? trop opaque ? ou demandant un spectateur parfaitement concentré ?

Un film à effeuiller et scruter & écouter patiemment, retirer ce qui peut l'être, en un déchiffrage maladroit entre deux assoupissements lors des séances trop tardives ; loin des fils narratifs pré-mâchés, voilà le seul point de repère. 

24 février 2009

Huit oscars pour un scénario de petit malin

Slumdog Millionaire 
by Danny Boyle (2008)

- Voici la preuve que l'on peut faire un très grand film avec un petit budget.

Je me permettrais de corriger légèrement ma voisine de séance en parlant d'un "joli divertissement sans budget astronomique". 15 millions de dollars ont tout de même été posés sur la table pour donner naissance à cette jolie sucrerie plongée dans la ville de Mumbai. A savoir l'histoire d'un jeune des bidonvilles qui grimpe peu à peu les marches de la fortune grâce au fameux jeu "Qui veut gagner des millions ?". Les plans de bidonvilles et du Taj Mahal alternent avec les images télévisées ou les poursuites de gangsters pour tisser un enchaînement de scènes plaisantes et de petites surprises scénaristiques.

Car il m'est difficile de ne pas voir en Slumdog Millionaire un bel exemple de film à scénario. Le rythme du film tient grandement grâce à cette alternance parfaitement troussée, les questions du jeu se voyant associées aux péripéties de la vie du héros, toutes les petites tragédies qui frappent les jeunes chiens des bidonvilles. Alternance à laquelle, je dois bien l'avouer, j'ai souvent eu du mal à adhérer ; que ce scénario m'a paru parfaitement ajusté, trop parfaitement et artificiellement ajusté ! Un scénario de petit malin dont les ficelles si fines m'ont vite fait lâcher quelques jurons dans la salle de cinéma. Les Trois Mousquetaires ! Les dollars ! Et les chansons ! Et le criquet ! Et mon cul c'est du poulet !

Les effets de réalisation de Danny Boyle m'ont également paru outrés, par moment, gratuitement surexcités, tirant trop vers le montage saccadé et cédant à la tentation du clip musical. Quelques jolis plans et séquences surnagent mais le mouvement d'ensemble sursaute trop souvent et choisi la voie de l'efficacité facile et rapide. Danny Boyle laisse trop rarement le temps au spectateur de regarder les choses, aux comédiens de faire vivre leurs personnages totalement, au récit de mûrir doucement.

Mais l'intérêt du film n'est certainement pas dans l'intériorité de ces personnages ou la beauté esthétique d'une histoire sans surlignage ; et ce n'est pas un problème. Slumdog Millionaire reste un bon moment de cinéma grand public, et les réserves tatillonnes de ceux qui cherchent leur idéal ailleurs ne changeront rien à son succès, plutôt rafraîchissant.