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30 mars 2011

Diamond Rings en ballade douce amère dans la nuit

It's not my party - by Diamond Rings (2011)

Février 2010, le théâtre d'Outremont accueille Owen Pallett pour un joli concert à Montréal. Les demeures bourgeoises d'Outremont sont entourées de neige, petits restaux agréables dans la rue où je déguste une soupe à l'oignon avec un kir : la soirée s'annonce douce et touchante avec le violoniste et ses chansons à tiroirs.

Mais la première partie s'ouvre surprenante sur une longue brindille insoupçonnée. Comme Pallett, un artiste solo, lançant les beats sur sa petite machine, puis pianotant sur le synthétiseur ou plaquant des accords sur sa guitare, des assemblages vaguement indie, assurément pop. La musique flotte agréable et détendue, rigolote, mais c'est l'aspect de ce personnage qui capte l'imagination. Immense silhouette longiligne et colorée, baskets vintage aux teintes violettes, collant zèbre sur ses baguettes de jambes, blouson en jean cintré, coupe peroxydée et maquillage mauve mi-Bowie, mi-années 80. Voilant une saisissante figure glam à l'humour intense, à la présence modeste, un personnage, une vision.

Je ne connaissais rien de Diamond Rings avant cette apparition. Pourtant, le personnage faisait le buzz depuis quelques mois dans le milieu indie. Et une histoire pas banale...

A l'été 2008, John O'Regan se retrouve à l'hôpital. Il est chanteur du groupe The D'Ubervilles, groupe post-punk de la scène de Montréal. Le séjour traîne un peu, le moral est bas, John O'Reagan se met à travailler sur des chansons à l'hôpital, avec les contraintes liées à ce cadre. Un véritable projet solo, par la force des choses, dont la teinte s'éloigne peu à peu de l'indie punk des D'Ubervilles. Car c'est en figure glam que John O'Regan sort de l'hôpital, Diamond Ring à la coupe de outrageuse, au maquillage appuyé, aux vêtements fluo sortis d'un magasin d'occasion ou de certains films d'Almodovar.

Une métamorphose assez fascinante, une petite légende indie, insuffisante à expliquer l'enthousiasme du public d'Outremont, ce soir de février 2010. Le public de la première partie s'embrase pour Something Else, tube qui a parcouru les blogs à l'hiver 2009-2010, petite bombe entêtante à l'efficacité imparable, au charme pop indéniable. La puissance du morceau est telle que je l'ai entendu sur une radio commerciale en décembre 2010...

Personnalité intrigante, tube pop pour prendre de l'élan, la trajectoire prend finalement son envol à l'automne 2010, avec la sortie de l'album Special Affections. Album salué par le monde de l'indie nord américain, notation enthousiaste sur Pitchfork, couverture du journal gratuit Exclaim! : un écho porté par la puissance des chansons, loin d'être des copies du tube Something Else, offrant une sensibilité douce, joliment écrite, cristalline, mouvante. Une complexité caché sous des ingrédients dépouillés, très simples, mais un maniement du song-writing assez fascinant...

La nouvelle video pour It's not my Party illustre bien ces différentes facettes. Ballade doucement entêtante, toute simple, aux écorchures discrètes, et la vidéo s'écoule à l'unisson comme une déambulation nocturne et mélancolique. Voir Diamond Rings serrer les manches de son anorak blanc dans la nuit est une image d'une superbe poésie urbaine.

25 mars 2011

Marquis de Sade en Cold Wave et Noir et Blanc

Wanda's loving boy by Marquis de Sade (1980)

Certains titres se suffisent à eux-même, savent créer leur petite légende. Ils s'invitent un jour, apparaissent  sans prévenir, au détour d'une écoute radio, d'un blog, d'une compilation préparée par un ami. Collés à quelques souvenirs, séduisants, intrigants, simples mais évidents ; petits assemblages presque modestes, dont on décode peu à peu le cheminement, dont on se met à retrouver les petites sinuosités. Une richesse du détail qui n'a besoin de rien d'autre, pas même de chansons d'accompagnement, d'un album complet, encore moins d'anecdotes sur les interprètes.

Marquis de Sade, un nom de groupe marquant, un titre perdu sur une compilation des Inrocks il y a 6 ou 7 ans. Quelques mots-clés, new wave rennaise, post punk, amis de Daho. Et rien que ce titre, Wanda's loving Boy. Quelques sursauts de synthétiseur, la paire d'accords de guitare répondant au roulement de basse, la voix distante aux arrière-goûts frais de cold wave à l'accent français, les moments de suspension, les aspirations de saxophone. Un scénette de théâtre, quelques bouts de ceci et cela, des poupées de chiffons, un petit film en noir et blanc ; mais tout ceci défile fluide, et se repasse encore et encore, s'imprime, reste fascinant mois après mois après années.

J'ai cherché un peu l'album Rue de Siam, dans quelques magasins parisiens. Sans vraiment pousser les recherches très loin. Sans aller jusqu'à explorer les plates-formes de téléchargement. Ce morceau suffisait, son histoire personnelle, sa magie infinitésimale.

Et puis, un peu par hasard, j'ai découvert cette vidéo, le clip noir et blanc datant de 1981. Images stylisées, ambiance délicate au diapason, silhouettes sombres et fines ; les cheveux épars, pas encore surchargées comme les Cure quelques années plus tard. Petits rebelles à l'élégance sobre. Une belle petite pépite, comme le morceau lui-même, et comme la chanson, j'ai chaque fois envie de revoir la vidéo à la fin d'une vision. Sans savoir vraiment le justifier, ou alors très poétiquement, si je voulais vraiment essayer, quelques impressions, quelques faisceaux, quelques couleurs, teintes et échos - mais une douce musique, de doux flots. Et peut-être enfin une envie d'en savoir un peu plus ; mais peut-être pas, qui sait ?


13 mars 2011

Le Femme en boucle Sur La Planche - et comparé à des Suédois

La Femme - Sur la Planche (2011)

Un article plutôt laconique sur les Inrocks, avec quelques expressions presque passe-partout. "Des cool kids de 17 ans et un peu plus, que l'industrie du disque s'arrache déjà en coulisse, et qui ont fait de leur liberté leur atout le plus cher.", dit l'article. Difficile d'en savoir plus au sujet de La Femme, qui n'a pour l'instant sorti qu'un EP.


Mais le single est agréable & fun, et l'on peut s'amuser à citer les références, comme le font les Inrocks. Une New Wave francophone désabusée et chic, façon Taxi Girl, le côté surf music évident du titre. Je songe aussi à du pyschobilly, ces roulements un peu hypnothiques, aux accents de film de genre ; impression renforcée par la touche "film noire de surf" de la vidéo.
Et bizarrement, même si le son est assez différent, les Raveonettes me sont venus à l'esprit. Pour la distance du chant, certainement, le côté pop song légèrement pervertie ; même si les suédois sont bien plus saturés et rock que les jeunes français. Peut-être ai-je aussi fait une association par les vidéos : même moins stylisé que celui de "Sur La Planche", le clip de "The Great Love Sound" s'écoule aussi en petite parodie de film noire...


25 janvier 2011

Logorama, Oscar for fun, but depth might no be obvious

Logoroma  (english version)
Short film by studio H5 (2009)
     Oscar for best short film in 2010 
     Nommé au César du meilleur court-métrage 2011


Je l'ai déjà dit hier, les nominations pour les Oscars vont être révélées ce mardi. Et, autre répétition, le dernier vainqueur de la catégorie Court Métrage est un film français, Logoroma. Quinze minutes d'animations assemblées par le collectif H5 (François Alaux, Hervé de Crécy et Ludovic Houplain).

Un joli joujou fascinant, petit film d'action entièrement construit à partir de logos. Bâtiments formés par les marques Malboro, voitures en forme de boîte ou moto du titre de Grease, papillons MSN voletant dans les airs - sans parler des personnages, allant du Bibendum Michelin en policier ou du clown Ronald en maniaque en cavale. Logorama pioche dans tout un imaginaire visuel contemporain pour créer un monde où le crocodile Lacoste est gardé au zoo par le Géant Vert. Entre surréalisme, vertige de pub et saturation opportuniste de références évidentes.

Le scénario s'avère plus malin et construit que ne le laissent craindre les premières secondes en accumulation référentielle : il y a plus de cinéma que dans une simple mise en espace des Pages Jaunes. Des plans, des séquences intéressantes, des personnages suivis, presque construits par quelques traits de caractères, quelques éclats de dialogues. Un grand amour pour les films d'actions hollywoodiens, fusillades, hélicoptères et catastrophe naturelle à la fin. Une deuxième couche de références pour organiser tous les motifs visuels.

Tout cela est donc indéniablement brillant dans son assemblage, son soin, sa construction, son goût du détail. Avec toutefois cette question qui titille un peu : tout cela n'est-il pas un peu vain ?

Quelques commentaires lus sur IMDB avouent leur dégoût pour ce déchaînement de marques, qui soutiendraient insidieusement la société "tout pour la pub, tout pour la consommation". D'autres y voient certainement un brillant manifeste post-moderne, transposition visuelle d'un monde où, effectivement, tout est pub ; mettre en scène pour dénoncer. La première critique fait réfléchir, mais semble un peu naïve ou paranoïaque. La seconde peut-être un peu trop optimiste, intellectualisée : la force revendicative de Logorama semble moins puissante que celle du fameux Bibendum noir de Bruno Peinado. On est plus proche du gag et du clin d'oeil que d'une véritable machine de guerre théorique ou altermondialiste.

Mon scepticisme s'est légèrement accentué à la lecture de la page Wikipedia dédiée au film, laissant un relent de bête à concours pas forcément très agréable... "Six ans de réalisation", "3.000 logos intégrés au film", multiples prix aux quatre coins du monde : comme s'il y avait plus de fierté à épater la foule qu'à communiquer sur le sens du film. Impression renforcée par le choix d'Omar et Fred pour les doublages français, dont les voix sont assez catastrophiques... L'absence de tout lien critique sur Wikipedia ne surprend plus trop après une telle liste à la Cecile B. DeMille : 40 éléphants, 12 chameaux, et des femmes à barbes...

Virtuosité technique indéniable, pouvoir critique ambigu, tout cela méritera quelques réflexions supplémentaires. Et c'est déjà une certaine victoire pour un cours métrage. Qui, indépendamment des questions de critique ou de pédanterie, reste un superbe moment de fun efficace.

4 octobre 2010

The Little Nothings, Lewis Trondheim's blog is still charming in English


Little Nothings - The Curse of the Umbrella 
by Lewis Trondheim (2007)

Lewis Trondheim is one of the biggest comics artist in France over the last 20 years. He created the series Lapinot, wrote the script for the various series of Dungeon, drew a couple of autobiographical books, and much, much more... And he started blogging in 2006, a series of one page anecdotes gathered under the title "Little Nothings" : everyday events, small reflections, travel or festival anecdotes...

The style is based on a couple of simple ingredients. The characters are animal-headed, in the traditions of Disney comics like the Scrooge adventures drawn by Carl Barks - a common approach for many Trondheim comics, especially his autobiographical work. The drawing are colored with watercolor, without any delimited frame, giving a light touch to the page. The whole anecdotes are set in a realistic contexts, with some large detailed drawing for travel aspects. And the tone is the characteristic Trondheim tone, blend of paranoiac & hypochondriac reflections, dry & absurd humour, focus on details.

The whole blend is charming and fascinating to read, especially on a regular on-line basis.

But this US printed version is also fascinating for the French reader I am. I started reading the Little Nothings on-line, around the half of the first year, e.g. the half of this first volume. I can clearly remember reading some of the pages on the website - and obviously in French... This is quite surprising to see these anecdotes & comments translated, available to the English reader on the other side of the ocean; and have the confirmation that the material is still fresh and entertaining even translated despite a couple of purely French details. The good French cartoon writers can definitely compete with the most fascinating indie comics from the US, no doubt about this. Sure, countries do not mean so much any more in the globalized world, especially on an art level, but it is good to have such confirmations, that cultural globalization does not only mean "export from the US" ...

And reading the 3-year old blog pages also showed me that such a good everyday blog can age well. And even reveal surprising echoes with the most recent news: Trondheim had to face the new Chikungunya virus in the Reunion Island. A couple of people were suffering from the virus last week during the very last week...


23 septembre 2010

La Patère Rose rebondit en tout sens (et bientôt en France)

La marelle
par La Patère Rose (2010)

J'ai vu récemment que la Patère Rose allait jouer en France en novembre prochain. Le groupe est un peu connu en France, apparemment, après avoir fait la première partie de Mika. Mais il reste une très jolie explosion pop canadienne, un plaisir un peu coupable en français, qui doit déborder d'énergie sur scène. Un peu de folie de la jeunesse montréalaise.

17 septembre 2010

Caribou revient au Babylone d'Ottawa et danse, danse

Caribou in concert
Babylon, Ottawa - September, 15th, 2010

Même chansons, même lieu, à peine quatre mois d'écart - et pourtant, le concert de Caribou en septembre sonne différemment de celui de mai. Peut-être est-ce aussi dû à ma position au cours de la foule et non à cinquante centimètre du batteur, comme il y a quelques mois, quand le spectacle visuel m'avait fasciné, l'agencement méticuleux des morceaux. Ce point de vue joue certainement. Mais la tournée des festivals européens et le rodage des nouveaux morceaux doit également être à l'origine de cette tonalité plus dansante et débridée.

En mai, David Snaith jouait un rôle mi-chef d'orchestre, mi-homme orchestre : lançant des boucles, passant du clavier à une petite batterie, chantant, contrôlant ses trois partenaires du regard pour synchroniser au mieux les différentes strates des morceaux, les entremêlements de rythmes, les bourdons de guitare. Un set mêlant les différentes époques du projet Caribou, un long tunnel psychédélique envoûtant, les textures doucement disco suivant doucement les chansons plus 60s de l'album Andorra.

Mais cette fois-ci, le quatuor Caribou est accompagné d'un quatuor de cuivre : trombone, deux saxo, une flûte traversière. David Snaith n'a plus besoin de s'occuper des trilles de flûte ou de certains sons, qui surgissent maintenant live, et l'effet est plus débridé. D'autant que le set semble d'avantage mettre en avant les morceaux du dernier album Odessa, ses sonorités plus disco, électroniques, fortement dance floor. Snaith a souligné que cette version élargie de Caribou jouait seulement pour la cinquième fois ensemble cet été ; certainement une occasion qui a permis de lancer cette cavalcade durant laquelle la jeunesse d'Ottawa lève les bras encore et encore. Peu de morceau pops, un seul titre issu d'Andorra d'après moi, deux du plus ancien Up in Flame, dont mon petit préféré "Hendrix with KO" dont je reparlerai une autre fois. Le reste danse, danse et ondule, toujours atmosphérique et rêveur, mais un rêve sur piste de danse après plusieurs heures de transes, comme pour le joli Sun.

14 août 2010

Folie hystérique adolescente de Scott Pilgrim

Scott Pilgrim vs. The World
by Edgar Wrigth, with Michael Cerra, Mary Elizabeth Winstead, Jason Swartzman (2010)
sortie française: 20 octobre 2010

Hilarious
C'est le mot à employer en Amérique du Nord quand on parle d'un film à hurler de rire, certainement plus employé que le "hilarant" français. Je n'ai pas souvenir d'avoir entendu une cousine de 15 ans répéter plusieurs fois "c'est hilarant".

Ou mieux, hysterical.
Tout aussi difficile à bien prononcer pour un français, à cause du "h". Mais à utiliser sans retenu pour parler d'une série ou d'un bouquin à mourir de rire, ou un film totalement absurde, tel les Monty Pythons. Et hysterical est définitivement à utiliser pour ce monstrueux Scott Pilgrim vs. The World.

Scott a 22 ans et sort avec une jeune asiatique du lycée, 17 ans seulement ; normal, c'est le genre de chose qui arrive, surtout quand on peine toujours à se remettre d'une rupture douloureuse. Ca fait partie des aléas d'un deuil amoureux. Mais Scott aperçoit Ramona dans une soirée, moue vaguement cynique, chevelure rose, et c'est le coup de foudre. Cependant, pour pouvoir sortir avec Ramona, Scott va devoir se débarrasser des 7 ex de Ramona, et pas n'importe comment : en combat singulier à mort.

Hysterical, n'est-ce pas ?

Scott Pilgrim est une série de comics canadien, publiée en 6 volumes entre 2004 et 2010 ; un volume par ex de Ramona. Style fortement inspiré du manga, énormes références au jeux vidéos, humour profond avec une jolie caractérisation des personnages : Scott Pilgrim a ravi les adolescents nord-américains. Il s'est tout naturellement retrouvé adapté au cinéma, avec à la réalisation Edgar Wright, auteur des très hystériques Hot Fuzz et Shaun of the Dea, parodiques et hautement référencés pop : un client idéal pour la franchise.

Et la réalisation ne déçoit pas, terriblement rythmée, usant du split screen ou d'ellipses temporelles fusionnées par quelques astuces de mises en scènes, similaires au saut d'une case à une autre. Wright ne cache pas l'origine de l'histoire, la BD, et joue même avec, utilisant certaines planches du comics pour présenter quelques récits en voix off. Une superbe transposition des singularités de la BD, cet art séquentiel définit par Scott McCloud.

Mais plus qu'une bande dessinée, Scott Pilgrim est véritable film jeu vidéo, adoptant l'esthétique des jeux de combats tels Street Fighters ou Mortal Kombat pour les duels de Scott avec les ex maléfique. C'était l'approche adoptée par la bande dessinée, et le film respecte cette approche : barre de vie, incrustation d'un immense VS. entre les deux protagonistes vus de profil, apparition de lettres donnant le nombre de coups portés, pas de doute, on se retrouve dans une bonne salle d'arcade. Le film saute sans répit d'un ex à un autre, d'autant qu'il faut faire tenir les 6 volumes en 1h45 ; pas le temps de tergiverser. Donc, oui, un jeu vidéo, une suite de combats, avec quelques scènes intercalées pour faire avancer l'histoire. C'est l'un des plus profonds aboutissements d'un "film d'arcade", plus encore que Zombieland l'an passé, qui glissait un peu plus d'histoire entre son élimination systématique de zombies.

Film d'arcade, manga, jeux vidéos, Scott Pilgrim est un magnifique objet pop, terriblement référencé. Les combats s'enchaînent comme des duels de kung-fu ou de Matrix sous acide, totalement irréalistes, ultra-stylisé, tout pour la vitesse et le speed. Et le fun pour geek et autre amateur de genre, avec par exemple l'utilisation tels quels de certains bruitages 8 bits de jeux vidéos des années 90, comme Sonic.

Ajoutez à cela l'utilisation compulsive du téléphone portable, des fringues un peu fluo, un peu recherchés, des coupes de cheveux manga ou une obsession des ados pour trouver un nouvel amoureux, et vous obtenez un film générationnel. Un film symbole de l'adolescence américaine de l'année 2010.

Là, le déclic doit se faire : film d'ado générationnel, ne nous avait-on pas servi Juno ou Nick & Nora il y a quelques années ? Des ados, fans de musique, jouant souvent dans des groupes, focalisés sur les problèmes amoureux, souvent bien fringués dans le style geek ; la comparaison s'impose, d'autant que Scott est joué par Michael Cerra, un des emblèmes de la comédie adolescente de ces dernières années : mais oui, c'était lui, Nick, c'était lui, le copain de Juno. Certes, la liste des ingrédients semble les mêmes, musique + fringues + drague, mais Juno ou Nick&Nora plongeaient ces idées dans un bain tiède qui me les avait rendus terriblement désagréables. Des comédies assez cul-cul, avec quelques idées comique tournant à la formule, et une bande-son criant "achetez ma jolie compil' d'indie rock sympa". Leurs belles sensibilités à l'air du temps ado se trouvaient délavées par l'envie de plaire, de toucher le plus grand nombre, de rester accessible ; de recycler les vieilles méthodes.

Scott Pilgrim ne cherche pas à reprendre la formule de la comédie en l'upgradant, le film offre un objet tel que des adolescents en consommeraient. Zappeur, fort en vannes, saturés de clins d'oeils, allant à toute vitesse, un rythme fou que n'avaient pas les comédies molles citées plus haut. Les ingrédients classiques d'un monde zapping-internet-iPhone-jeux vidéos permanents sont juste poussés un peu plus loin, à la vitesse maximale, et l'on peut donc y trouver un sens certain de la création. Une forme inédite, fortement contemporaine : pas sûr que le résultat soit facile à digérer pour un plus de 30 ans, mais tout le monde se doit de reconnaître cette originalité, cette prise de risque, ce goût fou de la vitesse.

Intensité créative renforcée par le choix de morceaux presque tous inédits pour la bande son, un rock rugueux, rapide, riche en saturation. En parfaite adéquation avec des groupes comme Girls, Wavve, Japandroid, Blood Red Shoes (ces derniers glissant un morceau dans une scène), de la pop à haut rythme mais bruyante, saturée, pleine de jeunesse & d'appétit. Peut-être est-ce aussi une question de mode : Juno était sorti pendant une grosse vague folk, alors que les airs de l'années sont plus lo-fi &noisy... Mais les compositions de Nigel Godrich font merveille, le producteur de Radiohead, Beck ou Air s'est fait plaisir, et l'énergie fournie est superbe et entraînante, le rythme d'un mp3 partagé en fond du bus avec l'iPod glissé dans un jean slim.

Une euphorie, un appétit, un enthousiasme, un sens de l'hyperbole qui irrigue tout le film, une montagne russe dans un rêve d'ado un peu fou, qui mélangerait tous ses rêves, toutes ces idées fixes. Mais un sens du détail allant au delà le goût de la citation clinquante, présent dans les dialogues de ces ados speedés. Les auteurs & comédiens ont pris un plaisir évident à user des expressions passe-partout de la jeunesse nord-américaine, abusant du "awesome", du "totaly", du "sooo into this", ainsi que des rendez-vous chez Pizza Pizza ou Second Cup, les équivalents canadiens de Pizza Hut & Starbucks. Des détails qui ne seront pas forcément simple à transmettre au moment de la sortie française, mais qui offrent une belle immersion dans ce monde, une jolie justesse dans cet environnement hystérique.


10 août 2010

Le perfectionnisme d'Owen Pallett à Osheaga

Owen Pallett in concert - July 31st, 2010 - Osheaga Festival, Montréal

Deux pincements de cordes sur le violon. Répétés. Répétés, rien que deux pincements, qui résonnent dans la grande scène. Coup d'oeil au sol. Archer à la main, une petite phrase musicale, répétée elle aussi, deux ou trois fois, en superposition. Coup d'oeil au sol. Les deux couches tournent toujours. Quelques autres coups d'archer. Tout en s'approchant du micro, le chant clair, limpide.

Il est assez courant maintenant de voir des formations réduites enregistrée quelques phrases musicales sur scène, pour donner plus d'épaisseur à leur spectacle. J'avais découvert le procédé en 2004 à Rock en Seine avec Nosfell ; cela devait donc exister depuis un moment. Bumcello ou Andrew Bird m'avaient ensuite ravi de leurs prouesses, deux duo à la virtuosité construite peu à peu, minutieusement, à coup d'enregistrements en direct, devant le regard du public. Mais Owen Pallett semble un cran au dessus de la reconstruction musicale : majoritairement seul en scène, ce sont de petites symphonies pop qu'il assemble doucement, patiemment, précisément.

Car son dernier album a été enregistré avec l'orchestre symphonique de République Tchèque, les arrangements remplissent plus d'une centaine de pages de partition ! Owen manie quelques Lego, doucement, sans se presser, et il doit reconstruire un petit Versailles !

Pallett est un petit virtuose, un véritable musicien classique à la formation de conservatoire. Il a oeuvré aux arrangements quelques grosses machines comme Arcade Fire, les Pet Shop Boys ou Mika, un précieux techniciens. Mais il tourne également seul, voulant explorer son oeuvre personnelle à sa manière, jouer sa musique seul, même s'il s'agit d'une riche musique pop lyrique, de chants presque démesurés. La technologie autorise ses ambitions artistiques. Ambition plus personnelle encore après ce dernier album, Heartland, le premier sous son nom propre après avoir usé du patronyme Final Fantasy.

L'ambition dans la musique, dans les paroles, dans la qualité du son, mêlée d'un humour sympathique, et d'un air d'étudiant encore frais. Etrange coupe de cheveux, rasée sur les côtés, avec une longue mèche frangeuse dans les yeux ; marcel léopard, remplaçant ses étranges chemises ou la bizarre casquette qu'il portait en février dernier pour le concert d'Outremont. Owen est un artiste, Owen est un peu bohème, vaguement alternatif : Final Fantasy n'était-il pas une allusion à un jeu de rôle, ne citait-il pas Dungeon & Dragon dans un précédent album ? Owen Pallett est brillant mais Owen est certainement fantaisiste, Owen est même un peu geek ; son campagnon intermittent de scène affiche d'ailleurs un étrange look de musicien sans soucis de son apparence, mal rasé, une casquette Rogers à dix balles sur la tête : encore un musicien ultra-focalisé, encore un geek.

Les geeks amusent les foules ou font sourire dans les comédies, mais les geeks prennent les choses très au sérieux. TRES au sérieux. Owen hurle en début de concert quand sa voix suscite des larsen ; bon sang, l'ingé son ne peut-il régler bêtement ses boutons, il vient lui-même d'ajuster ses appareils pendant des dizaines de minutes ? Un peu de respect pour la musique ! Une bête, un perfectionniste, un maniaque du détail, capable de quitter la scène au milieu de son dernier morceau, juste parce que la scène techno trop proche parasite la qualité sonore (si j'ai bien compris son grommellement excédé).

On n'a rien sans rien. Quand on retire ses chaussures pour jouer souplement en chaussettes, on est en droit d'être réaliste et exiger l'impossible.




















9 août 2010

Leçon d'indie décontractée par Pavement à Osheaga

Pavement concert at Osheaga Festival, July 31st 2010

It's Labatt. No problem.

Stephen Malkmus s'essuie encore avec une deuxième serviette éponge, mais il continue de faire des blagues. Il vient de recevoir une bière sur la tête en plein milieu d'un morceau, comme en atteste le précieux document Youtube ci-dessous. Il a sursauté, grimacé sur le moment, mais continué à jouer. A la fin du morceau, un des musiciens a regretté que de la bière ait atterri sur autant de pédales d'effets ; puis après un temps, a ajouté : "et aussi sur le chanteur".

Voici Pavement en tournée de reformation après 10 ans d'arrêt, cool et tranquille, de bonne humeur. "We're Pavement again", répèteront-ils à plusieurs occasion durant le concert ; pour meubler, certainement, mais aussi parce qu'ils sont contents d'être là, et qu'ils aiment partager leur joie. Impression bien différente de celle laissée par les Pixies reformés au festival Rock en Seine en 2005 : enchaînant les tubes pieds au plancher, sans un mot, car sans aucune ambiance de groupe. "Alors, c'est ça, les Pixies ?" nous étions-nous dit avec un ami...

Mais Pavement est tellement plus décontracté & fun. L'épisode du jet de Labatt est vite oublié ("qui a fait cela ?" et une soixantaine de doigts se sont pointés vers le coupable à 5 m de la scène, sur la droite), et le bonheur Pavement s'est déversé ravi sur le peuple d'Osheaga. Les blagues n'ont pas manqué, bien sûr, comme ces allusions de Stephen Malkmus à la saison de football canadien et aux Alouettes de Montréal. Mais c'est surtout l'enchaînement de tubes qui saute aussitôt aux oreilles : quel répertoire ! Rien que de jolies chansons !

De jolies chansons livrées avec une décontraction impressionnante et communicative, tous contents d'être là et de partager ce joli moment de musique. Les titres pourraient certainement être plus enchaînés pour plus d'efficacité, ou quelques faux départs évités, comme lorsque Bob Nostanovich demande l'arrêt d'une intro parce qu'il trifouille encore sa batterie. Mais c'est là l'essence de Pavement, comme l'explique parfaitement une récente colonne de Pitchfork : des titres accrocheurs, mais surtout une magnifique attitude de désinvolture, d'humour, de légèreté, de déconnade. Des compositions magnifiques comme offerte par un vieux pote de lycée, comme ça, un peu dingue, qui peut enchaîner de jolies accords de guitare puis crier comme un punk de 1976.

Et l'héritage laissé par Pavement est impressionnant. Ils n'ont pas vendu beaucoup de disques pendant les années 90, mais tout autour de moi, la moitié du public reprend les paroles en coeur. Pas besoin de grands effets pour être une sorte d'icône, voilà la leçon de rock indie présentée par ces vétérans modestes et fun.

Jet de bière visible autour de la 15ème seconde...















21 juillet 2010

L'euphorie communicative de Caravan Palace

Caravan Palace
2 Juillet 2010 - festival de Jazz de Montréal

Festival de Jazz de Montréal, un des plus grands festivals du monde, où les somptueuses têtes d'affiche en salle voisinent avec les concerts populaires gratuits et en plein air, en plein centre ville. La Place des Arts offre ainsi chaque soir un gros show sur sa plus grande scène, pas toujours très jazz pour ceux auxquels j'ai pu assister, mais toujours terriblement festifs. Un parti pris de fête populaire, de communion avec la foule, et l'ambiance a souvent été magnifique.

En particulier pour Caravan Palace, grosse claque pour moi qui n'ait pas mis les pieds dans les festivals français depuis deux ans environ : ils semblent une valeur sûre des scènes d'été en France depuis quelques temps, ont même squatté le top des ventes pendant presque un an. Mais je n'en avais jamais entendu parlé, malgré mes passages fréquents sur les sites & blogs musicaux français. Ou comment le snob-toujours-au-courant prend un peu conscience de son expatriation...

Caravan Palace, c'est un sextet de swing - jazz, mais où la batterie est remplacée par la boîte à rythme des Daft Punks, ou presque. Instruments live sur lourde rythmique électronique, laissant parfois la place à un peu de vocoder ou quelques scratchs de vinyle. Un déchaînement euphorique saisissant, follement dansant, dont on sort radieux, souriant, étincelant, volant sur l'énergie communicative du groupe et de la chanteuse charismatique.

Montréal a chaviré, les fans de musique & de jazz se déhanche devant ces français fous. La musique électronique manifeste sa puissance communicative, irrépressible, un peu à la manière des Chemical Brothers à Rock en Seine 2004, secouant une foule rock & tatoué aux sons de leurs beats fous.

Pas de vidéo de Montréal avec la somptueuse présence scénique chantant, mais ce numéro original avec danseurs de Montréal. Pas forcément le plus représentatif de la personnalité du groupe, mais tout de même fort fun...


4 octobre 2009

Musique française pour meurtres italiens

Toop toop
by Cassius (2006)
in Il Divo, fim by Paolo Sorrentino (2008)

"Bien entendu qu'ils sont français, ça sonne tellement français".

En 2008, j'avais assisté à un concert de Justice dans la ville de Cologne. Mes amis allemands savaient parfaitement que le duo electro venait de France. Ils associaient notre pays à la musique house, à un son de guitare introduit dans les clubs, comme Daft Punk. Ils écoutaient beaucoup le dernier album de Cassius. Le groupe était donc un bien un représentant du Gross National Cool français, les exportations culturelles cool.

Et bien plus encore que je ne pensais, puisque cette percée de Cassius ne se restreint aux seuls adolescents fan de musique indépendante : revoici la pop répétitive de Toop Toop dès les premières minutes du film italien Il Divo. Les meurtres politiques s'enchaînent comme dans un clip au son des toop toop bébêtes mais rigolos. De la pop française jusque dans une biopic politique engagée et parfois fun ; on oublierait presque que le début du film est un peu superficiel...