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2 janvier 2011

Liste de livres lu en 2010 - et pas encore évoqués ici

Fin d'année calendaire, le temps des listes et autres best of. Une pratique certainement motivée par les vacances de journalistes à cette période de l'année : on peut préparer de tels articles à l'avance, les publier au dernier moment, et ainsi occuper les kiosques même quand le personnel festoie... Mais aussi une habitude joueuse, envie de classer, d'assembler ses préférences, d'exercer un petit pouvoir critique, de discuter longuement entre collègues ou entre potes ; et un plaisir de lecteur aussi, la liste offre le moyen de faire quelques découvertes, oeuvres noyées dans dans le flot de l'actualité...

Je l'avoue, je suis toujours tenté par ces listes de fin d'année, assemblage de films, classements de disques ou de chansons. Mais les listes de livres m'attirent moins, ou me semblent moins évidentes : on va voir les films au moment de leur sortie, mais on ne lit pas toujours les livres au moment de leur sortie. A moins d'être critique littéraire, libraire, employé de bibliothèque. En tout cas, dans mon cas, j'essaie de varier mes lectures, alterner les époques, les genres, les pays. Papillonner dans les bibliothèques, picorer les magasins de livres d'occasion... Un rythme qui se prête moins au classement à date fixe.

Cependant, il peut être amusant de garder trace de mes lectures, de mon cheminement dans le monde des livres. Un petit catalogue des mes lectures. Tout au long de l'année, j'ai déjà évoqué une vingtaine de romans sur ce blog, avec plus ou moins de détails. Mais d'autres ouvrages sont restés sur le côté, jamais évoqués faute de temps, ou parce que les livres me semblaient trop intimidants pour mes petits commentaires...

Alors voici une petite liste en vrac des livres lus cette année. Une liste un peu à la manière du joli blog "Discipline in Disorder", adepte de la liste sans classement, du texte posté spontanément, juste pour capter un moment de lecture. Leur liste 2010 mêle ainsi sans distinction romans, essais, livres de photos ou bande dessinée : toujours une jolie mine de trouvailles. Ma liste n'est pas aussi en désordre que celle de DiD, pas aussi laconique, et elle ne comprend pas les bandes dessinées - que j'évoquerai dans une autre liste. Mais j'espère qu'elle sera plaisante à lire...

  • Rosie Carpe de Marie N'Diaye (2001)
    Rosie arrive en Guadeloupe, à la recherche de son frère ; accompagnée de Titi, ce fils mou qu'elle a du mal à aimer. Rosie, fille à la dérive, ayant fui Brives, ayant travaillé sans élan à la Croix de Berny. Une terrible galerie de portraits contemporains, délicatement théâtrale, superbement écrit : un prix Femina tellement mérité...

  • Jour de Souffrance de Catherine Millet (2008)
    Catherine Millet avait conté sa vie sexuelle, elle parle ici de sa longue jalousie. Livre de récit et livre d'analyse des sentiments, des obsessions sentimentales incontrôlables. Honnête, juste, doucement torturé : la jalousie contemporaine.

  • In a Free State by V.S. Naipaul (1971)
    Livre en trois épisodes. Un serviteur indien suit son maître à Washington DC. Un ouvrier des Caraïbes suit son frère en Angleterre pour aider ses études. Deux anglais traversent l'Afrique du Sud en voiture quand une guerre ethnique se prépare. Trois tensions entre pays du Nord et du Sud, peuples dominants et masses dominées, tressées avec subtilité dans un monde où les colonies ont disparu (officiellement). On comprend parfaitement le Booker Prize attribué au livre, et le Nobel offert à Naipaul...

  • La vérité sur Marie de Jean-Philippe Toussaint (2009)
    Trosième volet des amours de Marie, histoire d'amour des années 2000. Toussaint pousse son système d'écriture plus loin encore, tissant des scènes presque abstraites, terribles, superbes : qui imaginerait tant de beauté dans la course neigeuse d'un cheval fou sur l'aéroport de Tokyo ?

  • La légende de nos pères de Sorj Chalandon (2009)
    Un écrivain doit écrire la biographie d'un ancien résistant, commandé par sa fille - mais les pièces du récit s'assemble mal. Un livre de souvenir, d'écriture, de recherche sur l'histoire dans ses détails ; sorte d'étude de cas : poids mythologique de la résistance française, étiré jusque nos jours.

  • Carte Muette de Phlippe Vasset (2005)
    Un groupe de géographe est engagé pour cartographier Internet : pas uniquement les lignes de serveurs, tous les flux des utilisateurs... Livre doucement expérimental, construit par bribes d'emails, jouant avec les polices de caractères, tentant de mêler discussions typiques d'Internet et monologue intérieur. Pas désagréable, pas inintéressant, mais l'aspect le plus fascinant tient au "vieil Internet" qu'il présente : un Internet d'emails, sans chat, sans Facebook, sans Twitter - et le livre n'a que 5 ans !

  • Le lièvre de Patagonie de Claude Lanzmann (2009)
    Biographie monstre de Claude Lanzmann, réalisateur du monumental film Shoah. Mais aussi résistant actif, compagnon de Simone de Beauvoir et ami de Sartre ou Deleuzz, militant pour la décolonisation, journaliste explorateur du monde en Israël, Allemagne de l'Est ou Algérie, directeur de revue... Une vie vertigineuse, riche comme 1000 romans ou essais, et superbement écrite - 800 pages à dévorer, terriblement stimulantes.

  • The New Journalism - anthologie assemblée par Tom Wolfe (1973)
    Le Nouveau Journalisme, élan du journalisme des années 60-70, où le journalisme se rafraîchit en piochant des techniques d'écritures romanesques, en offrant plus d'espaces à l'auteur parlant à la première personne, à tous les délires du gonzo. Dès 1973, Tom Wolfe assemble une anthologie de textes forts, et la lecture s'écoule fascinante : tant de grands papiers ! Pages de In Cold Blood de Capote, délires de Hunter S. Thomson, enquête d'un journaliste participant à un match de foot US pro, interview avec une actrice pour Warhol, récit de la mort lente d'une adepte des régimes macrobiotiques. Une variété sans fin, et une mine d'exemples pour repousser les limites de l'écrit, qu'il s'agisse de non-fiction ou de tout type de récit...

  • Un an de Jean Echenoz (1997)
    Une femme se réveille à côté d'un cadavre, s'enfuit, se construit une vie cachée - de plus en plus pauvre, faute d'argent, jusqu'à dormir dans la rue avec les clochards. Déchéance et fuite, passivité, un petit monde de marginaux du sud de la France, plantés par le style sobre d'Echenoz. Difficile de bien savoir où tout cela va, mais la course doucement paranoïaque est vaguement envoûtante.

  • Boderline (2000) / La Brèche (2002) de Marie-Sissi Labrèche
    L'autofiction à Montréal dans les années 90. Marie-Sissi Labrèche raconte ses rapports détestables avec sa mère folle, conte son amour fou et obsessif pour son professeur de littérature, le mépris de son corps, machine à sexe à la dignité perdue. Les thèmes maternels ou d'amour fou ne sont pas toujours très profonds, semblent parfois un peu convenus ou superficiels. Mais l'élan halluciné du langage donne un rythme certain, souvent fascinant pour un lecteur parisien : un élan obsessionnel pavé d'expressions québécoises surprenantes pour l'oreille francophone européenne.

  • Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise (2000) / Par une nuit où la lune ne s'est pas levée (2007) de Dai Sijie
    Balzac et la Petite Tailleuse Chinoise, un immense succès littéraire : traduit en 25 langues ! Jolie histoire d'adolescents envoyés à la campagne pendant la révolution culturel, transmettant la littérature européenne à une couturière analphabète - récit poétique, doux, humoristique.
    Le livre suivant est également fascinant, mais à la construction ambitieuse et multiple, centrée autour d'un parchemin déchiré offrant une citation du Boudha. Le livre mêle visite d'une traductrice en Chine, récit d'aventurier français après la Seconde Guerre, vie du dernier empereur, réflexion sur la traduction ou les langues mortes. Un roman multiple, foisonnant, érudit, poétique.

  • The Echo Maker by Richard Powers (2006)
    Un accident de voiture, le frère dans le coma, reprenant peu à peu ses esprits, mais croyant sa soeur une comédienne, un imposteur chargé de le tromper... Joli pitch initial, mais livre que j'ai trouvé terriblement poussif ; à la construction tellement apparente, à la progression lente, à la documentation visible et artificielle, aux personnages souvent prévisibles. Un livre fabriqué, comme parfaitement assemblé avec des recettes précises, façon cours de "Creative Writing" - sans vie. J'ai du mal à comprendre son statut de finaliste au Prix Pulitzer, du mal à saisir l'enthousiasme critique...

  • Extension du domaine de la lutte par Michel Houellebecq (1994)
    Parce qu'il fallait tout de même avoir lu un livre de Houellebecq dans sa vie - et surtout cette année ; alors commençons par le premier roman. Petite histoire d'homme des années 90 désabusé, petit cadre en services informatiques transporté dans les hôtels de province, les petites mesquineries de l'entreprise. Un ton personnel, détaché, doucement cynique, où surgissent des aphorismes déprimés sur la société, des scènes acides sur les comportements de collègues, de pures envies de détachement voire de meurtre. Il serait maintenant intéressant de lire Les Particules Elémentaires...

2 décembre 2010

The Forgotten Ones, Gailly offers another infinitesimal tale of feelings





Les oubliés  /  The forgotten ones 
by Christian Gailly (2007,  Editions de Minuit)

Schooner and Brighton were driving to Brittany when it happened. Paul Schooner and Albert Brighton, two journalists - "my two English guys" as they were usually called by their boss. Schooner and Brighton in charge of the culture pages of the newspaper, with a specific series on "the forgotten ones": these artists who were gifted and successful, always sources of good stories. That day, Schooner and Brighton were driving to interview Suzanne Moos, cello virtuoso who stopped playing at a young age.

But they never reached the place. Car accident on the highway. Car squeezed in between a truck and a car. Took the train back to Paris. And Schooner never came back to Paris. Died in the washroom.

The Forgotten Ones is another short but sensitive novel by Christian Gailly. 140 pages, not more. An apparently simple plot, only a few action axes: accident, back in the train, death, announcement of the death. Then interview of Moss a few months later. Nothing more, not more than 4 to 5 characters. But a simplicity following the movements of the mind. The little sparkes of ideas almost described in real time. A journalist cooking pasta for the kids of the new widow. Music heard in an Saab cab, until the end of the song. A thunderstorm on the beach. An old story told by a former musician walking too fast.

Christian Gailly is a man of details. A man of humor. Of small, tiny, striking sentences. Condensed paragraphs, usually half a dozen of lines. Short sentences. Small pieces placed next to another. With a nice sensitive ear to the voice, to the small talk. The little self-talks, when language is sometimes unstable, twisted. When humble characters reveals their little ideas & fears, small jokes told for oneself, little vision of love or friendship. Or death. Usual themes of Gailly, music, little life changes happening in one night, middle-aged characters finding love again, humbly, surprised themselves. Precious & modern little tales.



Tout le monde sait ça. Un accident violent c'est ça. On ne sait plus qui on est. Pourquoi on est là. Ni où on va. D'où on vient, n'en parlons même pas.

Everybody knows that. A violent accident that's that. You don't remember who you are. Why you are here. Neither where you go. Where you're coming from, don't even think about it.



La solitude d'après. Celle de quand les enfants sont couchés. Les mères savent ça. Les pères aussi. Même Brighton, qui pourtant ne l'était pas. Juste père d'un soir. C'est pareil. On ne se surveille plus. On peut. On a le droit. On est libre. Du coup ça cède de partout. Et on laisse faire. Ca libère des tas de pensées. Ca vous submerge ou pire. Ca vous noie. C'est ça. Laisse-toi aller.

The solitude after. The solitude when kids are in bed. Mothers know that. Fathers do too. Even Brighton who was not one though. Only father for one night. That's the same. You don't watch after yourself. You can. You have the right to. You are free. Then things break from all sides. And you let things go. Bunch of thoughts are liberated. You're overwhelmed or worse. You're drown. That's it. Let yourself go.



Et après on ira se coucher, d'accord ? Je suis bien vieux, dit Brighton. Moi aussi, dit Moss. On fera ce qu'on pourra.

And then we'll go to bed, OK? I'am really old, said Brighton. Me too, said Moss. We'll do what we can.



Pas une main ne s'était posée sur elle : On croit pouvoir s'en passer, dit Moss. Et en effet, on le peut. On y arrive, on s'en passe. On résiste, on est fidèle et le temps passe.
Oui, dit Brighton. Mais il suffit d'un rien, d'un geste. Pour se rendre compte, mesurer combien. A quel point ça nous manquait. Pas vrai ? Si, dit Moss. Et elle a souri. Et ils se sont aimés. Et ça s'est bien passé. Mais oui.

No a single had touched her: You think you can do without it, said Moss. And indeed, you can. You manage tout, you do without it. You resist, you're faithful and time passes.
Yes, said Brighton. But one small nothing is sufficient, one gesture. To realize, see how much. How much you missed it. Right? Yes, said Moss. And she smiled. And they loved each others. And things went well. But yes.

12 octobre 2010

Love Burns, Mazya présente l'adultère meurtrier et drôle en Israël

Love burns 
by Edna Mazya (1997)
sorti en France sous le titre Radioscopie d'un adultère en 2008


Ilan a 49 ans, professeur d'astrophysique à l'université d'Haïfa ; légèrement angoissé, consommateur régulier de Valium ou de somnifère. Mais heureusement marié depuis deux ans à une magnifique femme de 25 ans, séduisante, intelligente, amoureuse - un bel horizon pour cette existence autrefois étriquée, concentrée sur un ami d'enfance et une mère possessive et acariâtre.

Mais qui imaginerait qu'une si jolie femme passe vraiment ses journées à la maison, à dessiner ? Même les couples les plus proches & complices connaissent leurs bouffées d'adultère, leurs tentations ; l'ennui, la différence d'âge.

Edna Mazya construit une agréable histoire à partir de cette trame fort classique. Les péripéties surgissent  avec un joli sens de l'humour, distant, presque sans avoir l'air de rien, mais terriblement absurde, presque acide. Comment peut-on qualifier autrement une scène de meurtre par étouffement à la pipe en terre ? La description abrupte d'un tel méfait le rend totalement improbable, et l'art d'Edna Mazya est d'amener progressivement la scène à ce dénouement meurtrier, tisser une discussion, un geste imprévu, une envie passagère, une réaction qui construisent doucement un drame, qui changent monsieur tout le monde en un meurtrier.

Edna Mazya est apparemment un auteur dramatique, et n'a écrit que deux romans. Mais on devine un joli sens théâtral derrière la conduite de ce roman. Pas particulièrement dans la construction de dialogues, comme on pourrait le penser, car le livre fonctionne pas particulièrement sur de longs dialogues - pourquoi un auteur de théâtre chercherait-il à écrire un roman en se focalisant surtout sur les dialogues, pourquoi une nouvelle forme d'écriture alors ? Le sens théâtral de Mazya se sentirait plutôt dans la construction des scènes, petites situations initiales, rencontres de personnages ou déambulation, dénouement, et ce en usant de chapitre parfois très courts ou très longs - belle maîtrise du rythme narratif, aussi bien à l'intérieur d'une scène que sur l'ensemble du livre. 

Mais surtout, l'écriture de Mazya est magnifique dans sa capacité à rendre la voix d'Ilan, narrateur du roman, longues phrases faites de courtes propositions, rapides, presque haché, les petites enchaînements imprévus d'un esprit vaguement paranoïaque - pas un psychopathe chronique, juste un inquiet maladroit. De superbes monologues que l'on prendrait plaisir à dire à haute voix, que l'on apprécierait d'entendre dit sur une scène par une voix d'acteur. De telles envies ne peuvent mauvais signe pour un roman.

13 septembre 2010

David Heatley has an upside-down brain (but he knows how to draw it and share it)


My brain is hanging upside down (J'ai le cerveau sens dessus dessous)
by David Heatley (2008)

Nouvel exemple d'une oeuvre autobiographique stylisée et passionnante, la bande dessinée continue de creuser les pistes intimes et David Heatley pousse les limites du genre.

Amusant qu'une telle focalisation semble encore originale en bande dessinée, l'approche n'est plus trop neuve de nos jours, les blogs BD ont continué de répandre l'intime dessiné et le rendre familier du public. Mais la saturation semble encore lointaine, la bande dessinée ne paraît pas encore déclencher le même réflexe effrayé que l'auto-fiction en littérature française : "encore des élucubrations dégoulinantes d'un auteur s'épanchant, pouah !". L'originalité apparaît encore possible, voire promise, quand un nouveau projet de roman graphie intime se présente.

Tout du moins dans mon esprit ; peut-être est-ce simplement lié à ma jeunesse dans le domaine. A la réflexion, je lis des romans graphiques autobiographiques depuis 4 ans à peine...

Néanmoins, les sujets d'explorations dessinés restent vastes, peu saturés de précédents en matière de comics, et David Heatley n'a pas choisi les plus simples, les moins ambitieux. Rêves, sexe, rapports raciaux, rapport à la mère ou au père, histoire familiale, paternité. Pourtant nous sommes nombreux à nous interroger sur ces différents sujets, alors n'est-ce pas un peu exagérer d'utiliser l'expression "cerveau sens dessus dessous" ?
Mais le titre ne décrit pas uniquement l'état névrosé du jeune David et sa quête de sens à différents niveaux, elle se rapport aux caractéristiques même du recueil. Heatley choisit une approche systématique assez fascinante, dédiant un chapitre à chacun de ses grands sujets d'hésitations : "sexe", "race", "mère", "famille"... Pourquoi pas, se dit le lecteur innocent, parcourant les premières pages du premier chapitre, le sexe : planches de rêves, petits précipités surréalistes en une page ou deux - distrayantes, légèrement déroutantes, peu originales. Puis surgit une planche peuplée de cases minuscules (6 x 8 par pages), personnages comme griffonnés, certains nus ou cachés d'un trait de surligneur rose, baisant, l'avatar de l'auteur omniprésent. Qu'est-ce ?


David Heatley débute alors un aspect fascinant de son projet : le récit quasi-exhaustif de sa vie sexuelle depuis son plus jeune âge, depuis ses premiers souvenirs de petit garçon jouant à touche pipi, déshabillant la soeur de la voisine ou jouant aux jeux vidéo primitifs avec son zizi pour joystick. Les cases s'enchaînent hypnotisantes, la puberté, les filles, la timidité, les premières mains effleurées, puis très vites les soirées plus coquines, les nuits partagées. Toutes ses petites amies ; toutes - difficile de ne pas croire à l'honnêteté de l'auteur. Surtout quand on saisit les envies curatives recherchées avec ce récit systématique, ce je-me-souviens sentimalo-érotique : cette éducation sentimentale fin XXème doit permettre à Heatley d'apprivoiser ses besoins sexuels. Objectif apparemment atteint d'après les dernières cases, en bonheur conjugal contrôlé, qui peut paraître un peu fade & conservateur par rapport aux expériences multiples présentées ; mais tellement plus serein et sage, mature.

Et surtout, quel geste artistique ! Mise à nue risquée certes, mais authentique & touchante, à la portée générale concernant la recherche de soi. L'auteur explique ainsi son choix de cacher tous les sexes nus par un trait de surligneur : il ne s'agit pas d'une oeuvre pornographique, à but d'excitation du publique, rien qu'une révélation honnête, sans complaisance. Cette idée graphique est une très jolie trouvaille, poussant discrètement les dessins vers une sorte de burlesque, de censure rigolarde : toujours crue, mais avec une distance évidente.

La même approche systématique se répète dans le chapitre "race", traitant de toutes les personnes noires marquantes dans la vie d'Heatley, depuis ses petits camarades de jeu jusqu'à ses voisins croisés dans son appartement de Brooklyn. Le trait est encore une fois minimal, les choix graphiques plus épurés encore : un pur noir et blanc, avec cadre noir épais. On sent le même besoin d'épuiser le sujet, motivé là aussi par quelques expériences difficile qu'il faut exorciser. Mais l'économie du récit pousse encore l'expérience vers des teintes plus générales, l'axiome se vérifie, "plus l'artiste creuse le particulier, plus il touche au général". L'apparition de petites critiques de rap renouvellent également l'approche par rapport aux cases de "sexe", portrait d'une jeune blanc attiré par la culture noire et les difficultés rencontrées dans les années 80 ou 90.

David Heatley sait parfaitement ajuster ces choix esthétiques au contenu de ses projets, les dernières pages familiales confirme sa capacité à trouver une belle justesse. Le fait que ce livre rassemble des travaux réalisés sur 5 ans environ explique peut-être cette justesse et ce recul, le temps pour laisser décanter les idées et les approches : l'auteur a même réalisé une bande son de son livre avec compositions originales... Il sera intéressant de suivre l'évolution de cet auteur et son travail humain, fragile et risqué.


30 janvier 2010

Vaste croquis d'époque(s), entraînant et prometteur

La meilleure part des hommes
par Tristan Garcia (2008)

"Oh, c'est un roman français, un bouquin récent, qui parle des années 80-90. Ca commence à la fin des années 70, dans les petits parties d'extrême gauche, trotskistes, communistes. Et puis ça évolue vers le milieu associatif des années 80, autour de figures homosexuelles, à l'origine des premières associations de lutte contre le SIDA. Les deux personnages principaux sont homosexuels, un très cultivé, l'autre petite frappe débarquant de province. En parallèle, le livre s'intéresse à un personnage d'intellectuel ; un philosophe communiste, comme il y en avait en France dans les années 70, qui évolue doucement, glisse peu à peu vers le partie conservateur, la défense dure des droits d'Israël ; car il est juif. C'est plaisant à lire, rythmé : des courtes scènes, beaucoup de dialogues, de témoignages. Fun, en particulier pour tous les clins d'oeil et les références au milieu intellectuel parisien de ces années-là."

Oui, c'est livre est riche, on ne peut pas dire. Quand j'ai livré ce commentaire, je n'en avais même pas lu les deux tiers, j'étais autour de la page 200. Il m'a fallu en dire un peu plus que le personnage résumé ci-dessus, et je me suis parfois perdu dans quelques digressions, pour planter le contexte, donner quelques références. Tu sais, cela tourne un peu aussi autour de Libération, le grand journal français de gauche ; il a été créé par Sartre dans les années 60-70, tu dois connaître Sartre. Mais je ne suis pas certain qu'il connaissait plus que le nom, qu'il savait que Jean-Paul était communiste.

Voilà l'une des forces et des ambitions du livre : capter quelques trajectoires politiques typiques, partant des militants des années 70 jusqu'à une sorte de centriste bien installé dans les 2000, en passant par les manifs des années 80, les assoc' gays, les intellos pour la télévision, le Téléthon, un peu de Baladur ; l'autofiction aussi. Pas de doute, le livre regorge de clins d'oeil, et cette appétit à présenter une évolution sur le long terme est louable, agréable, donne envie de poursuivre la lecture encore et encore.

Le désir de lire se nourrit également du rythme général, ces courts chapitres d'une demi-douzaine de pages, majoritairement des témoignages, des courtes scènes comme des précipités. Les petites trouvailles ne manquent pas, l'humour, la satire, et l'on galope sur cette courbe temporelle, porté par le plaisir évident de l'auteur à jouer avec tous ces détails d'époque.

Tout cela n'est pas totalement équilibré, l'envie prend souvent de voir quelques périodes plus développées, d'avoir plus de personnages à se mettre sous la dent que les trois figures pivots et la narratrice. Tristan Garcia maîtrise brillamment son rythme et le montage d'ensemble, mais peu à peu, le lecteur se fait presque exigeant : l'impression prend souvent que l'auteur aurait pu pousser plus encore son talent, ne se contente pas de son humour, de sa culture de l'époque, qu'il montre un peu plus que le petit périmètre des trois silhouettes, qu'il brise un peu son système "plongée en microcosme(s)".

Tristan Garcia n'est pas stupide. Il ouvre parfois la fenêtre, laisse entrer l'air frais en tissant quelques scènes plus posées ; installations où les paragraphes s'allongent un, les descriptions surgissent, les personnages laissent entendre leur élan plus calmement. Jolis effets de contre-points, bien entendu ; mais ces scènes douces ou mélancoliques marquent profondément, jolis moments de littérature : quelques pages pouvant se suffire presque à elles seules, comme de petites nouvelles, révélatrices d'une belle maîtrise.

Il sera intéressant de suivre l'auteur, le laisser mûrir son élan et ses appétits. Le très bon livre devrait alors laisser place à la grande oeuvre. Mine de rien, "La meilleure part des hommes" est le premier livre publié par Tristan Garcia à 27 ans.

15 mai 2009

Dommage que le livre lui-même ressemble si peu à une oeuvre d'art

Lorsque j'étais une oeuvre d'art 
par Eric-Emmanuel Schmitt (2002) 

Quitte à mourir, pourquoi ne pas en faire profiter l'art ? Léguer son corps à un artiste pour le laisser expérimenter ; et, finalement, qu'y a-t-il à perdre à se léguer tout entier, encore vivant, puisque de toute façon, on souhaitait mourir. Voici le postulat lançant le roman d'Eric-Emmanuel Schmitt, sort de pari de Pascal pour dépressifs séduits par les paillettes de l'art contemporain. Tazio ne saute donc pas du haut de la falaise et laisse Zeus-Peter Lama faire de lui une sculpture vivante, surchargée de prothèses et de cicatrices ; il devient Adam Bis, oeuvre d'art, perdant par conséquent son humanité.

Voici donc une fable sur les rapports entre l'art contemporain, l'apparence et l'humanité, la superficialité d'un art clinquant et la profondeur des artistes aspirant à capter l'invisible. Le récit s'écoule le long d'idées plutôt distrayantes,  vol de la sculpture vivante ou achat pour les collections d'état, procès pour proclamer son humanité ; petit conte laissant place à quelques pensées sur l'art ou les valeurs humaines.

Hélas, le roman glisse en laissant un long sillage désagréable, impression permanente d'explorer un récit plutôt superficiel et peu approfondi. Les personnages surgissent sans véritables surprises, figures convenues des parents éplorées, de la jeune fille séduite, du peintre aveugle seul à même d'offrir un regard artistique authentique. Le conte n'arrive pas à offrir une personnalité qui lui soit propre, entre personnages désincarnés et rythme fade du style banal. Les phrases s'enchaînent vaguement ennuyeuses, ne prenant que quelques couleurs lors de certains dialogues, où la fluidité du verbe se fait plus agréable.

Il se dégage en fait une pénible impression de retenue difficilement explicable, comme si l'auteur ne savait trop quoi faire de son sujet. On pense par moment à Boris Vian pour quelques fantaisies associées à cette île imaginaire ; on songe à l'Ile du Dr. Moreau pour les manipulations & opérations sur le corps ; on sourit en saluant Oscar Wilde quand survient un tableau représentant la beauté intérieure du héros. Mais le texte ne parvient jamais à élargir ces références, elles surgissent en flash et disparaissent aussitôt, jamais vraiment approfondies, les paragraphes reprenant leur ronronnement modeste. Forme étrangement plate entre deux formules plutôt bien ciselées, hélas espacées de plusieurs pages : pourquoi retenir une véritable déchaînement de folie et nager en rond dans une critique routinière et facile de l'art contemporain ?

Car la véritable déception provient certainement du propos, de l'impression de facilité qu'il dégage. Une fable, certes, tissée d'archétypes et petites caricatures, mais dont l'assemblage ne parvient pas à transcender la banalité : l'artiste hype s'excite superficiel et avide d'argent, l'impresario recherche les scandales et la presse à sensation, l'administrateur d'état ne vit que pour les procédures, le vrai artiste construit son art dans la pauvreté mais se trouve reconnu à sa mort. Mais encore ? La figure de l'homme-oeuvre navigue dans ses eaux grises sans que rien de neuf ne se voit proposé au fil des pages ; il devient même difficile de ne pas s'avouer perplexe : le livre fait-il autre chose que labourer les idées reçues paresseuses sur l'art contemporain ? L'art contemporain loué par les médias n'est qu'un cirque manipulant le corps pour le plaisir de choquer, rien de plus qu'une foire des curiosités sans fil directeur, sans pensée ni message. Constat juste dans une certaine mesure, mais assurément réducteur et peu respectueux des artistes, rappelant les ricanements potaches de visiteurs jetant un vague regard dédaigneux sur des installations bizarres : non mais, c'est invraisemblable, comment une merde pareille peut-elle coûter autant de millions, ma fille dessine mieux !

Revient à l'esprit une phrase de Spinoza, citée dans le journal : "je m'efforce de ne jamais juger et tente toujours de comprendre". Désagréable impression de voir Eric-Emmanuel Schmitt juger sans offrir beaucoup de clés pour comprendre... Pourquoi pas ? Mais il est dommage de critiquer la superficialité artistique sans proposer soi-même de parti pris original, ni offrir une forme séduisante et riche. La satire est un art respectable ; mais elle ne devient véritablement percutante que soutenue par un travail approfondi sur le fond et la forme.

14 mai 2009

Une chaussure sur le toit, et tellement d'explications possibles

La chaussure sur le toit 
par Vincent Delecroix (2007) 

Un immeuble tout près de la Gare du Nord et voici une chaussure sur son toit, du côté de la cour intérieure. Une chaussure sur le toit ? Comment a-t-elle pu arriver là ?

Vincent Delecroix entreprend d'épuiser le sujet à l'aide de dix courts récits, proposant chacun un scénario explicatif. On peut penser qu'une chaussure sur un toit, cela ne signifie rien et que l'image se suffit à elle-même : montrer cette chaussure sur ce toit, et tout est dit, démarche artistique à elle seule, comme le proclame un plasticien contemporain dans l'un des récits. Ou au contraire ne pas fuir l'explication et fournir une large gamme de descriptions, imaginer tous les récits possibles ; saturer cette explication, voilà le parti de l'auteur, lancer des pistes dans toutes les directions pour en extraire du sens.

Vincent Delecroix convoque donc toutes une galerie de personnages, habitants de l'immeuble, profitant de la mixité sociale de ce quartier parisien pour varier les voix, les points de vues et les situations. Saturer l'explication, mais le menu littéraire n'entraîne aucune satiété du fait du plaisir pris par l'auteur à jouer des tons, des voix, des pastiches et des clins d'oeil. Surgissent ainsi un adolescent sans papier à la suite de hors-la-loi aux mines homériques, un chien bavardant avec les chats, un amputé de la jambe droite à 3h du matin ou une soirée branchée à la campagne rappelant le château intensément lumineux du Grand Meaulnes. Variété et intelligence, car les différents récits permettent d'introduire notions philosophiques ou pensées artistiques & esthétiques, tout en faisant sentir l'humanité des personnages décrits sur quelques pages à peine. Un livre en équilibre, fragile et doux, osant les rebondissements, les parallèles, mais aussi les contre-pieds et les silences. Un détail banalement incongru, une chaussure sur un toit, et voici toute un mécanique mise en marche.

30 avril 2009

Une fille sans qualités aux défauts un peu trop marqués

La fille sans qualité 
par Juli Zeh (2004)

Ada est une fille extrêmement intelligente ; grande lectrice, dotée d'un profond sens critique pour son âge, une grande maturité intellectuelle à seulement 14 ans. Elle fréquente un lycée de Bonn, établissement privé réputé où elle lance de longues joutes verbales avec ses professeurs. Elle court longuement et intensément, des jambes rapides et une capacité à résister à la douleur en font une potentielle championne universitaire d'athlétisme. Ada n'est peut-être pas très mignonne, pas autant que les poupées blondes à la beauté calibrée, mais elle possède une poitrine généreuse ; assurément une jolie sensualité, rehaussée par son caractère et son indépendance.

Ada est également nihiliste.
Elle tisse de longues réflexions intérieures sur la vacuité du monde, la superficialité de la société post-moderne, la faillite des politiques ; la stupidité générale de ces camarades inconséquents. Elle lit et lit, enfermée dans la salle de bain ; elle n'ouvre pas souvent la bouche en classe, hormis pour quelques brillantes saillies à la limité de l'impertinence. Ada n'imprime même pas les souvenirs, les choses glissent sur elles, et elle se contente de lire et courir.
Ada se trouve dans cet établissement huppé après avoir été renvoyé de son précédent lycée ; sans grande raison apparente, sans motivation réelle de sa part, elle avait cassé le nez d'un camarade avec un poing américain.

L'arrivée d'Alev dans sa classe va lui offrir un alter ego précieux ; nihiliste également, ballotté par ses parents d'un pays à l'autre, passionné par la théorie du jeu, Alev aime à jouer de son charme pour manipuler, pour le plaisir de démontrer  la vacuité intrinsèque des relations humaines. Ada et Alev rivalise d'éloquence en classe, et se font peu à peu complice d'un jeu trouble de manipulation.

Juli Zeh construit briques après briques un lourd roman, le grand roman de la jeunesse allemande des années 2000 et de son état d'esprit. Gros pavé de plus de 500 pages visant à capter le caractère désabusé de cette jeunesse qui a déjà tout vu, connaît tout des échecs des générations antérieures, digère sans effort les moyens de communication et le cynisme des politique ; une génération consommatrice mais jamais dupe, qui ne cherche plus le secours des idéologies et des illusions : une génération sans espoir mais qui s'en amuse, cruelle mais avec le sourire. Les arrière-petits enfants des nihilistes & anarchistes du début du XXème siècle.

Et pour peindre un tel tableau ambitieux, l'auteur convoque l'immense "Homme sans qualités" de Robert Musil, monument de la littérature de langue allemande : l'immense fourre-tout inachevé qui piégeait la décadence autrichienne d'avant la grande guerre. Deux époques de fin de règne et de voie sans issue, alors pourquoi pas ?

Alors Juli Zeh convoque la philosophie, ses inquiétudes de juriste sur le juste, les angoisses allemandes envers la guerre en Irak ou les attentats de Madrid, le mal-être des exilés des anciens pays de l'Est, les familles globe-trotters, les amateurs de black métal vêtu de cuir, les petits chefs carriéristes, les parents divorcés, l'importance de la pornographie dans les esprits adolescents modernes. Vaste galerie de portraits et de situations, de rebondissements et de méditations, d'incursions en salles des professeurs ou dans les dortoirs des internes ou chez les immigrés polonais à Berlin avant la chute du mur.

Boulimie de thèmes et d'approches qui ne semble hélas pas tellement prendre vraiment pour une certaine superficialité d'ensemble, au final. L'écriture manque généralement de fluidité, mais sans jamais véritablement offrir la profondeur que laisser espérer les longues phrases minutieusement construite. "L'homme sans qualités" de Musil est dense, délicat à explorer et presque à impossible à lire longtemps au lit ; mais il offre en retour la densité philosophique et la subtilité d'humour du chef d'oeuvre.  "La fille sans qualités" du XXIème siècle semble tâtonner dans son aspiration à voir grand, sans trop d'unité, sans vrai fil directeur, si ce n'est une désagréable impression surgissant régulièrement : le plaisir pris par l'auteur à tisser des passages pour choquer le lecteur. "Choquer le bouregois". Propension déjà présente dans son précédent livre, "L'aigle et l'ange" ; mais des scènes chocs n'apportant pas trop de réflexions, des scènes facilement cruelles et dérangeantes, m'a-t-il semblé, à la limité de la gratuité.

Juli Zeh est ambitieuse, vise haut : capter l'air du temps contemporain et incarner des dilemmes moraux. Elle tisse pour l'instant d'exigeants thriller ; il lui reste du travail pour toucher au chef d'oeuvre de son temps.

14 avril 2009

Olaimp, un sous-marin en maison close aux cellules tellement distrayantes

Des néons sous la mer
par Frédéric Ciriez (2008)

Un peu à l'écart du port de Paimpol, un sous-marin installé à quai, bâtiment marin reconverti, comme l'indiquent les immenses néons de l'accueil. Aménagement inventif et modèle économique innovant, le sous-marin a su tirer profit des évolutions légales et accueillir dans son armature effilée le bordel de la région. Olaimp, les néons portent haut l'identité de l'établissement, lieu de travail des Olaimpiennes, les fières prostituées travaillant à leur compte.

Frédéric Ciriez approche le monde de la prostitution par ce schéma insolite : en 2012, la prostitution a été légalisée et quelques filles de joie ont investi ce vieux sous-marin abandonné par l'armée française. L'auteur tresse sous exploration de l'Olaimp sous la forme d'un essai au sujet de l'établissement, parodie de travaux universitaires qui se déroule avec un immense sourire.

On y découvre l'histoire détaillée du sous-marin : étrangement poursuivi par un sort peu commun durant son activité militaire, le sous-marin se voyait régulièrement le cadre d'orgies sexuelles et autres activités vaguement pédérastiques, peu goûtées par l'état-major français. Le joyau technologique des années 60 se voit doucement abandonnée à une existence molle à cause de sa mauvaise réputation et des fortes superstitions marines...

Dès cette entrée en matière réjouissante, le ton du livre est donné ; érudit, fantaisiste, irrespectueux, fou et balayant les thèmes les plus vastes et imprévus. Les trouvailles s'enfilent comme des perles et les pages ouvrent sans cesse de nouveaux angles d'approche, légendes érotiques bretonnes, témoignages de prostituées saturées des accents étrangers les plus imprévues, biographie express de Patrick Dewaere, analyse du management moderne de l'établissement, carte de restaurant, aménagements des chambres... Une magnifique fête du langage, de l'imagination et de l'appropriation du réel par ses portes détournées ; le sexe au coeur de la vie de chaque homme et entremêlé dans de profondes racines de la société, mais surtout, le sexe comme une fête et un grand éclat de rire, toujours, et donc la vie en une fête riche de détails et d'humour.