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5 février 2012

Mad Kap et quelques plongeons dans l'undergound hip hop

Ces derniers temps, j'ai écouté beaucoup de hip hop.

J'ai l'impression de dire cela régulièrement, tous les deux ou trois mois. Comme si ce n'était pas encore une habitude bien acquise, logique, admise. Une habitude datant disons de début 2008, l'exploration systématique des médiathèque, plonger dans les grands classiques. Une habitude d'au moins 4 ans maintenant - et pourtant, toujours l'impression d'être un débutant, un petit nouveau qui se rend compte, oui, qu'il écoute du hip hop régulièrement ces derniers temps.

Peut-être faudrait-il alors préciser un peu le hip hop que j'ai écouté dernièrement. Afin d'expliquer plus clairement cette perception d'un changement d'habitude.

Oui, il y a 4 ans, j'avais plongé dans les classiques du rap, les gros albums des années 90, les grands canons. Le Wu Tang, Nas, A Tribe Called Quest, Eminem, De La Soul, NTM, les pilliers, les bases. J'avais ensuite saupoudré des noms un peu moins connus, du rap plus indépendant, Mos Def, quelques compil Rawkus, Gangstar, Mobb Deep, Lords of the Underground, au gré des noms piochés ici ou là. Un goût un peu plus large, un peu plus d'exploration, ouvrir les portes aux sons variés du hip hop.

Ces derniers temps, oui, j'ai écouté pas mal de hip hop. Mais dans des chapelles différentes.

J'ai posé doucement les pieds dans le foisonnement récent, ce tumblr hip hop où les mixtape gratuites jaillissent mois après mois, les flows jeunes offrent leurs états d'âme, leur folie dans l'instant. Une jungle, une abondance assez folle où les sons et voix changent, où les réputations se construisent sans qu'aucun disque soit encore vendu. C'est fou. C'est dépaysant. Des hip hop différents de ceux entendus par moi jusqu'à présent, parfois plus électronique. Une nouvelle fraîcheur. J'en parlerai plus, des belles chansons de Frank Ocean, d'A$AP Rocky, de Schoolboy Q, les français de 1995, de ces jeunes, le hip hop de maintenant.

Mais j'ai aussi dégustés avec plaisir le classement des meilleurs producteurs hip hop, publié sur Passion of the Weiss à l'hiver dernier. Délicieusement agrémentés de mp3, des noms inconnus, des sonorités en tout sens, toutes les époques - et toujours les jolis textes du sites. Une variété hip hop comme j'en avais rarement explorée, un tel éventail... 

Le site Passion of the Weiss est une superbe porte d'entrée sur la culture hip hop, l'histoire des sons et des hommes. Un assemblage de passionnés pointus, prêt à partager : j'ai écouté récemment avec surprise et plaisir un de leur podcast, ciblant l'underground hip hop de Los Angeles entre 1990 et 94. Oui, c'est pointu, deux heures et de commentaires érudits, pleins d'humour, une émission magnifique, offrant de belles pistes à suivre.

Beaucoup, beaucoup de pistes à déguster, avec toutes ces sources variées.
J'ai posté certains titres sur mon tumblr, certaines vidéos. Mais il serait dommage de ne pas en faire profiter ce blog, tirer profit de l'espace offert, plus vaste que ceux des habituels posts tumblr...

Alors je recommence aujourd'hui avec ce Mad Kap de 1993, entendu après le mix de l'underground de LA. Le beat est simple, la petite mélodie efficace, le flow digne et fluide entre les différentes voix : "Dopest Verse", difficile de trouver un titre plus symbolique de ce hip hop que j'ai écouté dernièrement...




21 mai 2011

Alsatian Darn, Panda Bear recipes in 4 minutes of simple depth & space

Alsatian Darn
     by Panda Bear (2011)

Panda Bear, une longue histoire d'amour, un coup de foudre début 2007 par l'immense Bros, morceau de 12 minutes à samples, à étages, à couches, à échos - une chanson monde comme il y a des livres mondes, une oeuvre multiple dont les écoutes n'épuisent pas l'épaisseur, la capacité de renouvellement et de fraîcheur. J'en parlais le 31 décembre 2007 ici, et le texte n'a pas trop mal vieilli, même s'il ne pouvait prévoir que ma fascination pour Bros serait intacte début 2011...

La sortie de Tomboy était donc un événement : un nouvel album de Panda Bear !

Le précédent, Person Pitch, offrait généreusement 7 titres, dont 2 durait près de 12 minutes. Dans Tomboy, il y a 11 titres, dont 2 seulement dépassent les 5 minutes - et sans aller plus loin que 7 minutes. Un album pop de Panda Bear ?

Pas vraiment, d'autant que la musique de l'ami Panda est à diffusion lente, se laisse doucement apprivoiser, avec gentillesse, mais avec patience. Un album doux au flot léger et frais, avec toujours cette voix à la fois nimbée d'écho et à la belle clarté, avec toujours cette limpidité des sons, ces petites rythmiques répétées encore et encore avec d'infimes variations. C'est beau, c'est agréable, c'est un bel album à écouter un matin de week-end, ou un soir dans la lumière tamisée d'un canapé, ou pour une promenade aux pas paresseux entre le vert printanier des bourgeons ; un album pour rêveries paisibles, où l'esprit se laisse guider par les ondes pour inventer ses propres paroles ou tisser ses propres images.

J'ai déjà écouté Tomboy plus d'une douzaine de fois ; je garde toujours cette double impression, accueil agréable, poli, engageant, mais aussi ce léger sentiment d'insaisissable, de perpétuel dépaysement ; marcher sur une toile vaguement distendue, léger sentiment d'ivresse. Une petite perte de repères, dans le bon sens du terme, la liberté offerte chaque fois, jamais vraiment épuisée par la répétition. Preuve d'une certaine richesse de la musique ; ou d'un amour certain de ma part pour cette musique - donc d'une richesse que j'y trouve, ou que j'y crois trouver ; une musique aidant à l'invention. Laissant toujours la porte ouverte, et les fenêtre également pour quelques courants d'air dans les rideaux.

Et voici maintenant une vidéo pour le titre Alsatian Darn, un de mes préférés de l'album, un qui me reste en mémoire au milieu de cette grande homogénéité.
Bon, la vidéo est d'un minimalisme basique assez frustrant, à la limite de l'onde d'accompagnement Winamp. Oui, c'est abstrait, des motifs répétés distordus par de sortes de vagues ; ce n'est pas très subtile et répète en gros traits "voici une musique abstraite et sensuelle, voyez comme je la représente !". Il y a bien quelques petites variations, un côté bricolé et basse définition plutôt attachant ; mais cela semblerait un peu bâclé par comparaison à la musique elle-même.

Alsatian Darn, c'est un petit précipité de Panda Bear, les rythmes entrant sur la pointe des pieds, une guitare répété, un son assez organique, jamais froid, et la voix qui murmure à l'oreille tout en restant dans une distance d'écho ; l'effet proximité / intimité / volume typique sur Tomboy. Le fil se construit, puis se distent ici, là, à droite ou gauche, rendant muet une composante pour accentuer l'autre, un jeu discret et fluide, comme des amorces de ponts. Jusqu'aux 3 minutes où Panda Bear commence à jouer avec l'expression Say What, le mot Say modulé en boule de caoutchouc souple, propice aux accents placés en différents points ; un petit climax, ces Say distendues résonnent souvent à mon oreille, un motif marquant, frappant, touchant. Et une fin de morceau lentement refermée, laissant un peu d'air et d'espace à la musique sans parole, comme on reprend son souffle, on détourne le regard pour profiter de l'instant juste une poignée de seconde, une conclusion de morceau propre et en pente douce.

Même si la vidéo n'est que basique, elle donne un bon prétexte - si besoin était - pour commencer à parler un peu de Tomboy...

30 mars 2011

Diamond Rings en ballade douce amère dans la nuit

It's not my party - by Diamond Rings (2011)

Février 2010, le théâtre d'Outremont accueille Owen Pallett pour un joli concert à Montréal. Les demeures bourgeoises d'Outremont sont entourées de neige, petits restaux agréables dans la rue où je déguste une soupe à l'oignon avec un kir : la soirée s'annonce douce et touchante avec le violoniste et ses chansons à tiroirs.

Mais la première partie s'ouvre surprenante sur une longue brindille insoupçonnée. Comme Pallett, un artiste solo, lançant les beats sur sa petite machine, puis pianotant sur le synthétiseur ou plaquant des accords sur sa guitare, des assemblages vaguement indie, assurément pop. La musique flotte agréable et détendue, rigolote, mais c'est l'aspect de ce personnage qui capte l'imagination. Immense silhouette longiligne et colorée, baskets vintage aux teintes violettes, collant zèbre sur ses baguettes de jambes, blouson en jean cintré, coupe peroxydée et maquillage mauve mi-Bowie, mi-années 80. Voilant une saisissante figure glam à l'humour intense, à la présence modeste, un personnage, une vision.

Je ne connaissais rien de Diamond Rings avant cette apparition. Pourtant, le personnage faisait le buzz depuis quelques mois dans le milieu indie. Et une histoire pas banale...

A l'été 2008, John O'Regan se retrouve à l'hôpital. Il est chanteur du groupe The D'Ubervilles, groupe post-punk de la scène de Montréal. Le séjour traîne un peu, le moral est bas, John O'Reagan se met à travailler sur des chansons à l'hôpital, avec les contraintes liées à ce cadre. Un véritable projet solo, par la force des choses, dont la teinte s'éloigne peu à peu de l'indie punk des D'Ubervilles. Car c'est en figure glam que John O'Regan sort de l'hôpital, Diamond Ring à la coupe de outrageuse, au maquillage appuyé, aux vêtements fluo sortis d'un magasin d'occasion ou de certains films d'Almodovar.

Une métamorphose assez fascinante, une petite légende indie, insuffisante à expliquer l'enthousiasme du public d'Outremont, ce soir de février 2010. Le public de la première partie s'embrase pour Something Else, tube qui a parcouru les blogs à l'hiver 2009-2010, petite bombe entêtante à l'efficacité imparable, au charme pop indéniable. La puissance du morceau est telle que je l'ai entendu sur une radio commerciale en décembre 2010...

Personnalité intrigante, tube pop pour prendre de l'élan, la trajectoire prend finalement son envol à l'automne 2010, avec la sortie de l'album Special Affections. Album salué par le monde de l'indie nord américain, notation enthousiaste sur Pitchfork, couverture du journal gratuit Exclaim! : un écho porté par la puissance des chansons, loin d'être des copies du tube Something Else, offrant une sensibilité douce, joliment écrite, cristalline, mouvante. Une complexité caché sous des ingrédients dépouillés, très simples, mais un maniement du song-writing assez fascinant...

La nouvelle video pour It's not my Party illustre bien ces différentes facettes. Ballade doucement entêtante, toute simple, aux écorchures discrètes, et la vidéo s'écoule à l'unisson comme une déambulation nocturne et mélancolique. Voir Diamond Rings serrer les manches de son anorak blanc dans la nuit est une image d'une superbe poésie urbaine.

25 mars 2011

Marquis de Sade en Cold Wave et Noir et Blanc

Wanda's loving boy by Marquis de Sade (1980)

Certains titres se suffisent à eux-même, savent créer leur petite légende. Ils s'invitent un jour, apparaissent  sans prévenir, au détour d'une écoute radio, d'un blog, d'une compilation préparée par un ami. Collés à quelques souvenirs, séduisants, intrigants, simples mais évidents ; petits assemblages presque modestes, dont on décode peu à peu le cheminement, dont on se met à retrouver les petites sinuosités. Une richesse du détail qui n'a besoin de rien d'autre, pas même de chansons d'accompagnement, d'un album complet, encore moins d'anecdotes sur les interprètes.

Marquis de Sade, un nom de groupe marquant, un titre perdu sur une compilation des Inrocks il y a 6 ou 7 ans. Quelques mots-clés, new wave rennaise, post punk, amis de Daho. Et rien que ce titre, Wanda's loving Boy. Quelques sursauts de synthétiseur, la paire d'accords de guitare répondant au roulement de basse, la voix distante aux arrière-goûts frais de cold wave à l'accent français, les moments de suspension, les aspirations de saxophone. Un scénette de théâtre, quelques bouts de ceci et cela, des poupées de chiffons, un petit film en noir et blanc ; mais tout ceci défile fluide, et se repasse encore et encore, s'imprime, reste fascinant mois après mois après années.

J'ai cherché un peu l'album Rue de Siam, dans quelques magasins parisiens. Sans vraiment pousser les recherches très loin. Sans aller jusqu'à explorer les plates-formes de téléchargement. Ce morceau suffisait, son histoire personnelle, sa magie infinitésimale.

Et puis, un peu par hasard, j'ai découvert cette vidéo, le clip noir et blanc datant de 1981. Images stylisées, ambiance délicate au diapason, silhouettes sombres et fines ; les cheveux épars, pas encore surchargées comme les Cure quelques années plus tard. Petits rebelles à l'élégance sobre. Une belle petite pépite, comme le morceau lui-même, et comme la chanson, j'ai chaque fois envie de revoir la vidéo à la fin d'une vision. Sans savoir vraiment le justifier, ou alors très poétiquement, si je voulais vraiment essayer, quelques impressions, quelques faisceaux, quelques couleurs, teintes et échos - mais une douce musique, de doux flots. Et peut-être enfin une envie d'en savoir un peu plus ; mais peut-être pas, qui sait ?


22 mars 2011

Magick by the Klaxons (2006)

Je n'ai jamais été extrêmement intéressés par les Klaxons. Bien sûr, j'aimais bien Atlantis to Interzone, sa folie tourbillonnante, ses sirènes, petit tube de dance et de rock sympathique. Le label New Rave collé par le NME, le buzz, les discussions sur le retour des sweat-shirts à capuches fluo ne m'avaient pas particulièrement intéressés. Je ne suis même plus sûr d'avoir écouté leur premier album Myth of the Near Future ; pourtant primé du fameux Mercury Prize en 2007.

Je les avais un peu oublié, je dois dire, et la sortie de leur deuxième album l'été dernier ne m'a fait ni chaud ni froid.

Mais samedi, j'ai aperçu Myth of the Near Future à la bibliothèque, et je l'ai emprunté. Il faisait beau, le printemps semblait bien installé, un peu de pop et de folie pour le week-end. Et j'ai été agréablement surpris par le disque, joliment psychédélique, plutôt travaillé, un bel assemblage aux tubes efficaces. Oui, il a de sacrés bons petits tubes.

Dont ce Magick, au charme assez ravageur. Je me souviens d'avoir regardé mollement la vidéo au moment de sa publication, il y a quelques années. Vidéo assez cheap, bien bricolée, avec un petit charme de série B à deux francs ; mais au final assez abominable, la revoir l'a confirmé. Désagréable impression qui ne m'avait pas vraiment donné envie d'écouter le single, et c'est bien dommage. Sans les dégueulis vert fluo, le titre s'écoule hypnotique, basique, brutal, sans fioritures : cavalcade de batteries, petits cris en fond, et même un pont pas désagréable (même si assez basique). Les sursauts de basse sont même plutôt sympathiques.
Alors allons-y, une petite sucrerie pour débuter la semaine : gardez les oreilles grandes ouvertes, les images sont sans importance ici...

13 mars 2011

Le Femme en boucle Sur La Planche - et comparé à des Suédois

La Femme - Sur la Planche (2011)

Un article plutôt laconique sur les Inrocks, avec quelques expressions presque passe-partout. "Des cool kids de 17 ans et un peu plus, que l'industrie du disque s'arrache déjà en coulisse, et qui ont fait de leur liberté leur atout le plus cher.", dit l'article. Difficile d'en savoir plus au sujet de La Femme, qui n'a pour l'instant sorti qu'un EP.


Mais le single est agréable & fun, et l'on peut s'amuser à citer les références, comme le font les Inrocks. Une New Wave francophone désabusée et chic, façon Taxi Girl, le côté surf music évident du titre. Je songe aussi à du pyschobilly, ces roulements un peu hypnothiques, aux accents de film de genre ; impression renforcée par la touche "film noire de surf" de la vidéo.
Et bizarrement, même si le son est assez différent, les Raveonettes me sont venus à l'esprit. Pour la distance du chant, certainement, le côté pop song légèrement pervertie ; même si les suédois sont bien plus saturés et rock que les jeunes français. Peut-être ai-je aussi fait une association par les vidéos : même moins stylisé que celui de "Sur La Planche", le clip de "The Great Love Sound" s'écoule aussi en petite parodie de film noire...


21 janvier 2011

Lemonade, and Braids offer nice pop atmosphere for Canadian winter

Lemonade 
by Braids (2011)
from the album Native Speaker, released on January, 20th, 2011 

A l'automne 2009, Vincen Moon profitait du festival POP Montréal et captait les prestations de quelques jeunes groupes de la ville. Un bien joli article présenté sur la Blogothèque, dont la richesse ne s'épuise pas. C'est par lui que j'avais tout d'abord découvert les Luyas, beau moment musical dans un café d'Ottawa au printemps dernier. J'avais aussi exploré quelques pages Myspace, déniché quelques titres prometteurs, dont celui des Braids. Voici que sort justement leur premier album, intitulé Native Speaker.

Une pop très atmosphérique, délicatement construite, très progressive et douce, enveloppante. Petits assemblages de batterie légère, vaguement répétitive, minces ondes de guitares. Les voix flottent, féminines, mêlant quelques paroles, de simples notes lancées ici ou là, librement. Tout un jeu de cristal vibre tranquillement, presque fragile, très touchant, gracieux et modestement intense.

Lemonade offre ainsi un exemple magnifique, terriblement accrocheur. J'avais écouté cette chanson au moment de l'article de la Blogothèque, son charme discret s'était doucement glissé autour de moi, mais je n'y avais plus trop pensé. Je l'ai ressorti cette semaine en découvrant la parution de l'album, et la puissance de Lemonade me baigne et me fascine.

L'album Native Speaker s'annonce de plus agréables dans son ensemble, une couette des plus douces pour envelopper l'hiver canadien. Mais avant de m'enrouler dans cette douleur fraîche et chaude, je compte bien profiter du concert des Braids. Ce jeudi 20, le groupe joue à domicile, à Montréal, pour le lancement du disque. Mais, demain, vendredi 21 janvier, les musiciens viendront à Ottawa en voisin, concert fort prometteur dans la petite salle du Mavericks. La soirée s'annonce idéale pour lancer la nouvelle année musicale dans la capitale canadienne.

Braids, en concert avec Long Long Long
Vendredi 21 janvier 2011 - Mavericks, Ottawa, Ontario

5 octobre 2010

Deerhunter et des échos de shoegaze prometteurs



Strange Lights 
by Deerhunter (2007)

La vie de chercheur offre parfois des heureux à-côté, en particulier à l'occasion de conférences et des voyages internationaux associés. Voyager pour présenter son travail, c'est un bon moyen pour rencontrer de nouvelles personnes, découvrir de nouvelles villes & cultures - mais aussi pour profiter de concerts ou pièces de théâtre ayant peu de chances d'atteindre la France. Ainsi, j'avais eu la joie de découvrir "Romeo & Juliette" en anglais sur la pelouse d'un college d'Oxford, ou d'assister à un concert des Notwist à Lubjana ; le groupe allemand n'était pas venu en France depuis 4-5 ans à ce moment-là...

Mon prochain passage à Portland fin octobre s'annonce déjà riche en terme de culture rock. J'ai déjà réservé des places pour deux concerts prometteurs. Sufjan Steven pour la sortie de la première véritable suite au magnifique album "Come on! Feel the Illinoise". Et Deerhunter, dont le tout récent Halcyon Digest vient de recevoir un magnifique accueil critique.

Je l'avoue, je ne connais presque pas Deerhunter, je n'ai pas écouté plus d'un ou deux titres de leur part. Je me fie aux échos critiques, au joli album d'Atlas Sound par le chanteur de Deerhunter, et au plaisir de découvrir live un groupe reconnu, comme je l'ai déjà fait avec The National, Animal Collective ou The Decemberists - de grands souvenirs à chaque fois. Et ce joli titre de 2007 laisse présager d'un très joli moment : guitare noisy noyant une mélodie pop, voix fluctuante, une jolie tranche de shoegaze à l'ancienne. 

Le clip souligne le bon goût du groupe. C'est l'une des premières fois que je trouve réponse à une de mes interrogations esthétiques : comment représenter les sensations de la noisy pop en dehors de la musique ? Le visage du chanteur est cadré très serré, baloté, noyé dans des flashs lumineux des couleurs mouvantes, à la manière des bribes de voix portées/agressées par le bruit des guitares...




29 septembre 2010

La jolie palette des Liars (que je ne verrai pas en concert)



          Liars in concert in Ottawa on October, 1st 

Finalement, je ne vais pas pouvoir aller voir Liars en concert cette semaine. J'ai pourtant pris ma place il y a quelques semaines, excité à l'idée de découvrir l'énergie scénique du groupe. Mais d'autres projets sont venus se greffer à mon agenda, et il est difficile de refuser un joli week-end dans un chalet en ce début d'automne...

Mais si la perspective de bons moments dans la nature est alléchante, il me reste quelques regrets musicaux. Je n'ai vraiment écouté qu'un seul album de Liars, et assez tardivement : leur fourre-tout éponyme sorti en 2007, quatrième album du groupe. J'avais lu quelques critiques prometteuses de leurs albums précédents, quelques compte-rendus inégaux de concerts également ; une littérature suggérant un groupe pas forcément facile d'accès. Ce sont des titres plus calmes comme Houseclouds ou Sailing to Byzantium qui m'ont attiré vers cette album, que j'ai finalement trouvé d'occasion chez un marchand parisien. Joli coup de chance : Liars (l'album) joliment gros dégagement d'énergie rock et petits morceaux plsu doux, sympa, bien ciselés.

L'album débute ainsi par ces deux titres, enchaînés dans cet ordre : hurlement rapide, puis vignette rigolarde. J'espère avoir une autre occasion de les voir jouer live !




26 septembre 2010

Stupid songs you cannot stop - A playlist

   PLAYLIST  -  STUPID REPETITIVE SONGS YOU CANNOT STOP LISTENING TO


Il y a quelques jours, je suis tombé sur ce morceau, l'un des plus stupides qui existe :



Das Racist, trio rap de Brooklyn, y offre un texte minimal terriblement crétin, qui tient en trois phrases :
     "I'm at the Pizza Hut"
     "I'm at the Taco Bell"
     "I'm at the combination of Pizza Hut and Taco Bell"

Les deux enseignes appartiennent au même groupe : aux Etats-Unis, on trouve des établissements groupés, les Combinations. Les deux MCs se sont donnés rendez-vous dans un de ces combinations, mais ne parviennent pas à se retrouver. D'où le dialogue absurde et répétitif par téléphone portable interposé - et le titre du morceau : "Combination Pizza Hut and Taco Bell"...

Critique de la société de consommation et de la malbouffe ou stupidité crasse, difficile de trancher à l'écoute du titre seul. Le titre est sorti en dans la première moitié 2009 et est devenu une sorte de petit tube débile, grâce à son côté inarrêtable : une fois lancé, impossible de ne pas reprendre les échanges bébêtes et d'appuyer sur repeat... Mais les Das Racist ne sont pas les hommes d'un seul tube stupides : leurs récentes mix tape avec les meilleurs producteurs hip hop font doucement monter le buzz et laissent espérer des titres plus travaillés, avec le même type d'ironie.

Mais cet exemple stupide, minimal et entêtant m'a donné envie de trouver quelques exemples équivalents. Des morceaux cons tenant en deux ou trois phrases. Première tentative de playlist en une demi-douzaine de titres...
  • DEVO   -   Praying Hands   -   1978
Devo, groupe post-punk new wave chantre de la dé-évolution : l'humanité devient de plus en plus stupide. Chapeau en plastique, uniformes colorés, morceaux répétitifs, paroles vaguement bêtes : voilà qui correspond bien à nos critère. Comme avec ce morceau tiré de leur premier album : "You've got your left hand, you've got right hand, you've got both hands"...


  • The Fall   -   Industrial Estate   -   1979
The Fall, punk de Manchester (avant de devenir bien d'autres choses en une si longue carrière). Mark E. Smith geule, va vite, balance des commentaires sur la société. Et parfois droit au but : 1:30 de chanson ici, avec pour seul refrain repris encore et encore :"Ya Ya Industrial Estate".


  • Fatboy Slim   -   Slash Dot   -  2004
La bulle avait déjà éclaté depuis quelques années - j'aurais cru le morceau plus proche de l'an 2000... Mais Fatboy Slim lancé les machines à fond, et répéter sans fin "Slash Dot Dash Dot Slah Dot Com". Hymne peut-être un peu paresseux dans son écriture, mais toujours hyperactif, un hymne pour la société Internet, et ce bien avant Twitter ou Facebook.


  • Matthieu Boogaerts   -   Jambe   -   2008
Sur l'album I Love You, Matthieu Boogaerts tisse des petits morceaux de 2 ou 3 minutes, portés par son jeu de batterie impeccable et ses mélodies rigolotes. Et par des textes presque simplets, des sortes de comptines un peu ridicules mais touchantes : "Danse, Danse, Danse avec ta jambe parce que c'est gai". Plus poétique que Das Racist, c'est certain...


  • Riva Starr   - I was Drunk (feat Nôze)   -   2009
Riva Starr, c'est un grand nom de la House que je découvre. Mais Nôze, qui se charge des voix ici, c'est du connu niveau tubes bêtes : sur leur album Songs on the Rocks de 2008, on trouvait de jolies bêtises, comme "L'inconnu du placard" ("Quand je te vois le matin, mon amour, tout les jours, je vois Duvin, qui décampe, qui décampe..."). Ici, on vole à nouveau très haut, avec un superbe accent français débile : "Yesterday / I was drunk / with some chick / in the bar / I don't  remember / Who came back with me".


  • Mr Oizo   -   Sucer Danser   -   2009
Mr Oizo s'y connaît en bêtise et en humour décalé - ses films portent haut l'absurde, tels Steak ou le futur Rubber, histoire d'un pneu serial-killer... Mais en musicien électronique, la plupart de ces morceaux sont instrumentaux, sans paroles. Pourtant, quelques-uns savent repousser les limites de la répétition, comme cet étrange Sucer Danser, inédit non publié...



  • Philippe Katerine   -   Bla Bla Bla   -   2010
Philippe Katerine a toujours été connu pour ses chansons absurdes et vaguement dada. Son dernier album, tout récemment sorti, semble offrir quelques jolis blocs monolithiques et bêtes et joyeux.



   to be continued (hopefuly)...



23 septembre 2010

La Patère Rose rebondit en tout sens (et bientôt en France)

La marelle
par La Patère Rose (2010)

J'ai vu récemment que la Patère Rose allait jouer en France en novembre prochain. Le groupe est un peu connu en France, apparemment, après avoir fait la première partie de Mika. Mais il reste une très jolie explosion pop canadienne, un plaisir un peu coupable en français, qui doit déborder d'énergie sur scène. Un peu de folie de la jeunesse montréalaise.

17 septembre 2010

Caribou revient au Babylone d'Ottawa et danse, danse

Caribou in concert
Babylon, Ottawa - September, 15th, 2010

Même chansons, même lieu, à peine quatre mois d'écart - et pourtant, le concert de Caribou en septembre sonne différemment de celui de mai. Peut-être est-ce aussi dû à ma position au cours de la foule et non à cinquante centimètre du batteur, comme il y a quelques mois, quand le spectacle visuel m'avait fasciné, l'agencement méticuleux des morceaux. Ce point de vue joue certainement. Mais la tournée des festivals européens et le rodage des nouveaux morceaux doit également être à l'origine de cette tonalité plus dansante et débridée.

En mai, David Snaith jouait un rôle mi-chef d'orchestre, mi-homme orchestre : lançant des boucles, passant du clavier à une petite batterie, chantant, contrôlant ses trois partenaires du regard pour synchroniser au mieux les différentes strates des morceaux, les entremêlements de rythmes, les bourdons de guitare. Un set mêlant les différentes époques du projet Caribou, un long tunnel psychédélique envoûtant, les textures doucement disco suivant doucement les chansons plus 60s de l'album Andorra.

Mais cette fois-ci, le quatuor Caribou est accompagné d'un quatuor de cuivre : trombone, deux saxo, une flûte traversière. David Snaith n'a plus besoin de s'occuper des trilles de flûte ou de certains sons, qui surgissent maintenant live, et l'effet est plus débridé. D'autant que le set semble d'avantage mettre en avant les morceaux du dernier album Odessa, ses sonorités plus disco, électroniques, fortement dance floor. Snaith a souligné que cette version élargie de Caribou jouait seulement pour la cinquième fois ensemble cet été ; certainement une occasion qui a permis de lancer cette cavalcade durant laquelle la jeunesse d'Ottawa lève les bras encore et encore. Peu de morceau pops, un seul titre issu d'Andorra d'après moi, deux du plus ancien Up in Flame, dont mon petit préféré "Hendrix with KO" dont je reparlerai une autre fois. Le reste danse, danse et ondule, toujours atmosphérique et rêveur, mais un rêve sur piste de danse après plusieurs heures de transes, comme pour le joli Sun.

15 septembre 2010

La flûte des Beastie Boys pour un rocker écoutant du hip hop

Sure shot
by the Beastie Boys (1994)

Bien entendu, je ne dirais pas que j'écoute beaucoup de rap. J'en écoute très peu.
Love me Less but Love me Longer - 17/12/2007

C'est aussi l'intérêt d'un blog, garder trace des pensées d'il y a quelques années. Rien de surprenant : un blog, c'est un journal intime accessible par Internet, c'est tout, un grand bloc note, une petite capture d'idées en temps réel. Qu'importe les quelques lecteurs qui parcourent ces lignes, perdus à la suite d'une étrange recherche Google, mes blogs laissent surtout transparaître mon état d'esprit, petits archives dérisoires dans leur contenu, mais au volume peu à peu conséquent. Près de 600 messages postés sur mes deux blogs depuis l'été 2007, il doit bien traîner quelques idées amusantes entre les photos ou les commentaires culturels !

Comme cette phrase amusante datant de Noël 2007. Amusante car j'ai justement créé hier une playlist "Hip Hop US des années 1990" pour mon iPod, comprenant une bonne douzaine de groupes. Mes statistiques d'écoute musicale sur la dernière année sont éloquentes : 8 des 18 groupes les plus écoutés sont des rappers américains. On peut sentir un léger tournant dans mes explorations musicales, peut être induite par cette phrase lue il y a quelques années : "au bout de plusieurs années d'écoutes consciencieuse, l'amateur de rock indépendant sent souvent l'envie d'aller un peu voir ailleurs, de goûter à de nouvelles sonorités"...

Prophétie ou suggestion ? Qu'importe, et l'album que j'ai le plus écouté en 2009 est certainement le vieux classique "Ill Communication" des Beastie Boys. Rien de terriblement original, je le reconnais, mais le petit rocker doit commencer par les classiques, et l'ouverture du disque reste terriblement fascinante. Une boucle de flûte par Jeremy Steig, quelques percussions, et les trois flows des Beastie Boys qui s'entrecroisent. Percutant et toujours frais !



8 septembre 2010

Day-O, pop classic by Harry Belafonte

Day-O (Banana Boat Song)
by Harry Belafonte (1956)

Je lis actuellement un livre intitulé "How the Beatles destroyed rock'n'roll", écrit par Elijah Wald. Pas d'uchronie ou de science fiction mettant en jeu des idoles des 60s, mais une histoire de la musique populaire américaine - comme l'indique le sous-titre : "An alternative history of American Popular Music". Le livre brasse deux ou trois thèses de bases, comme l'influence des technologies sur les musiques populaires ou l'ouverture du grand public à des nouveaux genres grâce à des passeurs qui en atténuent les côtés les plus risqués : en ce sens, les Beatles ont tué le rock'n'roll sauvage en créant la pop des années 60s...

Le livre est certainement un peu superficiel pour le spécialiste, comment traiter de l'apparition du jazz, du swing, du rock'n'roll, de la pop en seulement 245 pages ? Mais il permet de découvrir ou redécouvrir les pionniers des différentes époques, les personnages clefs, les ruptures technologiques. Les luttes de syndicats de musiciens contre "la musique en conserve" des phonographes fait sourire depuis notre époque. Le lobbying des professionnels de la musique ne date pas de l'apparition du mp3 ou même de la cassette enregistrable !

Je reviendrai plus en détails sur ce livre et les différentes époques qu'il présente. Mais je ne peux m'empêcher de parler d'Harry Belafonte, personnage du chapitre que je viens de terminer.

Première vraie pop star noire, Harry Belafonte offre un mélange accessible de folk, de rythmes exotiques, tous savamment ajustés pour toucher le grand public. L'exemple même de l'ennemi, pour les spécialistes d'un genre, lui reprochant le côté tellement pop et américain lisse de son calypso ; mais une approche assumée par Belafonte, revendiquant son respect pour ces musiques, son goût pour l'étude, son envie d'en faire des tubes pour le plus grand nombre.

Et avec quel succès : en 1956, Belafonte explose et son album Calypso est le premier LP à se vendre à plus d'un million d'exemplaire ! Le format LP vient d'apparaître, les jeunes se portent plus vers les singles, et les parents sur des LP d'ambiance, donnant lieu à des collections de mood music ou à des séries exotiques où quelques rythmes "sauvages" sont saupoudrés sur des pièces de jazz. Les chants d'oiseau sont une des sensations mises en avant pour le tout nouveau système stéréo, si fidèle... Belafonte emporte donc le morceau en s'emparant d'une mélodie classique jamaïcaine, lui offrant un traitement pop élégant avec une voix magnifique. Calypso restera 33 semaines en tête des charts, et seuls 3 albums feront mieux par la suite...

Toute une vague calypso est lancée et en 1957 certains critiques parlent du calypso comme le nouveau rythme sauvage, celui qui a enterré la petite mode du rock'n'roll, déjà dépassé. Amusante prédiction vue depuis le XXIème siècle, mais illustrant bien la thèse du livre, l'histoire de la pop comme non linéaire, sans idée de progrès définie en constante.

Mais qu'importe, le calypso n'a peut-être pas enterré le rock, mais Day-O, premier titre de l'album Calypso reste un immense classique, parodié et utilisé en tous aspects de la pop culture américaine, chants de supporters ou séries télés. Le passage d'Harry Belafonte au Muppet Show est ainsi mémorable...



5 mai 2010

Hot Chip toujours, mais comment résister

I feel better
by Hot Chip (2010)

Hot Chip sont décidément des bons clients : titres accrocheurs, vidéos pleines d'humour... Difficile de résister à l'envie de partager leur dernière sortie. Au menu : un revival Boys Band avec auto-tune pour les voix...



20 avril 2010

C'est con mais c'est bon (et en plus c'est LCD Soundsystem)

Drunk Girls
by LCD Soundsystem (2010)

Le nouvel album de LCD Soundsystem doit sortir fin mai, et tourne en écoute intégral sur le site du groupe depuis quelques jours. Plusieurs titres s'annoncent comme de jolis sommets, mélanges d'exploration sonique, références reconnaissables, émotion, tout ce qui fait le charme des compositions de James Murphy. Je devrais prochainement parler de All I Want ou I Can Change...

Mais chaque album de LCD Soundsystem se voit lancer par un single punk & dansant, presque crétin, et l'album This Is Happening ne déroge pas à la règle. Voici Drunk Girls, et si James Murphy prend des accents proche de Bowie pour lancer "I believe in waking up together", c'est pour mieux balancer une énumération sarcastique et haute en couleur, un gros moment de fun.

Et la vidéo pousse l'idée encore plus loin. Happening déconneur et nihiliste tourné en travelling, bien dans un esprit Youtube, il rappelle les pochades sutpides des vidéos de Joystick, les bêtises de Jackass, tout simplement toutes ces vidéos bêtes que l'on peut recevoir au bureau. Mais on y voit rarement des Pandas masqués martyriser un groupe de rock...


17 avril 2010

Découvrir Half Man Half Biscuit et sourire

Trimpton Riot
by Half Man Half Biscuit (1986)

Le rock indépendant semble tellement documenté de nos jours que la découverte de vieilles gloires inconnues semble toujours un peu surprenante. A l'ère de la musique Internet, les blogs regorgent de détails sur groupes les plus improbables, Youtube offre un accès permanent aux bootlegs les plus pointus - un auteur de Pitchfork avait ainsi eu la surprise de reconnaître son père dans le public d'une vieille vidéo pirate de Neil Young. L'indie semble couler sous forme d'une encyclopédie ultime et ineffaçable, et l'on oublie l'idée de péremption indie.

Pourtant, qui se souvient encore des Detroit Cobras, petite gloire brève du temps de la New Rock Revolution de 2001 ? Leur single Ya Ya Ya était utilisé en France pour une pub Petit Bâteau...

Il est donc finalement assez logique de n'avoir jamais entendu parler du groupe Half Man Half Biscuit, petit succès indépendant en Angleterre dans les années 80. Mais leur petit monde dévoilé donne l'impression d'un trésor caché agréable, et laisse perplexe : pourquoi n'ai-je jamais lu ce nom auparavant, après presque dix ans à parcourir les Inrocks & Pitchfork & NME ?

Half Man Half Biscuit ne vaut pas uniquement par son patronyme joliment tourné, les quelques informations dénichées ici ou là donnent vite envie d'en savoir plus. Le groupe se forme en 1985, obtient un beau succès alternatif avec son premier album, se sépare, puis se reforme en 1990 ; ils semblent encore actifs. Surtout, gage de qualité, ils ont fait partie des petits préférés de John Peel, qui les a invités une douzaine de fois dans ses fameuses Peel Session. Loin des 24 Peel Sessions de The Fall, mais un très joli score toute de même.

Et l'on comprend rapidement ce qui a séduit le fameux Peel dans ce groupe mi-homme mi-biscuit. Un son punk indépendant rêche, rempli d'énergie, et surtout une ironie et un sens de l'humour profonds. Leur parodie cold Reason to be Miserable est un délice dont je parlerai certainement un peu plus en détails à une autre occasion. Mais leur tube The Trumpton Riots est délice offrant une parfaite introduction : HMHB décrit des scènes d'émeute sous une forme classique punk, mais installé à Trumpton, petit village de poupées dans une série d'animation des années 60. Les références parlent peu pour l'oreille française, mais on devine la tonalité et se régale du délice.


11 mars 2010

Hot Chip pour la vie

One life stand
by Hot Chip (2010)

Hot Chip, groupe de geeks faisant de la dance music un peu classe, un peu rock, un peu raide, mais capables de tisser des singles à l'efficacité fascinante. Quelques notes synthétiques quasi pure, une rythmique simple mais léchée, un ou deux accords de guitares, et un petit binoclard bondissant pour s'occuper des chansons : comment pourrait-on imaginer une telle réussite pop avec un tel assemblage ?

Le nouvel album poursuit l'exploration, abandonnant doucement les grosses chansons "funk raide de petit blanc" pour tisser de jolies chansons pop au synthé, rapidement touchantes pour peu qu'on y prête l'oreille. Sur leur premier album, Hot Chip disait conduire une Peugeot en écoutant Yo La Tengo, ici les années passées se font sentir, la maturité douce. C'est l'importance d'un frère qui est évoquée, la profondeur d'un engagement amoureux. Des geeks un peu trop sérieux maintenant ?

Simplement une question d'alliage, d'équilibre, car les grandes déclarations sont introduites dans des mélodies léchées, montées sur des arrangements minimaux et millimétrés. Seuls ceux qui écouteront trop rapidement pourront proclamer à la va vite : "mais c'est bien superficiel et de mauvais goût". Je n'ai pas goûté à l'album complet, mais une moitié des chansons s'écoute encore et encore avec plaisir.

D'autant que Hot Chip a toujours su bidouillé des vidéos rigolotes, petits systèmes à effets malins plus que tapageurs, en mettant en valeur leur valeur ajoutée. Leur musique, bien sûr, mais aussi leur investissement et sens de l'humour : les danses qu'improvisent les 5 membres aux silhouettes uniques prouvent leur passion pour leur musique, et leur sens de l'autodérision. Une sorte de gros soirée délirante entre pote, mais qui aboutirait sur une grande chanson pop en plus d'une gueule de bois étriquée.


26 mai 2009

Garage sales, perfect places to discover hidden treasures

Christian Girl 
by Hefner (2000)

Hefner, "Britain's largest small band"; could I discover anyther but in a garage sale? Around 1 canadian dollar for a dense best-of album, this is even better than merely discovering such an hidden treasure.

Hefner published 4 albums in 4 years, from 1998 to 2001. A pure indie band, with raw guitares & wonderful lyrics, full of British irony & small lovely sketches; songs like cheap poems from a lonely dreamy boy, a boy too old to suffer like a teenager but still connected to some kind of everyday mythology: disappearing girls, drinking your head out, singing just for the sake of gaining a couple of fags thrown from the crowd. Small sketches, exactly, drawn without any ink, just a fast pencil, power of the instant, teenage flashes, similar to some Irish punks who used to celebrate suburb love & teenage kicks; no doubt that John Peel enjoyed Hefner, no doubt that the American from Pitchfork remained moderately enthousiastic: so fresh & so British.

And the video for their single Christian Girl flows so freshly & British too: four lads hanging around in a basic brick-built English suburb, four lads trying to catch the eye of the pretty girl next door. The blond girls always keeps walking dressed in red, and the four youngsters in their late twenties keep playing tricks like high-school students. They even dare to sing romantic, cute & stupid sentences:  But the idea of sex seems so bleeding stale when her heart is as big as a house.


22 mai 2009

Appelez-le Al, cela lui réussit plutôt bien musicalement

You can call me Al 
by Paul Simon (1986) 

Années 80, années de folies commerciales pour la musique, années aux genres dévoyées, où les bonnes idées se voient peu à peu essorées sous le formatage et la saturation de vidéos clips. La pop à synthétiseur comme une formule bête, le rock de stade enflant peu à peu comme grenouille près du boeuf, le hard rock pour radio FM virant au concours de cheveux longs.
Mais, quand on y songe, voilà plutôt un problème d'interprétation d'idées pas trop mauvaises en elles-mêmes.

Ainsi, la vague des musiques du monde, peu à peu vampirisées par quelques gros professionnels de la pop : l'équilibre entre pop occidentales et sonorités originales a pu produire quelques trésors, en particulier le classique album Graceland de Paul Simon. Album enregistré en large majorité en Afrique du Sud, mêlant basse ronde et choeurs africains, tam-tam et textes finement écrits, un mélange encore frais et fascinant plus de vingt ans après. De grands musiciens associés à une plume de qualité, il suffit de bien les laisser travailler pour parvenir à un joli résultat.

Comment résister alors au superbe titre "You can call me Al", et en particulier sa vidéo simple et drôle ? Caméra fixe, une salle au fond rose, deux silhouettes à l'écran : Paul Simon et son petit mètre soixante-cinq, le comédien-humoriste Clive Chase et son grand mètre quatre-vint dix. Pas d'histoire, pas de gros effets, juste ces deux silhouettes, Paul Simon muet transportant parfois des instruments, et Clive Chase mimant les paroles, à la limite du surjeu. Juste un système et deux charismes discrets et parfaitement contenus ; Michel Gondry ne s'y est pas trompé, citant le clip dans une liste de ces 10 vidéos musicales préférées...