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2 avril 2011

Un bon gros single de Big Beat : retro, mais hé, bien dansant

Ya Mama - by Fatboy Slim (2000)

Petite interrogation personnelle : à partir de quand une musique pop sonne-t-elle rétro ?

Par exemple, à quelle moment durant les années 80 la pop au synthétiseur est-elle devenue ringarde, datée, avant de faire un come back à la fin des années 90 ? Ou, posé autrement, et pour mon expérience personnelle : quand aura-t-on vraiment l'impression d'avoir des soirées rétro en écoutant des tubes des années 90 ? 
L'interrogation m'était venue sur quelques dance floors de mariage, où se succédaient des morceaux commerciaux des années 80, fun mais fortement datés. Les tubes de mes années lycées sonnaient-ils déjà datés ?

J'imagine que l'effet est plus marquant si l'on plonge dans des genres relativement définis et reconnaissables. Ce qui permet de songer à un bon candidat pour genre rétro des années 90, en particulier pour les soirées de mariage des années à venir : le Big Beat. Courant techno de la moitié des années 90, porté par quelques gros tubes, indéniablement fun - un très, très bon candidat par conséquent.

Le Big Beat, je n'y ai eu affaire qu'assez tard durant l'histoire du genre - premières soirées du collège où surgissaient les Prodigy, mais surtout la bande son tapageuse de Matrix en 1999. Le Big Beat avait la côte et touchait même les petits jeunes pas vraiment intéressés par la musique (mes révélations musicales datent d'un peu plus tard). Un son fun mais assez bourrin, prévisible, parfait pour porter les scènes spectaculaire d'un Matrix ou d'autres films d'actions se voulant contemporains. Rien de passionnant, mais un bon petit membre de l'inconscient pop collectif.

Mais il y a une demi-douzaine d'années, je suis tombée sur un blog intéressant, qui décrivait schématiquement l'historique du Big Beat. Je ne retrouve pas le lien, mais la trajectoire était belle. Genre prenant essor à partir de remix rapides de hip hop au début des années 90, tel ce titre de Bomb the Bass, Bug Powder Bust : rap énergique et punchy devenant instrumental étiré et psychédélique sous la patte des Chemical Brothers (alors Dust Brothers...) Tout un mélange de rythme, de sources et d'idées, étirées, bidouillés, avec quelques objectifs clairs : du rythme tonique, du fun, de la danse. Le genre grandit, gagne le public séduit par certains morceaux utilisant des guitares répétitives. Et très vite, le Big Beat devient mécanique et parodie paresseuse... Tout juste bon pour les bandes son de film d'action et de jeux vidéo...

Le site datait la fin de l'âge d'or du Big Beat à 1998. A peu près à la sortie de l'album You've Come a Long Way, Baby, l'album de Fatboy Slim au succès immense. C'est à peu près l'époque où le Big Beat m'a touché par le gros de sa vague commercial ; pas étonnant que le genre me soit apparu prévisible et presque monolithique... Déchéance que reconnaît tout à fait Damien Harris, patron du label Skint Records, où sortait les disques du Fatboy : "The sound became, and indeed remains, the compulsory soundtrack for action movie trailers and lost any sense of a cutting edge."

La trajectoire n'est pas surprenante, classique schéma façon "Vie et mort d'un genre pop". Mais comme tout genre pop, la partie immergée de l'iceberg reste à explorer, et il y aura certainement quelques trésors cachés à découvrir pour le novice peu éclairé (comme moi : non, je ne connais rien au Big Beat hormis une demi douzaine de titres).

Mais quoiqu'il arrive, malgré leurs accents faciles, les gros tubes Big Beat restent d'exquises invitations à la danse folle. Parfaitement illustrée par cette vidéo de Fatboy Slim, Ya Mama de 2000. Non, ce n'est pas du Big Beat de l'âge d'or, et oui, c'est assez prévisible. Mais cela correspond bien à notre point de départ, une petite madeleine sans prétention, aux accents vaguement rétro de "ouais, ça sonne vraiment 90s". Et cela rappelle le credo découvert sur le vieux blog comptant l'histoire du Big Beat : "passez un bon disque de Big Beat dans une soiée quelconque, et si les gens ne dansent pas, cassez-vous : rien ne pourra vraiment les faire danser ce soir".



Fatboy Slim - Ya Mama par jenemba




Bug Powder Dust by Bomb the Bass
album version above
Chemical Brothers remix below




22 mars 2011

Magick by the Klaxons (2006)

Je n'ai jamais été extrêmement intéressés par les Klaxons. Bien sûr, j'aimais bien Atlantis to Interzone, sa folie tourbillonnante, ses sirènes, petit tube de dance et de rock sympathique. Le label New Rave collé par le NME, le buzz, les discussions sur le retour des sweat-shirts à capuches fluo ne m'avaient pas particulièrement intéressés. Je ne suis même plus sûr d'avoir écouté leur premier album Myth of the Near Future ; pourtant primé du fameux Mercury Prize en 2007.

Je les avais un peu oublié, je dois dire, et la sortie de leur deuxième album l'été dernier ne m'a fait ni chaud ni froid.

Mais samedi, j'ai aperçu Myth of the Near Future à la bibliothèque, et je l'ai emprunté. Il faisait beau, le printemps semblait bien installé, un peu de pop et de folie pour le week-end. Et j'ai été agréablement surpris par le disque, joliment psychédélique, plutôt travaillé, un bel assemblage aux tubes efficaces. Oui, il a de sacrés bons petits tubes.

Dont ce Magick, au charme assez ravageur. Je me souviens d'avoir regardé mollement la vidéo au moment de sa publication, il y a quelques années. Vidéo assez cheap, bien bricolée, avec un petit charme de série B à deux francs ; mais au final assez abominable, la revoir l'a confirmé. Désagréable impression qui ne m'avait pas vraiment donné envie d'écouter le single, et c'est bien dommage. Sans les dégueulis vert fluo, le titre s'écoule hypnotique, basique, brutal, sans fioritures : cavalcade de batteries, petits cris en fond, et même un pont pas désagréable (même si assez basique). Les sursauts de basse sont même plutôt sympathiques.
Alors allons-y, une petite sucrerie pour débuter la semaine : gardez les oreilles grandes ouvertes, les images sont sans importance ici...

2 novembre 2010

Deerhunter in Portland, wonderful moment of noisy indie rock


October, 28th, 2010 - Deerhunter in concert at the Wonder Ballroom - Portland, Oregon

Une vague, un élan métallique, lourd vrombissement d'écho, bourdon rugueux, les amplis sont prêts et les couches de guitares entament leurs sculptures, douces bourrasques, la rage contenue, la poésie du bruit et du rock ; un soulagement, un grand soulagement. Deerhunter vient d'entrer sur scène au Wonder Ballroom de Portland, ce jeudi soir, et enfin, je respire, je me détends. Le grand ramdam du bruit s'élance, je souris enfin, relâché.

Car il est des soirées où la nervosité s'invite malgré l'excitation d'un concert attendu, où les marche pieds se font désagréables, portés sur les trébuchements, et toutes les situations se font agaçantes. Fatigue, poids du décalage horaire, journée de conférence plutôt longue et peu concluantes, et mon humeur avait doucement dérapé ce jeudi. Comme grommelant, inquiet, courant vers la détente pour y trouver un soulagement, sans vraiment y dénicher l'apaisement. Le poulet était bon, pourtant, dans ce barbecue en face de la salle de concert, et la bière excellente, mais quelques résidus de panique grondaient, de mauvais rêves, de discussions inconcluantes et tristes. Je souriais, j'allais enfin voir ce concert de Deerhunter dans cette jolie petite salle, mais je n'étais qu'instable, épidermique, prêt à griffer à la moindre caresse mal portée, à la bousculade bête.

Comment expliquer autrement mon dégoût profond pour la première partie offerte par Real Estate ? Un petit rock propre, presque instrumental, doux, étiré, aux paroles rêveuses, et qui m'a pourtant paru d'une bêtise affligeante, d'une mollesse vulgaire et détestable. Pourquoi ces filles dansaient-elles aussi joyeuses autour de moi, ravies ? Un groupe de gamins avec un pull mou entrouvert, sans énergie, rêvant à peine et certainement pas à haute voix. Réveillez-vous, les gars, un peu de pêche, sortez-vous les doigts ! Quelques morceaux vaguement mid-mid-up-tempo (et le mot est faible) avait à peine éteint mes soupirs, mes envies de gueuler à la fin de chaque morceau. Bon sang, soyez jeunes !

Mais mes ondes négatives n'étaient certainement pas la seule explication de mon emportement, l'ami Lester Bangs n'y est pas étranger. J'ai passé les dix derniers à lire le recueil de ses critiques rock des années 70, le très joli Psychotic Reactions and Carburator Dung. Il y défend sans cesse l'énergie du rock, la pure énergie, l'emportement d'un Iggy Pop ou de quelques obscurs trifouilleurs d'électricité, gamin saturés d'ennuis, de frustration sexuelle & d'énergie brute. Un peu plus tôt ce jeudi, je m'étais régalé de ces emportements contre le jeune David Bowie, icône froide & rigide, trop distante, peu ouvert & honnête ; et pourtant j'adore Bowie. Mais le style ultra-rapide de Bangs avait déteint sur moi, plein d'emportement, d'imprécations, d'épithètes à rallonge : les gosses de Real Estate ne méritaient pas mieux qu'une baffe-et-au-lit, bon sang.

Lester Bangs, goutte d'eau de mon agacement ? Mais aussi, discrètement, source de mon salut léger. Les gamins mous de Real Estate rangent encore leurs jouets, je ressors mon recueil de Bangs, et deux jeunes devant moi se retournent. "Que lis-tu ?" "Lester Bangs, c'est assez fascinant" (je monte la couverture jaune presque psychédélique, le titre tellement peu clair). Ces jeunes doivent être encore plus jeunes que les apprentis dream-popper de Real Estate, ils ne doivent pas avoir 20 ans. Fille un peu grassouillette, queue de cheval, T-shirt simple, boucles d'oreille noires ; mec ébouriffé jusqu'à la barbe rousse ou blonde, lunettes aux montures banalement démodées, fringues un peu souples. On bavarde. Ils sont du coin, ils aiment la musique, aiment Real Estate, adorent Deerhunter ; le mec fait du skate : un skater, à Portland, comme dans le film Paranoid Park de Gus Van Sant, l'enfant du pays ! C'est donc bien une ville de skaters !

On bavarde, on blague, on échange les anecdotes. Ils aimeraient bien aller à Paris, ils aiment bien la poutine, ce plat français. Hé, ho, hop hop hop, la poutine, c'est québécois, pas de telles bêtises avec le fromage en France - mais mince, vous avez de la poutine à Portland ? On rigole, on échange même les numéros de téléphones. Ils apprécient mes conneries, mes blagounettes, mes histoires balancées souriant, ce copain qui a fait ci, ce concert aperçu là-bas.

On m'écoute, je ne suis pas qu'une boule de fatigue & d'agacement. Je ne suis pas qu'une merde.

Mais c'est bien Deerhunter qui m'a définitivement détendu. Entrant sur scène contents d'être là, bavardant avec la foule, et branchant aussitôt les guitares sur "fort et SATURé", très saturé. Des nappes noise auxquelles je m'attendais, d'après les précédents albums, mais que je n'espérais pas voir durer toute la soirée. Leur dernier album Halcyon Digest joue plutôt sur les douces atmosphères, les petites cordes, des sons presque électroniques ; les nouvelles chansons sont toujours aussi belles, délicates & douces, mais parfaitement enveloppées de ces bourdons de guitare,  de ces drones saturés, offrant une perspective parallèle, un long grognement maintenu - et c'est magnifique, envoûtant. Un terrible exemple de pop et rock, de noisy pop dans mes rêves primitives, oscillations entre la fraîcheur d'un chant ému et la rugosité d'une électricité brute, à peine domptée en apparence. Ces faces extrêmes vers lesquelles on peut tourner un peu plus le regard parfois, si l'on veut saisir la caresse ou agripper la brute ; un alliage que je ne parviens toujours pas à rendre par écrit, hélas, mais sur lequel je vais continuer à travailler, mon défi d'écriture.

Néanmoins, malgré les limites de mes mots ou phrases plates, l'ivresse est là, le bonheur musical, le grand sourire.

D'autant que Deerhunter offre en live un aspect qui me plaît toujours, aspect certainement inconscient pourtant : le plaisir de découvrir de superbes personnages dans ces musiciens, combinaison de charisme, d'attitude bringuebalante, de fringues, de look négligé, de petits détails. Cet ensemble qui donne envie de ne pas quitter les silhouettes du regard, d'en observer les caractéristiques, de s'amuser à en dresser le portrait. Batterie au fond, presque invisible, mais détendu, chemise jaune ou orange avec trois boutons d'ouverts. Sur la droite, côté cour, Lockett Pundt, guitariste, qui chantera un ou deux titres, dont le premier du set ; alliance T-shirt plus chemise à carreaux ouverte, petite moustache, fine mais large, presque comme un accessoire de cinéma, très noire. Sur la gauche, côté jardin, Bradford Cox, le leader, la figure, le personnage, l'emblème, terriblement impressionnant. Long, mince, fin, la poitrine plate et les épaules carrés, presque pointus, d'où sorte des membres allongés, presque des bâtons pour bras ; une gueule vaguement cassée, un peu biscornue, une coupe au bol ; la gouaille dans les interventions, haranguant encore et encore les ingénieurs du son, parce que mince "on ne s'entend pas ici, on ne s'entend pas". 

Mais finalement, mine de rien, Joshua Fauver le bassiste m'a aussi fait profondément impression. Aucun micro, il ne chante pas, et pourtant debout en plein milieu de scène. Marchant parfois vers l'avant, parfois vers l'arrière, mais sans oscillation : il s'avance, ou il recule, flottant un peu, mais maîtrisant le flot. Rêveur, rêvant. Parfois la tête doucement penchée sur le côté, vers sa gauche, mais les yeux droits devant lui, ouverts ou infiniment fermés, à savoir à 95% ouverts ; délicatement entourés de cernes naturelles. Un sourire mince, un pull à bandes noires et grises, peu épais certainement. Il pianote sa basse, en balance quelques notes, la torture parfois un peu plus - le son s'échappe souvent vers des teneurs plus noise, plus bruyantes encore que le niveau de base. Mais Joshua se dresse toujours placide, comme une lueur gaie et douce, ravi d'être là, peut-être un peu timide, et encore, mais surtout appréciant joyeusement sa musique, y restant plongé face au public.

Quoiqu'il en soit, une magnifique équipe que ces Deerhunter, un superbe moment de rock indie doucement noisy, des morceaux dans lesquels se lover pour effacer les idées sombres. Piocher dans l'énergie du son comme dans la mélancolie de la voix, et monter les marches, monter, souriant peu à peu. Je flotte, je flotte, et je flotte encore un peu en y songeant, en regardant la jolie vidéo Noir & Blanc prise ce jeudi soir de Portland - vidéo diffusée le lendemain même par le grand Pitchfork, vidéo dont m'a parlé le skater ébouriffé quand je l'ai recroisé le lendemain même. Superbe musique, belle rencontre : je suis parfois chanceux dans mes petites plongées fatiguées.

22 octobre 2010

Shelia, Atlas Sound sweet obsession for love & death - a fall & winter dark hit

Shelia  (Live at the Natural History Museum in Los Angeles, 01/08/2010)
by Atlas Sound (2010)
preview for the Deerhunter concert - October, 28th, 2010 - Wonder Ballroom in Portland, Oregon

J'ai déjà un peu parlé de Deerhunter, de mon impatience à les voir en concert fin octobre, à Portland. Délicatement shoegaze d'après leurs anciens albums, et un dernier album apparemment complexe, riche, dense, fascinant : de belles promesses pour un joli concert, à n'en pas douter.

Mais persistent également de profonds souvenirs des quelques titres d'Atlas Sound, projet solo du chanteur Bradford Cox, entendus l'hiver dernier. Deux, trois titres, pas plus, mais réécoutés, répétés, murmurés encore et encore assis sur un canapé, enveloppé d'un pull, deux paires de chaussettes aux pieds, morceaux chantonnés en marchant doucement vers la cuisine, puis en retournant m'asseoir une assiette à la main. Certainement les deux ou trois morceaux que j'ai le plus écouté vers décembre 2009, par leur profondeur simple et enveloppante, cocon mélancolique et rebondissant, des couvertures dans lesquelles j'aimais à traîner quand le ciel s'éloignait gris et la neige tombait, faisant frissonner mon regard peu habitué au Canada, à l'asphyxie blanche de la nature hivernale.

Deux ou trois chansons très écoutées, dont une plus écoutée encore, fascinante. "Shelia". Une berceuse au lever du lit, un bâillement en sortant les jambes de la couette, trébuchant doucement, hésitation ensommeillée du matin ; hésitation macabre, essoufflée, où va-t-on ? Mais hésitation juste pour prendre son élan, peut-on croire, une petite chanson pop s'élance, déclaration d'amour simple, guillerette ; trois quatre phrases, un prénom féminin, rien de plus, mais il n'y a rien à ajouter en général pour tisser une simple tapisserie pop, surtout quand on peut jouer avec les sonorités du prénom.

Un prénom et des petites déclarations que l'on peut chantonner à mi-voix, souffler sans presque les dire, juste en les pensant, quelques notes parsemées dans le silence de la pièce & de la moquette : les boucles  de musique envoûtantes ne se sont pas éteintes dans l'esprit, pourquoi faudrait-il les chanter également ? Les paroles suffisent, des mots à câlins, pour bercer un bébé délicatement nerveux, pour calmer sa copine au détour d'un petit cauchemar nocturne ; douces mélodies vocales en complément de câlins, serrer fort & tendre. Nous partagerons nos vies ensemble, nous n'aurons pas froid.

Même pas froid dans la mort, car nous mourrons ensemble, bien ensemble.

Voilà la bifurcation terrible de Shelia, berceuse à chantonner encore et encore, chanson douce pour câlin, morceau pop pour s'assurer d'amour éternel ; car rien ne rassure vraiment autant quand il s'agit de penser à la mort. Bradford Cox ne modifie en rien son élan, ses déclarations fidèles, ses boucles de guitare cotonneuses et réconfortantes, et glisse la mort dans la partie, presque sans en avoir l'air, progressivement. Une mort associée à l'amour & au couple, le soutien ultime, le soutien face à la détresse, à la disparition solitaire, le besoin d'une présence forte quand le gouffre approche, un besoin qu'il faut chanter sans fin, de plus en plus vite, laissant paraître plus fort l'obsession. Je ne m'arrêtais jamais pour chanter, berçant toujours, n'interrompant pas le câlin, comptant sur le ton des paroles malgré le désespoir des mots. 
Shelia, berceuse d'espoir malade et désespéré, d'amour fidèle projeté vers la mort, morceau qu'il faut chanter jusqu'au bout aux êtres chers, pour se réchauffer l'un l'autre sur les canapés hivernaux.

Bradford Cox est plutôt familier de la mort, étant atteint d'un syndrome génétique, touché par une certain faiblesse, un doux désespoir. Mais laissant les paroles venir sur ses chansons, ne les sentant vraiment qu'après coup. Ses réflexions sur Shelia sont ainsi passionnantes à lire dans cette interview de Pitchfork (en dessous de la dernière photo...) Chanson d'amour tournée seulement vers le soutien, le besoin d'un autre pour accompagner vers la mort ; une tendresse presque non-amoureuse, détachée, pure affection, sans question de désir, de sexe ; un morceau d'amour parfaitement et purement asexuel. Et dont il a pris conscience de la portée une fois touché par la pneumonie, paniquant durant les moments d'étouffements, l'alitement désagréable et à l'issue lointaine.

Toute cette densité d'émotions apparaît dans cette version live de Shelia, dénichée sur Youtube. Le morceau s'étire plus encore que dans la version studio (7 minutes ici, 3:30 sur le disque), boucles reprises sans fin, voix modulée en écho sur les syllabes du prénom. Quelques éléments posés côte à côte, guitare, deux-trois phrases et un prénom ; obsession épaisse et cotonneuse pour les mélancolies humides & grises.


29 septembre 2010

La jolie palette des Liars (que je ne verrai pas en concert)



          Liars in concert in Ottawa on October, 1st 

Finalement, je ne vais pas pouvoir aller voir Liars en concert cette semaine. J'ai pourtant pris ma place il y a quelques semaines, excité à l'idée de découvrir l'énergie scénique du groupe. Mais d'autres projets sont venus se greffer à mon agenda, et il est difficile de refuser un joli week-end dans un chalet en ce début d'automne...

Mais si la perspective de bons moments dans la nature est alléchante, il me reste quelques regrets musicaux. Je n'ai vraiment écouté qu'un seul album de Liars, et assez tardivement : leur fourre-tout éponyme sorti en 2007, quatrième album du groupe. J'avais lu quelques critiques prometteuses de leurs albums précédents, quelques compte-rendus inégaux de concerts également ; une littérature suggérant un groupe pas forcément facile d'accès. Ce sont des titres plus calmes comme Houseclouds ou Sailing to Byzantium qui m'ont attiré vers cette album, que j'ai finalement trouvé d'occasion chez un marchand parisien. Joli coup de chance : Liars (l'album) joliment gros dégagement d'énergie rock et petits morceaux plsu doux, sympa, bien ciselés.

L'album débute ainsi par ces deux titres, enchaînés dans cet ordre : hurlement rapide, puis vignette rigolarde. J'espère avoir une autre occasion de les voir jouer live !




15 mai 2010

Les jolis rythmes de Caribou à déguster en concert

Caribou in Concert
Babylon, Ottawa - May, 4th 2010

Deux batteries sur scène, de profil par rapport au public, le guitariste et le bassiste placés derrière toutes ces percussions. Caribou est un groupe de rythme, pour sûr, et le Babylon d'Ottawa réagit intensément à chaque morceau, souvent longuement étirés, des atmosphères pleines de battements. Le public apprécie.

Il faut dire que les présents font un peu figure de privilégiés. Les préventes avaient toutes été vendues les jours précédant le concert, une queue d'environ quatre-vingt personnes attendait depuis 19h30 devant le bar - pour une ouverture des portes prévues à 21h. Une petite dizaine réussiront finalement à entrer, pas plus, et encore, certainement parce que la jauge officielle de la salle n'a pas été très respectée...

Une foule de privilégiés, mais une foule courageuse également : Caribou n'apparaît sur scène qu'à 23h30, quel horaire étrange pour un concert en début de semaine ! Horaire choisi pour obtenir des spectateurs plus hypnotisables ?

Dan Snaith, la tête pensante, officie sur la batterie de gauche, côté jardin ; petit kit, mais il se charge aussi de claviers, de divers gri-gri, manie les effets et les boucles électroniques ; il officie en chef d'orchestre, donnant le signal à ses partenaires en plein morceau, d'un mouvement de son regard bleu. Dan Snaith n'est pas docteur en mathématique pour rien : les morceaux sont construits, délicatement variés, jouant de sonorités fines et de rythmes entremêlés. Les 3 autres musiciens sont eux aussi impressionnants, guitaristes et bassistes en arrière-plan torturant les cordes, et surtout, le batteur à plein temps, côté cour. Une énergie magnifique, jonglant entre caisse claire et cymbales, le geste souple, le sourire concentré, un bonheur musical doublé d'un plaisir visuel : quel joli spectacle que ce batteur livrant ses secrets à 30 cm du bord de scène.

Ces énergies rythmiques tissent un lien ravissant entre les différents styles abordés par Caribou au gré de ses différents albums. La fine pop psychédélique d'Andorra s'enchaîne parfaitement avec les morceaux plus krautrock des débuts, et même avec le disco vaguement mélancolique du dernier Swim, comme sur le single Odessa ; variations & facettes d'un même fil musical, assembler, ajuster, laisser couler. Que ce duels de batteries sont agréables !


23 avril 2010

Bientôt Caribou en concert à Ottawa

Live on Pitchfork.tv
Caribou (2007)

Le Canada, une terre au groupes rock passionnants, jolies tranches à explorer en petit français expatrié : voir enfin ces beaux groupes jouer à la maison. J'ai donc une petite liste de concerts canadiens auxquels goûter, mais bizarrement, Caribou n'en faisait pas partie. Tout simplement parce que je ne pensais pas que le groupe était canadien : tout de même, Caribou, ils ne peuvent être canadiens, c'est trop cliché...

Pourtant, Daniel Victor Snaith est bien né à London, Ontario. Personnage intéressant puisque Wikipedia le présente comme mathématicien, issu d'une famille matheuse.

Mais je ne vais pas rentrer dans sa biographie, je ne connais rien de plus que ci est écrit sur Wikipédia, et je ne connais que son dernier album, Andorra - meilleur album canadien en 2008. Un magnifique patchwork psychédélique, vague profonde et légère où les voix douces planent au dessus d'une rythmique parfaitement réglée. Quelques titres ont longtemps squatté mon lecteur mp3, à la mémoire pourtant restreinte.

C'est avec joie que j'ai appris le prochain passage de Caribou à Ottawa, à l'occasion de la sortie de son nouvel album, Swim. Un petit tournant, laissant la pop psychédélique pour un disco fin - Pitchfork a l'air ravi, Libération parle d'un des albums les plus enthousiasmants de ce début d'année. Il devrait y avoir moyen de s'amuser dans l'agréable & petit Babylon.

D'autant que le groupe a l'air passionnant en concert, comme le montre ce live de 2007 présenté par Pitchfork. Onze morceaux au total sur le site, dont ce toujours envoûtant Eli

Note en septembre 2010 : l'ancien lien n'est plus valide, mais on trouve toujours une ribambelle de morceaux live de Caribou, dont le superbe Melody Day...





28 mars 2010

La folie d'une lettre d'amour à guitares bruyantes

I'm the man who loves you
by Wilco (2002)

Yankee Hotel Foxtrot, album monstre de Wilco publié en 2002, un classique, un disque à la gestation compliquée. Ou comment la country alternative s'était mise à muter en rock, en expériences sonores. Je ne vais pas m'attarder sur ces détails, certains en parlent bien mieux que moi.

Mais difficile de ne pas dire un mot sur I'm the man who loves you, une chanson qui me fascine en ce moment. Un va et vient de guitare saturée et mélodie fine, texte balancé presque en un seul comme de l'écriture automatique, transition parfaite en rebondissement, un solo qui surgit en s'enchaînant sans accroc : une merveille. Une petite folie bruyante, rigolarde, presque un peu angoissée. Comment écrire une lettre d'amour quand on ne sait pas quoi dire, quand il est bien plus parlant de prendre la main d'une fille ?


31 janvier 2010

Mon premier disque électronique

Autobahn 66
by Primal Scream (2002)

Primal Scream, un groupe un peu mystérieux pour les personnes comme moi, qui ne l'ont pas connu dans sa gloire innovante, dans les années 90. Bousculant le rock anglais en y introduisant de la house ou des sonorités industrielles. Reste uniquement la grande gueule de Bobby Gillespie qui surgit régulièrement dans les magazines rock anglais, dans les gros festivals, dans les faits divers ; sans qu'un jeune auditeur des années 2000 comprenne toujours bien pourquoi.

Pourtant, même avec mon expérience réduite concernant la gloire de Primal Scream, le groupe occupe une petite place dans mon évolution personnelle. L'anecdote m'est revenue à la fin de l'année, quand ont fleuri des listes concernant la musique de la décennie 2000. Apparaissait souvent le nom de XTRMNTR, album de Primal Scream datant de l'année 2000 ; que je ne connais pas... Mais j'avais acheté le suivant, Evil Heat, datant de 2002.

Une sorte d'épiphanie étrange, une écoute par hasard à la Fnac, et une fascination étrange pour cette musique surprenante. Surgissement de guitares, rythmiques électroniques, flots planants de synthétiseur : tout un territoire inconnu pour quelqu'un branché sur le rock classique de U2 ou d'AC/DC. Je ne l'ai pas acheté le jour même, même si je l'ai pas mal écouté dans le magasin. Mais le souvenir m'a travaillé, et je suis retourné à la Fnac une quinzaine de jours plus tard : j'avais acheté mon premier disque électronique.

Depuis, mes oreilles électroniques ont mûri, explorant la French Touch, osant un pied dans l'Electro minimal allemande, ressortant quelques tubes Big Beat, levant récemment le voile sur le dubstep anglais. Mais quelques morceaux d'Evil Heat me touchent toujours, sans lassitude, même 8 ans après ; cette musique a beaucoup moins vieilli que la vidéo qui l'illustre.

15 janvier 2010

La Superbe, toujours magnifique, même dans un hangar

La Superbe
par Benjamin Biolay (2009)

La patine des vieilles industries résonne sombre dans mes oreilles, architecture toujours capable de m'hypnotiser. La friche industrielle, l'écho des vieilles révolutions et d'efforts anciens, un passé s'efface et laisse encore une trace dans quelques rues lointaines, anciens faubourgs souvent accolés aux centres villes par l'extension urbaine. Une sorte de grandeur & démesure résonne, oui, résonne, attirait mes photos lors de mes promenades de la Ruhr et capte encore mon attention, une poésie désuète et encore forte.

Tuyaux et immenses hangars et échafaudages immenses des industries sidérurgiques, fumant et brillant encore dans la nuit, dans le creux de Duisburg, du port de Dunkerque ou dans l'Est de Montréal. Les mêmes images sur le papier contant les enquêtes de William T. Vollmann au Kazakhstant : gigantisme démodée, inévitable, toujours vivant même démodé, oeuvrant toujours derrière l'économie numérique ou les finances.

La rouille zèbre les poutres d'une usine et voici un décor poétique où me perdre, un amas de teintes mortes, sales et surprenantes, loin de toute nature, source de rapprochements. Quel joli collage que de découvrir des prises d'escalade dans les anciennes réserves à charbon : la réhabilitation industrielle en immense mise en scène surréaliste portée sur un ton désinvolte, l'air de rien, un vieil ouvrier blasé.

Un tel décor doit même pouvoir accueillir d'autres oeuvres et d'autres émotions, carrière de métal se faisant scène, comme une carrière de pierre accueille le théâtre et les jolis textes en Avignon. La poésie, la danse et la musique dans les anciennes usines Clacquesin, dans une ancienne factory pour y étendre son pouvoir de fascination, une fois mêlée à une autre source de fascination.

Et voici donc un superbe Benjamin Biolay introduisant sa magnifique chanson dans les murs d'un long hangar. Une vidéo en un unique plan séquence, caméra flottant selon les pas de Biolay et les pas de danse, les étreintes et les boucles visuelles, un fil qui ne se relâche jamais, qui reprend toujours son souffle chaque fois qu'on le croit suspendu et s'arrêtant. A la manière des strophes de "La Superbe", surgissant sans fin et renouvelant les images sur un ton délavé, les jolies surprises, des éclaboussures, des raies de lumières éblouissantes passant par une verrière déglinguée qui a beaucoup vécu.


11 octobre 2009

Hypnose du sample vocal

A milli
by Lil Wayne (2008)

La fin de l'année approche et voici donc la saison des listes de meilleurs titres. Et les listes ne vont pas manquer car nous sommes même en bout de décennie cette fois, les top des années 2000 vont pleuvoir.

Occasion idéale pour rattraper mon retard en matière de rap récent, dont je connais à peine les nombreuses pépites. Comment ai-je pu passer à côté de ce morceau hypnotique, un sample constitué de trois syllabes et un flot presque improvisé ? Lil Wayne avait fini 2008 en champion du rap et je le savais à peine...

20 mai 2009

Do you still remember that old band, Clap Your Hands Say Yeah?

Over & over again (lost & found)
by Clap Your Hands Say Yeah (2006) 

Clap Your Hand Say Yeah, what a name for a rock band. A name to draw attention upon you, a name that could make you look different during a lazy MySpace scan. A name to show that you laugh at yourself, because rock is just a matter of having fun & play your own music in your own small world & for a couple of friends. An ideal name for collector T-shirts or the book of forgotten bands & hidden treasure. A name like a whiplash from a drunk high-school student who has just stopped repeated Waaazzzaaa over the phone. Clap Your Hand Say Yeah, the worst name for a rock band & the best name for an indie rock band in the XXIst century; a name of love & hate, a name of hype, for sure.

But the over swollen hype could not survive long to the band's attitude. 2006, Clap Your Hands Say Yeah is the next big thing, the new saviour of indie good taste over all the music-blogs; but no, the hype could not survive to such striking gigs: a pale-faced tiny guy in the dark singing with the nose wide open, or no, not even wide open, a nose laughing with strange echoes exiting a cave full of moist & cats & mice & beer. The drums are vaguely shivering and a couple of ghosts keep dancing all over the stage, agitating a guitar or a strange & cheap keyboard ; intense sound, an old folk song oscillating along lights patterns of disco beats, a cloud dancing with strange colours. How long could FM radios buy such a sound before realizing their mistake?

2009, Clap Your Hands Say Yeah flies at his own speed, far away from all indie radars. Their second album was deep, complex & fragile, clearly imperfect, with a couple of wonderful gems; as predicted, radios have forgotten them. The name sounds almost has-been, in a world full of indie-MySpace-Facebook bands in search of the craziest brand-label, with capital letters, erased vowels and weird namedropping: who found We Still Love You Boris Eltsine?
And it is even tastier to listen to Clap Your Hands Say Yeah again, when finding back their first album in a pile of CD. The sound is fresh, the mixed influenced still amazing, and the tunes flows fantastically, rolling over and over again your mind and the walls of your room.