12 juin 2009

Up, quel savoir-faire de Pixar

Up 
by Pete Docter & Bob Peterson (2009) 

Une princesse vêtue d'une immense robe longue, drapés bleu blanc, diadème, et la voici face à un crapaud. Un baiser ? Devinez dans quel sens a lieu la transformation ? Deux grenouilles courant dans la Nouvelle-Orléans, zigzagant entre les musiciens de jazz, recherchant les sorciers vaudou aux pouvoirs spectaculairement colorés.  Chanson, romantisme, humour avec animaux parlants, quelques indices encore : "La princesse et la grenouille", futur dessin animé de Disney pour les fêtes de fin d'année 2009. Le vieux studio cherche à ressortir son savoir-faire et remettre en marche sa machine à classiques, et la bande annonce délivre une étrange surprise, goût sympathique et terriblement daté.

Une poignée de minutes plus tard, le court-métrage de Pixar prend fin, et la jeune firme numérique a enterré son aîné à l'imagination moribonde.

Un délice de cartoon simple, impeccablement réalisé, original, frais, à l'idée magnifique : un groupe de cigogne livre les bébés de toutes espèces dans le monde, magnifiques peluches façonnées par des nuages à l'air bonhomme. Idée simple et sans grand développement, sans aucun dialogue, à la poésie un peu simple mais adorable. Le constat est sans appel, les sourires s'étirent sur tous les visages de la salle, un immense plaisir ; tout le monde a déjà oublié le futur grand classique en carton du vieux Disney.

Et le long métrage Up vient difficilement estomper cette envie de comparer les deux alliés rivaux, cette impression de voir Pixar manier avec génie les recettes du vieux magicien pour enfant. Difficile en effet de ne pas songer à un vieux cartoon de Disney quand on résume l'argument d'Up : un vieux monsieur suspend des ballons et il s'échappe par l'air, quittant les gratte-ciel polluant peu à peu son espace ; n'y avait-il pas un mignon cartoon de Disney où une petite maison de campagne se voyait peu à peu entourée d'immenses immeubles au regard sombre ?

Pixar fait preuve d'une impressionnante capacité à convoquer plus ou moins implicitement des références, sans jamais donner dans la bête citation surlignée et ultra-référencée. Ici, un bricolage à la Wallace & Gromit, là des chiens parlant rappelant le succès récents des comédies canines aux Etats-Unis, un vieux monsieur grincheux à forte lunette à la M. Magoo, un explorateur en zeppelin des années 40. Il n'est pas rare que les images évoquent d'autres souvenirs cinéphiles, des images pop presque convenues, mais le cocktail coule avec une fluidité délicieuse, sans agacement aucun, d'autant que le mélange se voit relever par des choix courageux pour un dessin animé à vocation très grand public. Lancer le film par cinq minutes sépia singeant les actualités cinématographiques d'avant guerre ; puis enchaîner par dix minutes de romance muette... Se focaliser sur un vieux monsieur au caractère détestable. S'autoriser des sautes de récit osées et démodées, faisant passer un ballon d'une ville nord-américaine au Vénézuela sans transition. Donner au garçonnet une silhouette obèse et asiatique. Tant de détails pas si consensuels, dont s'est fait l'écho la critique américaine ; les agents marketing s'en sont arrachés les cheveux : comment vendre des T-shirt représentant un vieux monsieur à la vue courte et à la mâchoire carrée ?

Par dessus tout, cette audace et ce sens du mélange servent un récit distrayant et un joli tissage d'atmosphère. Tout un goût pour le suivi du personnage, le temps et le soin accordés aux détails, un exquis sens de l'absurde, rappelant les rythmes doux du cinéma muet et burlesque : y a-t-il image plus décalée que celle d'un septuagénaire tirant sa maison volante à l'aide d'un tuyau d'arrosage ? Dix minutes plus tôt, la maison de bois s'envolait dans un glissement superbe de ballons colorés et les larmes montaient aux yeux devant cette fluide poésie numérique ; tout cela tient dans le même film, et l'on pardonne sans efforts les quelques moins bien d'une course-poursuite devant ce savoir-faire.

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