21 décembre 2010

The Edible Woman et Margaret Atwood tisse avec humour des hésitations féministes

The Edible Woman 
by Margaret Atwood (1969)

Marian n'a pas trop à se plaindre, sa vie de jeune femme prend forme. Un travail intéressant dans une société d'enquête marketing, un petit ami mignon, intelligent, promis à une belle carrière d'avocat ; quelques amis autour de Toronto, une collocation pas désagréable avec son amie Ainsley. Tout s'assemble, la demande en mariage ne va pas tarder, Peter est un bon garçon, un garçon traditionnel. C'est rassurant. Même si Marian ne sait peut-être pas trop ce qu'elle veut ; pas devenir comme son amie d'université, Clara, enceinte chaque année depuis son mariage il y a 3 ans ; mais certainement pas flotter comme Duncan, l'éternel étudiant croisé lors d'une enquête sur la bière...

The Edible Woman est le premier roman de Margaret Atwood, immense auteur canadien. Primée à de multiples reprises, internationalement reconnue, régulièrement citée par les bookmakers parmi les candidats au Nobel de littérature ; une référence. Pourtant, son roman Surfacing, son deuxième ouvrage, m'a paru terriblement daté et plat quand je l'avais lu l'an passé : agrippé à un style minimal un peu frustrant, brassant de figures de hippies bien mornes... Une belle déception... Mais il fallait bien lui donner une deuxième chance.

Mais ce premier roman offre une toute autre énergie, un ton plus léger et ironique, beaucoup plus d'humour. Les premières pages offrent de superbes descriptions de la compagnie d'enquêtes consommateurs, peuplée de femmes papillonnantes, mères de famille ou vieilles filles vierges, bricolant des questionnaires pour ce secteur naissant. Jolies images captant l'ambiance de la société de consommation nord-américaines, les femmes travailleuses à permanentes, façon mélodrame de Douglas Sirk : cherchant leur place professionnelle, mais attirées par le foyer et un bon mariage... 

Mais les mélodrames de Sirk étaient ancrés dans les années 50, tandis que Marian est une femme des années 60, n'hésitant pas à vivre en célibataire, libre dans sa sexualité ; sa colocataire Ainsley est d'ailleurs une croqueuse d'hommes revendiquée, consommant alcool en quantité, ce qui ne plaît pas vraiment à leur logeuse. De telles tensions sont le coeur du roman, jeunes gens cherchant leur place dans la société face aux idées arrêtées, qu'elles proviennent des vierges travailleuses, d'une logeuse puritaine ou même d'un boyfriend un peu conservateur...

Un tel schéma peut sembler un peu basique, surtout pour un lecteur des années 2000 habitué à de telles peintures des années 50 ou 60. Mais Atwood assemble ses personnages avec justesse, sait choisir les détails élégants ou distrayants, construit de jolies scènes et de belles surprises, et distille toute la finesse de son humour. L'humour qui semblait si distant ou plat dans Surfacing est ici omniprésent, personnages tournés en dérisions, situations étranges, remarques acides la publicité ou le monde des professeurs de lettres, fête en appartement les instabilités mondaines middle-class des films Breakfast at Tiffany ou The Apartment... 

Tout cela est assurément moins poétique que Surfacing et ses ambitions mystiques, son exploration de l'identité canadienne, comme l'évoque les critiques ; mais The Edible Woman fonctionne beaucoup mieux dans son registre plus quotidien. Un joli plaisir de lecture, portant avec intelligence et subtilité des dilemmes aux accents féministes. Voilà qui donne envie d'explorer un peu plus les ouvrages de Margaret Atwood


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire