27 mars 2010

Pourquoi autant de public pour un film aussi creux ?

Cooking with Stella
by Dilip Mehta (2010)

Michael débarque à Dehli avec femme et bébé pour s'installer au consulat canadien. Le domaine de Stella, cuisinière depuis 30 ans pour plusieurs générations de diplomates ; forte personnalité, as de la petite combine, superbe cuisinière. Mais Stella ne s'attendait pas à ce que Michael soit cuisinier, suivant sa femme diplomate.

Voici une comédie jouant avec l'expatriation, le difficile rôle d'homme au foyer dont la femme approfondit la carrière, les rapports nord - sud, les populations pauvres capables de bidouiller les arnaques. Grands sujets intéressant pour un film terriblement étriqué, presque sans aucune ambition, bien déséquilibré. Il pourrait être amusant de lister quelques défauts du films, l'absence quasi totale de la moindre scène intéressante, le jeu maladroit avec les clichés, les plongées du rythme dans certains passages étirés, l'esthétique terriblement lisse. La bande annonce est suffisante en présentant parfaitement les choses : les films ne vaut pas mieux ce que suggèrent les deux minutes ci-dessous.

En définitive, le plus fascinant aura été l'engouement pour ce film dans la salle d'Ottawa. Une salle archi-bourrée pour la séance du vendredi soir, public riant souvent : pourquoi tant de monde, pourquoi tant de rires ?

L'offre de cinéma est elle-même bien étriquée sur Ottawa, tout simplement. Pas de problèmes pour goûter aux grosses sorties américaines, mais les films d'auteurs, les films d'ailleurs, les films canadiens sont rares, éparpillés. Alors un film indo-canadien, une comédie accessible : voilà de quoi drainer un large public, le cinéphile gourmand d'autres images, les familles cherchant un rire différent ! Courrons-y. Hélas, l'exotisme n'implique aucunement la qualité.

C'est du divertissement, va-t-on me répondre, léger et frais, sans prise de tête. Comme si le divertissement excusait beaucoup, repoussait tout jugement de qualité ; on ne critique pas les Ch'tis ou les rigolades indiennes de Stella ou des Slumdog Millionnaires. De retour du cinéma, j'ai lu une passionnante interview du critique Gilles Tordjman : "La nullité, comme le chômage, est un choix de civilisation. Après, c’est à chacun d’accepter ou de refuser cette douce dictature."


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